Christian Grenier, auteur jeunesse
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La Science-fiction à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas



Editeur : Editions du Sorbier - Collection : La littérature jeunesse, pour qui, pour quoi ?  (2003)
 
     A L'ORIGINE DE CET OUVRAGE ?...
     Une commande d'Hélène Montardre au salon de Montreuil, en novembre 2001.

     UN GUIDE
     A mes yeux, cet ouvrage représente bel et bien un résumé et un guide actualisé de la SF jeunesse, destiné avant tout aux bibliothécaires, documentalistes et enseignants qui ne se sentent pas à l'aise avec ce genre littéraire. J'ai l'habitude d'affirmer qu'avec un titre pareil, son public potentiel représente des millions de personnes mais hélas, je sais que l'achèteront en priorité ceux qui, déjà, connaissent bien la SF et l'apprécient !
     Hélène a beaucoup insisté, non seulement pour que je livre une vaste bibliographie SF jeunesse ( comment se repérer quand on n'a pas de titres ? ) mais aussi pour que mes propres romans y figurent en bonne place. Difficile, évidemment, d'évoquer ce secteur en évitant de parler de moi puisque j'ai beaucoup donné dans ce domaine en plus de trente ans.

     LE MAKING OFF
     Le Salon de Montreuil, on le sait, est aussi l'occasion pour les auteurs de se rencontrer.
     J'étais en train de signer chez Rageot quand Hélène Montardre, écrivain et ancienne responsable du secteur Jeunesse de chez Milan m'a pris à part et révélé :
     — Pour l'instant, le projet est top secret. Mais les Editions de La Martinière ( La France vue du ciel ! ), secteur Jeunesse — c'est à dire Le Sorbier — envisage de lancer une collection d'essais sur la littérature jeunesse, collection dont je deviens la directrice : des ouvrages destinés aux enseignants et aux bibliothécaires, et qui pourraient les aider à lire et à faire lire certains secteurs peu ou mal connus de la littérature jeunesse : le roman sentimental, le polar, le conte... Il s'agit donc d'une collection de...guides de lecture. Alors voilà, Christian, j'ai pensé que dans les trois premiers titres à paraître, il pourrait y avoir un essai sur la SF jeunesse et franchement, je ne vois pas du tout qui d'autre pourrait l'écrire...
     Moi, je voyais. J'ai livré quelques noms, qu'Hélène a repoussé :
     — Tu n'as pas compris. Ca ne peut être que toi.

     L'ennui, c'est que je voulais depuis longtemps perdre l'image de marque SF qui me colle à la peau depuis trente ans. Des essais sur la SF, j'en avais déjà publié trois — et à y bien réfléchir, un tous les dix ans : Jeunesse et science-fiction en 1972, La SF ? J'aime en 1981 et La SF, lectures d'avenir en 1993. A quoi bon en publier un nouveau ? Elle insista :
     — Allons, ce sera un tout petit ouvrage. Cent cinquante pages maximum. Un manuel. Avec une bibliographie — et tu es le seul à si bien connaître ce secteur. Après tout, cela pourrait n'être rien d'autre que le contenu, rédigé au propre, de ta conférence-type sur la SF !

     J'ai fini par céder. Et Annette a été d'autant plus épouvantée de ma réponse positive que j'avais, une heure auparavant, réservé au contraire ma réponse pour le roman sur la Libération de Paris que me demandait d'écrire Léourier, et qui serait Août 44 Paris sur scène !
     Evidemment, moi qui comptais passer un petit mois à rédiger cet essai, je me suis vite aperçu qu'il allait me donner bien du fil à retordre...
     Comme je manquais de disponibilité ( je n'y travaillais qu'à temps perdu, et j'en avais peu à perdre ! ) j'ai demandé et obtenu des délais, ai bouclé le travail en juin 2002 — mais la collection ne verrait finalement le jour qu'en mars/avril 2003 — alors que son lancement était initialement prévu pour l'automne 2002.

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( La Science-fiction à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas )
          Le gros handicap de la SF, aux yeux d'un lecteur adulte, semble donc son absence d'écho ! Eh oui : le terme de science-fiction suppose qu'il faut maîtriser des notions difficiles. On redoute ( avec raison ! ) que l'univers dans lequel l'auteur va nous plonger nous sera peu familier. Seulement voilà : à douze ans, l'écho provoqué par la phrase Longtemps, je me suis couché de bonne heure n'évoque rien de particulier ou d'agréable ! Si beaucoup d'adultes apprécient les fameux « romans de terroir », c'est parce qu'ils évoquent l'écho soit de leur enfance, soit d'un monde dont leur ont parlé leurs parents ou leurs grands-parents. Ces lecteurs connaissent et maîtrisent le contexte historique. Existe aussi, inconsciemment, la nostalgie du passé, de l'enfance ( où l'on était frais, neuf, naïf, en bonne santé ) et d'un monde forcément meilleur et plus humain que celui d'aujourd'hui. Nous verrons, en conclusion, combien ces préjugés desservent la SF et se révèlent, à l'usage, non seulement faux mais aussi dangereux...
          Or, pour un jeune lecteur, l'écho intéressant est souvent celui du futur ! A ses yeux, à tort ou à raison, la SF semble un voile entrouvert sur le monde de demain, dans lequel il devra s'intégrer, qu'il devra maîtriser. Demain, c'est son présent d'adulte, son futur quotidien !
          D'autre part, la science effraie rarement les jeunes. Les nouvelles technologies les attirent ou les fascinent. Ce sont les paramètres obligés d'un monde où les futurs citoyens devront tenir leur place. Non seulement la SF évoque les sciences et les technologies, mais elle permet de les apprivoiser car elle les situe dans un récit fictionnel où les jeunes lecteurs pourraient volontiers se reconnaître comme héros.
          Enfin, le caractère collectif ou social attaché à la littérature SF est à la fois simulation, stimulation et facteur d'intégration. Car dans les récits de SF, le véritable héros est moins un personnage que le contexte nouveau dans lequel il évolue : une société extraterrestre, un monde futur aux lois différentes, etc. Il s'agit d'un jeu : imaginons, dit en substance l'auteur, que le monde a changé. Il faut donc apprivoiser et appliquer de nouvelles règles. Par exemple celles d'un monde sans livres — celui de Fahrenheit 451*, de Bradbury — ou bien celles d'un monde envahi par d'implacables Martiens — celui de La Guerre des Mondes* de Wells. Attention : en aucun cas, les auteurs ne suggèrent qu'à l'avenir, nous pourrions être privés de livres ou dominés par des extraterrestres ! Ils souhaitent simplement nous faire réfléchir, par le biais d'un récit insolite et dérangeant, sur l'importance de l'écrit ou sur les rapports dominants/dominés.
          Ce que suggère en substance au lecteur un récit de SF, c'est plutôt : le monde dans lequel tu vivras sera très différent de celui que tu connais. Essayons de l'imaginer... et voyons comment tu réagirais.
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