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Constance Joly-Girard et l'édition pour Jeunes Adultes

Serge PERRAUD

nooSFere, mars 2009

          Les Éditions Intervista, ont été créées il y a une quinzaine d'années pour faire connaître tous les aspects du cinéma, tant l'écriture que les différents métiers qui interviennent pour la réalisation d'un film. Si les premiers volumes ont été consacrés aux films de Luc Besson, le catalogue s'est enrichi avec la publication de novellisations.
          Puis un volet nouveau s'est développé, à partir de 2002, autour des aventures du jeune Arthur, le héros pour enfants imaginé par Luc Besson.
          Depuis peu, l'éditeur développe deux collections de fiction jeunesse qui s'assurent le concours d'auteurs qui ont assis leur renommée dans le genre SFFF. Riches de quelques titres qui retiennent l'attention, ces collections sont pilotées par Constance Joly-Girard. Nous avons souhaité faire plus ample connaissance avec cette éditrice qui intervient dans notre genre préféré.

          Rencontre par Internet, avec Serge Perraud

 

          Comment devient-on directrice d'une collection de SFFF pour jeunes et pourquoi avoir choisi ce domaine ?
 
          Je ne suis pas éditrice spécialisée en SFFF. J'ai commencé mon parcours en tant qu'éditrice jeunesse, chez Hachette où j'ai été l'éditrice du Livre de Poche Jeunesse et j'ai travaillé pour des maisons très différentes, parmi lesquelles Bayard, Pocket Jeunesse, ou Le Seuil. Le trait commun est le public des jeunes au sens large, de l'enfant au jeune adulte.
          J'ai créé chez Intervista une collection qui me tient particulièrement à cœur, « Les Mues », qui s'adresse aux adultes... qui ont encore un pied dans l'enfance et qui se propose d'observer le basculement intime entre un cycle de vie et un autre, nos zones de « mues »... Cette collection de littérature générale qui compte une petite dizaine de titres fait la part belle aux premiers romans et possède quelques très beaux textes parmi lesquels Du vent dans mes mollets de Raphaële Moussafir ou Le syndrome Godzilla de Fabrice Colin.
          Je me suis intéressée aux littératures de l'imaginaire en arrivant chez Intervista, et avec le soutien de Luc Besson, avec l'idée de célébrer cette période unique qu'est l'enfance en lui proposant des romans d'imaginaire au sens noble du terme : je venais de collections de littérature « miroir » avec une vision réaliste, parfois assez noire du monde, et j'avais envie de faire rêver les jeunes avec de beaux romans d'évasion.
 
          Vous dirigez deux collections : « Cinémascope » et « 15-20 » aux éditions Intervista. Quel esprit souhaitez-vous donner à chacune d'elles ? S'adressent-elles à un public différent ?
 
          Oui, bien sûr, elles s'adressent à un public différent. Pour faire simple, disons que « Cinémascope » s'adresse aux 9-14 ans et « 15-20 », aux 14-18 ans (on avait bien pensé appeler la collection « 14-18 », mais cela aurait prêté à confusion !), aux young adults, c'est-à-dire à l'exploration de cette frontière littéraire floue entre l'adolescent et l'adulte. Mais ces deux collections ont en commun de proposer du divertissement de qualité, extrêmement visuel et dynamique, ce qui n'empêche évidemment pas une certaine réflexion. Il serait temps de combattre ce cliché élitiste qu'un divertissement est forcément stupide. Le plaisir de lire est primordial, et grâce à lui on peut faire passer bien des choses !
 
          Les collections « Cinémascope » et « 15-20 » proposent annuellement peu de titres par rapport à d'autres collections « concurrentes ». Pensez-vous que cela soit suffisant pour asseoir ces collections et leur donner une place parmi la pléthore de titres ? Bien sûr, vous allez me rétorquer : pourquoi, en multipliant les titres, participer à l'accroissement d'une offre abondante !
 
          Vous m'ôtez les mots de la bouche. A quoi bon participer à l'inflation éditoriale galopante ? Nous préférons sélectionner et peaufiner nos titres avec amour. Et au fil du temps notre catalogue s'étoffe de titres qui comptent. Nous ne sommes pas là pour faire de la quantité, mais de la qualité.
 
          Pour « Cinémascope » vous êtes éditrice et directrice de la collection. Quelles sont les différences entres les deux fonctions ?
 
          Intervista est une petite structure d'édition, nous sommes deux. Je fais donc un peu tout : du choix du texte et du travail avec l'auteur jusqu'au rôle de fabricant, je m'occupe de la direction artistique, du suivi de fabrication et des aspects administratifs. Le cœur de mon travail et ce qui m'intéresse le plus cependant, c'est bien la définition des lignes éditoriales et la recherche de textes ainsi que le travail sur le manuscrit avec l'auteur.

          Comment choisissez-vous les livres que vous publiez ?
 
          Avec le plus grand soin ! Et au coup de cœur. Ils doivent être ensuite approuvés par Luc Besson.
 
          Comment travaillez-vous avec les auteurs ? Faites-vous des propositions de sujets, de thèmes de romans ? Suggérez-vous des pistes, des idées à explorer ou travaillez-vous à partir des synopsis que les auteurs vous présentent ?
 
          Nous ne passons pas de commande thématique. Mais nous pouvons suggérer que certains thèmes nous intéressent. Les pitches (c'est-à-dire un résumé en une quinzaine de lignes de l'histoire) sont obligatoirement validés par Luc Besson. Mais après, les auteurs travaillent comme bon leur semble, sur synopsis ou non. Nous nous adaptons à leur manière de créer.
 
          Y a-t-il des thèmes que vous préférez à d'autres, des sujets qui vous sont chers. N'êtes-vous pas tentée de les proposer plus volontiers aux auteurs ?
 
          La question écologique revient fréquemment dans « 15-20 » par exemple, car c'est un des grands enjeux de l'humanité. Mais c'est plus parce que les auteurs ont envie de travailler sur ces thèmes que des vœux émanant de notre part.
          Nous misons aussi sur le renouveau des héros à super-pouvoirs avec La Quête des Livres-Monde de Carina Rozenfeld en « Cinémascope », par exemple.
 
          Denis Guiot, votre co-directeur, a agrégé, autour de lui, une équipe d'auteurs francophones qui ne proposent que des originaux. Est-ce une volonté éditoriale de privilégier, avec ces auteurs, les inédits par rapport aux rééditions ?
 
          Il n'y a aucune réédition dans nos collections, ce sont des collections d'inédits. C'est une volonté éditoriale initiale qui n'a fait que se renforcer avec la venue de Denis Guiot, puisque celui-ci a emmené avec lui son « pool » d'auteurs.
 
          Comment partagez-vous, en « 15-20 », la co-direction avec Denis Guiot ? Suivez-vous intégralement un auteur et son livre ou vous partagez-vous la chaîne de réalisation d'un roman ?
 
          Nous travaillons en totale confiance et harmonie. Pour l'instant, disons que j'ai plutôt travaillé sur les titres étrangers et Denis sur les titres français. Mais nous pouvons tout à fait travailler à quatre mains sur un même titre d'une certaine manière, et d'une autre pour un autre titre. La force de notre équipe c'est le partage et la complicité
 
          Souhaitez-vous développer un domaine spécifique comme, par exemple, la fantasy, le space opera, l'uchronie... ou avoir un catalogue recouvrant les différents groupes que comporte le genre ?
 
          Nous ne raisonnons absolument pas en sous-genres. « 15-20 » est une collection d'imaginaire, point. Il peut y avoir du fantastique à la Stephen King (Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne), du thriller futuriste (Le dos au mur de Christophe Lambert), de l'anticipation écologique (La Trilogie du Gardien de David Klass ou Le Sang des Lions de Loïc Le Borgne) ; nous avons en projet un fantastique urbain « girly » avec des vampires, plein d'humour et de désir, et un gros roman de fantasy par un très grand auteur français, dont je ne peux pas encore donner le nom, le contrat n'étant pas encore signé.

          Mais n'est-ce pas accroître la difficulté en essayant de promouvoir des sujets éclectiques, passer de L'arche de Noa à Le Sang des lions, d'un conte de fées moderne à un roman d'aventure ?
 
          Préfèreriez-vous que nous ressassions toujours les mêmes thèmes comme certains de nos concurrents ? L'éclectisme, l'originalité, l'ouverture nous semblent au contraire être des qualités éditoriales...
 
          La collection « Cinémascope » laisse supposer un lien fort avec le cinéma. Voulez-vous faire passer des oeuvres du livre au film ?
 
          Oui c'est l'idée de Luc Besson au départ : travailler en sens inverse de ce qui se fait usuellement, c'est à dire, adapter le livre à l'écran (comme il l'a fait pour Arthur) plutôt que de novéliser le livre du film préexistant. Un contrat d'adaptation audiovisuelle avec EuropaCorp (la société de production de Luc Besson) est donc signé parallèlement au contrat d'édition.
 
          Travaillez-vous en lien avec les autres activités des Editions Intervista ?
 
          Intervista existe depuis 15 ans bientôt : elle publie à côté du phénomène éditorial Arthur des beaux livres liés à l'univers et au cinéma de Luc Besson. Nous avons un catalogue très varié qui tient sa cohérence de par sa volonté d'être populaire, en proposant des divertissements de qualité.

          Quel programme envisagez-vous pour 2009 ? Quels romans avez-vous en « chantier » ?
 
          Nous avons un programme que nous ne pouvons communiquer que partiellement pour l'instant puisque nous sommes en attente d'un certain nombre de décisions. Disons qu'il y aura de « gros » auteurs français sur des romans ambitieux. Il y aura de la fantasy médiévale, du gothique vampirique, du thriller écologique, de la SF militante écolo, du 100% filles aussi... Rien que du très bon, parmi lesquels Henri Loevenbruck, Ange, Carina Rozenfeld, Jean-Marc Ligny et quelques romans de très bons auteurs étrangers.



 

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