Christian Grenier, auteur jeunesse
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Big Bug

( Une enquête de Logicielle - 6 )



Editeur : Rageot - Collection : Heure Noire  (2005)
 

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     Attention : la trame et le coupable étant révélés plus bas, il serait dommage que le lecteur lise ce « making of » avant d'avoir achevé la lecture du roman !

     A l'origine, ce roman était... une nouvelle !
     Mieux vaut établir la chronologie exacte des faits, quitte à revenir en arrière.
     Tout a commencé pendant l'été 2003.
     Simulator était déjà chez l'éditeur, au chaud, prêt à paraître en mars 2004.
     Mais je me sentais prêt à écrire un nouveau roman policier qui, lui, sortirait un an plus tard — les délais peuvent surprendre mais la programmation des romans se fait longtemps, parfois deux ou trois ans à l'avance !
     C'est alors que je reçus un appel de Xavier Décousus, le bras droit de mon éditrice, Caroline Westberg ( Rageot ). Il me prit de court :
     — Tu sais ce que tu pourrais faire, Christian ? Ecrire une nouvelle policière inédite ! Ainsi, nous l'ajouterions aux quatre textes que nous possédons déjà, dans lesquels Logicielle et Max sont en scène, et que nous avons publiés ici ou là depuis dix ans*. La plupart des lecteurs d'aujourd'hui n'ont pas lu ces textes et ce serait le moyen de publier un recueil de nouvelles policières avec Logicielle au centre.
     — Excellente idée, Xavier ! ai-je répliqué. D'ailleurs cette idée... je l'avais déjà eue moi-même mais je ne pensais pas que la suggestion viendrait de toi.
     En même temps, je réfléchissais : écrire une nouvelle, c'est une ou deux semaines de travail. Pas les deux ou trois mois qui me sont habituellement nécessaires pour écrire un roman policier. Ainsi, je ferais l'économie d'un temps précieux et je garderais l'idée du prochain Logicielle pour l'année suivante.

     * Attention à la marche ( mini-livre donné en prime ) ; Minuit en rouge et noir, Tuez pour nous saint Expédit et Mouche ! ( tous trois publiés dans des recueils Magnum ).

     Une idée surgit un soir...
     Cependant, un nouveau problème se posait : écrire une nouvelle policière... mais sur quel sujet ? Ce ne sont pas les idées qui me manquaient. En réalité, je possède déjà la trame ( et le titre ! ) des quatre prochains romans qui mettront Logicielle en scène. Mais ce sont là des sujets de romans. Il aurait été à la fois dommage et acrobatique d'utiliser l'un d'eux pour écrire une nouvelle.
     C'est alors que je repensai à l'un des vingt ou trente sujets qui, depuis des années, me trottent par la tête sans que je sache précisément ce que je vais en faire. C'était une idée vague, stupide, ridicule. Une hypothèse absurde qui avait jailli dans mon esprit un soir d'été, quelques années auparavant, alors que nous goûtions en famille la tombée de la nuit... le moment précis où le chant des grillons s'estompe peu à peu au crépuscule. Et justement cette mélodie faite de stridulations émises par des insectes à intervalles irréguliers, me fit songer :
     — Et si ce chant apparemment incohérent était en réalité organisé ?
     Comme quoi l'idée d'un roman peut partir de rien...
     Mais voilà : c'était une idée, pas un roman. Et je me demandais bien comment traiter cette idée. Peut-être m'était-elle venue parce que, quelques temps auparavant, j'avais rencontré aux Utopiales de Nantes, David Brin, auteur de SF ( lire notamment Terre 1, Terre 2 et Au cœur de la comète ) et astrophysicien. Nous avions sympathisé et David, à côté duquel j'ai par ailleurs signé mes romans pendant toute une matinée, m'expliqua qu'il avait été nommé responsable de la reprise du projet SETI — c'est-à-dire la recherche de messages extraterrestres éventuellement émis sur la bande des 21 centimètres, celle de l'hydrogène.
     L'idée, c'était cela en fait : une erreur d'appréciation, les messages que nous adressent d'éventuels extraterrestres n'étant pas, comme on le suppose, envoyés au moyen d'ondes électriques... mais grâce au chant des grillons !

     Logique et rigueur dans l'enchaînement des faits...
     Je dus pousser plus loin les conséquences de mon hypothèse.
     Il fallait donc que ces extraterrestres aient visité la Terre dans un lointain passé, et qu'ils aient génétiquement programmé certains insectes ( en l'occurrence les grillons ) à seule fin qu'ils transmettent, tant que leur espèce perdurerait, les messages — dans une sorte de morse, peu différent sans doute des fameux messages que guettent toujours les astrophysiciens à l'écoute des étoiles — à une éventuelle future espèce intelligente ( nous ) capables de les décoder — ouf !

     Quel type de récit choisir ?
     Cette idée, farfelue et gratuite, avait longtemps tourné dans ma tête sans que je sache vraiment comment l'utiliser. Au départ, je songeais ( et rôdais même en imagination, à temps perdu ) à un savant original ayant découvert la vérité sur ces messages. On était donc dans la SF. Et sans doute même dans une nouvelle de SF car je voyais mal comment développer un tel sujet sur deux ou trois cents pages. Et c'est bien là que le bât blessait. Cette nouvelle, j'hésitais à l'écrire et je la repoussais aux calendes grecques. Pourquoi ? Parce que je voulais m'éloigner de la SF, trop rejetée par les prescripteurs. Et aussi et surtout parce qu'écrire une nouvelle est aujourd'hui un acte désespéré ! Les rares textes courts que j'écris, pour Mégascope, Superscope, Je Bouquine — voire une revue ou un recueil — sont des commandes.
     Ecrire une nouvelle de SF et, qui plus est, destinée sans doute à un public plus adulte que jeunesse, je le ferais peut-être mais plus tard, pour mon plaisir et sans avoir la publication pour objectif.
     Or, en me demandant quelle nouvelle policière je pourrais bien écrire et qui ouvrirait ce futur recueil Rageot, l'idée de... La mémoire des grillons me revint.
     La mémoire des grillons, c'était là en effet le nom ( de code, provisoire ) sous lequel était classée cette idée dans ma tête. Après tout, pourquoi ne pas transformer cette improbable nouvelle de SF en nouvelle policière avec Logicielle ?

     Une structure qui se modifie
     Du coup, la structure commença à se modifier au fur et à mesure que je soupçonnais posséder là un sujet de texte policier. Ainsi est née la future histoire ( je n'ai pas encore dit roman ) de Big Bug sur le plan chronologique.
     Ce plan qui suit, on le sait, ne sera pas celui de la narration, puisque le récit policier traditionnel procède plutôt par déconstruction : la découverte d'un crime ou d'un cadavre oblige l'enquêteur à établir des faits nettement antérieurs.
     Le récit se déroule dans un cadre réaliste et contemporain.
     1.Un informaticien comprend ou soupçonne que les grillons émettent des messages organisés.
     2.Il décode ces messages grâce à des ordinateurs perfectionnés.
     3.Mais il besoin, pour convaincre le public ou les médias, de l'aide d'un généticien spécialiste des insectes, quelqu'un qui pourra affirmer qu'on a pu, il y a quelques millions d'années, modifier génétiquement l'espèce des grillons pour qu'ils transmettent — sans le savoir — ces messages.
     4.A la suite d'un conflit entre ces deux chercheurs qui travaillent en secret en attendant le jour de la grande révélation, l'un d'eux élimine l'autre.
     5.Il tente de camoufler le meurtre et de dissimuler les preuves des recherches de son associé.
     6.Il pourra ainsi devenir l'inventeur officiel de « la mémoire des grillons »
     7.Il commet le meurtre mais bien entendu néglige un indice... par exemple une ou deux petites clés USB sur lesquelles sont enregistrés les chants des grillons.
     8.On découvre le corps.
     9.Logicielle est chargée de l'enquête...
     10. Elle remonte le fil jusqu'à la
     11. Révélation finale.

     L'ordre des faits dans le policier
     Bien entendu, le récit policier utilisera un autre ordre :
     8, 9, 10... la partie 11 évoquant au cours des « cinq dernières minutes », l'ensemble de 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
     Restait, dans le récit, à semer dans la partie 10 ( l'essentiel de la narration ! ) certains éléments des parties 1 à 7.

     Une nouvelle ambitieuse ?
     Certes, on pourra juger qu'une telle structure est déjà énorme pour une nouvelle de vingt ou trente pages. On se trompe. Il suffit de lire la première nouvelle de Des nouvelles de Logicielle ( sortie en mars 2006 ) pour comprendre que sa structure est aussi longue et aussi complexe. Voilà pourquoi je me suis mis au travail aussitôt.
     J'avais dans l'idée d'écrire un récit de 25 ou 30 pages. Tout en sachant que je n'étais pas vraiment limité puisque cette fois, cette nouvelle démarrerait un recueil et que, si elle comportait 40 pages, ce n'était pas dramatique.

     La place du narrateur : Max !
     Les lecteurs qui ont déjà lu la rubrique pour en savoir plus de L'Ordinatueur ou de Coups de théâtre savent que je rumine un regret : celui de n'avoir pas varié les axes littéraires de mes romans. Cette fois, dans un tel recueil ( où figurerait par ailleurs Attention à la marche, texte dans lequel le narrateur est... le facteur ! ) je pouvais me permettre une fantaisie : que le narrateur soit Max.
     Et tant qu'à faire, j'imaginai que ce serait la première enquête de Logicielle avec Max, donc l'arrivée de Logicielle à la brigade de Saint Denis ! Me voilà donc rédigeant la nouvelle policière La Mémoire des grillons en disant « je », et avec le point de vue de Max...

     Un récit plus complexe que prévu
     Mais voilà... Au bout de quinze jours de rédaction, je commençai à comprendre que je m'étais laissé emporter trop loin : j'étais, presque sans m'en apercevoir, arrivé à la page 60 et je n'étais pas près d'avoir fini.
     J'étais perplexe.
     J'appelai Caroline, mon éditrice, pour lui soumettre le problème. La première nouvelle que j'étais en train de rédiger n'allait pas être trop longue ?
     — Mais c'est un roman ! s'écria-t-elle. C'est encore mieux ! Continuez, Christian, et c'est un nouveau roman avec Logicielle que nous publierons. Le recueil peut attendre, nous le programmerons en 2006 !

     Une nouvelle qui devient un roman
     Soit. Mais les choses étaient plus complexes que Caroline le croyait. Car si c'était un roman, je ne pouvais pas le situer chronologiquement avant l'Ordinatueur ( ce qui était possible dans le cadre d'un recueil de nouvelles, si ce texte avait été le premier ! ).
     Pire : impossible d'imaginer que dans un roman, Max soit le narrateur. Encore que... non. Pas cette fois-ci. L'idée de Max-narrateur, je la garderais pour la première nouvelle du futur recueil... une nouvelle qui me resterait d'ailleurs à écrire, et dont il faudrait ( mais j'avais un an pour cela ) que je trouve le sujet puisque celui de la nouvelle prévue était devenu un roman !
     Je repris donc l'écriture... à zéro.
     Ainsi existe, dans mes fichiers, soixante pages d'un récit, La mémoire des grillons, fausse nouvelle inachevée dans laquelle Max, le narrateur, raconte sa première enquête avec Logicielle après avoir découvert le corps de Guy Gata ! Les écrivains ont ainsi, dans leurs tiroirs ou sur leur ordinateur, des morceaux de récits inachevés et, en l'occurrence, parfois inachevables !
     Puisqu'il s'agissait d'un roman, et que je disposais désormais de davantage de place, je créai un nouveau personnage qui n'existait pas dans la nouvelle : la jeune Tran. Ainsi que l'hôtesse de l'air, ce qui me permettrait de corser l'histoire avec un Max soudain attiré par une autre jeune femme.

     Un titre qui a changé
     Si le titre La mémoire des grillons pouvait passer au sein d'un recueil, il devenait difficilement admissible pour celui d'un roman policier. Je me mis à rôder d'autres titres évoquant à la fois les insectes, la biologie et l'informatique, titres du genre : grillons-connexion, meurtre en mémoire vive ou encore mémoire bio. Rien de vraiment satisfaisant.
     De guerre lasse, j'avouai à Caroline que j'avais bien un titre qui aurait pu convenir... mais je le réservais pour un prochain roman.
     —Lequel ? me demanda mon éditrice.
     —Big Bug
     —Excellent. Adopté !
     Le problème, c'est qu'il me faudra, dans deux ans, trouver un nouveau titre adéquat pour ce futur roman. Sans compter la nouvelle inédite que je devrai écrire pour le fameux recueil à paraître en mars 2006 !
     C'est d'ailleurs fait... mais pour en savoir plus à ce sujet, il faudra attendre la parution, le 22 mars 2006, de... Des nouvelles de Logicielle !

     Le dédicataire : mon webmaster
     Qui est Patrick Moreau ? Comme je le précise : mon fidèle webmaster. Celui qui, chaque mois, met le site à jour, celui qui vient chaque année passer ici une semaine pour que nous mettions à plat de nombreux points informatiques, celui avec qui je suis en contact permanent — et, en outre, informaticien de profession. Voilà pourquoi je lui ai soumis avant publication ce roman. Il m'a suggéré quelques modifications, perfectionnements et aménagements.
     C'était la moindre des choses que je lui dédie ce récit dans lequel je le fais figurer sous une personnalité... qui n'est pas la sienne ! Car Patrick n'a pas le profil d'un PDG et je me suis contenté de n'utiliser que son nom et son prénom !

     Un incipit révélateur
     Les lecteurs ont peut-être remarqué que la plupart de mes premières phrases contiennent en substance le sujet ou l'une des clés du récit qu'ils vont lire. C'est le cas ici : la certitude de Delumeau ( et le bref dialogue de sourds qui s'ensuit ) illustrent le sujet du roman : la mémoire, la persistance des messages et leur mauvaise interprétation au fil du temps.

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( Big Bug )
 Début du CHAPITRE 1
     — Vous ne connaissez pas Guy Gata ? s'étonna Delumeau. Les informaticiens forment pourtant une grande famille !
     Parfois, la naïveté du commissaire déconcertait la jeune lieutenant de police Logicielle. Elle soupira :
     — En effet, patron. Mais ils sont des milliers !
     — Vous m'avez affirmé un jour que vous vous connaissiez tous, j'en suis sûr !
     Sa mémoire le trompait, elle n'avait jamais pu affirmer une telle ânerie.
     — En plus, ajouta-t-il, Gata habite Saint-Denis, à cinq minutes d'ici !
     Elle domina son irritation et fit semblant de plaider coupable.
     — Je regrette, patron. Je ne le connais pas. Qui est-ce ?
     — Il ne s'est pas présenté à son travail ce matin. Vous pourriez y faire un saut ? Les pompiers aimeraient que la police soit là pour procéder à l'ouverture de la porte.
     Elle crut qu'il plaisantait. Si la présence d'un représentant de l'ordre devenait nécessaire chaque fois qu'un employé manquait à l'appel, il faudrait vite procéder à une grosse campagne de recrutement !
     — Ils ont cru noter sur la porte la présence de sang et la trace de balles, ajouta Delumeau. Boulevard Ornano, au 22. Cinquième étage, porte face. Vous vous souviendrez ?
     Il se passa la main sur une joue mal rasée et redressa le col de sa chemise, qui avait dû autrefois être blanche. En notant l'usure de son vieux veston gris, Logicielle sut quel adjectif convenait à son supérieur hiérarchique : fripé. Delumeau était à l'image de ses vêtements : usé, fatigué, défraîchi. Un apitoiement stupide submergea son irritation.

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