Christian Grenier, auteur jeunesse
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L'éternité, mon amour !



Editeur : Tertium Editions - Collection : Les livres mains  (2007)
 
     A L'ORIGINE DE CET OUVRAGE ?...
     Une commande de Michel Cosem, un vieil ami auteur, poète et amoureux de SF.
     La réécriture d'un ancien texte court, Seul à Seul ( on le trouvera en ligne sur le site ! ) sous une forme longue et romanesque.

     LE MAKING OFF
     Depuis deux ou trois ans, Michel Cosem est devenu le directeur d'une collection de romans jeunesse chez un éditeur local du sud-ouest : Le Laquet. Je savais qu'il y avait fait reparaître certains de ses romans, et qu'il avait demandé à François Sautereau ou Jean-Côme Nogues, des auteurs qu'il apprécie, de lui écrire un récit.

     Un jour, au cours de l'année 2000, alors que nous étions occupés à signer côte à côte dans un Salon du Livre, il me montra les ouvrages de sa collection et me confia :
     — Je serais ravi que tu écrives un roman pour ma collection, même si Le Laquet est un éditeur régional plutôt confidentiel.
     — Mon problème, Michel, c'est le manque de temps. Mais si tu n'es pas trop pressé...
     — La seule contrainte est la tranche d'âge, me précisa-t-il. Autour de 12/15 ans. Tous les genres et, si j'ose dire, tous les coups sont permis. Un avantage de liberté qui compense le handicap des conditions : un maigre à-valoir et un petit tirage de 3000 exemplaires, que l'on écoule en deux ou trois ans. Bref, la collection est jolie mais les droits forcément très minces.
     — Je t'écrirai un roman, Michel. Promis.

     Nous nous connaissions et nous apprécions depuis trop longtemps pour que je ne cède pas à sa demande. Ce serait bien sûr un roman de SF, sans que les choses soient dites explicitement, je savais que Michel avait fait appel à moi en partie pour cela. Je connaissais aussi ses exigences sur le plan de l'écriture et de l'imaginaire : chez Michel, la SF et la poésie ne sont pas incompatibles. Le problème était de trouver non pas un sujet, mais du temps...

     Bizarrement, ce qui a déclenché l'écriture de ce roman, c'est le projet de réédition chez Mango de plusieurs anciennes nouvelles ( voir Allers simples pour le Futur ) : j'avais proposé à Denis Guiot, responsable de la collection Autre Mondes, plusieurs textes tombés dans l'oubli et auxquels je tenais beaucoup, notamment Seul à Seul.
     Ce petit récit est je crois ma première nouvelle de SF ; il a été publié en 1973, dans la revue Jeunes Années. Ce texte est ressorti à plusieurs reprises dans ce magazine, et même je crois dans Gullivore. Il a reparu chez Milan dans le volume Futurs antérieurs ( collection Zanzibar ).

     Le sujet est acrobatique et difficile : un voyage temporel permettant au héros de se faire le relais de lui-même, sujet que, me semblait-il, je n'avais pas traité à fond.
     Denis Guiot me dit qu'il ne souhaitait pas retenir cette nouvelle pour l'anthologie.
     Je vis là l'occasion de la faire reparaître...

     Mis au courant de mon projet, reprendre une nouvelle de SF pour la transformer en roman, Michel m'a donné le feu vert. Mais je voulais l'avertir : cet inédit aurait pour origine le sujet d'un texte plus ancien. On sait que beaucoup d'auteurs de SF américains ont l'habitude de faire un roman avec l'une de leurs nouvelles : Jack Williamson ( son roman Les Humanoïdes est la reprise de sa nouvelle Les bras croisés ) ou Arthur C. Clarke ( son roman 2001, l'Odyssée de l'espace est la reprise certes du synopsis de Kubrik... qui lui-même a transformé en scénario la très courte nouvelle La Sentinelle, texte qui est donc à l'origine du film qu'on connaît ! )

     Bien entendu, Seul à Seul et Un billet pour l'éternité n'ont plus rien à voir l'un avec l'autre : des personnages nouveaux ont surgi dans le roman, notamment une jeune extraterrestre ; le contexte est différent, l'histoire est devenue essentiellement sentimentale et le récit, six fois plus long, est passé de 30 000 à 180 000 signes !

     Aussitôt que je l'ai envoyé à Michel, il l'a lu dans la journée et, le soir, m'a téléphoné son enthousiasme :
     — Ce roman est exactement ce que j'attendais. Il n'y a pas une ligne à changer !

     J'étais ravi de sa joie et inquiet de son indulgence : certains directeurs littéraires me demandent tant de modifications que j'en étais venu à me demander si j'étais capable, aujourd'hui, d'écrire un roman sans qu'on exige de moi des retouches !
     Dominique Barbier, le responsable du Laquet — qui a lu mon manuscrit après Michel — a eu la même opinion. Il est décédé prématurément au moment où le roman allait sortir, ce qui explique le retard de sa parution.
     Voilà donc un texte paru sans qu'une virgule ait été ajoutée ou retranchée, cela ne m'était plus arrivé depuis Auteur auteur imposteur, chez Denoël !
     Séduite ou émue par ce récit dont la fin était cependant prévisible et attendue, ma femme a désiré que je le lui dédie.

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( L'éternité, mon amour ! )
          Toujours, j'avais marché sur la corde raide. Funambule de la vie, je n'avais cessé de vaciller entre sol et abîme, entre lumière et ténèbres, entre raison et folie.
          Six mois plus tôt, la folie l'avait emporté.
          Cet après-midi-là, Jack avait frappé à ma porte. Excité, essoufflé, il m'avait saisi par l'épaule et jeté :
           Viens, Roland. Je t'emmène. J'ai besoin de toi.
          Je m'en souvenais aujourd'hui : j'avais hésité. J'aurais pu lui répliquer : Laisse-moi, fiche-moi la paix.
          J'aurais pu. J'aurais dû.
          Je ne l'ai pas fait.
          Depuis que j'avais été licencié, j'étais mou, sombre, déprimé. En ce méchant après-midi d'automne, je somnolais devant une mauvaise émission de télé. Je me suis levé sans un mot et je l'ai suivi. Sans même lui poser de questions. Parce que je me doutais qu'il m'entraînait dans un mauvais coup.
          Jack, j'avais fait sa connaissance peu auparavant, dans une boîte un peu louche où je ruminais mon ennui. J'avais bien deviné que ce type vivait de combines et de petits trafics. Mais il m'avait offert à boire, réconforté. Il m'avait séduit par sa fausse bonne humeur, sa gouaille et l'assurance avec laquelle il dépensait sans compter.
          Ce fameux et désastreux après-midi, il m'avait fait monter dans sa nouvelle voiture — il avait dû la voler le matin même — et s'était garé en double file à l'angle d'une avenue.
          Il y avait foule dans cette banlieue voisine de la mienne.
           Attends-moi ! m'avait-il simplement jeté. Surtout, n'éteins pas le moteur. Même si je ne reviens pas avant une demi-heure !
          En effet, une demi-heure avait coulé. Je commençais à m'impatienter. Quand j'ai entendu les sirènes de police, j'ai d'abord stupidement pensé : je gène le passage, les flics vont me demander de circuler, je vais partir... mais où ? Et comment Jack va-t-il me retrouver ?
          Tout s'est alors passé très vite, en dix secondes, peut-être moins : un film d'épouvante qui depuis hante mes nuits, peuple mes cauchemars et tourne en boucle dans ma mémoire...
          Jack surgit. Il court. Il est poursuivi. Un bas de soie recouvre son visage, noie et aplatit ses traits. Il s'engouffre dans la voiture du mauvais côté, celui du passager — le mien. Haletant, il me pousse vers le volant, hurle :
           File ! Vite ! Qu'est-ce que tu attends ?
          A cet instant, un coup de feu claque, la vitre arrière vole en éclats. Et moi, je reste là, pétrifié, incapable du moindre geste. Jack, lui, fouille dans la boîte à gants, en sort une arme qu'il brandit en se retournant. Une nouvelle fois, il braille :
           Démarre, Roland ! Bon sang, foutons le camp !
          Une détonation retentit. Puis une autre. Du sang gicle soudain sur les vitres. Un corps s'affale contre moi, me coince contre la portière. Je me dégage et repousse du bras la main de Jack qui lâche son arme sur mes genoux. C'est au moment où je la saisis pour la repousser que la porte de la voiture s'ouvre.
           Pas un geste ! hurle une énorme voix.
          Je me souviens du froid glacial d'un canon pointé sur ma tempe. Et de cette absolue certitude : si je lâche le revolver que je tiens, si je fais mine de me lever, de bouger, ou de respirer un peu fort, je suis un homme mort.
          Le reste se déroula dans un cérémonial identique à celui des pires films d'action de série B : ma capture et une interminable série d'interrogatoires.
          Durant ma détention préventive, je reconstituai aisément ce qui s'était passé : les amis de Jack avaient programmé un hold-up. Au dernier moment, leur chauffeur s'était défilé. Jack m'avait embauché à l'improviste, sans me préciser notre destination ni mon rôle. Il avait laissé le véhicule en stationnement à l'angle de la banque. Jusqu'au bout, j'aurais pu tout ignorer. Mais rien ne s'était passé comme prévu : l'alarme avait été donnée, la police était arrivée, les malfrats avaient répliqué et tous été abattus.
          Seul Jack avait pu fuir. Pas assez vite.
          En dix secondes, j'étais devenu l'unique survivant d'un casse qui avait mal tourné et auquel j'avais été malgré moi mêlé... mais comment le prouver ?
          Pendant le procès, mon avocat plaida les circonstances atténuantes : mal élevé par une mère seule et tôt disparue, le jeune Roland Salvant avait fait des études médiocres avant de vivre de petits boulots. Dépressif, il s'était laissé entraîner par de mauvaises fréquentations. Dans ce hold-up bâclé au cours duquel quatre jeunes gens et un policier avaient trouvé la mort, il était le plus insignifiant et récent complice. Oh, il n'avait pas voulu tuer le gardien de la paix qui avait abattu Jack juste après qu'il était monté dans la voiture ! C'était là un geste stupide de défense.
          Car bien entendu, nul ne crut ma version des faits. Jugé coupable, je fus condamné à vingt ans de prison ferme.
          Vingt ans...

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Dernière mise à jour du site le 8 mai 2020
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