Christian Grenier, auteur jeunesse
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Mercredi mensonge



Editeur : Bayard - Collection : Millézime  (2004)
 
     Plusieurs versions pour une seule histoire !

     La première mouture de ce texte s'appelait Papy Mercredi Midi.
     Je l'ai rédigée en... 1989 !
     C'était une nouvelle de douze pages, écrite alors que j'habitais encore Epinay-sur-Seine. Nos enfants étaient déjà plus âgés qu'Isabelle... mais notre fille, Sophie, a vécu dans l'immeuble dont je parle au début du roman entre 1975 et 1990 ( elle avait donc 5 ans quand nous y avons emménagé et 20 ans quand nous en sommes partis ). Cette courte nouvelle, j'ai dû l'écrire en une semaine et l'abandonner dans un tiroir, comme un grand nombre de récits que j'ai très envie d'écrire. Mais une fois rédigés, je me rends compte qu'ils ne peuvent intéresser personne ! Tant pis.

     Quelques années plus tard, en 1994, la responsable des Editions Syros, Charlotte Ruffaut, me demanda si je pouvais écrire pour une nouvelle collection un « récit intimiste ». Nom de la future collection : Un jardin se crée ( jeu de mots avec « un jardin secret », sans doute ! ).
     N'ayant ni le temps ni l'envie de lui écrire un récit sur mesure, je lui ai adressé mon Papy Mercredi Midi. Elle l'a aimé mais a déploré qu'il fût trop court, et elle m'a encouragé à le reprendre pour lui donner la dimension des ouvrages de la collection : vingt-cinq pages !

     Pourquoi pas ? Je me suis mis à l'ouvrage ( combien de temps ? Je l'ignore ! Quinze jours, trois semaines ? Je ne déclenche pas le chronomètre quand j'écris !

     Charlotte Ruffaut a lu mon récit et l'a retenu.

     La collection est née et quatre récits sont sortis. Le mien était programmé pour l'année suivante ( 1995 ? 1996 ? Je ne sais plus ! ).
     Et puis une « restructuration » a eu lieu car les éditions Syros ont été rachetées... Et une fois Charlotte Ruffaut partie, la collection s'est arrêtée d'un coup.
     Par conséquent, mon récit m'est resté sur les bras !

     Qu'importe, j'ai remis ce texte dans un tiroir et je l'ai oublié. J'avais tant d'autres romans à écrire !

     Je travaillais notamment pour la revue Je Bouquine.
     Entre 1995 et 2000, j'avais livré pour cette revue, à intervalles plus ou moins réguliers, plusieurs récits :
     Le jardin maudit ( devenu « je l'aime, un peu, beaucoup », lors de sa réédition en poche ), Le Visiteur de l'an 2000, Urgence...

     Et un jour, pressé par la rédaction de livrer un nouveau texte pour la revue, j'ai songé à reprendre Papy Mercredi Midi, ce texte qui avait désormais 25 pages.
     Mais voilà : un Je Bouquine, c'est 53 pages, à deux ou trois pages près ( et quand je dis « pages », j'évoque évidemment les pages normalisées de 1500 signes ).
     Il fallait donc que je double la taille du texte.

     Je l'ai relu, repris, j'ai modifié et ajouté beaucoup de choses, j'ai notamment imaginé le personnage de Jonathan qui n'existait pas jusque là...
     Et j'ai envoyé cette nouvelle version à Je Bouquine qui, une semaine plus tard... m'a répondu que sa publication était impossible ! Motif : récit trop dur, trop triste. Les parents risquaient de désabonner leurs enfants devant une histoire où un grand-père mourait. Eh oui, la mort est encore tabou, pas trop dans les livres pour ados mais beaucoup dans la presse jeunesse !

     En même temps, l'un des membres du comité de lecture de Je Bouquine, Marie-Hélène Delval ( une collègue que je connais depuis longtemps, elle est également auteur ! ) m'a aussitôt averti :

     — Je Bouquine n'en veut pas, mais moi, je prends ton texte, Christian ! Il va paraître tout simplement dans la collection Bayard. Et là, le problème de la mort n'est pas gênant puisque c'est un livre, pas une revue. Aucun risque de désabonnement. Les lecteurs qui l'achèteront sauront qu'ils prennent le risque de lire une histoire dure et grave, alors que les abonnés de Je Bouquine n'auraient pas eu le choix ! Seul problème : 53 pages, c'est trop court. Il faudrait étoffer le roman et qu'il soit quasiment deux fois plus long.

     Eh bien que s'est-il passé ?
     Je me suis remis au travail.
     Combien de temps ? Je ne m'en souviens plus. Un mois ? Peut-être davantage ?

     Là, j'ai pu donner au texte une dimension psychologique plus importante, et notamment étoffer les chapitres qui mettent en scène Jonathan et le grand-père.
     Le roman a donc été accepté par Bayard et sa publication programmée.

     Nouvel avatar : au moment où il allait être mis sous presse, en 2002, est arrivée chez Bayard une nouvelle responsable de tout le secteur jeunesse, une dame que je connaissais depuis 10 ans et avec laquelle j'ai les relations les plus cordiales !
     Aussitôt, elle a désiré lire mon manuscrit.

     Et là, elle m'a appelé pour me dire qu'elle remaniait les collections Bayard et que serait créée notamment la collection Millézime, dans laquelle elle souhaitait faire paraître ce roman qui s'appelait toujours Papy Mercredi Midi. Pour cela, elle jugeait indispensable que je revoie une nouvelle fois ma copie, et notamment que j'accentue l'aspect sentimental, le « ressenti » — eh oui, j'aime l'écriture « blanche et sèche » et mes grands modèles sont Flaubert et Camus. Je juge que c'est au lecteur d'être touché par les faits que je me contente de relater en m'interdisant toute sensiblerie, tout ajout d'adjectif superflu.
     Les lecteurs soucieux d'avoir un exemple caractéristique de cette écriture peuvent lire Le feu du crépuscule, dans le volume Parle-moi d'amour ( Rageot, collection Magnum ).
     Mais là, d'après elle, mon récit restait justement trop « sec ».

     J'ai négocié de longues heures, chapitre après chapitre, page par page, ligne à ligne... et même mot à mot !

     Ce qui signifie que je suis allé chez Bayard, chaque jour, pendant une semaine. Et que de 9 heures du matin à 19 heures, avec cette directrice littéraire, nous avons débattu de la pertinence de chaque passage, de chaque phrase. Ce fut très difficile mais elle tenait à ce que ce récit soit conforme à l'esprit de la collection Millézime.
     Autrement dit, et pour répondre à une question fréquente :

     Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?

     Je n'ai pas écrit ce roman en une fois pendant deux mois. Il en existe quatre ou cinq versions successives, remaniées à des années d'intervalle à chaque fois.
     Et si je mettais bout à bout le temps que j'ai consacré à son écriture... je ne sais pas à combien d'heures, de semaines et de mois j'aboutirais !

     J'ajoute que le titre a semblé à l'équipe de Bayard « trop jeune ». Pas question d'utiliser le mot Papy dans le titre d'un roman destiné aux ados, ils l'auraient boudé.

     J'ai donc cherché un autre titre. Et là, je pourrais retrouver le jour et l'heure où il m'est venu à l'esprit. C'était justement chez Bayard, alors que je me trouvais face à l'ordinateur de la responsable de Bayard Jeunesse, mûrissant une formulation du côté de la page 115 !
     Pour illustrer la réponse à une autre question fréquente :

     Choisissez-vous vos couvertures ?

     Je tiens ici à préciser que c'est la directrice artistique qui choisit un illustrateur. En l'occurrence, je sais qu'elle a refusé un premier dessin qui représentait une tasse brisée à terre. Ce premier dessin, je ne l'ai jamais vu.
     Et le dessin de la couverture, je ne l'ai d'ailleurs vu qu'en librairie.
     Un mois auparavant, la responsable Bayard m'a téléphoné :
     — Ca y est Christian, j'ai la couverture sous les yeux ! Elle est magnifique, je suis sûre qu'elle va te plaire !
     Elle me l'a décrite au téléphone : par une fenêtre, on aperçoit au loin une silhouette parmi de grands immeubles... Il y a surtout du jaune et du noir.
     C'est tout !
     Je n'ai pas eu mon mot à dire, comme c'est d'ailleurs l'usage dans la profession.

     Pour ce roman, les lecteurs me demandent souvent comment m'est venu le désir d'aborder le sujet de l'amour, du mensonge, de la séparation...
     Ma réponse pourrait illustrer une autre question fréquente :

     Dans ce roman, quelle est la part d'imaginaire et la part de vérité ?

     Eh bien dès septembre 1989, une fois notre appartement d'Epinay vendu ( un bel appartement, avec un parc et... un magnifique saule pleureur à l'entrée ! ) nous savions que nous devrions déménager, quitter la région parisienne, Epinay, pour aller nous installer dans le Périgord.

     Mais voilà : le père de ma femme, qui avait 85 ans, habitait lui aussi Epinay, à 300 mètres de chez nous. Il avait pris l'habitude de venir chaque mercredi, à midi, nous rendre visite. Exactement comme Papy Constant. Je me suis dit : « allons-nous l'avertir ? L'emmener avec nous ? Le laisser ici ? Mais en ce cas, comment va-t-il réagir en sachant que nous allons habiter si loin et qu'il va rester seul ? »

     J'ai également songé, mais c'était loufoque, que nous aurions pu déménager sans l'avertir... et revenir chaque mercredi, à midi, dans l'appartement. Il ne se serait peut-être aperçu de rien ?
     Voilà comment l'idée de ce récit est née.
     De la réalité !

     Papy Constant n'existe pas. Il ressemble à la fois au père d'Annette mais aussi à mon père qui était régisseur de théâtre et avait le caractère de Constant : doux et discret.

     Je me suis donc servi d'un point de départ réel pour construire une fiction et imaginer, comme protagoniste principale ( dans la deuxième version ! Pas dans la première ! ) une jeune fille qui ressemble à notre fille. Elle fréquentait à l'époque un garçon qui est le portrait tout craché de Jonathan. Et il m'a été facile d'imaginer les réactions d'Isabelle face à la duperie dont ses parents — son père surtout — sont à l'origine.

     Dois-je préciser que nous avons averti le père de ma femme que nous déménagions ?
     Il a vécu seul quelques mois à Epinay, avec le soutien d'une aide ménagère.
     Puis nous lui avons trouvé une petite maison à louer, à quelques kilomètres du lieu où nous habitons, dans le Périgord. Ma femme allait lui rendre visite deux ou trois fois par jour.

     Quand il a été trop âgé pour vivre seul, nous l'avons recueilli chez nous, dans notre ( grande ) maison où nous lui avons aménagé un studio. Une porte nous séparait et nous la franchissions dix fois par jour pour lui apporter ses repas, lui faire écouter un disque, prendre de ses nouvelles.
     Il s'est éteint ici, chez nous, à l'âge de 96 ans.

     Comme on le voit, la réalité est très différente de ma fiction !

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( Mercredi mensonge )
 CHAPITRE 1
          J'aimais beaucoup Papy Constant. Maintenant qu'il est mort, je l'aime davantage encore.
***
          Papy Constant était mon grand-père. Il avait quatre-vingt douze ans. Veuf depuis très longtemps, il habitait Deuil-la-Barre, en banlieue parisienne, dans le minuscule pavillon où il avait élevé Papa. Juste avant ma naissance, mes parents avaient acheté près de là un deux-pièces, dans une jolie petite résidence de quatre étages au milieu d'un parc.
          Enfant, quand j'allais chez Papy, j'étais frappée par l'humidité qui flottait dans sa maison, intriguée par l'atmosphère ouatée qu'épaississaient les gros rideaux, fascinée par les innombrables photos d'acteurs épinglées en vrac sur les murs du salon.
          Papy avait été souffleur de théâtre et connu ce qu'il appelait une vie de patachon. Quand il se sentait en confiance, il la racontait volontiers. Sa voix prenait alors une vibration particulière, ses yeux se mettaient à briller et j'avais l'impression qu'il interprétait l'un de ces rôles qu'il avait peut-être rêvé de jouer.
          Une fois entrée au collège, j'allai voir Papy moins souvent. C'est lui qui venait chez nous, chaque mercredi. Il arrivait à midi pile et ne partait jamais après la demie.
          Pendant un an ou deux, ce rituel tacite convint à Papa. Puis cette visite hebdomadaire l'irrita. Oh, il adorait son père ! Mais à cette époque, il avait peu de temps à lui consacrer. Prof de Lettres, il était retourné suivre des cours à l'université. A ses amis étonnés, il répondait en riant :
          — A quarante ans, je ne poursuis plus mes études, je les rattrape !
          Il venait de passer son doctorat et espérait décrocher un poste de maître de conférence.
          Il jonglait avec son emploi du temps et les horaires, obsédé par la nécessité d'être là, le mercredi à midi, pour recevoir son père... Heureusement, ma mère tempérait les exaspérations de Papa. Institutrice remplaçante, elle était toujours là pour les urgences, qu'il s'agisse de cours à assurer, d'amis à recevoir à l'improviste ou d'un chagrin à consoler. Quant à moi, je me faisais discrète. Presque transparente. A l'image de mes parents, qui préféraient le non-dit et le statu quo aux franches disputes et aux mises au point douloureuses, je restais fermée comme une huître, je m'ouvrais seulement à Jonathan.
          Jonathan, j'avais fait sa connaissance en quatrième ; j'étais très attachée à lui. Jonathan était plus que gentil : attentif, tendre. Il recherchait ma compagnie et plus d'une fois, il avait été sur le point de m'avouer ses sentiments pour moi. Il m'avait envoyé une carte postale en juillet. Je lui avais répondu mais depuis un mois et demi, j'étais sans nouvelles de lui ; j'étais très impatiente de le retrouver.

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Dernière mise à jour du site le 31 août 2019
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