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Los Angeles 1972

Jacques GUIOD

Galaxie n° 107, avril 1973

          La trentième convention mondiale de science-fiction s'est tenue du 1er au 4 septembre 1972 dans les salles et chambres de l'International Hôtel de Los Angeles, Californie. Le nombre des inscrits et des présents augmente d'année en année puisqu'il y avait cette fois plus de 2400 inscriptions et plus de 1 800 personnes assistant effectivement aux débats, conférences et projections de films.
          II est évident que la situation géographique même de la convention est à l'origine de ce phénomène (plus encore que la croissance et le développement de la SF chez les Américains qui, soit dit en passant, représentaient plus de 90 [%] des présents). Plus que New York, la Californie est le lieu, de prédilection des écrivains de SF (Sturgeon, Dick, Ellison, Anderson, van Vogt, etc.). Cette année, Silverberg est venu y habiter (tandis que Farmer l'a quittée l'année précédente pour retrouver l'Illinois de ses amours).
          Etaient donc présents (par ordre alphabétique et en en oubliant involontairement quelques-uns) les auteurs et artistes suivants : Forrest J. Ackerman, Poul Anderson, Alicia Austin, Robert Bloch, Ben Bova, Ray Bradbury, Terry Carr, Lin Carter, Jim Cawthorn, Hal Clément, Robert et Juanita Coulson (invités d'honneur fan), Philip K. Dick, Lester del Rey, Harlan Ellison, Philip José Farmer, Alan Dean Foster, David Gerrold, James Gunn, Jim Gwin, Harry Harrison, Eddie Jones, Frank Herbert, Walt Liebscher, Anne McCaffrey, Richard Matheson, Catherine Moore, Sam Moskowitz, Larry Niven, Dannie Plachta, Fred Pohl (invité à d'honneur pro), Mack Reynolds, Bob Silverberg, Clifford D. Simak, Norman Spinrad, Théodore Sturgeon, Alfred E. van Vogt et sa femme Edna Mayne Hull, Bill Warren, Jack Williamson, Donald Wollheim, Roger Zelazny, etc. Sans compter quelques cinéastes comme Jack Arnold ou George Pal. Tout cela fait évidemment une belle brochette de personnes à voir et il est évident que quatre jours ne suffisent pas.

          Tout comme la liste des personnalités, le programme officiel était passionnant et énorme. Plusieurs activités se déroulaient simultanément dans plusieurs salles, évidemment.

          VENDREDI 1« SEPTEMBRE :
          — James Gunn présente « SF films », série d'interviews filmées d'auteurs importants.
          — Discours d'ouverture de Fred Pohl et présentation des célébrités.
          — Débat sur la SF et le fandom international (avec des représentants de plusieurs pays).
          — Poul Anderson : « Comment construire une planète. » Avec projections.
          — Débat : Histoire du fandom, première partie.
          — Débat : Les bâtisseurs de mondes. Avec la participation de Hal Clement, Poul Anderson, Larry Niven, etc.
          — Vente aux enchères, 1.
          — Films.

          SAMEDI 2 SEPTEMBRE :
          — Histoire du film d'animation, première partie.
          — « SF films » par James Gunn.
          — Vente aux enchères, 2.
          — Débat : l'art de l'animation.
          — Harlan Ellison : « Professionnalisme et SF ».
          — Histoire du fandom, deuxième partie.
          — Défilé de costumes.
          — Films.

          DIMANCHE 3 SEPTEMBRE :
          — « SF films » par James Gunn.
          — Choix du site de la convention de 1974.
          — Histoire du film d'animation, deuxième partie.
          — Vente aux enchères des œuvres d'art, 1.
          — Débat : le phénomène Tolkien, avec Lin Carter.
          — Débat : SF et cinéma, avec R. Matheson, G. Pal et Jack Arnold.
          — Débat : Comment écrire une série de SF, avec Anderson, Gerrold, Niven.
          — Histoire du fandom, troisième partie.
          — Débat : SF et société, avec Frank Herbert, Mack Reynolds et Philip J. Farmer.
          — Vente aux enchères, 3.
          — Banquet et remise des Hugos et prix divers. Présentation générale : Robert Bloch.
          — Films.

          LUNDI 4 SEPTEMBRE :
          — « SF films » par James Gunn.
          — Vente aux enchères d'oeuvres d'art, 2.
          — Vente aux enchères, 4.
          — Débat : Le marché de la SF en 1972, avec Ben Bova, Terry Carr, David Gerrold, Harry Harrison.
          — Histoire du fandom, quatrième partie (prévisions sur le fandom des années 70).
          — Remise des prix aux artistes et clôture de la convention.
          — Films.


          Je n'ai pas cru bon d'inclure dans cette liste déjà fort longue les différentes réunions : SFWA, Dracula Society, Burroughs bibliophiles, Tolkien Society, etc.
          Dans les chambres de l'hôtel se tenaient des séminaires parfois fort : intéressants ainsi que de petits groupes de discussion avec des auteurs à propos de leur œuvre propre. Citons seulement les séminaires sur Lovecraft, Bradbury et la Tétralogie de Wagner 1 qui, parmi tous ceux auxquels j'ai participé, m'ont paru les plus intéressants. Quant aux groupes de discussion, les plus intéressants (mais pas pour cela les plus fréquentés) avaient pour invités : Ellison, Silverberg et Spinrad, Les jeux de société vont toujours bon train dans les conventions et, en plus des habituels concours d'échecs ou de guerre spatiale, un tournoi de bridge peu suivi avait pris place cette année.
          Quelques attractions scientifiques : un laser disposé dans une salle de l'hôtel et un light-show dans une autre.
          Une salle immense était réservée à la vente de magazines et de livres de SF ; il y avait de belles affaires mais il fallait pour cela avoir un portefeuille bien garni. Le moindre magazine des années 30 coûtait plusieurs milliers de francs, pour ne citer qu'un seul exemple.
          Dans une autre salle, transformée pour l'occasion en petit musée de la. SF, il y avait principalement des œuvres de Tim Kirk, E. Jones, Alicia Austin et Karel Thole (que j'ai oublié de nommer au début). A signaler une intéressante exposition d'œuvres inspirées de livres ou de nouvelles de Fred Pohl (de même qu'à Boston, il y avait eu une exposition d'après Clifford D. Simak).
          Un nombre étonnant de récompenses furent décernées, dont je reparlerai à propos de la soirée du 3 septembre.

          Laissons à Lester del Rey le soin de présenter Frederik Pohl, invité : d'honneur de la Convention :
          « Être invité d'honneur d'une convention mondiale est à peu près la seule récompense que Fred Pohl n'ait jamais reçue dans le passé... Je le connais depuis plus de trente ans et il n'est pas nécessaire que je fasse appel à mes souvenirs personnels : ses titres de noblesse lui suffisent. Je ne connais personne d'autre qui ait fait plus que lui pour la science-fiction... Après avoir été un géant parmi les fans, il fut un agent exemplaire, un rédacteur en chef impeccable et un conférencier passionnant. Pour ne pas parler de son talent d'écrivain... Malgré ce que certains critiques ont pu dire, son influence littéraire a été dominante. N'oublions pas que c'est lui qui, avec D.M. Kornbluth, nous a donné The space merchants 2, une des plus cruelles satires de la société de consommation, bien meilleure que toutes les imitations qui ont pu voir le jour par la suite... Si tous ces talents réunis ne font pas de lui le meilleur Invité d'Honneur possible, ils en font néanmoins l'une des plus importantes personnalités de notre domaine... »
          Après ces paroles mielleuses auxquelles il faut rapidement s'habituer, je tiens à signaler que, dans les conventions et le fandom, chacun est toujours le plus beau, le plus sympa, le plus intelligent, etc. De même que les femmes des auteurs qui sont toujours excessivement « beautiful », même quand il s'agit des pires mochetés ayant jamais existé sur Terra (non, je ne citerai pas de noms...).
          II faut quand même noter que la production littéraire de Pohl est assez importante : quatre romans écrits seul, quatre avec Kornbluth, six avec Williamson ; neuf recueils de nouvelles écrites personnellement, un des textes cosignés par Kornbluth. Pohl a d'autre part édité huit anthologies, sans compter les Galaxy Readers ou les If Readers. En dehors du domaine de la SF, il a écrit deux romans avec Kornbluth et un roman d'après un scénario de Robert Alan Aurthur. Ainsi qu'un Guide pratique de politique, paru en 1972.
          Disons enfin que Pohl a quitté la tête du groupe Galaxy pour s'occuper à présent de Ace Books (ancien fief de Donald Wollheim qui vient de fonder sa propre maison, DAW Books ; le groupe Galaxy est, quant à lui, repris par Ben Bova qui lui donnera, espérons-le, une orientation un peu plus moderne, pour ne pas dire moderniste).

          Robert et Juanita Coulson, les deux invités d'honneur fan de la convention, sont parmi les membres les plus actifs du fandom américain.
          Fondé en 1953, Yandro aura vingt ans en février 1973. D'abord bulletin de liaison d'un club de l'Indiana, il se transforme progressivement en un fanzine national dont l'importance sera reconnue à la convention de Londres en 1965 puisqu'un Hugo lui est décerné.
          En dehors de leurs énormes activités fanzinesques, les Coulson écrivent d'une manière professionnelle. Juanita a déjà écrit quatre romans et Robert deux livres de la série UNCLE, en collaboration avec Gene De Weese. Sans parler des nombreux articles et nouvelles parus sous leurs noms dans divers magazines.
          Pour terminer, il faut absolument signaler que, malgré son embonpoint et son physique peu ragoûtant, Juanita est une excellente chanteuse de folk-songs, « bien meilleure que toutes celles qui ont enregistré jusqu'à ce jour », disent les spécialistes.

          Une excellente initiative, due à Bill Warren (Eerie, Creepy, vous connaissez ?), a permis au malheureux spectateur de s'y retrouver un peu dans l'avalanche de films présentés.
          Avant de citer les principaux longs métrages, survolons brièvement les courts métrages utilisés comme bouche-trous entre les séances : des épisodes de Twilight Zone de Rod Sterling, des dessins animés, des films expérimentaux, etc.
          Sur une trentaine de films, un seul (que tout le monde devait connaître, d'ailleurs) ne put être projeté : il s'agissait de The Andromeda Strain 3, de Robert Wise, d'après le roman de Michael Crichton.
          Les autres films étaient, soit en anglais, soit en langue originale avec sous-titres anglais. Seule la copie de Munchausen était en allemand et dépourvue de sous-titres. De toute façon, ce film est excellent et très facile à comprendre, même si l'on n'a pas une connaissance parfaite de l'allemand.

          — ABBOTT & COSTELLO MEET FRANKENSTEIN 4, 1947, Charles T. Barton. Avec Abbott, Costello, Lon Chaney, Bela Lugosi, Vincent Price. Un des meilleurs pastiches du genre et des scènes excellentes.
          — CHANDU, THE MAGICIAN, 1932, Marcel Varnel et W. Cameron Menzies. Avec Edmund Lowe, Bela Lugosi. Sans grand intérêt.
          DARK INTRUDER, 1965, Jack Laird. Avec Leslie Nielsen, Gilbert Green, Werner Klemperer. Bon nombre de scènes assez impressionnantes.
          — DEAD OF NIGHT, 1945. Anthologie de films d'après des nouvelles d'horreur. A signaler la musique de Georges Auric.
          THE DEVIL'S BRIDE 5, 1968, Terence Fischer. Avec Christopher Lee. D'après le roman de Dennis Wheathley, The devil rides out. Scénario de Matheson. Malgré une fin « catholique », un film extraordinaire. Excellentes scènes de sabbat dans la forêt.
          — DR. JEKYLL & MR. HYDE, 1931, Ruben Mamoulian. Avec Fredric March et Miriam Hopkins. Plus fort encore que les versions avec Lionel Barrymore ou Spencer Tracy.
          — THE GLADIATORS, 1969, Peter Watkins. Avec Arthur Pentelow et Frederick Danner.
          — THE INCREDIBLE SHRINKING MAN 6, 1957, Jack Arnold. D'après le roman de Matheson.
          — ISLAND OF TERROR 7, 1966, Terence Fisher. Avec Christopher Lee. Stupide histoire de silicates rampants dans une île anglaise.
          — JUST IMAGINE, 1930, David Butler. Avec El Brendel, Frank Albertson, Maureen O'Sullivan. Comédie musicale futuriste sans grand intérêt.
          — MUNCHAUSEN 8, 1943, Josef von Baky. Avec Hans Albers, Brigitte Horney, Ferdinand Marian.
          — THE NIGHT OF THE HUNTER 9, 1955, Charles Laughton. D'après le roman de Davis Grubb. Avec Robert Mitchum, Shelley Winters, Peter Graves. Peut-être un très bon film mais quasiment pas de rapport avec le genre fantastique ou SF.
          — KONEC SRPNA V HOTELU OZON 10, 1965, tchéc. Jan Schmidt. Avec Ondrev Jariabek, Beta Pnicanova. Après la Troisième Guerre mondiale, la vie d'un groupe de filles qui n'ont jamais vu d'hommes.
          — RADIO RANCH, 1935, Otto Brower & B. Reeves. Avec Gene Autry, Frankie Darro, « Smiley » Burnett. Etrange mélange de western et de SF. Cow-boys contre robots et six-coups contre fulgurants.
          — HAXAN 11, 1921, Benjamin Christensen. Version américaine dite par William Burroughs.
          Parmi les autres films, citons rapidement THE DEMON BARBER OF FLEET STREET, THE DEVIL BAT, THE DEVIL'S OWN, INTERNATIONAL HOUSE, CESTA DO PRAVEKU, KING KONG, LURK, MAD LOVE THE NIGHT STALKER, THE PEUPLE, PLAN 9 FROM OUTER SPACE, SPY SMASHER RETURNS, SVENGALI, TARGETS, TRANSATLANTIC TUNNEL, VOODOO MAN, WHITE ZOMBIE, THE DAY THE EARTH STOOD STILL.
          Un programme énorme, divers et passionnant. Tout y passe : la parodie, la comédie musicale, le western ; les monstres et la sorcellerie ; les robots et .le fantastique quotidien. Des films très connus que l'on aime revoir ; d'autres pratiquement invisibles. Un seul regret (mais ce n'est pas très important) : qu'il n'y ait pas eu une petite copie de SILENT RUNNING dans le lot.

          Le choix du site de la convention de 1974 s'est fait sans difficulté. Deux villes étaient en lice, New York et Washington. Or New York s'est retirée et a demandé que les votants se prononcent à l'unanimité pour Washington.
          Jay Halderman, responsable de la convention de 1974, a annoncé que l'invité pro serait Roger Zelazny tandis que l'invité fan serait Jay Kay Klein.
          Les deux prochaines conventions mondiales seront donc (puisqu'il n'y a toujours rien de fixé pour 1975) :
          — Toronto, Torcon 2, 1973, Robert Bloch et Bill Rotsler. :
          — Washington, Discon 2, 1974, Zelazny et J.K. Klein.

          Le concours de costumes (traditionnel et peu intéressant) était de meilleure qualité que les années précédentes bien que les participants fussent moins nombreux (67 au total).
          Sans entrer dans le détail de la remise des prix aux artistes ayant exposé pendant la convention, disons simplement qu'une grande partie des récompenses a été raflée par Tim Kirk, Alicia Austin et George Barr. Une mention spéciale est venue récompenser l'œuvre général de Karel Thole (dont, soit dit en passant, on aimerait bien voir les peintures sur les couvertures de Galaxie).
          La somme la plus élevée pour un tableau revint au Heldendammerung de Tim Kirk qui s'envola joyeusement pour quelque 203 dollars. Une paille.

          Sans revenir sur les traditionnels discours de remerciements et de flatteries propres aux banquets, passons tout de suite à la remise des prix.
          Le « Big Heart » Award, offert par Forrest J. Ackerman et Walter J. Daugherty, récompensa Stan Woolston pour les innombrables années passées au service de la SF.
          Le First Fandom Award, offert par First Fandom pour les services rendus avant 1940, alla à Catherine L. Moore.
          Le Comité du L.A. Con donna trois récompenses dans les catégories Production Littéraire, Anthologie et Magazine. Des larmes d'émotion coulèrent dans la barbe de Patrice Duvic quand il reçut l'award de la Production Littéraire venu récompenser le Club du Livre d'Anticipation.
          Celui de l'anthologie s'adressa évidemment à Harlan Ellison pour son Again, dangerous visions qui venait de paraître. Et celui du magazine reconnut les mérites de la revue espagnole NUEVA DIMENSION.

PALMARES 1972

          Meilleur roman : TO YOUR SCATTERED BODIES GO, Philip J. Farmer.
          Meilleure longue nouvelle : THE QUEEN OF AIR AND DARKNESS, Poul Anderson.
          Meilleure nouvelle : INCONSTANT MOON, Larry Niven.
          Œuvre dramatique : A CLOCKWORK ORANGE, Stanley Kubrick.
          Artiste pro : Frank Kelly Freas.
          Magazine pro : MAGAZINE OF FANTASY AND SCIENCE FICTION.
          Magazine amateur : LOCUS, de Charles et Dena Brown.
          Ecrivain fan : Harry Warner Jr.
          Artiste fan : Tim Kirk.

          Signalons que c'est la quatrième fois consécutive que F & SF reçoit le Hugo, égalant ainsi Astounding. LOCUS commence à collectionner les Hugos et Harry Warner Jr était invité fan à la convention de Boston. Venons-en aux résultats littéraires et dramatiques.
          Le choix des membres de la convention avait permis d'isoler cinq œuvres dramatiques : THE ANDROMEDA STRAIN, A CLOCKWORK ORANGE 12, I THINK WE'RE ALL BOZOS ON THIS BUS (disque), L.A. : 2017 (télévision), THX 1138.
          Cela n'a surpris personne d'apprendre que le Hugo était décerné à CLOCKWORK ORANGE, même si les films qui venaient second et troisième étaient par ailleurs excellents (ANDROMEDA et THX). Je ne parlerai pas du film de Kubrick car un numéro entier de Galaxie n'y suffirait pas.
          Pour la nouvelle, on découvre avec horreur que Niven vient devant U.K. Le Guin (VASTER THAN EMPIRES AND MORE SLOW) et Simak (THE AUTUMN LAND) 13. Lafferty se classe allègrement quatrième ou cinquième, ce qui fait que ce n'est pas encore cette année que ses talents seront « reconnus ». Niven séduit les réactionnaires de la SF par des textes qui n'ont d'autre intérêt que leur verbiage scientifique. Enfin, lisez RINGWORLD ou ses nouvelles et vous aurez compris (si ce n'est déjà fait).
          Pour la longue nouvelle, Anderson vient, avec un excellent texte, devant A MEETING WITH MEDUSA de Arthur C. Clarke et, argh !, THE FOURTH PROFESSION de Niven. Pas grand-chose à en dire sinon qu'il y avait un peu plus moderne dans la production de cette année.
          Les romans primés pour le Hugo sont, pour une fois, tous, ou presque, connus du public français.
          TO YOUR SCATTERED BODIES GO de Farmer est une version allongée des premiers épisodes du Monde du Fleuve 14 (la longue nouvelle The fabulous riverboat ayant été également étirée pour en faire un roman).
          Juste derrière venait THE LATHE OF HEAVEN d'Ursula K. Le Guin, roman qui confirme les talents et la minutie de cet auteur.
          En troisième, DRAGONQUEST 15 d'Anne MacCaffrey.
          Les deux autres romans étaient JACK OF SHADOWS 16 de Roger Zelazny qui n'a, à mon avis, pas grand intérêt ; et A TIME OF CHANGES de Silverberg. C'est là un excellent roman, comme la plupart des livres de cet auteur, mais le Hugo ne semble pas pour lui.
          Il est évident que le Hugo du roman de cette année est plutôt faible à côté des années précédentes. Théoriquement, Silverberg aurait dû être premier. Le Guin seconde, MacCaffrey troisième, Farmer quatrième et Zelazny cinquième.
          Farmer a de plus en plus tendance à tirer à la ligne et ses derniers romans ne sont pas des merveilles — j'en reparlerai un peu plus tard en survolant les nouveautés. D'un autre côté, il est normal que ce genre de livres ait le Hugo, quand on considère le niveau critique et intellectuel du fan moyen. Bon nombre d'auteurs reconnaissent d'ailleurs que les fans sont ceux qui leur font le plus de mal, avec leurs jugements sévères comme des odalies, leurs réunions frisant celles du KKK et leur mégalomanie débordante. Autant préciser que ce ne fut pas là la conclusion du débat sur le fandom international : ce milieu était décrit comme étant une pépinière de jeunes prometteurs, une mine d'idées, une école de critiques, etc.

          L'événement littéraire de cette convention était évidemment le gros AGAIN, DANGEROUS VISIONS de Harlan Ellison. Plus de trois douzaines d'histoires qui « commencent où finissent celles de Dangerous Visions ». L'édition originale vaut près de 13 dollars et j'aurai certainement l'occasion d'en reparler plus en détail dans un prochain Galaxie.
          En vrac, quelques titres : THE OMEGA POINT, de George Zabrowski (dont on a pu lire quelques nouvelles dans Galaxie). OTHER DAYS, OTHER EYES 17 de Bob Shaw (sur le monde du verre lent). Le BEST SCIENCE FICTION FOR 1972 édité par Fred Pohl. Un nouveau William Nolan : SPACE FOR HIRE, son dernier livre après Logan's run. Une anthologie de David Gerrold, GENERATION (24 jeunes auteurs pleins de talent). Un roman du même David Gerrold, YESTERDAY'S CHILDREN. A signaler également le début d'une nouvelle série de Lin Carter : les deux premiers titres sont BLACK LEGIONS OF CALLISTRO et JANDAR OF CALLISTRO. Un Keith Laumer, DINOSAUR BEACH, et un Silverberg, THE BOOK OF SKULLS (« son meilleur ouvrage » comme disent les journaux). André Norton, EXILES OF THE STARS. Le premier roman de Barrington J. Bailey, EMPIRE OF TWO WORLDS (très classique et pas beaucoup de rapport avec son style habituel). Un nouveau Malzberg, OVERLAY.
          Le dernier roman de Philip José Farmer, TIME'S LAST GIFT, est encore plus mauvais que les deux ou trois qui le précédaient (je veux parler de THE STONE GOD AWAKENS, THE WIND-WHALES OF ISHMAEL ou THE MAD GOBLIN). Farmer tombe dans le roman d'aventures le plus classique et le moins original possible. TIME'S LAST GIFT se résume brièvement : un groupe d'explorateurs part dans la préhistoire ; ils chassent l'auroch avec les sauvages et vivent en leur compagnie. L'un des savants décide de ne pas revenir dans le présent. Il sera en fait l'ancêtre de tous les autres. C'est beau, non ? C'est dommage pour Farmer. C'est un écrivain que j'aime bien et il nous avait habitué à mieux. Même ses pastiches (para-mythes, etc.) 18 ne rehaussent pas son niveau actuel. Où est donc l'auteur de FLESH, INSIDE OUTSIDE, ou de la suite de romans fantastico-porno FEAST UNKNOWN, IMAGE OF THE BEAST, etc.
          Par contre, le plus récent roman de Clifford D. Simak, A CHOICE OF GODS, montre un écrivain discret mais toujours en pleine possession de ses moyens.

          Extrait d'une discussion avec Simak :
          J.G. : Vous croyez qu'il y a dans votre œuvre la plus récente un changement d'esprit ou que vous écrivez un type de fiction moins spécifique et plus allégorique ?
          Clifford Simak : Oui, mais c'est un processus assez inconscient. Je n'ai pas décidé du jour au lendemain de faire des livres plus allégoriques. Un homme n'est pas aujourd'hui ce qu'il était un ou dix ans auparavant.
          J.G. : Vous pouvez parler de ce que vous écrivez pour l'instant ?
          C. Simak : Je ne peux pas vous le dire en détail mais je vous dirai seulement que j'écris un nouveau roman. Cela ne va pas sans difficulté, il faut souvent que je récrive certains passages, mais cela arrive très souvent en fait. J'ai aussi trois ou quatre nouvelles. Vous savez, on gagne bien plus en proportion quand on écrit un roman mais je préfère écrire des nouvelles, pour ma satisfaction personnelle, et je souhaite pouvoir continuer à le faire.
          J.G. : Ces dernières années, vous avez écrit des textes bien plus longs que ce que vous faisiez avant, même dans le cadre de la nouvelle. C'est parce que les idées devaient être développées beaucoup plus longtemps ?
          C. Simak : C'est premièrement parce que je crois que j'ai terminé mon apprentissage et que je peux maintenant facilement écrire plus longtemps sur la même histoire. Je peux maintenant créer des histoires plus compliquées, en analyser plus profondément tous les aspects.
          J.G. : Dans A choice of gods, qui devait s'appeler d'abord The project and the principle, il n'y a pas vraiment de héros ni de conflit.
          C. Simak : Oui, il n'y a pas non plus de poursuites ni de combats. Rien de toutes ces choses auxquelles on est habitué. On peut même dire que c'est une sorte d'anti-roman. Le sujet est fort simple : après une nuit, on s'aperçoit qu'une grande partie de l'humanité a disparu. Il y a une famille centrale, les Whitney, avec John et Keith Whitney. Il y a des Indiens qui sont revenus à leur ancien mode de vie. Des robots qui ont l'air d'être beaucoup plus humains que les hommes sur de nombreux points. Certains robots vivent dans un monastère et se consacrent à l'étude des grandes questions. Ce sont les trois groupes fondamentaux : les hommes blancs qui ont des pouvoirs techniques énormes, ils peuvent voyager dans l'espace, parmi les galaxies. Il y a le groupe des Indiens qui sont revenus, non pas exactement aux anciennes croyances indiennes, mais qui font maintenant partie intégrante de la nature : ils parlent aux oiseaux, aux animaux, aux arbres, etc. Du moins, ils pensent qu'ils peuvent le faire. Les robots, quant à eux, continuent les traditions des humains. Ils se posent un tas de problèmes : est-ce qu'ils ont le droit de représenter l'homme ? Est-ce qu'ils peuvent adorer Dieu ? Tout le monde est préoccupé par le retour de l'homme dans son propre monde et on s'aperçoit que beaucoup ne sont pas très enthousiastes en y pensant. Quand je dis que l'homme quitte la Terre, ce peut être par des vaisseaux cosmiques, ce peut-être aussi par le moyen de la pensée.
          J.G. : Vous ne croyez pas que la Terre est le meilleur lieu possible pour l'homme ?
          C. Simak : La Terre est le berceau de l'humanité, c'est là qu'elle est née mais aussi qu'elle a fait tous ses progrès. Et je dois déplorer que nous n'avons pas toujours utilisé très bien notre technologie. Si l'homme devait vivre autre part, il pourrait peut-être développer certains de ses instincts bons qu'il n'a pas encore assez développés. Il pourrait découvrir, non seulement un univers nouveau, mais aussi quelque chose de plus lointain à l'intérieur de lui-même. J'ai l'impression que l'évolution a montré que, à chaque fois qu'il y a un facteur de survie, il continuera aussi longtemps qu'un nouveau facteur ne sera pas apparu. Le changement n'est pas brutal mais progressif. Je crois que notre facteur de survie est l'intelligence. Nous n'en sommes qu'au premier stade et nous ne nous rendons pas encore compte de ce que c'est mais il viendra un jour où nous saurons que c'est plus que de savoir produire tant de tonnes d'acier par an ou tant de bombes, etc. Nous comprendrons qu'il y a énormément de choses qui seront bien plus importantes que ce qui nous semble important à l'heure actuelle...



Notes :

1. 1. Das Ring der Nibelungen : L'Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux. Ecouter absolument l'enregistrement intégral par Von Karajan, supérieur à celui de Klemperer.
2. 2. Planète à gogos, Rayon Fantastique puis Denoël.
3. 3. La variété Andromède (à ne pas confondre avec la lamentable et soviétique Nébuleuse d'Andromède d'après Efremov).
4. 4. Deux nigauds contre Frankenstein
5. 5. Les vierges de Satan
6. 6. L'homme qui rétrécit
7. 7. L'île de la terreur
8. 8. Le baron de Crack
9. 9. La nuit du chasseur
10. 10. Fin Août à l'Hôtel Ozone
11. 11. La sorcellerie à travers les âges
12. 12. Orange mécanique
13. 13. Le pays de l'Automne in Fiction 221
14. 14. In Galaxie 48, 49, 56, 74-75, 94-95.
15. 15. La quête du Dragon, CLA
16. 16. Le maître des ombres, In Fiction 220, 221, 222
17. 17. A paraître au CLA
18. 18. Cf. Fiction 228 : Qui donc peut faire un arbre ?

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