Christian Grenier, auteur jeunesse
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     Ces pages ne seront plus mises à jour ( pour l'instant ...).
Les notes de lecture étant publiées sur le blog chaque semaine, cela devenait difficile de mettre ces pages à jour en parallèle. Donc rendez-vous sur le blog pour les nouvelles "lectures de la semaine" ! CG, le Lundi 18 février 2013
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 Octobre 2009 : Les lectures d'octobre 

  Le temps des miracles , Anne-Laure Bondoux ( Bayard Jeunesse , Millézime )  
     « Voilà : j'ai dix ans, le cœur pulvérisé, les pieds en sang, l'estomac creux, et une fois de plus je pars vers l'inconnu avec Gloria et notre barda sur des routes interminables. Nous sommes désormais des réfugiés sans refuge et je crois bien que j'ai attrapé un désespoir... »
     Eh oui, le jeune Koumail, alias Blaise Fortune, est passé du statut de réfugié à celui de clandestin. A la suite d'un accident de train ( en fait un attentat ), il a été adopté tout bébé par Gloria ; il raconte son histoire et son errance, de misère en accident, de disette en maladie, de la Moldavie à la France... la France qui est « la patrie des droits de l'homme ».
     Si vous avez lu ( et forcément aimé ) Les larmes de l'assassin et Pépites, vous retrouverez le meilleur d'Anne-Laure Bondoux dans Le Temps des miracles. Et si vous ne connaissez pas les deux titres qui précèdent, commencez donc par ce récit aussi émouvant qu'épique, dont le ton ( et parfois les thèmes ) fort et attachant n'est pas sans rappeler celui d'Emile Ajar dans La Vie devant soi.
     Avec justesse et naïveté ( sans parler d'un humour fréquent, faussement involontaire ), Koumail touche le lecteur parce qu'il vise juste — juste pour émouvoir, pour s'indigner, pour réfléchir et pour pleurer. A l'heure où vient d'être évacuée ( « un grand succès », dixit le ministre Besson ! ) la « jungle de Calais », ce beau récit est d'une terrifiante actualité.
Vous pouvez aussi lire les notes de lecture sur d'autres livres du même auteur :
Les larmes de l'assassin | L'autre moitié de moi-même


  Fictions et journaux pour la jeunesse , Raymond Perrin ( L'Harmattan )  
     Celles et ceux qui connaissent déjà le travail encyclopédique de Raymond Perrin se précipiteront sur son dernier opus, réactualisé. Les autres — professeurs de Lettres, professeurs documentalistes, bibliothécaires ou simples passionnés de littérature jeunesse — découvriront avec ravissement et stupéfaction que Marc Soriano a un successeur : un autodidacte qui s'est assigné la tâche d'embrasser toute la littérature jeunesse du XXe siècle : albums, romans, fictions, journaux... en, passant en revue les classiques du genre, les tendances, les collections, les écrivains, les héros, les éditeurs... un magnifique et gigantesque travail dans lequel l'amateur dénichera toutes les infos qu'il recherche et où il en glanera, ici ou là, mille et une autres, passionnantes et inattendues.
     A la fois dictionnaire, encyclopédie et essai, ce volume de 550 pages est une vraie bible !
     A se procurer d'urgence.
Vous pouvez aussi lire les notes de lecture sur d'autres livres du même auteur :
Un siècle de fictions pour les 8 à 15 ans (1901-2000) | Littérature de jeunesse et presse des jeunes - Au début du XXIe siècle | Histoire du polar jeunesse


  Le jeu de l'Ange , Carlos Ruiz Zafón ( Robert Laffont )  
     Barcelone, vers 1920...
     Le jeune David Martin, obscur journaliste, se voit confier la tâche de rédiger un feuilleton ( La ville des maudits ) grâce à la protection du riche et sympathique Don Pedro Vidal, qui a bien connu son père. Peu à peu, tandis que le talent et le succès de l'auteur se confirment, se produisent d'étranges événements. A la suite d'un rendez-vous fixé par un mystérieux AC, un admirateur, David a par exemple l'occasion de faire la connaissance ( et même un peu plus... ), en chair et en os, de la propre héroïne de ses romans, Chloé Permayer !
     David fréquente souvent la librairie du vieux Sempere, où il va découvrir un livre fétiche : De grandes espérances, de Charles Dickens.
     Le chauffeur ( Manuel ) de son protecteur Don Pedro Vidal a une fille, Cristina, dont David est tombé éperdument amoureux. Dans le même temps, Vidal confie à David son désir d'écrire un roman. Le jeune et talentueux auteur pourrait-il le guider ? David accepte le travail de relecture... et sans que Vidal le soupçonne, il lui livre des idées et écrit lui-même l'ouvrage ( qui aura un succès fulgurant ! ).
     Surviennent alors de nouveaux rendez-vous du mystérieux AC, qui se révèle être Andreas Corelli, éditeur parisien des Editions de la Lumière... L'étrange individu lui propose alors une étonnante commande, payée d'avance — et à prix d'or, cent mille francs : la rédaction d'un ouvrage religieux, un texte susceptible d'être à l'origine d'une nouvelle religion...
     David n'a rien à perdre : on vient de lui découvrir une tumeur et il n'a plus qu'un an à vivre.
     Mais une fois le contrat signé, il semble miraculeusement guéri.
     Franchissant d'un coup un nouveau seuil dans le domaine de la richesse et de la réussite ( on se croirait dans un Grisham ! ), David Martin déménage alors dans une maison qu'on dit maudite, la Maison de la Tour, inhabitée, splendide et inquiétante propriété dont il a toujours rêvé... et dans laquelle il découvre que le locataire précédent était lui aussi écrivain.
     Entre-temps, le vieux libraire Sempere lui a fait connaître « le cimetière des livres oubliés », lieu mythique que connaissent déjà les lecteurs de L'Ombre du Vent. De ce labyrinthe vénérable, David rapportera un étrange ouvrage poétique et ésotérique mais quelque peu incohérent, Lux Aeterna, signé des mêmes initiales que les siennes, D.M.
     David Martin se résout, pour rendre service au vieux Sempere, à embaucher Isabelle, une jeune auteure prometteuse dont il a lu quelques pages et qu'il accepte de guider dans ses écrits. Mais voilà : Isabelle tombe amoureuse de David et s'incruste chez lui. Le problème, c'est que David aime toujours à la folie Cristina... et à la mort de son père, Cristina a finalement accepté d'épouser le riche Don Pedro Vidal.
     Par ailleurs, le nouvel éditeur de David, Andreas Corelli, au cours des nombreux rendez-vous qu'il lui fixe dans des lieux très suspects, se montre de plus en plus pressant — voire menaçant.
     David comprend alors qu'il a signé un contrat qui le lie à jamais à cet homme, et que le maudit ouvrage ( ou... l'ouvrage maudit ? ) auquel il s'est attelé est en train de détruire sa vie.
     Autour de lui, des victimes commencent à tomber comme des mouches. Et la police ( notamment leur chef, l'inspecteur Grandes ) ne tarde pas à le soupçonner d'être l'assassin de tous ces gens qu'il fréquente, rencontre, et qui, le lendemain, ne sont plus que des cadavres.
     Le héros comprend alors qu'il est l'objet d'une machination diabolique. Et comme il pense que tous ces faits ont un lien avec Andreas Corelli, la maison dans laquelle il vit et l'ouvrage qu'il rédige ( à moins que ce ne soit avec le fameux Lux Aeterna trouvé dans le Cimetière ?... ) il décide d'enquêter lui-même dans le passé, notamment celui de cette demeure où règnent bien des zones d'ombre...

     Un nouveau Zafon est toujours un événement, surtout quand on a adoré L'Ombre du Vent !
     Les inconditionnels de ce précédent opus risquent d'être forcément un peu déçus. Hélas, comment faire mieux ( ou même aussi bien ? ) que L'ombre du vent ?
     Dans ce best seller vendu à dix millions d'exemplaires dans le monde ( on ne s'en plaindra pas ! ), Zafon nous entraînait dans un univers en apparence irrationnel dont tous les fils étaient magistralement dénoués et expliqués, d'une stupéfiante façon réaliste.
     Ici, Zafon, dès les premiers chapitres, nous fait basculer dans le fantastique — attention, le vrai fantastique, très classique, dans lequel surviennent quelques événements irrationnels au sein d'un univers très réaliste et fort documenté : la vraie Barcelone des années vingt !
     Si l'intrigue, que j'ai peut-être trop détaillée, peut paraître complexe ou confuse, il faut reconnaître que le talent de l'auteur, la clarté et l'efficacité de son style font de la première moitié du récit un thriller haletant, d'une clarté et d'une cohésion exemplaires : si le lecteur déplore plusieurs zones d'ombre, il sait que l'auteur les justifiera dans une conclusion qui résoudra tout. C'est d'ailleurs le cas — impossible d'en dire plus — mais les fils sont à la fois plus lâches et moins satisfaisants que dans le désormais mythique Ombre du Vent. Si la véritable identité d'Andreas Corelli est vite soupçonnée par le lecteur, ce dernier déplorera sans doute que le pivot de l'ouvrage, le fameux Lux Aeterna, reste en quelque sorte... inachevé, ou peu justifié. On peut aussi rester insatisfait par la réapparition finale du personnage de Cristina, dont la photo ( où elle apparaît enfant, et de dos ) constitue l'un des nombreux leitmotive de l'ouvrage. Peut-être reprochera-t-on à Zafon d'avoir exploité le filon de l'Ombre du vent en lorgnant du côté de Dan Brown et en essayant d'élargir le cercle de ses lecteurs ? Le dernier tiers du roman, en effet, constitue une enquête ésotérique dans laquelle David est soupçonné d'être un sérial killer... une course poursuite qui tient à la fois de Stefen King et... d'un James Bond très cinématographique !
     Une fois de plus, j'ai envie de rapprocher Zafon et Mendoza, tous deux fascinés par l'histoire de Barcelone, celle des années vingt ou des années cinquante...
     Ce n'est sans doute pas un hasard si le jeune David écrit un feuilleton intitulé La Ville des maudits, clin d'œil à La Ville des Prodiges ! De plus, comme dans Une Comédie légère ( d'Eduardo Mendoza ) que Zafon a certainement lu, le héros se trouve en fin de parcours pris dans une véritable toile d'araignée, entouré de victimes dont il pourrait bien être l'assassin, et persécuté par un chef de la police sans cesse à ses trousses.
     Mais si vous n'avez pas encore lu L'Ombre du vent ( ah... heureux futur lecteur ! ), vous serez sans nul doute fasciné par Le Jeu de l'Ange... un roman qui se lit d'une traite, et qui fourmille d'indices, de soupçons, de réminiscences et de mille et un objets symboliques... comme cet ange, emblème des Editions de la Lumière, broche arborée par Andreas Corelli... et figure de proue des Rolls Royce, véhicules mythiques qui riment avec richesse — et, qui sait, avec perdition ?

Vous pouvez aussi lire les notes de lecture sur d'autres livres du même auteur :
L'Ombre du Vent


  Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates , Mary Ann Shaffer & Annie Barrows ( Nil )  
     Londres, 1946.
     Après le succès grandissant de son dernier ouvrage Izzy Bickerstaff s'en va-t-en guerre, la jeune auteure londonienne Juliet Ashton se confie à son éditeur Sydney Stark et à son amie Sophie : elle s'interroge à la fois sur le sujet de son prochain ouvrage et sur sa triste vie de célibataire — elle vient de rompre avec son ami Rob, avec lequel le mariage était pourtant programmé.
     Le courrier d'un admirateur, le fermier Dawsley Adams, qui vit sur l'île de Guernesey, va amener Juliet à s'intéresser de près à l'intrigant Cercle des amateurs de littérature et de tourtes aux épluchures de patates de Guernesey. Ce cercle quasi clandestin regroupait, pendant l'occupation allemande dont l'écho est à peine retombé, une douzaine de personnes de l'île décidées à partager leur intérêt ( parfois très modéré ) pour la lecture et celui, beaucoup plus grand, pour une forme de résistance à l'occupant qui passait par mille activités jardinières et potagères destinées à éviter la disette ! De lettre en lettre, Juliet noue des relations épistolaires régulières avec chacun des membres de ce Cercle, dont le centre semblait bien être Elisabeth, une jeune femme courageuse qui aima un officier allemand ( mais anti nazi !) et en eut une petite fille, Kit. Relations si intimes, étroites et cordiales que Juliet, qui croit tenir là le sujet de son prochain ouvrage, décide de rendre visite aux membres de ce Cercle, sur l'île de Guernesey. La touche en effet tout particulièrement le destin de la courageuse Elisabeth, envoyée dans un camp où elle est morte après avoir confié son bébé, Kit, aux habitants de Guernesey.
     Parallèlement, et pendant que s'élabore lentement cette correspondance multiple, Juliet est courtisée de près par le riche et puissant Mark Reynols... un éditeur concurrent de Sydney au charme duquel elle n'est pas insensible.
     Mais le séjour de Juliet à Guernesey lui permettra de voir plus clair dans son esprit... et dans son cœur !

     Voilà un roman épistolaire original, vif, léger et plein d'humour — mais non exempt d'émotion, car au fil du récit, le sourire est parfois proche des larmes. Les auteures ont réussi là une œuvre peu ordinaire dont les courriers, très variés, mettent en relief des caractères ( et des styles ) très différents. Le lecteur ne cesse de ciseler en creux les portraits de tous les protagonistes, moins à l'aide du contenu des lettres qu'en fonction de ce que les correspondants disent de leurs voisins.
     Un récit subtil et attachant !



  Tout est sous contrôle , Hugh Laurie ( Editions Sonatine )  
     Thomas Lang, ex militaire et motard passionné de ( motos ) japonaises, a récemment reçu un virement de 100 000 dollars pour exécuter Alexandre Woolf, le PDG d'une société dissimulant peut-être des ventes d'armes ou de drogue. Non seulement Lang refuse l'offre, mais il va prévenir la future victime à son domicile. Mal lui en prend : il défigure et blesse le malheureux Rayner ( qui n'était autre que le garde du corps de Woolf ) et manque se faire tuer par Sarah, la fille de Woolf, ce qui ne l'empêche pas d'en tomber amoureux.
     Mais le pire, c'est lorsqu'il comprend que le mystérieux commanditaire du meurtre n'est autre que Woolf en personne !
     Accusé malgré tout de tentative de meurtre ( eh oui : l'argent lui a été viré ! ), convoqué par le très britannique O'Neal du Ministère de la Défense, Thomas Lang doit songer à se défendre. Comme Paulie, son ami avocat, ne semble guère de taille à le faire, il se retrouve vite seul ( hum... il y a bien la jeune Ronnie, mais pas question de céder ! ) face à une bande de vrais tueurs, bien décidés à négocier la vie de Sarah contre un attentat qu'il devra perpétrer.
     Pourquoi un attentat ?
     Pour que les ventes d'armes ( en fait, celles d'un hélicoptère révolutionnaire ) progressent d'un coup, tant du côté des présumés agresseurs que des faux agressés.
     Une opération appelée Troisième Cycle, et qui concerne moins la sécurité du monde libre que les profits générés par une course aux armements que d'aucuns aimeraient bien voir prendre un nouvel essor...


     Le Dr House, vous connaissez ?
     Oui ?
     Eh bien moi, non.
     Hugh Laurie, vous connaissez ?
     Non ?
     Eh bien moi, oui !
     Il s'agit en effet de la même personne : Hugh Laurie est le comédien qui interprète le célèbre Dr House dont je ne connais, pour ma part, que le maigre visage sévère et mal rasé ornant la couverture des magazines télé.
     Le polar de ce comédien écrivain a deux intérêts distincts : le sujet, et le ton.
     L'histoire, ma foi, peut paraître celle d'un thriller ordinaire — mais elle a l'originalité d'avoir pour héros un ancien militaire anglais dont la droiture et la morale sont aux antipodes des personnages de la littérature française policière. Certes, il n'y a pas dans cette dénonciation des ventes d'armes la véhémence et le réalisme d'un John Le Carré quand il s'attaque aux lobbies pharmaceutiques ( Lire la magnifique Constance du jardinier ), mais après les fausses armes de dissuasion massives qui ont justifié l'attaque et l'occupation de l'Irak, et à l'heure où Obama se demande s'il faut envoyer 40 000 nouveaux soldats américains en Afghanistan, le sujet du roman semble d'une étrange actualité.
     En outre, le ton de cet ouvrage fait résolument la différence.
     Hugh Laurie en effet, narre son histoire à la première personne avec un flegme et une décontraction digne d'un James Bond, mais aussi avec un humour aux inventivités littéraires inédites. Le texte, dont l'action paraît du coup un peu diluée, fourmille de trouvailles à la fois légères, cyniques et détachées qui lasseraient presque le lecteur s'il ne se prenait, trois fois par page, à sourire ou même à rire devant tant d'originalité !
     Voilà un roman au ton nouveau et décalé, sans doute conforme au personnage qu' Hugh Laurie incarne à l'écran. Moi qui ne connais que l'écrivain, je vais peut-être bien à présent m'intéresser de plus près au comédien !



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