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EASTERCON 22

Jacques GUIOD

Galaxie n° 86, juillet 1971

EASTERCON 22
par Jacques Guiod

          C'est du 9 au 12 avril que s'est tenue, à l'hôtel Giffard de Worcester, la 22e Convention britannique de science-fiction, baptisée Eastercon 22. Brian Aldiss en avait été nommé invité d'honneur mais, comme il devait par la suite décliner cette invitation pour des motifs personnels, le titre revint à Anne Mc Caffrey, la première femme à remporter un Hugo pour une partie de son roman Dragonflight. Finalement, Brian Aldiss vint tout de même à la Convention. On pouvait noter la présence de nombreux auteurs et éditeurs dont John Brunner, Christopher Priest, James Blish, Bob Shaw, Kenneth Bulmer, Donald Wollheim (directeur de Ace Books), etc... Près de 300 personnes assistaient à cette convention, venues de différents pays d'Europe ou des Etats-Unis. Comme d'habitude, les francophones brillaient par leur petit nombre (disons que nous n'étions que 6).
          Voici, brièvement, quel fut le programme :
          Vendredi 9 :
          — Ouverture du congrès et présentation des célébrités.
          — Une conférence accompagnée de diapositives sur la vie sur les autres planètes, par le Dr. Jack Cohen.
          — Lecture par James Blish d'un texte sur l'œuvre de Damon Knight.
          — Soirée de cinéma.
          Samedi 10 :
          — Comment écrire de la SF, théorie et pratique, par John Brunner.
          — Comment critiquer la SF, théorie et pratique, par Pamela Bulmer.
          — Une discussion sur les fanzines.
          — Problèmes de l'édition de SF.
          — « Pour ou contre Philip K. Dick ».
          — La SF au cinéma : extraits de films.
          — Concours de costumes, cérémonie de St. Fantony.
          — Soirée de cinéma.
          Dimanche 11 :
          — Discussion sur les futures conventions et réunion de la British Science Fiction Association.
          — Speech d'Anne Me Caffrey sur son œuvre.
          — Discussion sur les frontières de la SF, animée par James Blish.
          — Banquet et remise des prix.
          — Soirée de cinéma.
          Lundi 12 :
          — Promenade en bateau sur la Severn.

          Nous reviendrons plus longuement sur certains points importants de ce programme.

          Ce fut pour la même raison que les lecteurs de SF se mirent à produire des fanzines et donnèrent naissance aux conventions, et cette raison est l'isolement. Les fanzines et les réunions suivirent immédiatement la prise de conscience qu'il y avait d'autres personnes ayant des goûts semblables. Ce fut donc le dimanche 3 janvier 1937 que se tint à Leeds la toute première convention britannique de SF. La première convention londonienne eut lieu l'année d'après, en 1938.
          La numérotation des conventions n'a commencé qu'après la guerre, ce qui explique que la réunion de Worcester ne porte que le numéro 22.
          Le développement des conventions britanniques de SF est divisible en plusieurs parties nettement distinctes :
          — Au début, les fans se réunissaient dans le plus grand sérieux pour écouter des discours sur la SF prononcés par des gens comme William Temple, Arthur Clarke, Ted Carnell et Walter Gillings. Les réunions se terminaient à onze heures du soir et tout le monde rentrait bien sagement chez soi.
          — Puis, au commencement de la fabuleuse période des années 50, des parties durant toute la nuit devinrent à la mode (parties qui se tenaient, bien entendu, dans les maisons des fans les plus enthousiastes). Cette décennie vit le, développement de l'hôtel en tant que centre d'activité nocturne aussi bien que diurne, et se termina au moment où les conventions trouvèrent leurs fins en elles-mêmes.
          Mais, bien que l'enthousiasme et l'activité des fans fussent sans cesse grandissants, des hommes comme Vince Clarke, Ted Tubb et Kenneth Bulmer souhaitèrent encore élargir le cercle de ceux qui voyaient dans la SF un phénomène de valeur. Ils pensaient qu'un sang nouveau était nécessaire et qu'une association quelconque travaillerait dans ce sens. Ce fut en 1958, à Kettering, que se créa, principalement grâce à Ted Tubb, la British Science Fiction Association. L'importance des conventions augmenta encore, accroissement dû en partie à la création de la BSFA, en partie au nombre de livres de SF publiés et en partie aux changements intervenus dans l'état des finances et les habitudes littéraires des fans.
          Depuis lors, les conventions sont bien variables en style, en atmosphère et en importance. Le nombre des fans présents se situe ordinairement entre 150 et 250 ; sur ce point-là, Worcester bat donc tous les records.
          Une allure beaucoup plus sobre marque les conventions modernes : peut-être est-ce dû à la présence des jeunes fans qui ne sont plus considérés comme des ignorants ou des simples d'esprit pour s'intéresser à la SF Mais l'augmentation même du nombre de gens intéressés rend les relations beaucoup plus difficiles que dans les toutes premières conventions. Les conventions existent pour que puissent se rencontrer et discuter des personnes ayant des idées semblables — ou fondamentalement divergentes sur certains principes ; mais il devient maintenant pratiquement impossible de dire plus de quelques mots à chacun dans une convention moderne. C'est un facteur primordial qui tend à donner plus d'importance à une convention régionale ou nationale qu'à une convention internationale.
          La convention britannique est devenue une sorte de vitrine de SF : des éditeurs importants, des rédacteurs en chef de revues et des écrivains y sont présents ; l'atmosphère est amicale et informelle, bien que des discussions recouvrent certains points importants ; des scientifiques de passage viennent y exposer le fruit de leurs recherches, etc...
          Le déroulement d'une convention s'est maintenant stéréotypé sous une forme nouvelle. Mais les fans des années 70 pourront-ils vraiment changer le cours des conventions, comme l'avaient fait ceux des années 50 ?
          Avant de conclure cette partie, un petit mot sur les fanzines britanniques : leur nombre est assez impressionnant et ils sont très souvent d'excellente qualité. Nous ne pouvons évidemment pas les citer tous : disons que les noms lus plus importants sont Quicksilver, Tangent (édité par Christopher Priest), Shadow, Spéculation (édité par Peter Weston. chairman du Eastercon 22), et Orpheus.

          Anne Mc Caffrey, invitée d'honneur du Eastercon 22. n'est connue en France que par 5 nouvelles : La tour d'ivoire et Rencontre d'esprits, parues dans Fiction ; Le vaisseau qui chantait, Le vaisseau qui tuait et Le vaisseau qui disparut, parues dans Galaxie.
          Son œuvre comprend actuellement plusieurs romans : Restoree, Decision at Doona, Dragonflight et sa suite Dragonquest 1, un recueil de nouvelles. The ship who sang (d'où sont tirées les trois histoires parues dans Galaxie) ; une anthologie, Alchemy and Academe. Elle prépare en ce moment un autre recueil de nouvelles : To ride Pegasus.
          Anne Mc Caffrey insiste sur le fait qu'elle écrit par plaisir et sans aucun but moralisateur. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des opinions politiques précises qu'elle n'a pas peur de dévoiler : disons seulement que ce qu'elle pense du Vietnam ou de la jeunesse américaine (et mondiale) est diamétralement opposé aux idées d'un Heinlein ou d'un Poul Anderson.
          Le plus frappant dans les livres d'Anne Mc Caffrey est l'importance qu'elle accorde aux facultés de l'esprit humain Le problème de la télépathie, de la télékinésie ou de la télétransportation est abordé dans chaque roman ou chaque nouvelle. Elle avoue avoir eu elle-même des expériences télépathiques et pense que c'est un aspect de l'homme qui doit et peut être développé, non à des fins commerciales ou guerrières, mais dans un but proprement humain : on pourrait ainsi supprimer l'isolement fatidique qui existe entre les individus et entre les peuples et, du même coup, la plupart des problèmes qui nous préoccupent actuellement seraient résolus.
          C'est là, bien entendu, une utopie, mais d'un genre nouveau : une utopie de l'esprit et non du lieu et de la société.
          Anne Mc Caffrey est un des rares grands auteurs de SF qui soient du sexe féminin (avec Ursula K. Le Guin, Catherine Moore ou Leigh Brackett). Son œuvre présente une vision différente des problèmes ordinairement abordés par la SF : elle montre que, dans la plupart des situations, la femme peut remplir les mêmes rôles que l'homme. Ce n'est pas là pourtant une œuvre de suffragette ou de féministe.
          D'un point de vue purement humain, c'est une personne d'un rapport très agréable ; elle a su charmer tout le monde par sa gentillesse, sa spontanéité, sa simplicité et son enthousiasme qui ont vraiment confirmé le titre d'invitée d'honneur qui lui avait été décerné.


          Personnage différent bien qu'éminemment sympathique lui aussi, Brian Aldiss était l'autre grande vedette de cette convention. Aldiss est, comme on ne le sait peut-être pas assez en France, un des pères de la New Wave anglaise, avec Mike Moorcock et James G. Ballard. Son dernier roman traduit en France étant Greybeard 2, le lecteur français ignorant l'anglais reste complètement étranger aux nouveaux aspects de son œuvre.
          Ceux-ci comprennent principalement des romans comme Report on Probability A, le recueil d'histoires autour du personnage de Charteris : Barefoot in the head, un recueil de nouvelles, The moment of Eclipse et deux romans d'une série qui en comprendra six, A handreared boy et A soldler erect.
          A la différence de nombreux auteurs qui, ayant trouvé une voie ou une manière d'écrire, la suivront dans tous leurs livres, Aldiss pioche une idée qui lui plaît, écrit un roman dans ce style puis s'en lasse et l'abandonne avant de trouver une autre idée. Greybeard avait été conçu sous la forme d'un riche gâteau, un peu comme un roman à la Thomas Hardy, plein de détails, d'effets de style, etc... Le roman terminé, Aldiss ne voulut plus écrire dans ce style-là, sentant que c'était une impasse. Après avoir découvert les auteurs du Nouveau Roman français, Butor, Robbe-Grillet ou Pinget, il fut une fois de plus emballé. Il en résulta le très beau Report on Probability A, dans lequel Aldiss a essayé de ne faire qu'une description systématique des objets et des choses, sans y faire passer la moindre trace d'émotion. Celle-ci doit venir uniquement du lecteur. Le résultat est étonnant mais, là aussi, Aldiss sentit qu'il était dans une impasse.
          Le personnage de Charteris, dans Barefoot in the head, est très intéressant : c'est un homme qui a tout perdu, dont la foi communiste, et qui n'a pas d'autre foi pour le soutenir. Le plus important est pourtant la situation européenne dans laquelle il vit. Les histoires sont conçues comme une base de méditation, un point de départ pour les réflexions personnelles du lecteur. Une fois de plus, Aldiss abandonna ce style, ayant cru devenir fou à cause des images qu'il produisait.
          Qu'en est-il de sa nouvelle série ? Elle traite de la période de la Seconde Guerre mondiale, de ses conséquences sur les gens. Le troisième roman, non encore écrit, s'intitulera A rude awakening : il sera consacré aux années d'après-guerre, époque pendant laquelle « les fruits de la victoire se transforment en cendres de la paix ».
          Il faudrait aussi parler de A shape of further things, influencé par la lecture de L'emploi du temps de Butor 3, et qui prend la forme d'un journal d'un mois de la vie de l'auteur ; la structure en est temporelle et il y a des spéculations sur le futur, sur l'éducation, etc...
          On a dit que Brian Aldiss n'écrivait plus de SF depuis trois ans. Peut-être est-ce vrai. Encore faut-il savoir ce que l'on entend par SF. Si elle ne doit traiter, comme pour certains irréductibles, que de fusées, de BEM ou de machines à explorer le temps, il est évident que les derniers livres de Brian Aldiss font plutôt partie de la littérature générale que de l'Anticipation Scientifique. Mais si l'on veut aussi entendre par SF une vision nouvelle sur les problèmes de l'homme dans un univers en mutation, alors Aldiss continue à écrire de la SF. Lui-même se moque ouvertement de l'étiquette que l'on peut donner à ses œuvres les plus récentes et, comme il le dit, « la SF n'est pas une bannière sous laquelle on défile dans la rue ».


          Ce qui nous amène à la discussion sur les frontières de la SF qui fut dirigée par James Blish. Dès le départ, le problème fut très justement posé : devons-nous tracer des frontières à la SF ? A quel endroit ? En avons-nous le droit ? Participaient à cette discussion, en plus du meneur de jeu, Christopher Priest, John Brunner, Kenneth Bulmer, Anne Mc Caffrey. Très rapidement, chaque participant convint que non seulement on n'avait pas le droit de poser des frontières à la SF mais que l'utilité d'une telle limitation ne se faisait pas sentir. Cette rapide mais juste conclusion ayant été énoncée, la discussion fut dirigée sur d'autres aspects de la SF. Brunner dit que lui-même ne savait pas très bien ce qu'étaient exactement ses livres, mais qu'il utilisait dans chacun d'eux une démarche de pensée et de technique propre à la SF. On parla aussi des auteurs non-SF qui, séduits par une idée typiquement SF, décident d'écrire un ouvrage. Le résultat est souvent assez mauvais car l'auteur ne connaît pas tout ce qui a été précédemment écrit sur le sujet. Le cas s'est récemment présenté avec Ira Levin qui, ayant eu l'idée de faire un livre sur une société robotisée et « ordinateurisée », a produit This perfect day 4, ignorant totalement que beaucoup de livres avaient été écrits sur le même sujet, d'une manière souvent supérieure, et dont Brave New World de Huxley est un exemple excellent 5. Si Ira Levin avait fait quelques recherches sur l'occultisme pour écrire Rosemary's Baby 6, il aurait dû en faire autant pour ce dernier ouvrage, c'est-à-dire quelques romans de SF sur ce sujet. Le reste du débat fut malheureusement perdu dans un embrouillamini de formules creuses et peu instructives.


          Le débat sur les problèmes de l'édition réunissait plusieurs représentants de chez Faber & Faber, Lancer, Corgi et Ace Books. Des questions assez techniques furent débattues ; on y parla de l'importance des anthologies dans les catalogues (le public préfère acheter une anthologie médiocre signée Bradbury plutôt qu'une excellente présentée par un inconnu). Il nous semble pourtant que le jeu est faussé dès le départ dans une telle discussion : les participants représentaient des maisons d'édition importantes, qui éditent normalement de la SF en grosse quantité (Ace Books est le plus gros producteur du monde de SF) et qui ont derrière eux un public qui suit leurs publications. Il aurait été éminemment intéressant de faire participer à la discussion des éditeurs ou des directeurs littéraires étrangers, pour qui les problèmes ne sont peut-être pas aussi simples.


          Les deux speeches de John Brunner et de Pamela Bulmer sur la théorie et la pratique pour écrire et pour critiquer la SF furent assez peu intéressants. Ce qui avait été originellement annoncé comme une suite de « conseils aux débutants » se transforma rapidement en évocations de souvenirs personnels sans grand intérêt, surtout pour la partie Brunner.
          James Blish, auteur de A case of conscience 7 et de nombreux autres romans de SF, s'est depuis quelque temps tourné vers l'étude des sciences occultes et de la démonologie. Il travaille actuellement sur deux livres assez importants dont l'un sera consacré à la sorcellerie et l'autre à la démonologie (malgré les répétitions que de tels sujets si voisins l'un de l'autre peuvent produire). Il souhaite que ses livres aillent à l'opposé du courant actuel qui tend à donner une nouvelle importance à l'occultisme et aux manifestations millénaristes. James Blish ne croit ni aux démons ni à la sorcellerie, mais il souhaite dénoncer le processus qui a conduit à une chasse aux sorcières durant plus de quatre siècles. Pour ce faire, il remonte aux manuscrits originaux et aux minutes des procès d'époque.
          Blish a écrit parallèlement à ces deux ouvrages une suite à son roman Black Easter 8, The day after Judgment. Cet ouvrage traite de l'affrontement d'une civilisation technologique avec les démons traditionnels. Mais tout ceci n'empêche pas pour autant Blish de penser à quelques futurs romans de SF...


          Blish prononça aussi un speech assez court sur l'œuvre de Damon Knight. Il rappela ses débuts prometteurs, avec la sévère critique du Monde des A qui lui valut presque un éloge de la part de van Vogt, son ascension dans le milieu littéraire, son travail d'anthologiste, ses qualités de romancier, sa sincérité de critique. Il aurait pourtant été intéressant d'avoir un autre speech dénonçant les défauts de Damon Knight, comme cela s'est fait à propos de Philip K. Dick.


          Contre Dick : Tony Sudbery. Pour Dick : Philip Strick. Les deux parties de ce Pour ou Contre furent assez intéressantes car les deux orateurs eurent la bonne idée d'appuyer leurs critiques ou leurs idées par des lectures d'extraits d'œuvres de Philip K. Dick. Tony Sudbery reprocha principalement à Dick son manque d'originalité et prétendit que la lecture des livres de Dick n'était qu'une mode qui se répandait par contagion. Il reprocha aussi à Dick son accumulation de détails inutiles qui ne sont que du remplissage.
          Philip Strick insista dès le départ sur l'humour de Dick, qui est quelque chose de rafraîchissant dans la SF. Cet humour est souvent employé dans les dialogues entre des personnages pour qui la communication est difficile Il insista beaucoup sur l'invention créatrice de Dick qui est particulièrement riche. Mais l'aspect le plus important de Dick est peut être sa conception du temps qui, dans bien des romans, ne se déroule pas comme dans la vie ordinaire. Strick évoqua l'extraordinaire récession des objets de Ubik 9 et le monde de Counter-clock world et de Now walt for last year 10. Selon Strick, cette philosophie du temps prouverait que l'auteur ne se sent pas à sa place dans notre univers ou dans notre siècle. D'autre part, les personnages de Dick sont des personnages dans la moyenne ; ce ne sont pas des surhommes et ils essayent de toutes leurs forces de comprendre les problèmes qui s'imposent à eux.


          Le cinéma a tenu une place assez importante dans cette convention puisque la majeure partie des soirées lui était consacrée, ainsi que quelques heures de l'après-midi.
          Le Delta Group de Manchester présenta quelques courts métrages humoristiques et une adaptation de Deathworld de Harry Harrison 11. Leur technique et leur comique sont loin d'être parfaits ou originaux mais ce groupe a au moins le mérite de faire un effort dans le sens du cinéma de SF.
          I ! y eut aussi un montage de diapositives de Star-trek, créant une nouvelle histoire pastichant les feuilletons originaux.
          Plusieurs longs métrages furent présentés, parmi lesquels : Alphaville, La malédiction d'Arkham, La tombe de Ligela, Charly ; un Laurel et Hardy, des épisodes de Flash Cordon, des films d'animation et un épisode du feuilleton réalisé par Harlan Ellison pour la TV américaine. Connaissant les nouvelles du personnage, on s'attendait à quelque chose de génial et d'époustouflant. Cruelle déception ! The demon with the glass-hand n'est qu'un mauvais mélo, un navet pseudo-sentimental, avec des extra-terrestres venus en même temps d'une autre époque, etc... Les erreurs sont innombrables et on a un fort goût de déjà-vu au moins une dizaine de fois.
          Malgré la petite taille de l'équipement cinématographique, nous avons tout de même eu plusieurs heures de projection : quelle différence avec Heidelberg !


          Une pièce était spécialement réservée aux libraires et aux artistes. Ces derniers n'étaient malheureusement pas très nombreux et, à part quelques œuvres d'Eddie Jones, la production était loin d'être fameuse.
          Quant au concours de costumes, partie du programme toujours assez controversée, nous devons avouer que les concurrents avaient fait un réel effort pour présenter des costumes intéressants et illustrant des personnages de SF ou de heroic fantasy.
          Plus tard dans la soirée eut lieu la cérémonie de St Fantony. Mais peut-être n'est-il pas mauvais de rappeler ce qu'est l'Ordre de St Fantony. En 1957, le cercle de SF de Cheltenham se rendit compte que quelque chose manquait au fandom et que de nombreuses personnes se dépensaient en efforts et n'en recevaient aucune récompense. Après avoir beaucoup bu et beaucoup parlé, les fans de Cheltenham eurent l'idée d'un ordre semi-médiéval comique. Les premières cérémonies d'initiation eurent lieu la même année à Kettering et à la Convention Mondiale de Londres. Les membres de l'ordre sont choisis pour deux raisons : l'importance du travail qu'ils ont fourni dans le fandom ; leur sociabilité et leur bonne humeur Une critique qui a souvent été faite à cet ordre est qu'il se prend trop au sérieux ; en fait, rien n'est plus loin de la vérité. Les cérémonies sont conduites sérieusement pour ne pas gâcher l'effet qu'elles veulent atteindre. Mais les parties qui suivent la cérémonie (et auxquelles tout le monde est invité) tirent plutôt sur la franche rigolade.


          Enfin, le banquet traditionnel. Il n'y a rien à en dire sinon qu'il fut suivi d'une remise de prix. Le « Doc » Weir Award alla à Phil Rogers, Maître des Cérémonies de la Convention, et le prix du meilleur roman de l'année fut décerné par le BSFA à John Brunner pour The jagged orbit. (Nous avons nettement l'impression que certains auteurs comme Moorcock, Disch ou K. Roberts ont écrit des œuvres d'une qualité supérieure pendant l'année 70. Peut-être faut-il préciser que les gens de New Worlds ne sont pas très bien vus dans les conventions et que, d'autre part, le niveau littéraire et idéologique des vieux fans anglais se situe dans les eaux de Anderson, Asimov et Cie.)
          Un télégramme arriva en fin du banquet pour annoncer les résultats des Nebula 1971. Larry Niven se vit décerner le Nebula du roman pour Ringworld, Sturgeon celui de la novella pour Slow sculpture 12 et Fritz Leiber celui de la nouvelle pour un épisode des aventures du Grey Mouser, Ill met in Lankhmar 13.

          En conclusion, nous pouvons dire que si Eastercon 22 a été supérieure en nombre mais inférieure en qualité aux précédentes conventions britanniques, elle a été de loin meilleure que le triste Heicon 70. On pouvait toutefois regretter l'absence d'écrivains américains ; d'autre part, plusieurs auteurs anglais annoncés ne purent venir : Keith Laumer. Ted Tubb, Mike Moorcock (ce dernier pour des raisons éthylico-pugilistiques...). Certains autres grands de la SF ne viennent malheureusement jamais : nous pensons principalement à James G. Ballard qui en fait, ne semble pas être non plus très prisé parmi les vieux de la vieille de la SF anglaise (sans doute à cause de ses nouvelles les plus récentes).
          Malgré tout, nous pensons que Eastercon 22 a été une manifestation d'intérêt qui, dans une ambiance sympathique et peu guindée, aura permis à beaucoup de jeunes fans de connaître mieux l'œuvre de certains et de prendre des contacts directs avec d'autres.


Notes :

1. A paraître au C.L.A.
2. Paru chez Denoël sous le titre Barbe-Grise.
3. Paru aux Editions de Minuit.
4. Paru chez Laffont sous le titre Un bonheur insoutenable.
5. Le meilleur des mondes, Livre de Poche.
6. Réédité chez J'ai Lu sous le titre Un bébé pour Rosemary,
7. Présence du Futur, Un cas de conscience.
8. Editions Planète, Pâques noires.
9. Paru sous le même titre. Ailleurs et demain, Laffont.
10. Parus au C.L.A : En attendant l'année dernière et A rebrousse-temps.
11. Les trois solutions, Albin-Michel.
12. Sculpture lente. Galaxie 82.
13. Qui figurera dans Le second cycle des épées, à paraître en 1972 dans la collection Aventures fantastiques.

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