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Science-Fiction soviétique : le point.

Jean-Pierre FONTANA

Fiction n°290, mai 1978

          En juillet 1973, dans le numéro 110 de la désormais défunte revue Galaxie, paraissait un article intitulé  : « Regard sur la science-fiction soviétique ou à la recherche de la vérité ». Dans ce compte-rendu, je m'étais efforcé de retracer rapidement l'histoire de cette littérature en U.R.S.S., de donner un panorama de son édition à la fin de l'année 72, et le concluais par une mise au point concernant les dires préfaciers d'autres confrères en apparence fort bien informés de la situation en ce lointain pays.
          Je ne sais si mon article aura servi à faire la lumière. Je suppose malgré tout que quelques lecteurs auront compris les difficultés que rencontrent les auteurs soviétiques et de quelles lectures dispose l'amateur comparativement à ceux de nos pays d'ouest-Europe. Près de cinq années s'étant écoulées depuis la rédaction de ce travail, il m'a semblé intéressant de le compléter par une brève mise à jour. Je remercie pour cela ceux qui m'ont apporté l'information sans laquelle je serais aussi impuissant que quiconque à dresser un tel bilan.
          Et comme il faut bien une méthode, commençons par regarder du côté des anthologies, celles-ci constituant d'ailleurs la facette la plus importante, sinon essentielle, de la littérature de science-fiction en U.R.S.S.


1) Les anthologies


          a) Il n'existe pas en U.R.S.S. de collections spécialisées. Les recueils sont donc, selon le cas, périodiques ou accidentels. Les éditions pilotes en la matière sont surtout MOLODAYA GVARDYA (Jeune Garde) qui publient les anthologies périodiques FANTASTIKA (science-fiction). Avant 1968, ce furent surtout des parutions annuelles. Depuis, la cadence est tombée à une anthologie tous les deux ans. Les plus récentes sont donc Fantastika 73-74 et Fantastika 75-76. On y trouve des auteurs — pour la plupart des jeunes — de l'ensemble de l'Union Soviétique, quelquefois talentueux, ainsi qu'une rubrique qui pourrait s'intituler : « Archives de la SF » où sont rééditées de vieilles oeuvres oubliées. Enfin, y paraissent également quelques articles de vulgarisation scientifique et des notes bibliographiques, sorte de tentative de classement de toutes les oeuvres de la SF nationale. Dans l'anthologie 75-76, cette bibliographie comprenait la liste des récits parus entre 65 et 67, période faste de la SF en U.R.S.S.
          Les mêmes éditions MOLODAYA GVARDYA ont publié en outre des récits d'auteurs sibériens dans LE TRAIN VERT, une anthologie de la SF bulgare intitulée XXXe SIECLE et quelques recueils de nouvelles d'auteurs soviétiques formant le cycle « Bibliothèque de la SF soviétique », livres au format de poche avec quelques illustrations mais d'un niveau littéraire assez faible ; cadence de parution, trois volumes par an.
          b) Autre éditeur important, surtout du point de vue de la qualité des textes  : LENIZDAT, édition des livres de Léningrad. Depuis 1967, chaque année, cet éditeur sort un gros volume dont le titre est emprunté chaque fois à l'une des oeuvres du recueil. Il s'agit de la meilleure anthologie publiée sur tout le territoire des républiques socialistes. Seuls les écrivains de Léningrad y participent. En 1976, c'était « L'anneau du temps inverti ». En 1975 « Le Petit ». On y trouve généralement un ou deux romans complets plus une dizaine de nouvelles. Il est à souhaiter qu'un éditeur français se penche un jour sur cette série dans laquelle il pourrait trouver des récits convenant parfaitement au public français, en particulier dans l'édition 76 (Kolco Obratnogo Vremeni = L'anneau du temps inverti).
          c) Autre anthologie périodique : L'ALMANACH de SF publié par ZNANIYE, éditeur de livres scientifiques et techniques. Malheureusement, les ouvrages sont peu épais et n'atteignent pas la qualité des anthologies citées précédemment. Souvent, ces almanachs sont consacrés aux auteurs étrangers. Ce fut le cas en 1976.


2) Les revues


          Il n'existe pas de revues spécialisées en U.R.S.S. mais il arrive fréquemment que des périodiques de vulgarisation scientifique ou purement littéraires fassent une place à la science-fiction.
          a) ISKATEL : bimensuel qui consacre la plupart de ses pages à l'aventure, au récit policier.
          b) TECHNIKA-MOLODYOJI  : revue mensuelle de vulgarisation technique pour jeunes, publie presque un récit par numéro.
          c) ZNANIE-SILA : revue de vulgarisation scientifique, publie souvent des traductions. En 1976, par exemple, fut publiée la nouvelle de Christian Léourier  : La Roulotte.
          d) VOKRUG SVETA  : revue de géographie populaire, publie souvent des traductions.

          D'autres revues, bien que plus rarement, font également une place à la SF :
          e) AURORA, revue littéraire des jeunes écrivains de Léningrad.
          f) SMENA, revue illustrée pour les jeunes communistes et le Komsomol.
          g) ROVESNIK, revue sur les jeunes à l'étranger.
          h) OURALSKI SLEDOPIT, revue des jeunes de la région de l'Oural.

          Il y a sans doute d'autres traces de SF dans d'autres revues, mais il faudrait se livrer à un travail de bénédictin pour les rechercher dans la masse de toutes les publications soviétiques. Ces parutions ne seraient toutefois que purement accidentelles. Elles ne parviendraient pas en tout cas à démontrer une abondance qui reste purement utopique.


3) Les romans


          Commençons par les frères Strougatsky, les auteurs les plus importants de la génération actuelle. Après leur Pique-Nique sur le bas-côté paru en 1972 dans Aurora, ils ont donné en 74 chez le même éditeur un long récit PAREN IZ PREISPODNEY (Un gars de l'enfer, paru depuis la rédaction de cet article en Présence du Futur, éd. Denoël) assez proche de Il est difficile d'être un dieu. Des terriens arrachent d'une planète quasi barbare un jeune soldat élevé dans des traditions militaristes. Le récit — sans mièvrerie ni sentimentalisme — expose les problèmes qui se posent à lui dans ses contacts avec un monde pacifiste, sa crise de conscience, puis sa lutte contre les siens après son retour sur son monde natal pour faire admettre l'absurdité de la guerre.
          Un second roman des frères Strougatsky est encore paru en 1976 — début 77 dans la revue ZNANIE-SILA — Un million d'années avant la fin du monde. Dans ce roman, un groupe de savants soviétiques rencontre des difficultés inattendues et le plus souvent absurdes pour mener à bien ses recherches. Après discussions et expériences, ils aboutissent à l'hypothèse suivante  : leurs travaux ébranlent de plus en plus les lois physiques de l'univers. Donc cet univers réagit pour s'opposer à eux en leur infligeant des maladies, accidents, et ennuis de toute sorte. Peu à peu, les savants abandonnent leurs travaux. Certains pourtant reprendront leur tâche, Comme toujours, les frères Strougatsky ne cherchent pas véritablement à créer une situation pour ensuite la résoudre mais posent plutôt une question — ici, choix moral du savant. Un très bon roman bien qu'il laisse une impression d'inachevé. Peut-être a-t-il été quelque pou mutilé par la parution en feuilleton ?
          Autre auteur connu en France et que l'on retrouve régulièrement  : Alexandre Kazantsev. Son roman AETY (Les Aètes) paru en 76 dans SOVETSKY RABOTCHY est un gros volume de quelque 600 pages qui relate un thème cher à l'auteur  : les contacts préhistoriques (ou historiques) des extra-terrestres avec les hommes. Il est curieux de noter que, bien avant Daniken, Kazantsev publiait déjà des articles sur les pseudo-contacts entre l'homme et les races cosmiques. Malheureusement, le succès n'est accouru qu'au-devant de son « successeur ». Son dernier roman mériterait en tous cas une certaine attention.
          Sergei Snegov, un auteur de Léningrad, a écrit une oeuvre assez particulière et unique en U.R.S.S.  : un immense space-opera publié en trois volets dans les anthologies de LENIZDAT et intitulé LYUDI KAK BOGI (Les hommes comme les Dieux). Il s'agit d'une vaste épopée terrienne au XXXe siècle où se mêlent anges ailés, dragons, serpents de Véga et autres personnages invisibles chers aux grands maîtres de l'âge d'or de la SF américaine. Le style est un peu lourd mais les aventures qui se succèdent font de ce gros roman une oeuvre à part dans la SF soviétique.
          Par contre, Zouravleva, Gromova, Gourevitch ont totalement disparu. A. Dneprov et I. Varshavsky sont morts. V. Mikhailov, un écrivain de Riga, en Lettonie, a édité pour sa part DVERS TOY STORONY (La Porte de l'autre côté) en 75. Le roman, qui n'est pas sans rappeler Aldiss ou Hoinlein, raconte l'histoire d'un cargo de l'espace placé dans l'impossibilité de revenir sur Terre.


4) Les traductions


          A signaler tout d'abord la publication du roman de Francis Carsac. La vermine du Lion en 1972 chez Molodaya Gvardya et celle de La Roulotte de Léourier dans la revue Znanye-Sila.
          Mais ce sont les anglo-saxons qui se taillent bien entendu la part du lion (malgré Carsac).
          Après Deathworld de Harrisson, Demolished Man de Bester, Goblin Reservation de Simak, Mission of Gravity de Clement, Time and again de Simak en 72 (voir mon article précédent), quelques recueils de nouvelles passent le rideau de fer en 73, au sommaire desquels on retrouve surtout Sturgeon, Simak, Asimov, Clarke. Znanye-Sila publie pour la première fois Lafferty, Coney, Damon Knight. En 1974, une anthologie de W. Tenn et F. Brown voit le jour, puis c'est le tour de E. Frank Russel.
          En 1975, MIR, édition qui se spécialise dans la SF étrangère, publie un roman de K. Pedler et G. Davis Mutant 59, The plastic eater et le roman de Crichton Terminal Man. La même année, un recueil des dernières nouvelles de Bradbury, et City de Simak suivent de peu. En 1976, autre recueil américain « de Mark Twain à Bradbury » avec Van Vogt, Heinlein, Sturgeon et leurs courtes biographies. Il s'agit de « And there was a sound of thunder ». Deux autres romans paraîtront également  : Gods themselves d'Asimov et Rendez-vous avec Rama de Clarke.
          Et nous en arrivons à 77. Premier roman étranger de l'année Orphelins du Ciel de Heinlein et un court roman de Simak Force de l'imagination. On annonce un recueil américain qui n'est pas encore paru à l'heure où j'écris ces lignes. Les éditions MIR prévoient pour 78 le Larry Niven Neutron Star. Et c'est tout ! C'est peu et beaucoup à la fois si l'on se réfère à la Pologne par exemple où, de 71 à 77 ont été traduits seulement L'Homme dans le labyrinthe, Ubik, Non-Stop de Aldiss, et Rendez — vous avec Rama, ce dernier n'étant d'ailleurs qu'annoncé et non publié. A noter toutefois que la Pologne vient de sortir une revue de BD de SF intitulée ALFA (n° 1 et 2 déjà parus) sur laquelle je ne porterai qu'un jugement purement subjectif  : le graphisme est lourd et décevant.


5) Cinéma

          Peu de choses à raconter. Hormis les deux films « pour la Jeunesse » Otroki vo vselonnoy, voyage interplanétaire de jeunes soviétiques dans le cosmos d'une nullité déconcertante, un projet très avancé de Tarkovsky (le réalisateur d'Andreï Roublev et de Solaris, faut-il le préciser ?) tiré du roman des frères Strougatsky Pique-Nique sur la bas côté et intitulé Stalker.
          De son côté, G. Tchoukrai (La ballade du soldat) va réaliser un remake de Aelita.
          Enfin, le jeune réalisateur polonais Zoulavski (L'important c'est d'aimer) a déjà presque achevé une super-production : Mais. Le film semble pourtant interrompu, le budget ayant parait-il été dépassé. A moins que.. la presse ayant été flatteuse...
          Ainsi fut-il du côté de l'est ces temps derniers.


P.S.  :

          Je voudrais signaler également la parution dans Galassia (Italie) d'un excellent roman roumain de Adrian Rogoz intitulé Planete Morphy (les amateurs d'échecs comprendront), adapté mieux encore par Lino Aldani et E. Albescu, et qui mériterait une traduction.
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