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Angleterre

George W. BARLOW

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

         

          En SF aussi, la Grande-Bretagne est à l'égard des USA l'ancienne métropole dominée par son ancienne colonie. Mis à part Poe, les pères fondateurs étaient anglais : H. Rider Haggard avec She (Celle qui doit être obéie, Laffont) et R.L. Stevensonavec Dr Jekyll and Mr Hyde(10/18), tous deux en 1886, A. Conan Doyle avec The Lost World en 1912 ( Le Monde perdu, Laffont), sans oublier la mère fondatrice Mary Shelley avec Frankenstein (Marabout) dès 1817, ni bien sûr le grand H.G. Wells qui à l'aube du XXe siècle est le souverain en titre des deux côtés de l'Atlantique. Mais peut-être fait-il trop d'ombre de ce côté-ci ? La revue trimestrielle de Walter Gillings, Tales of Wonder (1937-1942), fait appel à de nombreux auteurs américains à côté de Festus Pragnell (connu chez nous pour Kilsona, Monde atomique- Rayon Fantastique), J.R. Fearn (alias le prolifique Vargo Statten des débuts du Fleuve Noir Anticipation) et John Beynon (qui deviendra John Wyndham). Pour les années 1930-1945, citons encore John Taine, dont les romans ne devaient être connus en France qu'un quart de siècle plus tard au Rayon Fantastique (actuellement disponibles, Germes de vie et Le Flot du Temps réédités chez NéO), et surtout C.S. Lewis avec sa trilogie de SF religieuse, Le Silence de la Terre (NéO - Ouf of the Silent Planet, 1938), Voyage à Vénus (NéO - Voyage to Venus, 1943), et Cette hideuse puissance (NéO -  That Hideous Strength, 1945), où voyages interplanétaires et mythes celtiques (Marlin) sont mis au service de la foi anglicane.

          

          Grand épanouissement après la guerre... et, en 1946, la mort de Wells. Wyndham reprend explicitement son flambeau dans Les Triffides, où l'ennemi venu d'ailleurs ravage un décor très anglais ; Clarke, lui, est plutôt dans la lignée Verne-Gernsback avec Prélude à l'espace avant de s'inspirer de son compatriote Stapledon dans Les Enfants d'Icare. Le Triangle à quatre côtés de William Temple (Presses Pocket - The Four-Sided Triangle, 1949) est intimiste ; mais la menace nazie à laquelle le pays vient non sans mal d'échapper marque profondément 1984 d'Orwell, Le Son du Cor (Livre de Poche – The Sound of This Horn, 1952) où J.W. Hall, sous le pseudonyme de Sarban, imagine qu'elle a triomphé, comme plus tard Keith Roberts dans Weihnachtsabend, et même Le Seigneur des Anneaux de Tolkien (Livre de Poche, 3 volumes - The Lord of the Rings, 1954-1956) où elle est transposée en fantasy. La même tourmente peut expliquer la prédilection des auteurs britanniques pour les romans catastrophes, comme Terre brûlée de John Christopher (Livre de Poche - The Death of Grass, 1956), et par la suite ceux de J.G. Ballard - dont Stormwind, première mouture du Vent de nulle part paraît en revue en 1961. 

          

          Des revues, il y en a deux : New Worlds (1946) dirigée par Ted Carnell, et Science Fantasy (1951) où W. Gillings lui cède bientôt la barre. Elles accueillent les premières nouvelles de John Brunner et Brian Aldiss, plus marqués par l'influence américaine, au moins au début, comme le montrent respectivement Au seuil de l'éternité  (Satellite – Threshold of Eternity, 1969) et Croisière sans escale ou Le monde vert.

 

          En 1963, Moorcock prend la direction de New Worlds, qui s'ouvre à des tentatives nouvelles, de même que sa revue-soeur, rebaptisée Impulse : Jerry Cornelius s'y ébat, personnage créé par Moorcock et mis à la disposition de tous, on accueille des Américains mal vus chez eux, Sladek Disch, Harrison, Delany et surtout Spinrad avec Jack Barron et l'éternité. Certes, on continue à y trouver des textes très britanniques et traditionnels de forme, tel Corfe Gate de Keith Roberts en juillet 1966, première brique d'un édifice qui s'appellera Pavane - un monde où l'Angleterre n'a pas réussi à être l'Angleterre parce qu'Elisabeth I a été assassinée, et avec elle l'indépendance religieuse et politique 1. Mais la dérive vers le pur plaisir de choquer (les textes réunis plus tard par Ballard dans Le Salon des horreurs) ou vers l'écriture expérimentale (qu'on trouve aussi dans Report on probability A d'Aldiss, 1968, non traduit) va s'avérer fatale aux deux revues.

          

          Après 1970, voici donc l'Angleterre plus dépendante que jamais des USA ! A part la brève période de Vortex (1976-77), c'est à Galaxy, IF et F & SF qu'un homme comme Brunner doit soumettre ses nouvelles ; et il faut aussi, pour qu'il puisse en vivre, que ses romans aient une édition Ace, Ballantine ou Doubleday : du coup, il écrit, de son propre aveu, en "mid-Atlantic English" ! Quand Clarke publie en 1957 ses Tales from the White Hart (= contes du Cerf Blanc, inédit) à l'inimitable atmosphère de pub, il est déjà tombé amoureux de Ceylan, où il s'installera bientôt. Aldiss, lui, reste bien anglais, au point de se mettre à l'école de Mary Shelley avec Frankenstein délivré et de Wells avec L'Autre Ile du Dr Moreau (J'ai Lu - Moreau's Other Island, 1980), mais vit plutôt de ses anthologies. Quant à Ballard, de Crash ! au Rêveur illimité, il est de plus en plus Ballard et de moins en moins SF !

           

          Mais déjà son exemple a fait lever une nouvelle génération. Ian Watson publie en 1973 L'Enchâssement et Christopher Priest l'année suivante Le Monde inverti, deux premiers romans très surprenants mais d'une logique très serrée. Egalement de 1974, L'Incurable de D.G. Compton, rebaptisé La mort en direct après le succès du film de Bertrand Tavernier (J'ai Lu - The Continuous Katherine Mortenhoe), est moins profond intellectuellement, mais quelle force d'émotion ! En 1975, c'est Charisme de Michael Coney, non moins humain mais plus complexe de structure avec ses mondes parallèles, et bien anglais avec son décor de Cornouailles. Comme pour ne pas être en reste avec ses épigones, Ballard est revenu en 1981 à la SF proprement dite, quoique toujours très personnelle, avec Salut l'Amérique !, où un certain nombre de mythes américains prennent des formes et des dimensions inattendues – symbole de ce que, dans la mesure où la SF britannique est un miroir de la SF américaine, c'est un miroir déformant... délibérément ! 

          

          Lecture : 

          - Galaxies intérieures, 3 anthologies composées par Maxim Jakubowski (Présence du futur - 1976, 1979, 1981).

 


Notes :

1. L'importance historique pour la GB de la résistance à l'hégémonie espagnole et catholique avait été soulignée dès 1962 par John Brunner dans l'uchronie A perte de temps (Galaxie bis - Times without number).

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