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Jeunesse et Science Fiction

Travelling sur le futur, une science-fiction au présent

Denis GUIOT

Fiction n°305, 1979

          Les esclaves de la joie par Michel Grimaud
          Les gardiens par John Christopher
          Le cerveau de la ville par Monica Hughes
          Alerte au plateau 10 par Monica Hughes
          Les frères des nuages par Bertrand Solet
          La planète des fous par Ermanno Libenzi
          Les prisonniers du temps par Nicholas Fisk

 


          Née en 1977 et portée par les éditions Duculot 1 sur les fonds baptismaux du marché des collections pour jeunes. Travelling sur le Futur s'attache aux perspectives problématiques de notre avenir (les manipulations biologiques et génétiques, le conditionnement des individus, la colonisation des fonds sous-marins, l'informatisation croissante de la Société, etc.), tandis que Travelling, son aînée de cinq ans riche déjà d'une cinquantaine de titres, aborde les grands thèmes du monde contemporain (les conditions de vie des travailleurs immigrés, le divorce, la prostitution, la guerre civile en Irlande, etc.). Favoriser l'ouverture d'esprit et développer le sens critique, permettre aux jeunes de mieux se comprendre tout en se situant par rapport au monde des adultes, tels sont les buts avoués des deux Travelling. Mais arrêtons de généraliser et passons en revue la dizaine de titres parus dans cette dynamique et trop méconnue collection de science-fiction pour jeunes qui, délaissant les étoiles, s'ancre fermement dans le quotidien.

 

          Les esclaves de la joie, ce sont les habitants des villes que le Pouvoir maintient dans un état de docilité permanente grâce à une drogue euphorisante, la « Joie », introduite quotidiennement dans la nourriture distribuée. Dans les montagnes environnantes, quelques communautés villageoises tentent d'échapper à l'aliénation citadine en ressuscitant les techniques du passé et en développant l'artisanat. Avec chaleur, Michel Grimaud 2 met tout son espoir dans ce mode de vie, mais le manichéisme simpliste et naïf du roman qui se contente d'opposer la Cité (mère de tous les vices), à la Campagne (source de toutes les vertus), affaiblit sensiblement la portée du propos et nuit à son efficacité.

 

          Plus subtil, tout en utilisant une trame sensiblement identique, est le roman de John Christopher 3, Les Gardiens. Là aussi nous avons affaire à une mégapole immense et grise, Conurb, où vivent des millions d'hommes abrutis par la routine et l'holovision. Là encore, la campagne où se réfugie Rob le Conurban est présentée comme un endroit idyllique, symboliquement séparée de la cité par la Barrière. Mais cette campagne passéiste où vit, selon le mode victorien cher à l'Angleterre de la fin du XIXe siècle, l'élite de la nation entourée de ses domestiques, n'est qu'un morceau du puzzle conçu par Les Gardiens, un élément indispensable de l'équilibre maintenu par cette force occulte qui gouverne en secret le pays. Derrière le paravent de cette société paisible, société de marionnettes figée dans son immobilisme, derrière cette apparence feutrée se cache la sourde violence de l'entreprise de conditionnement des Gardiens, définie en ces termes par le Gouverneur de County : « Cette forme de société doit paraître naturelle. (Les gens) ne supportent pas qu'on leur impose quoi que ce soit, même le bonheur... ». Mais pour Rob, le bonheur, c'est avant tout la liberté de choisir son mode de vie, quel qu'il soit. Quittant la fausse utopie des campagnes, il retourne vers Conurb, vers le lieu de son enfance, afin d'y faire fructifier et éclater le germe de la révolte et de la violence qui est en lui. Les Gardiens est un roman solide et dense, classique dans sa forme et d'une grande richesse sur le plan thématique. Refusant le confort d'une pensée manichéenne, il fait preuve d'une grande finesse d'analyse tout en restant un récit alerte et prenant. Une réussite incontestable.

 

          Peut-on tenter de faire le bonheur des gens par des manipulations biologiques et génétiques, tel est le sujet de Férida, l'île du bonheur, d'Eva Maria Mudrich. Sur cette île, soi-disant détruite par un accident atomique afin de l'isoler du reste du monde, le Conseil Mondial pour la Paix se livre à une inquiétante expérience. Dans le cadre du programme de recherches sur les techniques de conditionnement de l'individu — afin de les mettre au service de la « pacification » des rapports sociaux — les habitants de Férida ont subi, à leur insu, une importante manipulation biologique. Mais l'expérience échappe au contrôle des savants. Au lieu d'être simplement bons et pacifiques, les habitants de l'île deviennent passifs, inertes, apathiques, indifférents à tout ce qui leur arrive, sans passion ni désir, n'attendant plus rien de la vie. Certains instincts qui, comme l'agressivité, perturbent la vie en société ne sont-ils pas, en fait, lorsqu'ils sont guidés par la raison, le moteur de tout progrès humain et social ? Est-ce vivre que d'exister dans de telles conditions ? Tout en manifestant — quoique de manière ambiguë — ses inquiétudes quant à l'avenir de « l'homme remodelé » 4, Eva Maria Mudrich évite les pièges du didactisme pesant et ennuyeux, construisant son récit comme une enquête policière au suspens constant. Le lecteur suit pas à pas le technicien Manowsky dans sa quête obstinée de la vérité et découvre avec lui le secret de Férida. De plus, l'action de Manowsky, face à un pouvoir technocratique qui use de tous les moyens à sa disposition pour maintenir le secret de l'expérience, pose le problème de la responsabilité individuelle au sein d'une société répressive.

 

          Est-elle vraiment idéale cette école de Bruno Hauter, système éducatif « parfait » où tout est conçu pour assurer une formation scolaire exemplaire à l'aide des seuls moyens audio-visuels, où tout est organisé par des responsables invisibles, monde d'un ordre parfait, replié sur lui-même, hors du temps et du tumulte de la vie courante, exempt de toute crainte ou anxiété ? S'instruire, certes, mais à quel prix ? Au prix de sa propre liberté, que le concept d'école idéale, nouveau Méphisto, aspire goulûment en échange d'une instruction optimum. Court roman adoptant la forme d'un journal tenu par la jeune Evelyne, cobaye involontaire de cette mystérieuse expérience pédagogique, l'école idéale de Bruno Hauter fourmille de réflexions cocasses et pertinentes sur la famille, les professeurs, sur la difficulté de vivre lorsqu'on est un enfant, rappelant par moments Les Petits enfants du siècle de Christiane Rochefort. « Franchement, ce n'est pas une vie d'être un enfant ! » s'exclame Evelyne. C'est aussi l'avis de Christiane Rochefort qui proclame que « de tous les opprimés doués de parole les enfants sont les plus muets » 5. Privé de tout pouvoir de décision par les institutions scolaire et familiale, l'enfant ne s'appartient pas vraiment à lui-même, il est vampirisé, possédé au sens démonologique du terme. Le roman de Bernice Grohskopf est bien plus riche qu'il ne le paraît au premier abord :
          Sous des dehors humoristiques, il porte une saine et intelligente contestation dans la famille et l'école, visant juste et bien. Quant à la fin, inquiétante à souhait, elle distille insidieusement le suave venin de l'angoisse. Car qui est Bruno Hauter ?

 

          Après les manipulations biologiques (Férida, l'île du Bonheur), les drogues (Les esclaves de la Joie, L'Ecole idéale de Bruno Hauter), la télévision (Les prisonniers du temps), la lobotomie (Les Gardiens), voici l'ordinateur, une des cartes maîtresse de tous les techno-fascismes du monde, dont les buts sont d'assujettir l'homme, l'équarrir, le réduire à quelques automatismes en le castrant de ses pulsions et de ses désirs. Pour son bien, évidemment ! Le cerveau de la ville, qui répond au doux prénom de C3, est un énorme ordinateur central programmé pour assurer le bien des habitants de Thomson-City et surtout des enfants, qui sont les citoyens de demain. Mais C3, usant de son circuit de responsabilités, prend de redoutables initiatives : il démolit les vieux quartiers pour créer des plaines de jeu, conditionne les gens par la télévision 6, installe un système de surveillance, élimine de la cité les « indésirables » (clochards, vieillards, chiens, etc.). Prenant possession de la ville — et de ses habitants, par conséquent il la gère avec sa logique d'ordinateur, c'est-à-dire une inhumaine efficacité. Caro, la fille de l'ingénieur qui a conçu C3, découvre progressivement la « folie » de l'ordinateur et, aidé de son ami David, se révolte. Le sujet n'est guère original et le traitement de l'intrigue — quoique exposant correctement les dangers d'une informatique mal digérée — a un petit côté « club des cinq contre l'ordinateur » qui ne fait pas très sérieux. Mais le roman de la Canadienne Monica Hughes doit, à mon avis, être essentiellement lu comme une parabole sur l'éducation : « Si tu nous prives de la liberté de commettre des erreurs et d'apprendre grâce aux erreurs des autres, dit Caro à C3, nous ne deviendrons jamais des adultes ». La liberté c'est avoir la possibilité de se tromper, c'est pouvoir prendre des décisions, même erronées. C'est revendiquer le droit à l'erreur ; car être libre c'est agir, c'est être responsable. La dignité humaine ne saurait être compatible avec l'abandon du libre-arbitre et ne se marchande pas, même au prix d'un quelconque « bonheur » factice et inacceptable.

 

          A nouveau ce fâcheux côté « Club des Cinq » dans cet autre roman de Monica Hughes, Alerte au Plateau 10. Notons, malgré tout, que les thèmes abordés ne sont en rien comparables à ceux d'Enid Blyton, Dieu merci ! La lune et les plateaux sous-marins sont désormais habitables. Mais les colonies sont sous la coupe des sociétés minières qui les exploitent durement. Masterman, le gouverneur de la Lune, va plaider devant l'ONU la cause des colons qui souhaitent l'indépendance. Pendant ce temps, son fils Kepler passe quelques semaines au Plateau 10 chez son oncle qui habite sous la mer. Là, il découvre l'existence des hommes-poissons, résultats d'expériences ultra-secrètes menées au Plateau qui permettent à ces « noés » de respirer sous l'eau. Lassés par les fausses promesses des gens de la surface, ceux-ci décident de passer à l'action violente pour faire aboutir leurs justes revendications. Très simplement écrit, le roman ne risque pas de concurrencer le très beau livre d'Hugo Verlomme, Mermère ! 7. Cependant il pose, à travers les personnages de Kepler et de son ami Hilary, le problème de toutes les minorités exploitées : celui des moyens à employer pour se libérer du joug de l'exploitant. Dialogue ou terrorisme ? « Il vaut mieux négocier sans colère qu'aboutir par la violence » affirme Monica Hughes. Mais lorsque tout a échoué ? Kepler ne se résous pas à abandonner la partie et se lance dans un acte follement individualiste et suicidaire.
 

 
          Les frères des nuages de Bertrand Solet choque par son infantilisme. Dans un monde où un équilibre pacifique est enfin atteint, le petit état dictatorial du Parsilar tente de s'imposer en s'appuyant sur une secte de fanatiques et sur un chantage à l'arme bactériologique. Ce fascisme de mauvaise bande dessinée, sans aucune crédibilité, n'a pas sa place dans Travelling sur le futur.

 

          Bien sûr, La planète des fous c'est la Terre, menacée par la supertechnologie, la superrobotisation, la superproduction et la superconsommation. Ces huit nouvelles tragico-comiques d'Ermanno Libenzi auraient pu faire mouche... si un certain Robert Sheckley n'était pas déjà passé par là 8 ! Reste un ouvrage agréable pour jeunes lecteurs ne connaissant ni Lem, ni Sheckley.

 

          Les prisonniers du temps : nous sommes en 2079. Les hommes vivent à l'abri du monde extérieur, sous une cloche protectrice autant physique que morale, inutiles et pris en charge par une Autorité Officielle, affalés devant la supertélévision qui les maintient dans un état de totale passivité. Mais Dano et Oncle Lipton possèdent une drogue 9, le Viplus, qui leur permet de voyager dans le temps. Rêve ou réalité ? Qu'importe ! Atteints par la folie circulaire ils quittent la langueur aseptisée de leur époque et retournent vivre dans la campagne anglaise de 1940 ; ou bien errent dans un futur brutal livré aux exactions des « Tuniques bleues », sinistres loubards conduisant des scooters volants aux ailes soigneusement effilées. Question : « Entre le passé aimé mais pouilleux ; libre mais parfois misérable, glorieux mais d'une gloire absurde, et un futur peut-être violent et d'une brutalité sadique, en tout cas incertain, faut-il se résigner à un présent fade, lisse, heureux d'une béatitude de ver à soie dans son cocon ? » Mais contrairement aux autres titres de la collection, Les prisonniers du temps n'est animé d'aucune volonté démonstrative ; il s'agit plutôt d'une mise en concordance émotionnelle de différents types d'existence, d'un choc d'images : le retour à la terre passéiste, l'hyperviolence urbaine de demain, le présent oisif de 2079. Le roman de Nicholas Fisk tranche aussi sur les autres Travelling par son appartenance à la « pure » thématique SF (Les paradoxes temporels) et sa construction ambitieuse — mais pas très convaincante — qui brasse différents niveaux de réalité temporelle.
 
 
          Et L'énergie du désespoir. Antoine Demongeot est ingénieur à Omninucléo, une entreprise qui étudie et fabrique des combustibles pour centrales nucléaires. Celle-ci doit fournir à la centrale de Merilly un cœur en 212 C avant le 15 juin 1989. Or, le 212 C n'est pas au point malgré tous les essais effectués par le service technique. Passant outre l'avis de l'ingénieur qui demandait un délai, la direction d'Omninucléo, pour qui les impératifs commerciaux priment ceux concernant la sécurité, décide de mettre en fabrication le dangereux combustible. Afin de freiner cette décision, Demongeot fait des révélations à la presse, sous couvert de l'anonymat. Mais celui-ci est percé à jour, et il est mis en « congé forcé » par sa firme.
          Enlevé par un commando anti-nucléaire, il accepte, avec réticence, d'intervenir par vidéophone dans un débat télévisé. Outrepassant les « règles de discrétion » en vigueur dans le nucléaire, il dénonce publiquement les dangers du 212 C. Désormais, Demongeot est un homme « grillé » et il n'a plus qu'une solution, entrer dans la clandestinité. Ce qu'il fait — non de gaieté de cœur car l'ingénieur n'a rien d'un héros de roman d'aventures — en travaillant à dépister les défauts du 212 C dans les laboratoires de l'Union des Consommateurs. Mais la Sécurité Nucléaire retrouve Demongeot... et jamais plus on n'entendra parler de l'ingénieur trop consciencieux. Avec lucidité. L'énergie du désespoir fait le procès d'une société qui, misant sur la croissance technico-économique à tout prix, a laissé les mâchoires du piège nucléaire se refermer sur elle, ce nucléaire qui « permet et encourage la surconsommation, le gaspillage, la pollution et le matérialisme dont il est à la fois la cause et la conséquence. » Michel Corentin connaît bien la question pour avoir travaillé plus de quinze ans dans la recherche scientifique, collaborant avec de nombreux centres de recherches nucléaires à travers l'Europe. Il sait que les centrales n'explosent pas comme des ballons de baudruche trop gonflés ; mais il sait aussi que, dans le nucléaire comme ailleurs, les considérations économiques passent AVANT la sécurité, business is business, et donc encore que, afin de défendre ce qu'elle croit être le progrès, la société est conduite à établir une surveillance policière étroite et à restreindre les libertés individuelles, mieux même, à créer une Sécurité Nucléaire qui se tient au-dessus de la Justice. C'est l'institution d'une logique de l'exclusion qui se doit d'éliminer impitoyablement tout ce qui se met en travers du nucléaire 10. Mais comment combattre le monstre ? Grâce aux mouvements de consommateurs, aux groupes écologiques ou anarchistes, aux travailleurs du nucléaire eux-mêmes ? Par la violence ou la lutte légale ? Le combat individuel ou collectif ? Mais quel que soit la manière utilisée ce sera avec l'énergie du désespoir, la survie, la simple survie de l'individu et de l'espèce étant à ce prix.
 

          Incontestablement, Travelling sur le futur est une collection attachante qui possède une forte personnalité. La gentillesse tenace et douceâtre qui est souvent de mise dans bon nombre de romans pour jeunes n'a pas ici droit de cité, et c'est heureux (avec quelques réserves malgré tout pour les deux romans de Monica Hughes, quoique cela reste dans les limites de l'acceptable). Le style est alerte et direct, sobre et efficace, sans fioritures mais soigné. Les auteurs sont de différentes nationalités, ce qui change agréablement de l'alternative français/anglo-saxon (sont représentés l'Italie, le Canada, la France, la RFA, l'Angleterre et les USA). Mais surtout ce qui caractérise la collection est sa volonté de promouvoir une science-fiction témoin de son temps, une science-fiction qui exprime ses angoisses devant certains aspects du monde moderne et crie la révolte de l'individu contre tout ce qui voudrait aliéner sa liberté. Une science-fiction qui n'a plus la tête dans les étoiles, mais les pieds dans le quotidien. Les intentions de Travelling sur le futur sont évidentes et pleinement revendiquées : des fiches pédagogiques (avec thèmes développés dans l'ouvrage, bibliographie, suggestions pour le travail en classe) sont à la disposition des enseignants. Non pas en tant que compilations de recettes à suivre, mais comme simple matériel d'information supplémentaire permettant au roman, lorsqu'il est étudié en classe, de mieux jouer son rôle de catalyseur, d'être un tremplin qui permette aux adolescents de mieux comprendre les problèmes de notre monde et de mieux percevoir le rôle actif qu'ils peuvent et doivent jouer dans la société. Malgré cette volonté démonstrative et militante, charpente idéologique de la collection, les écueils du didactisme pesant et du manichéisme simpliste sont assez souvent évités.

          Mais l'imaginaire ? La science-fiction ne serait-elle plus ce véhicule privilégié pour entreprendre l'exploration des fabuleuses « régions de l'imprudence intellectuelle » chères à Bachelard ? Car c'est là où le bât blesse. Inévitablement. A trop vouloir coller au présent, à refuser le détour par le rêve, la Fantasy ou le sense of wonder, Travelling sur le futur s'est privée de « l'imaginaire comme procédé d'analyse » 11 et donne de la science-fiction, réduite au rôle de faire-valoir, une image bien fadasse. A propos de tous ces livres à thème, en général, Marion Durand s'interroge : « Il va sans dire que ces romans se veulent réalistes ; en fait, soit ils sont totalement démobilisateurs parce qu'ils sont un constat décourageant de certaines réalités, soit ils proposent « des solutions » qui sonnent faux, louvoyant entre le paternalisme, le réformisme et les bons sentiments » 12 Travelling sur le Futur n'échappe pas complètement à ces critiques. Sont décourageants par leur pessimisme : Ferida et L'énergie du désespoir ; n'échappent pas aux bons sentiments et aux trucs en « ismes » : Les esclaves de la joie, les deux Monica Hughes et Les frères des nuages. De plus, faisant apparemment peu confiance à l'action collective (syndicats), les romans de la collection prônent des actions individuelles du genre desesperado, estimables sur le plan de la prise de conscience, certes, mais certainement peu efficaces dans la réalité. Marion Durand va plus loin encore : « A l'origine, c'est bien d'une volonté militante de prise de conscience qu'est né ce type de livres mais on peut se demander alors où est la littérature. Ces livres peuvent-ils donner liberté et plaisir de lire ? Ne constituent-ils pas parfois un nouveau type d'enfermement ? » 12
          La question reste posée. Mais dans la steppe des ouvrages « gnangnan » pour jeunes, Travelling sur le Futur, est une saine et nécessaire baffe dans la gueule, une collection passionnante et indispensable malgré (ou à cause de ?) ses défauts. On aimerait simplement que l'imagination y prenne un peu plus le pouvoir. Car le rêve aussi peut-être subversif : « nous nous battrons avec nos rêves » (Michel Jeury, Les singes du temps, Robert Laffont)

 

D.G.

Notes :

1. Sises à Gembloux (Belgique) et spécialisées dans les ouvrages traitant des difficultés de la langue française (dont les fameux Grévisse).
2. Auteur, entre autres, de l'excellent L'île sur l'océan nuit (Coll. l'âge des étoiles — Laffont). Michel Grimaud est le pseudonyme de deux auteurs habitant Saint-Tropez : Jean-Louis Fraysse et Marcelle Perriod.
3. Un des plus talentueux représentants de l'école « catastrophe » de la science-fiction britannique, dont l'œuvre la plus réussie. Terre brûlée, vient d'être rééditée dans Le livre de Poche.
4. L'homme remodelé par Vance Packard (Ed. Calmann Levy)
5. in Les enfants d'abord (Grasset) — Voir aussi l'interview de Christiane Rochefort parue dans le numéro 2 de Mouvance sur l'éducation (un numéro qui, soit dit en passant, complète parfaitement le roman de Bernice Grohskopf — A commander chez Bernard Stephen, 14, avenue de Magny 57000 METZ, 140 pages, 16.50 francs).
6. Quoiqu'il n'y ait pas besoin d'ordinateur pour cela ! Les Roger Gicquel, Guy Lux et autres Denise Fabre y arrivent très bien, et sans ça'rtes perforées I
7. aux Editions Maritime et d'Outre-Mer. Rappelons qu'aux EMOM est paru le passionnant Habiter la mer, d'Edith Vignes et Jacques Rougerie ; réalisé par le Centre d'Architecture de la Mer, ce très bel album est une très poétique et très réaliste anticipation sous-marine. Rien à voir avec la plate évocation de Monica Hughes.
8. ou si elles avaient été traduites en 1971 (date du copyright italien).
9. Rien à voir avec le thé... Lipton !
10. Voir l'implacable nouvelle d'Andrevon Les retombées (in Dans les décors truqués — Présence du futur) et SOS radiations de Christian Piscaglia (Bibliothèque Verte).
11. Citons Christian Léourier : « Je sévis dans un domaine — la science-fiction — qui a volontiers une intention pédagogique en ce qu'elle se veut le révélateur d'une époque (la nôtre) quelque peu confuse. La science-fiction pour jeunes n'échappe donc pas à ce trait. Chacun de mes livres traite d'un problème qui concerne notre société, et à ce titre, les adolescents. Ce que la science-fiction peut apporter d'original dans ce projet, c'est une façon inhabituelle d'aborder la question. Pour tout dire, une méthodologie : l'utilisation de l'imaginaire comme procédé d'analyse » (in Le Monde da l'éducation décembre 1978 — Dossier : Ecrire pour la jeunesse).
12. Ce qu'on fait lire aux enfants » in La Lettre (n° 248/250), dossier : « Vie d'enfants rêves d'adultes ».

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