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Audrey Petit, une directrice incontournable de l'édition d'Imaginaire

Serge PERRAUD

nooSFere, novembre 2009

     Audrey Petit s'est fait reconnaître comme une éditrice de l'imaginaire, dans ce domaine professionnel exigeant, en assurant, pendant de nombreuses années la direction de Mnémos. Elle a, dans ce cadre, publié quelques uns de ceux qui sont devenus des grands noms de la littérature comme Sean Russell, Nicolas Bouchard, David Gemmel ou Xavier Mauméjean...
     Ses compétences et sa capacité d'anticipation qui l'avaient fait apprécier, l'ont amenée à la direction de collections. C'est ainsi que le Livre de Poche, le groupe Fleurus se sont attachés ses services.
     Il est naturel que les responsables éditoriaux qui souhaitent mettre en place une structure, des collections pérennes s'adressent à elle. C'est le cas de dirigeants d'Hachette qui l'ont mobilisée pour mettre en place et développer en France, le label Orbit, un label déjà existant dans la communauté anglo-saxonne.
     Rencontre, par Internet, avec une directrice de collections et de label devenue incontournable dans le paysage de l'édition d'Imaginaire.


 

     À ma connaissance, vous dirigez depuis quelques années deux collections pour « jeunes adultes » : Autres Mondes chez Mango et Fantasy pour le Livre de Poche. Vous mettez en place, chez Calmann-Lévy, Orbit, un nouveau label. Quelles activités littéraires ai-je oubliées ?
     Je m'occupe depuis janvier 2007 de la collection Fantasy du Livre de Poche, non pas destinée à un public jeune, mais bien aux adultes, pendant de la collection SF dont s'occupe Gérard Klein. Le secteur Jeunesse chez Hachette est quant à lui couvert par l'équipe d'Hachette Jeunesse. « Autres Mondes » chez Mango, dont je suis en charge depuis l'automne 2007, est en revanche bien une collection Jeunesse, vendue dans ce type de rayons en librairie. Je m'occupe du label Orbit en France depuis début 2009. Et c'est tout !

 
     Comment concevez-vous le rôle d'une directrice de collections ?
     Un directeur de collection propose à l'éditeur pour lequel il travaille des textes, des auteurs à la publication. Il donne le ton, la ligne, le style de la collection, il esquisse un catalogue. Il travaille avec les auteurs ou avec les traducteurs. Il travaille également en étroite collaboration avec le reste de l'équipe de la structure sur la communication, le marketing, le commercial, la presse, le graphisme et les visuels, etc.

 

     Dans Autres Mondes, vous ne proposez que les inédits d'une équipe d'auteurs francophones. Est-ce le cahier des charges de la collection qui le prévoit ou est-ce votre volonté ?
     Les deux. « Autres Mondes » a été conçue ainsi dès le départ, notamment par Denis Guiot, et j'adhère à ces choix initiaux, plutôt rares en science-fiction jeunesse. « Autres Mondes » a donc vocation à publier des textes francophones de science-fiction qui portent un regard dynamique, pertinent sur le présent. Grâce à des auteurs et à des thèmes choisis, elle fait réfléchir les jeunes lecteurs, ici et maintenant, sur ailleurs et demain, si je puis me permettre cet emprunt à une autre collection célèbre.
     Par ailleurs, je propose chez Mango, en grand format et hors collection, des traductions de l'anglo-saxon, toujours en science-fiction, comme par exemple Jumper et Reflex de Steven Gould, sur la téléportation, ou le thriller post-apocalyptique Liberté Surveillée de l'Irlandais Oisin McGann. Sans oublier les romans inspirés des univers BD, comme celui de Valérian écrit récemment par Pierre Christin, ou Kenya de Rodolphe qui paraîtra début 2010.

 
     Comment travaillez-vous avec les auteurs ? Faites-vous des propositions de sujets, de thèmes de romans ? Suggérez-vous des pistes, des idées à explorer ou partez-vous des synopsis que les auteurs vous présentent ?
     Depuis 2007, je n'avais pas eu l'opportunité de proposer des pistes, des thèmes, alors même que j'en ai toujours plusieurs « sous le coude » que j'aimerais voir traités en « Autres Mondes ». Jusqu'à présent, les auteurs arrivaient avec leur propre synopsis, leurs idées. Et puis récemment, j'ai eu l'opportunité de proposer un projet à un auteur qui me semblait tout indiqué pour un thème précis. Il est un peu tôt pour en parler, mais l'auteur est plutôt emballé, et ça devrait se faire.

 

     Y a-t-il des thèmes, des domaines que vous préférez à d'autres, des sujets qui vous sont chers ? N'êtes-vous pas tentée de les proposer plus volontiers aux auteurs ?
     J'ai une fascination ancienne et persistante pour le post-apo. En tant que cadre, je trouve qu'il autorise des ambiances uniques, et qu'il permet de mettre en scène quelques thèmes forts, comme chaque fois que l'on pousse une idée à son ultime conséquence. Repartir de zéro, reconstruire, survivre, oublier (ou pas) ce qui a été, etc. D'où un réel attachement aussi pour les zombies. Et puis j'aime également beaucoup les space opera et planet opera, et d'une manière générale les réflexions socio-culturelles sur le développement des sociétés humaines dans des cadres futuristes, leurs excès, leurs codes. Enfin, je trouve le postulat de la pluralité des mondes passionnant

 

     Avec Fantasy, au Livre de poche, avez-vous la même démarche éditoriale ?
     Non, pas vraiment. Comme souvent en format poche, les parutions de la collection sont des reprises, c'est-à-dire qu'il s'agit d'acheter pour les publier au format poche, donc avec un prix de vente plus bas et pour un public élargi, des romans déjà parus en grand format. Mon travail consiste donc là à suivre attentivement les parutions grand format dans le genre, puis à lire, choisir, refuser en vue de cette exploitation poche.

 

     Comment choisissez-vous les livres que vous publiez ? Avez-vous une méthode personnelle de choix, une sorte de grille de décision ou laissez-vous parler vos coups de cœur ?
     Un peu de calcul, un soupçon d'intuition et beaucoup de plaisir, on pourrait résumer les choses comme ça. En dehors des critères objectifs de forme, il est difficile d'imaginer une grille prédéfinie et inscrite quelque part, qui permettrait de choisir. Les coups de cœur sont les choix les plus faciles à opérer, car l'évidence alors s'impose. Pour le reste, de nombreux critères entrent en ligne de compte : le potentiel du titre, sa pertinence par rapport à la ligne de la collection (le message délivré doit être clair), l'envie de travailler avec tel ou tel auteur, etc.

 

     Est-ce vous qui déterminez le rythme et le nombre de parutions ou avez-vous un quota d'ouvrages à publier ?
     C'est très variable. Généralement, cela fait l'objet de discussions avec toute l'équipe, en fonction du marché, de nos envies, de ce qui nous semble bon pour la collection, pour l'installer, la conforter, la développer, des opportunités qui se présentent, etc. Pas vraiment de quotas, donc, mais des limites naturelles, ou décidées et assumées.

 

     Vous assurez, dès cet automne, la mise en place du label Orbit, en France. Quelle est la différence entre un label et une collection ?
     Je me permets de reprendre ici l'explication que j'ai donnée il y a quelque temps sur le site Actu-SF, car je l'avais je crois alors clairement formulée : « Contrairement à une collection, qui a généralement une ligne éditoriale, une charte graphique, un format prédéfinis, qui décline au sein d'une maison une partie de la production de celle-ci, un label, même s'il est hébergé par une structure en particulier, possède un fonctionnement autonome. » Pour résumer, un label permet d'éditer les livres dans tous les formats, il possède son propre code ISBN, une diffusion spécifique, etc.

 

     Ce label existe depuis de nombreuses années au Royaume-Uni. Qui en est l'instigateur ? Pourquoi Hachette décide-t-il de l'introduire en France ?
     Orbit existe depuis 1974 au Royaume Uni, 2007 aux États-Unis et 2008 en Australie.
     Il est difficile, quand on appartient à un gros groupe comme Hachette, qui publie à peu près de tout, d'être identifié comme éditeur spécialisé en SFF, à moins justement de devenir un label, une marque. Une collection spécialisée au sein d'un groupe risque toujours d'être noyée dans la masse ; de ce point de vue, un label est plus fort, sa définition est plus large et, d'une certaine manière, plus ambitieuse.
     Pourquoi Orbit ? Eh bien pourquoi aurions-nous inventé purement et simplement un nouveau label, alors que le groupe en possède un parmi les plus prestigieux au monde, avec un catalogue riche et reconnu en SFF ? La carte internationale joue ici à plein. Et cela rend les choses passionnantes : il s'agit non seulement d'importer et d'adapter un label étranger, chose nouvelle dans l'édition en France, mais aussi de travailler main dans la main avec des équipes chevronnées.

 

     Quels sont les grands principes qui pilotent Orbit ? Quels genres littéraires souhaitez-vous privilégier ?
     Publier, sans exclusive, des grands romans de SFF, d'aventures ; faire découvrir, chaque année, un nouveau contingent d'auteurs, de talents ; proposer au public de nouvelles histoires et de nouveaux univers. Donner à chaque auteur sa force, mettre en avant chaque univers, chaque histoire.

 

     Allez-vous piocher dans le catalogue existant ou travailler avec des auteurs nouveaux qui répondraient à la ligne éditoriale du label ?
     Des auteurs publiés par Orbit à l'étranger sont déjà publiés en France par mes confrères — Bragelonne/Milady, Robert Laffont, Fleuve Noir, Pygmalion, etc. Mes confrères ont beaucoup de goût.
     Orbit France publiera bien sûr des auteurs et des titres Orbit UK, US ou Australie, mais surtout les nouveaux, les futurs grands noms dont tous les Orbiteurs sont très fiers, des noms très attendus un peu partout. Et Orbit France continuera aussi à publier des auteurs publiés par d'autres éditeurs à l'étranger, et qu'il me paraît important et passionnant de faire connaître en France, comme Brandon Sanderson, par exemple, ou Kristin Cashore, pour ne citer qu'eux.

 

     De grands noms de la littérature d'imaginaire côtoient des auteurs peu connus, voire inconnus encore en France. Quelle catégorie souhaitez-vous privilégier ?
     Les deux, avec une préférence pour les inconnus. J'aime faire découvrir les nouveaux talents, même si je souhaite aussi qu'Orbit devienne ensuite l'éditeur attitré de ses auteurs. Par exemple, J.V. Jones est un auteur que j'affectionne particulièrement, ainsi que Stephen Lawhead ou Paul Kearney, d'où leur présence au catalogue, avec des titres forts et récents.

 

     Dans le programme prévisionnel, n'y a-t-il que des grands formats ou allez-vous introduire le format poche ?
     Orbit en poche sera abrité par le Livre de Poche. Tout ça dès le début de l'année prochaine.

 

     Orbit vise-t-il un public particulier ?
     Il vise tout le monde, petits et grands, hommes et femmes, les amateurs comme les novices. La marque du label à l'étranger est de proposer des romans d'aventures forts qui plaisent au plus grand nombre. Nous n'avons en France pas d'autre ambition. Le public français aime les littératures de genre, il faut simplement qu'il le comprenne et l'assume.

 

     Avec Orbit, allez-vous pouvoir assurer un réel rôle de direction ? N'allez-vous pas être « encadrée » par un catalogue existant ?
     Je n'ai aucune obligation, si ce n'est celle de construire un catalogue solide, et de faire d'Orbit une marque qui compte, reconnue sur le marché français. Facile, non ? Plus sérieusement, j'ai conscience que c'est un défi, mais pour le moment, l'aventure est de bout en bout passionnante. Et quand j'ai commencé, au début de l'année, voici à peu près mot pour mot ce qu'on m'a dit : « publie ce qui te plaira ».

 

     Comment organisez-vous le lancement ? Avec quels titres et quels auteurs ?
     Nous avons annoncé tout au long de l'année le label. 4 titres sont en librairie depuis le 7 octobre : Graceling de Kristin Cashore, Elantris 1 et 2 de Brandon Sanderson et Le Piège de glace blanche de J.V. Jones. Trois autres titres sortiront le 12 novembre : Robin de Stephen Lawhead, La Caverne de glace noire de J.V. Jones et La Nuit sans fin de Mark Chadbourn.

 

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