Christian Grenier, auteur jeunesse
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La musicienne de l'aube



Editeur : Bayard - Collection : Bayard Jeunesse  (2008)
 


Le Making Off

     Fantastique ? SF ? Fantasy ?
     Difficile de classer La Musicienne de l'aube !
     Puisque le récit se situe de nos jours, sur la Terre, dans le Périgord, au début du XXIe siècle, on croit à un récit réaliste. Mais comme les faits rapportés sont inexplicables, invraisemblables, on a tendance à penser qu'on nage en plein fantastique ! Seulement la première incursion des héros dans « la chose » relève exclusivement... de la fantasy. La deuxième, aux yeux des connaisseurs, est une uchronie. La troisième, qui se situe dans le futur, de l'anticipation. Et la quatrième se révèle être très vite un véritable space opera.
     Science-fiction, donc ?
     Sans doute, dans la mesure où ces faits, dans la conclusion, seront entièrement expliqués par une hypothèse technologique à la fois scientifique, vraisemblable... mais pourtant imaginaire.
     J'ajouterais que la rapidité de l'action apparente ce récit à un thriller qui, durant six cents pages, distille des indices propres à orienter le lecteur vers un seul et même individu : un coupable qui, depuis la première page, manipule toutes les ficelles dans lesquelles les héros vont s'empêtrer. Ce récit possède aussi des ingrédients du polar !
     Dans une moindre mesure, comme on le verra plus bas, il s'agit également d'une saga... familiale !

Personnages et clins d'œil.
     Ce n'est pas un hasard si La Musicienne de l'aube est dédié à mes deux enfants. Même si les personnages du roman portent leurs prénoms ( Sophie et Sylvain ) mes enfants ne sont pas jumeaux. Mais les héros possèdent certaines caractéristiques de mes enfants, quand ils avaient l'âge de mes personnages.
     Je suis bien sûr l'oncle Edouard. Nigerre est d'ailleurs l'anagramme de Grenier. Ecrivain, comme l'oncle de Mika, je m'intéresse aux nouvelles technologies. Je suis aussi — et pour cause ! — l'auteur des mêmes romans cités dans la deuxième partie.
     Mais pour l'œil d'un lecteur averti, le récit fourmille de noms connus :
     L'adjudant s'appelle Beffroy — c'est le nom réel de ma fille, qui est mariée, et aussi celui de mon personnage de Logicielle.
     Parmi les gendarmes, on reconnaîtra en Sautereau le nom d'un écrivain qui est l'un de mes vieux amis. C'est également le cas de ( Jacques ) Cassabois, un nom rêvé pour un colonel ! Les lecteurs adultes connaissent peut-être aussi Jean Siccardi, que j'ai ici transformé en maire roublard, Jean est un ami écrivain que je malmène souvent dans mes romans. Il ne se gène pas non plus pour le faire, lui qui m'a transformé en préfet véreux dans Les roses de décembre !
     Quant à Daniel Collobert, qui occupe dans le roman les mêmes fonctions gouvernementales que feu Haroun Tazieff, il porte le nom ( et possède les caractéristiques physiques ) d'un ami scientifique, ancien astrophysicien et spécialiste de l'intelligence artificielle auquel je confie mes manuscrits pour une relecture attentive sur le plan informatique et scientifique.
     Et j'en oublie ! Car le docteur Waquier est aussi notre ami médecin, dans le village que nous habitons ; il a donc ici sa vraie fonction. J'ajoute que je l'ai déjà utilisé plusieurs fois, dans mon récit Urgence ( chez Bayard ) ou encore dans mes polars, où il occupe le rôle récurrent de médecin légiste.
     Il faudrait aussi citer Denis Guiot ( le directeur de la collection Vertige SF chez Hachette ) que j'ai transformé en tavernier dans la dernière partie... et Michel Bernard, qui est réellement un vieil ami, journaliste à Sud Ouest !

Qui est Mika ?
     J'ai presque envie de répondre : peut-être bien moi !
     Narrateur indirect, il est un personnage imaginaire. Mon objectif, dans ce qui est en réalité un roman d'apprentissage, était de le faire grandir.
     Timide, veule et dépourvu d'esprit de décision, il prend peu à peu de l'assurance au fil des aventures dans lesquelles il est malgré lui plongé.
     C'est peut-être d'ailleurs là la métaphore principale de l'ouvrage : lire, c'est vivre des épreuves par procuration, c'est épouser ( sans les risques ) le destin de héros dont on partage pour un temps les angoisses, les questionnements, les peurs et les espoirs.
     Trois jours plus tard et six cents pages plus loin, Mika a mûri.
     Il a commis des erreurs, fait des fautes ( et... fauté, avec la Musicienne, notamment ! ). Mais son parcours obligé lui a permis de mieux saisir le sens de l'existence, et de comprendre son sincère et profond attachement pour Sophie.

Et Madame le Ministre de la défense ?
     Etrangement, Eve Colombe est un personnage lui aussi imaginaire. Je tenais beaucoup, en 1996, à voir une femme occuper ce poste inattendu. On pourrait penser que je me suis inspiré de Michèle Alliot Marie, dite MAM, mais en l'occurence, je soupçonne plutôt les autorités républicaines de s'être inspirés de mon idée au départ très farfelue : placer une femme au Ministère de la Défense !
     A l'époque, Denis Guiot, qui dirigeait la collection Vertige, avait d'ailleurs tiqué face à ce qui lui apparaissait comme un caprice de ma part. Dix ans plus tard, la réalité a... dépassé la fiction !

Des lieux réels !
     L'action se déroule à Gardonne, qui se situe à huit kilomètres de mon lieu de résidence, Le Fleix. Dans le troisième volet, Cyberpark, Mika traverse d'ailleurs Le Fleix — et la Dordogne ! — en partant du bourg de La Force.
     On retrouve même, dans le premier et le troisième volet du récit, le château de Bridoire qui m'a aussi servi de modèle pour l'Ordinatueur.


Historique de l'ouvrage

Un projet qui date de... 1973 !
     A la question : «  combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ? », je réponds le plus souvent :
     — Hélas, le temps que je consacre à sa maturation, à sa préparation mentale, est dix, cent fois plus important que le temps d'écriture proprement dit !
     Mes lecteurs me croiront-ils si je leur révèle que la première idée de ce roman est née en Picardie, un beau matin d'été 1973, dans la maison de campagne où mes beaux-parents passaient leur retraite ?
     L'idée était celle-ci : près du cimetière du village surgit un objet gigantesque... Les héros pénètrent à l'intérieur et sont entraînés dans une série d'aventures qui les conduit dans des univers différents, aussi baroques les uns que les autres.
     Mes personnages poursuivraient deux objectifs :
     * retrouver une jeune fille disparue dans ( ou engloutie par ? ) l'objet, et
     * comprendre l'origine et les mécanismes de cette verrue monstrueuse.
     Bien sûr, je possédais déjà les clés de tous ces mystères, clés que je me proposais de livrer par petits morceaux au fil des trois, quatre, ou dix épisodes de cette future saga.
     Le mot est lâché : saga.
     A l'époque, je venais de publier trois romans de SF et j'avais fait la connaissance de William Camus, avec qui j'entreprenais la longue et difficile rédaction commune de Cheyennes 6112 ( qui sortirait en 1974 ) et d'Une squaw dans les étoiles ( 1975 ).
     De plus, j'étais prof à temps complet.
     Pas question de me lancer dans une série d'aventures à répétition... trop long, trop ambitieux.
     Je laissai le projet à l'état d'ébauche dans ma tête.

Une collection SF au Fleuve Noir ?
     C'est quinze ans plus tard, après avoir été successivement directeur de collection ( chez Gallimard ), journaliste et scénariste de BD ( chez Pif ) et co-scénariste des Mondes Engloutis ( pour Antenne 2 ) que l'idée put à la fois resurgir et se concrétiser...
     Ce jour d'automne de 1988, je reçois un appel de mon vieil ami Michel Jeury :
     — Christian ? Le Fleuve Noir va lancer une collection de SF destinée aux jeunes. Ils ont pensé à moi. Mais j'ai refusé. Je quitte la SF pour tenter ma chance dans le roman de terroir. Et j'ai pensé à te refiler le bébé !
     — Un grand merci, Michel. Mais je ne souhaite pas redevenir directeur de collection. Ni au Fleuve Noir ni ailleurs. Je suis débordé par la télé.
     — Dommage. A qui penses-tu, pour ce poste ?
     Nous évoquons plusieurs personnes, notamment des auteurs de SF susceptibles d'être à la fois intéressés par la fonction... et capables de l'assumer !
     Nous pensons alors ( Lui ? Moi ? Comment se souvenir ? ) à Joëlle Wintrebert. Michel l'a jointe aussitôt ; dans la foulée, elle m'a appellé :
     — Christian ? Michel m'a tout expliqué ! Je suis ravie... et je te commande un roman tout de suite ! Penses-y !

Un projet mort-né !
     Un roman ? Non : l'éditeur et l'ambition de la future collection me poussent à proposer à Joëlle, sa future directrice, une saga dont le premier titre serait :
     La Musicienne de l'aube !
     Joëlle voulut en savoir plus. A l'époque, j'habitais encore la région parisienne. Joëlle aussi.
     J'allai donc chez elle pour évoquer en détail le projet de ma série et ébaucher le synopsis des trois ou quatre premiers volets.
     Joëlle me donna le feu vert. Et je me lançai aussitôt dans la rédaction du premier roman de cette future saga. Je crois me souvenir lui avoir même livré une première version. Peu après, Joëlle, désespérée, m'appela :
     — Stop ! Le Fleuve Noir renonce au lancement de sa collection jeunesse. Me voici licenciée — sans indemnité ! — avant même d'avoir été embauchée !
     Joëlle était d'autant plus contrariée que je n'étais pas le seul à avoir travaillé.
     Aujourd'hui encore, j'ignore ce que sont devenus les manuscrits écrits par mes camarades.
     Sans doute ont-ils été publiés ailleurs ?

Une saga dans un tiroir !
     De mon côté, je ne voyais aucun éditeur susceptible d'accueillir un tel projet.
     En 1990, il n'existait plus aucune collection de SF pour la jeunesse. Et aucun éditeur n'aurait pris le risque de publier une saga dans un genre à la fois décrié et dont la production restait confidentielle. J'ajoute aussi qu'il ne s'agissait pas d'une série à proprement parler, comme Le Club des Cinq ou Fantômette : une fois la clé du mystère découverte, la saga s'arrêterait !
     Je rangeai donc ma Musicienne de l'aube dans un tiroir...

1996 : Vertige SF chez Hachette !
     Entre-temps, j'avais quitté Paris pour le Périgord où je me consacrais à temps complet à l'écriture.
     Un jour, Denis Guiot ( un spécialiste de la SF, comme moi, que je connaissais depuis vingt ans ) m'appelle :
     — Je deviens chez Hachette directeur d'une collection de SF ! Il faut absolument que tu me livres un roman !
     Pour dire la vérité, je ne souhaitais pas travailler chez Hachette.
     Certes, j'avais déjà publié des romans au Livre de Poche Jeunesse, dont Laurent David assurait la direction, mais mes rares expériences dans les collections éphémères de cet éditeur avaient été si décevantes, si négatives, que je m'étais juré de ne plus me laisser prendre.
     Je crois bien avoir répondu à Denis :
     — Pas question. D'ailleurs je te recommande de te méfier. Ta future collection risque de mourir avant de naître... ou bien de disparaître après trois titres !
     Denis insistait, revenait au téléphone chaque soir à la charge.
     Soudain, je repensai à ma saga.
     Je lui lançai, provocateur :
     — Tu veux un roman ? Eh bien soit, je t'en propose plusieurs. Une saga.
     — Adopté !
     — Attends... Toi, tu me dis oui. Mais je veux un accord officiel. Un contrat.
     — Je m'en occupe. Tu peux me livrer un bref synopsis de ta saga ?
     Je n'aime pas travailler de cette façon. Mais là encore, dans mon esprit, je ne souhaitais toujours pas travailler chez Hachette. Et si j'avais l'intention de montrer à Denis ma bonne volonté, je souhaitais surtout avoir de telles exigences qu'Hachette finirait par renoncer !
     Je consacrai donc une journée à mettre sur le papier ( en fait, sur quatre pages ! ) le sujet des quatre romans de ma saga dont les titres étaient à l'origine :
     La Musicienne de l'Aube
     Les lagunes du temps
     Le maître des cybernautes
     Mission en mémoire morte

Payé avant de travailler !
     A ma grande surprise, je reçus la semaine suivante... les quatre contrats de chez Hachette !
     Impressionné, j'appelai Denis :
     — Euh... bravo, tu as fait très fort !
     — Donc tu signes et tu m'écris les quatre romans ?
     — Pas du tout. Imagine que je signe les contrats et que je me mette au boulot. Je ne serai payé ( et encore : fort peu ! La moitié de l'a-valoir du premier roman !) que lorsque tu auras accepté le premier manuscrit. Six mois plus tard, tu seras remercié et mon premier volume ne sera même pas sorti, j'aurai travaillé pour rien !
     J'étais sincère, et encore sous le coup de la mésaventure survenue à Joëlle Wintrebert, une aventure que Denis connaissait aussi, bien entendu !
     — Bon sang, Christian, mais qu'est-ce qui pourrait te convaincre de te mettre au travail ? Qu'est-ce que tu veux ?
     — La totalité des a-valoir des quatre romans à remettre.
     — Tu plaisantes ? Soixante mille francs ?
     A l'époque, il y a douze ans, cela représentait près de dix mille euros. Je jouais sur le velours : jamais Hachette ne consentirait à payer une telle somme ! Surtout pour des manuscrits destinés à une hypothétique collection qui ne naîtrait peut-être jamais ! Je serais donc libéré de ma dette morale vis-à-vis de Denis, même si je passais pour un mauvais coucheur.
     Le problème, c'est qu'une semaine plus tard, je recevais... un chèque correspondant à la somme en question !
     Si vous receviez un tel chèque, vous, que feriez-vous ? Vous l'encaisseriez, non ?
     C'est ce que j'ai fait.
     Mais voilà : il me restait à me mettre au travail !

Quatre romans en un an...
     Les exigences de Denis ( et celles d'Hachette, qui figuraient dans le contrat ) étaient légitimes : je devrais fournir les quatre romans dans un délai d'un an. Pas question, comme cela avait été le cas pour Aïna, d'échelonner la publication de cette saga sur quatre ou cinq ans, au risque de perdre les lecteurs !
     Je me suis donc mis aussitôt à l'ouvrage. C'est-à-dire que j'ai relu — et en fait recopié sur un PC — ma première version de La Musicienne de l'aube ( elle n'existait que sur les disquettes d'un vieil Atari ! ) que j'ai envoyée à Denis dès que possible.

Quand l'auteur et le directeur ne sont pas d'accord...
     Les difficultés commencèrent très vite : Denis me renvoya mon manuscrit annoté, avec des pages entières barrées et... recopiées. Stupéfait, je lui écrivis un courrier courroucé. J'étais si vindicatif que mon épouse, en lisant sur écran le double de ma lettre ( hélas déjà postée ! ), décida de l'avertir.
     Au téléphone, elle lui révéla :
     — Euh... Christian n'est pas vraiment satisfait de tes remarques et des propositions de modification de son texte. Mieux vaudrait que vous vous expliquiez avant que tu ne reçoives son courrier...
     L'explication fut claire, je lançai à Denis :
     — Si tu veux réécrire mon histoire, libre à toi. Mais alors tu la signes. Pas question que j'assume un tel récit.
     Denis se justifia : lu par d'autres gens de chez Hachette, mon récit avait été jugé trop littéraire et trop compliqué. Il fallait le... « raboter » un peu.
     Je me résignai à enlever les passages poétiques, à clarifier des situations que je voulais décodables par simples sous-entendus...
     Il fallut trouver un moyen terme. Ce qui fut fait.
     C'est l'époque où débutèrent mes difficultés et mes luttes avec des directeurs littéraires soucieux de livrer au lecteur un texte très ( trop ) facilement abordable, et dépouillé des nuances que je souhaitais lui apporter.
     Les volumes sortirent fin 1996 et en 1997, à une cadence rapide.
     Le troisième ( le Maître des cybernautes ) dut être rebaptisé Cyberpark puisque Vertige SF sortirait quasiment en même temps un roman de Robert Belfiore appelé : Le maître de Juventa.
     Pas question de faire voisiner deux maîtres !

Le Grand Prix de l'Imaginaire !
     En 1998, les quatre volumes de ma saga se virent attribuer par un jury de spécialistes le « Grand Prix de l'Imaginaire », ce qui valut aux quatre volumes d'être par la suite vendus avec un bandeau, comme le Goncourt !
     Ce prix me fut officiellement décerné à Poitiers, l'année même où fut créé ce qui deviendrait Les Utopiales, la plus grande manifestation de la SF ( et du fantastique, et de la fantasy ) en France... une manifestation dont la création, par Bruno della Chiesa, avait eu lieu l'année précédente, chez nous, dans le Périgord, à la suite d'une visite de Bruno et de sa famille !

Vertige se meurt...
     Mais voilà : mon cycle n'eut pas le temps d'être beaucoup diffusé, même si les deux premiers titres furent réédités à deux reprises.
     Deux ans plus tard, Hachette décida de supprimer la collection Vertige qui, par ailleurs, se déclinait aussi en Vertige Policier, Vertige Coup de foudre, Vertige fantastique, Vertige cauchemar...
     Mon cycle avait vécu.
     J'ignorais qu'il serait réédité dix ans plus tard !

Obtenir les droits...
     Quelques années plus tard, face aux demandes de nombreux lecteurs qui n'avaient pas réussi à se procurer les quatre récits, je songeai que le meilleur moyen était de rééditer ma saga en rassemblant les quatre histoires en un seul volume. Je demandai à Hachette si cette idée semblait viable.
     — Aucun problème ! me promit la responsable à l'époque. Faites le nécessaire pour gommer des trois derniers volumes les brefs rappels de l'histoire.
     Je fis mieux encore : je relus les 900 pages de ma saga et je les réécrivis entièrement à ma façon, en essayant de réduire le texte. Un travail qui m'occupa plusieurs mois.
     Je rendis ma copie à Hachette et j'attendis trois mois. Six mois. Un an.
     — On va remettre tout ça en lecture ! me promettait-on.
     Deux ans plus tard, lassé d'être mené en bateau, je réclamai à Hachette l'autorisation de récupérer mes droits, comme on dit. Une autorisation qu'on ne put me refuser puisque l'ouvrage était épuisé et avait disparu du catalogue depuis de nombreuses années.

Réédition chez Bayard
     Il me restait à le proposer à un autre éditeur.
     Ce fut Elisabeth Sebaoun, chez Bayard.
     Babeth, comme les auteurs l'appellent familièrement, je la connaissais depuis que j'avais travaillé avec elle chez Nathan. Elle avait suivi la publication de mes six volumes d'Aïna et m'avait commandé de nombreux « contes et légendes », une collection dont elle était à l'époque la responsable.
     Devenue responsable éditoriale de la fiction chez Bayard, elle accepta même, fait rarissime, de me laisser le choix de l'illustrateur !
     Je connaissais Krystal depuis très longtemps. Et j'avais repéré depuis des années l'un de ses tableaux qui, à mes yeux, représentait Virginie, ma « musicienne de l'aube », attendant au sommet de son donjon d'être délivrée.
     Comme le temps avait passé, je revis ma copie une nouvelle fois, afin que la version définitive de ce gros ouvrage corresponde parfaitement à ce que je désirais.
     Elisabeth Sebaoun confia la responsabilité de la publication à sa collaboratrice la plus proche, Marie-Hélène Delval ( également amie et auteur ! ).
     Je dois dire que travailler avec elles fut un vrai plaisir.
     Ma dernière version, revue par mes soins sans autre indication de sa part, fut acceptée sans que j'aie à y changer une virgule. C'est aujourd'hui un fait assez rare pour que je le signale !
     Un grand merci donc à Babeth et à Marie-Hélène... et merci à toutes les lectrices et tous les lecteurs qui auront lu jusqu'ici le long making of de ma saga !
Christian Grenier
 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( La musicienne de l'aube )
 Début du CHAPITRE 1
     Michaël fut réveillé en sursaut par un cataclysme.
     Il regarda le radio-réveil pour fixer dans sa mémoire l'heure de la fin du monde. Il était cinq heures cinquante-deux.
     Enfin, tel un tonnerre qui s'éloigne, le grondement s'éteignit et les trépidations s'apaisèrent. Mais lui, Mika, continuait de trembler.
     Dans son esprit jaillit le souvenir de son oncle : trois jours auparavant, Michaël avait enterré Edouard, le dernier membre de sa famille ; cette disparition inattendue et brutale l'avait bouleversé. Et voilà qu'un séisme, bien réel, répondait en écho au premier.
     — Mika ! Mika ? hurla-t-on de la pièce voisine.
     — Oui... ça va ! répondit-il. Et toi ?
     Il se précipita dans le couloir et poussa un soupir de soulagement : Sophie n'avait rien ; elle était là, immobile, pétrifiée, un peignoir jeté en hâte sur ses épaules. Ses jambes nues se hérissaient dans la fraîcheur du courant d'air car les vitres de la maison avaient été soufflées par l'onde de choc. Mika fut ému et troublé par l'apparition de cette jeune fille arrachée au sommeil. A cet instant, il comprit combien il tenait à elle. Peut-être parce qu'elle lui parut fragile, vulnérable. Il l'imagina ensevelie, blessée... il chassa vite cette pensée.
     — Que s'est-il passé ? murmura-t-elle.
     Ils sortirent sur la terrasse qui dominait le jardin.
     Niché dans sa vallée baignée de brume, le village semblait calme. Les oiseaux, si bavards à cette heure, s'étaient tus. Mais un chuintement formidable s'élevait du côté de l'église et du cimetière ! Là, à cent mètres de la maison, s'élevait à présent un rocher de la taille d'un iceberg. Immobile, la chose fumait doucement ; ses contours irréguliers se détachaient sur le ciel violet. Elle empiétait sur la route et recouvrait le tiers du pré du père Gosselin, la totalité du cimetière et la moitié du verger attenant à la maison d'Edouard.
     — Regarde l'église, murmura Sophie. Elle est droite !
     Mika n'en revenait pas. Depuis trois cents ans, le clocher de l'église de Gardonne penchait vers l'est, conséquence d'un sous-sol truffé de cavités. Désormais, sa flèche était verticale ! Les vaches du père Gosselin se tenaient à distance de l'énorme bloc. Certaines l'observaient avec l'attention mesurée des ruminants ; d'autres s'étaient remises à brouter.
     Une onde de chaleur nauséabonde se répandit dans la vallée avant d'être chassée par le vent. Au loin, un coq chanta. Le cri irrité d'une pie lui répondit. Une fenêtre de la maison voisine, celle des Siccardi, s'éclaira. Deux, trois, plusieurs chiens commencèrent à s'invectiver furieusement aux quatre coins du village.
     Soudain, Mika s'écria :
     — Et ton frère ?
     Ils se précipitèrent dans la chambre de Sylvain. Celui-ci gisait sur son lit, yeux fermés, cheveux en désordre. Sophie se pencha sur son jumeau et se releva pour déclarer, presque vexée :
     — Il dort.
     A cet instant, des coups violents ébranlèrent la porte d'entrée.
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