Christian Grenier, auteur jeunesse
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Gros plan sur … Christian Grenier
InterCDI N° 168
Novembre / Décembre 2000
 





     Non ! Quand j'étais tout petit, je voulais devenir comédien et faire du théâtre comme mes parents. Je savais que comédien, c'était un métier ; acteur, c'était un métier. J'adorais le théâtre ! J'y allais souvent ; je trouvais que c'était un beau métier, d'abord parce que mes parents étaient déguisés, maquillés et surtout, on les applaudissait. C'était drôlement bien !
     Et un jour, quand mes parents m'ont demandé : « Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? », c'était une évidence ! Je leur ai répondu : « Ben. Comme vous ! Comédien, acteur ! »
     Ils m'ont dit :« T'es pas fou ?
     — Mais pourquoi ?
     — Mais tu vois pas la vie que l'on mène ?
     — Ah, ben si, si, si !
     — On est tout le temps parti de chez nous, on est tout le temps en voyage, on est tout le temps en tournée.
     — Oui, mais c'est bien ça !
     — Tu vois pas l'heure à laquelle on se couche : 1 heure du matin !
     — Ah, mais c'est très bien ça ! » (rires)
     C'est vrai que c'était la vie que menaient mes parents. Ils me disaient : « On mène une vie de saltimbanque. On ne veut pas que tu aies la même vie que nous. On gagne très mal notre vie. »
     Mes parents étaient des petits acteurs : ce n'étaient pas Depardieu et Adjani. C'étaient des acteurs qui étaient au chômage tout le temps. Ils couraient après le cachet. Ils adoraient leur métier mais ne voulaient pas que je mène la même vie qu'eux. Ils m'ont donc dit : « Tu seras fonctionnaire, mon fils ; tu seras facteur, instituteur, gendarme, mais tu auras un salaire à la fin de chaque mois. »
     C'est donc comme cela que je ne suis pas devenu comédien et que je suis devenu prof de français.
     Pourquoi prof de français ? [...] Parce qu'à vrai dire je n'étais bon qu'en français. Mais je ne voulais pas devenir écrivain. Seulement j'écrivais. J'ai toujours écrit. Depuis qu'on m'a appris à écrire, j'écris. [...] À 23 ans, j'ai écrit un texte pas très différent de ceux que j'écrivais avant, si ce n'est que c'était tapé à la machine, que je venais de me marier et que ma femme m'a poussé à montrer ce que je venais d'écrire à un éditeur. C'est comme ça que j'ai été publié.
     Je ne voulais donc pas devenir écrivain, mais je n'allais pas cesser d'écrire puisque j'étais publié ! Et au bout d'un certain temps, j'avais beaucoup de livres édités. À ce moment-là, en 1981, dix ans après la publication de mon premier roman, les éditions Gallimard m'ont embauché pour diriger une collection, Folio junior Science-fiction. J'ai pris alors un temps partiel dans l'enseignement et le reste du temps je m'occupais de la collection, j'écrivais. C'est comme ça que peu à peu je suis devenu écrivain.




          Sept à huit heures par jour. Ça dépend. Je travaille le matin. Quand je suis en période d'écriture, ce qui m'arrive essentiellement à deux ou trois moments dans l'année ; pendant deux mois ou quatre mois, je travaille de 8 heures du matin en été, 7 heures du matin en hiver, jusqu'à 3 ou 4 heures de l'après-midi. Sans m'arrêter. Si je m'arrête à midi pour manger, je n'ai plus envie de m'y remettre après. J'ai envie de faire la sieste, de lire ou de me promener. J'ai envie d'autre chose. Donc je travaille dans la continuité. Et tous les jours. Je ne compte pas mes heures. Je m'arrête quand ma femme m'appelle à l'interphone et me dit : « Les pommes de terre sont cuites, je commence à avoir faim, il est 3 h 1/2, quand est-ce que tu descends ? » Alors généralement, je réponds : « J'en ai pour dix minutes. » Et ma femme traduit : « Bon, ça fait une demi-heure. » Je veille pendant tout ce temps à ce que l'on ne me dérange pas, qu'on réponde que je suis absent lorsque le téléphone sonne. Il m'arrive aussi, après les repas, de remonter dans mon bureau pour écrire, encore. Mais je n'écris plus des romans. J'écris par exemple à une classe. Je fais de la correspondance. C'est écrire aussi. Je ne peux pas écrire seulement une ou deux heures par jour. C'est le temps qu'il me faut pour relire ce que j'ai écrit la veille, me replonger dans l'ambiance du roman. Ma véritable période d'écriture, c'est entre 11 heures et 15 heures. Je commence par relire ce qui est écrit, pour m'en imprégner. Quelquefois je passe la journée à relire ce que j'ai écrit la veille. Je n'écris pas, j'améliore mon texte. Car le métier d'écrivain consiste beaucoup moins à écrire qu'à relire, modifier, corriger, améliorer ce qui est déjà écrit. C'est ça, écrire.

          (Christian Grenier sort de son sac quatre vieux cahiers. )

          Voici le vieux manuscrit du Moulin de la colère (réédité sous le titre Un printemps sans cerise). Le brouillon du roman consiste en ces quatre cahiers. Autrefois j'écrivais du côté droit du cahier et je gardais le côté gauche pour les corrections. Et il y a souvent plus de corrections que d'écriture... De même, à présent, je peux écrire pendant une demi-heure à l'ordinateur et corriger, supprimer pendant une heure ou deux. Je peux taper dix pages à l'heure car je tape aussi vite qu'une secrétaire, mais c'est impossible, parce que si j'écrivais d'un seul trait, en principe, en trois jours j'aurais écrit mon roman. Mais non, je mets trois mois pour l'écrire.
          Chaque auteur a une méthode. La mienne, c'est de mûrir pendant des mois, parfois des années, le sujet d'un roman, et j'ai comme ça dans la tête plusieurs sujets de romans. Certains sont prêts à être écrits. Mais le problème, c'est qu'il me faut trois mois ensuite pour en écrire un seul ! Ce qui manque, ce ne sont pas des idées, c'est du temps ! En ce moment, par exemple, j'ai cinq ou six romans à écrire, dont deux tout à fait au point, notamment la quatrième histoire de Logicielle, Germain-Germain et Max. Et je l'ai en tête depuis deux ans déjà ! Elle était déjà en gestation quand j'ai écrit Arrêtez la musique et aujourd'hui elle est vraiment au point. Fin mai, c'est décidé, je vais m'immerger dans l'histoire et m'y plonger tout l'été. J'ai pris des notes, mais il n'y en a pas tellement ; ce n'est pas la peine d'avoir des notes ni de faire un plan, puisque ça fait des mois et des mois que je l'ai en tête, que je la connais. C'est donc ma propre méthode car les romans que j'écris ne supporteraient pas l'imprécision.



          J'ai quitté Paris parce que j'y ai vécu quarante ans. Je connais Paris par cœur, je m'y suis déplacé à pied, à vélo, en moto, en voiture, et en fait, je n'ai jamais pu profiter de cette ville pour la connaître vraiment. J'ai visité Paris, mais à l'époque je n'avais ni les moyens ni le temps d'aller au concert, au théâtre, de me promener, d'aller voir des expositions, choses que l'on fait généralement quand on n'habite pas Paris. Alors aujourd'hui j'habite en province, ce qui me permet, quand je viens à Paris, eh bien, justement d'aller à Beaubourg, au Louvre, aux expositions...
          C'est très agréable d'aller à Paris quand on n'y habite pas. Mais quand on habite Paris, quand on y travaille et qu'on rentre chez soi, on n'a pas envie de ressortir pour aller au concert parce qu'on est fatigué.
          De plus, à Paris, il est difficile d'avoir de la place. J'ai écrit pendant quinze ans dans un placard. Mon bureau, c'était un placard : 1 m2, même pas, vingt centimètres sur un mètre. C'était un peu juste, j'étouffais. Alors maintenant, j'ai un bureau qui est aussi grand que votre CDI (80 m2). C'est le deuxième étage de ma maison, que j'ai aménagé sous les combles, avec quatre velux que j'ai posés moi-même. À présent, je vois de mon bureau la Dordogne, je vois le temple du village, je vois la verdure, je vois la forêt de la Double, je vois des vignes, je vois le tumulus du Visiteur de l'an 2000, parce qu'il existe vraiment. Voilà pourquoi j'ai quitté Paris : pour écrire au calme, pour avoir de la place, pour pouvoir ranger mes livres qui s'empilaient. Maintenant, tout est classé par ordre alphabétique comme ici. J'ai un vrai CDI. J'ai bien aménagé mon grenier. Je suis un Grenier qui travaille dans son grenier !



          Tout d'abord, mon père est bordelais. Ensuite, je me souviens avoir passé des moments exceptionnels près de Bergerac avec ma femme, lorsque nous avions été invités chez Michel Jeury. Je m'étais dit que si un jour je quittais Paris, ce serait pour habiter la Dordogne.


          Les gros romans, les romans d'aventures, les romans de science-fiction, les romans policiers, les biographies, les classiques, le théâtre, bref, j'aime à peu près tout... J'aime tout ! J'aime surtout les romans-fleuve, les gros romans comme Dune. Mais le plus difficile à écrire, c'est une nouvelle. Car chaque mot compte... Tout est condensé en un seul mot, en une seule phrase.



          Parmi les miens ? Attends, Alizée, moi, mes romans, je ne les lis pas, je les écris ; c'est déjà quelque chose. Tu ne veux pas que je les lise en plus ? ! {rires) Pour te dire lequel de mes romans je préfère, il faudrait que je les relise. Si tu m'infligeais cette épreuve... tu te rends compte un peu ? Je ne vais pas les relire mes romans, je les connais, c'est fini, je les ai écrits. Non, non, je n'ai pas de préférence parmi mes romans. J'ai passé beaucoup de temps à les écrire, et quand j'écris un roman, je ne suis pas content car j'ai toujours l'impression que ça pourrait être mieux.
          Quand j'ai achevé d'écrire un roman, je suis généralement épuisé parce que ça a duré des semaines, des mois quelquefois, et je ne les relis plus, mes romans. Il m'arrive de le faire, exceptionnellement, quand l'éditeur me demande de les republier. Alors là, il faut bien que je les relise, parce qu'il y a énormément de choses à supprimer et énormément de choses à améliorer, alors je les réécris quelquefois de A jusqu'à Z. C'est comme ça qu'est né, par exemple, Un printemps sans cerise, qui à l'origine s'appelait Le Moulin de la colère, et il y a beaucoup de choses qui ont changé. Je peux te parler des romans des autres, mais pas des miens ! C'est à vous de m'en parler. Mais moi, mon roman préféré, parmi les miens... c'est le prochain ! (rires). Oui, c'est celui que je vais écrire ; celui-là, ce sera le meilleur ! Et c'est toujours comme ça !



          Partout. Il y a cinq ans, ma fille Sophie m'a lancé un défi : écrire un polar. Cela a donné Coups de théâtre. Pour le prénom de Logicielle, j'ai d'abord pensé au terme « logiciel », que j'ai mis au féminin, d'où Logicielle. Les rapports entre Germain et Logicielle sont calqués sur une relation père/fille.



          Je ne les choisis pas. Avec Nicolas Wintz, on travaille par fax. Il commence par m'envoyer une esquisse, un dessin par fax. Et puis en une demi-journée, il a fini un véritable dessin. Je n'ai en fait aucune idée de la couverture au moment de la parution du livre. Tant pis si cela ne me plaît pas !



          La musique dite classique surtout (opéras, sonates, symphonies de la seconde partie du 20e siècle), la bicyclette une demi-heure par jour, le canoë sur la Dordogne...



          À l'âge de 12 ans, le 4 octobre 1957, le jour où le Spoutnik fut lancé, avec son « bip-bip », et rendit les Américains verts de jalousie. Adolescent, j'ai continué à suivre les progrès de la conquête de l'espace. De fil en aiguille, je me suis intéressé à l'astronomie puis à la science-fiction.



          Ce n'est pas trop mon truc. Je ne suis pas cinéphile. La plupart des films véhiculent les pires poncifs : violence, extra-terrestres belliqueux, robots dominateurs... Il faut au contraire que la science-fiction suscite une réflexion sur les progrès de la science. Selon moi, il existe dix grands bons films de science-fiction, dont Planète interdite, Solaris, Brazil, Bienvenue à Gattaca, Blade Runner, 2001 L'odyssée de l'espace.)

   

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Dernière mise à jour du site le 31 août 2019
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