Christian Grenier, auteur jeunesse
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Ses tirages, les chiffres …
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     Chaque volume vendu rapporte à son auteur entre 5 et 10% de son prix de vente.
     Cela semble compliqué mais c'est la seule explication correcte. Et c'est la façon dont tous les écrivains gagnent leur vie.
     Certains auteurs pour adultes obtiennent des pourcentages supérieurs, 12 à 14% parfois — mais les livres de poche rapportent rarement à leur auteur plus de 5% de leur prix de vente, la marge de bénéfice de l'éditeur étant plus faible. Je m'explique à l'aide de quelques exemples...
     Entre 1972 et 1980, 2 000 exemplaires de Jeunesse et science-fiction ont été vendus. L'ouvrage coûtait environ vingt francs et j'avais un contrat à 7%. Chaque exemplaire me rapportait donc 7% de 20 F. soit 1,4 F. En huit ans, j'ai donc reçu au total : 1,4 F x 2000 = 2800 F ( soit aujourd'hui un peu plus de 400 euros ).
     C'est maigre, évidemment, surtout si l'on tient compte du fait qu'un tel ouvrage représente de longs mois de recherche, de lecture, de documentation. Heureusement, il arrive qu'un roman se vende bien, à deux, trois, cinq mille exemplaires par an — il arrive même, on l'a vu, qu'il se vende ainsi de longues années et constitue ainsi pour l'auteur une sorte de rente.
     Hélas, dans la vie d'un auteur, il n'y a souvent qu'un ou deux romans qui jouent ce rôle ! Je pense par exemple à Pierre Boulle qui avait écrit des dizaines de romans. Mais les lecteurs ne connaissaient de lui que La Planète des singes et Le Pont de la Rivière Kwaï ! Ces deux romans à eux seuls ont dû rapporter à son auteur cent fois plus que tout ce qu'il avait écrit dans sa vie !
     Il est donc difficile pour un auteur de dire “ combien lui rapporte un roman ”... il ne peut le savoir que lorsque l'ouvrage ne se vend plus. Certains de mes romans, comme Le Montreur d'Etincelles, se sont vendus ( au total, et en deux ans d'exploitation puisque la collection a vécu de 1979 à 1981 ) à 6 000 exemplaires. Ce roman m'a donc rapporté au total environ 10 000 F., soit 1500 euros. A l'époque, j'étais prof et cela devait représenter environ deux mois de salaire, pour essayer de comparer ce qui est comparable...



     Son éditeur lui envoie une fois par an ( en mai ou juin ), un chèque qui correspond à ce que lui a rapporté l'année précédente la vente d'un ( ou de plusieurs ) ouvrages.
     Le chiffre du chèque varie donc toujours en fonction du nombre d'exemplaires vendus.
     Chaque année, c'est la ( bonne ou mauvaise ) surprise !



     Les auteurs se battent pour obtenir un pourcentage supérieur, bien entendu !
     Il faut tout de même savoir que sur un livre vendu 10 euros, 3 euros reviennent au distributeur ( c'est la société qui assure le transport des ouvrages du dépôt aux libraires ! ) et 3 autres euros au libraire — une marge qui ne lui permet d'ailleurs pas toujours de très bien vivre !
     Sur les 4 euros restants, l'éditeur achète le papier, fait imprimer l'ouvrage, il doit aussi payer ses collaborateurs ( secrétaires, directeurs littéraires, lecteurs, comptables, etc. ) entretenir ses locaux... Il doit aussi rétribuer l'illustrateur ( et le maquettiste, et le directeur artistique, etc. ). Bref, ce n'est pas si simple.
     Et un livre qui arrive sur les rayonnages d'une librairie n'est pas toujours vendu, il est donc “ retourné ” à l'éditeur... qui ne peut pas rétribuer l'auteur sur cet ouvrage ! Cela génère une comptabilité complexe. D'ailleurs, certains livres retournés à l'éditeur sont détruits, on en refait de la pâte à papier : cela coûte moins cher que d'enlever l'ouvrage du carton, de vérifier qu'il est encore en état de vente et de l'envoyer à un nouveau libraire qui le vendra peut-être !
     Cela étant dit, si quelques petits éditeurs survivent difficilement, les géants de l'édition ne se portent pas si mal et les auteurs ont hélas peu de prise sur eux.



     Je l'ignore. Posez-lui la question !
     Mais je crois qu'un petit éditeur comme l'Atelier du Poisson soluble gagne sa vie moins bien que moi... Par contre, il existe des géants cotés en bourse ! Il ne faut pas non plus confondre le directeur littéraire, qui gère une collection avec sa maison d'édition ( comme Nathan ) qui est en général une société elle-même dépendant d'un énorme groupe financier ( Vivendi Edition Universal France )



     Pendant vingt ans, je ne le pouvais pas. J'exerçais d'ailleurs un métier qui me passionnait, et je ne voulais pas quitter la proie pour l'ombre. En effet, mes romans me rapportaient un peu d'argent, mais pas assez pour que je prenne le risque d'en vivre. De plus, pendant cette période, nous avions des enfants à élever, un emprunt et des traites, nous achetions l'appartement que nous occupions en banlieue parisienne.
     C'est en 1990 que j'ai franchi le pas. A l'époque, mes droits d'auteurs représentaient à peine le SMIC mais je pouvais envisager de gagner moins d'argent : nos enfants étaient devenus quasi indépendants et nous n'avions plus de dettes.
     Disposant de tout mon temps, j'ai écrit davantage, je me suis éloigné de la SF ( qui se vend mal ! ) et peu à peu mes livres se sont mieux vendus.
     Aujourd'hui, je peux en effet vivre de ma plume. Mais le succès relatif de certains ouvrages ( comme l'OrdinaTueur ) est toujours précaire et les droits d'auteur varient d'une année sur l'autre. Etre écrivain, c'est se priver de la garantie de l'emploi et de la régularité d'un salaire !



     Je considère que je suis riche parce que je vis désormais en me consacrant à ma passion, l'écriture, sans aucune autre contrainte, avec la femme que j'aime à mes côtés, et en étant maître de mon temps.
     Si c'était cela, la vraie richesse ?
     Sur le plan financier, je gagne aujourd'hui mieux ma vie que si j'étais resté enseignant — mais je n'ai pas un salaire de PDG... et je n'ai, comme tous les écrivains, aucune garantie d'emploi. Mes droits d'auteurs peuvent brusquement chuter l'an prochain !
     Je suis propriétaire de ma maison, elle est grande et confortable, j'ai honoré tous mes crédits et je n'ai pas de grands besoins.
     Mais contrairement à l'image que donne souvent la télé ou le cinéma de certains écrivains, je n'ai ni château, ni piscine, ni domestique — pas même une secrétaire ! — et j'ai une voiture achetée d'occasion... Je voyage rarement à l'étranger et mes seules folies financières sont l'achat de... livres et de disques !

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Dernière mise à jour du site le 11 novembre 2018
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