Christian Grenier, auteur jeunesse
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Le Soleil va mourir



Editeur : Pocket - Collection : Pocket Junior Roman No J891 (2002)
 
     LA PREMIERE VERSION DE CE ROMAN...
     est sortie en 1977, aux Presses de la Cité ( Rouge & Or, collection Grand Angle ).
     Soazig Le Bail, ancienne directrice de Castor Poche, avait récupéré ce texte pour l'éditer chez Pocket où elle travaillait — elle est au même moment partie chez Thierry Magnier.
     Comme d'habitude, et de ma propre initiative, j'ai considérablement revu et modifié ce roman : un mois de travail de réécriture ! Faire du neuf avec du vieux, c'est parfois plus difficile qu'une création véritable. Mais certains lecteurs seront contents de retrouver ce roman dont ils me parlent fréquemment. Autre sujet de satisfaction : j'avais demandé que Manchu assure l'illustration de couverture. J'aime son travail et c'est, par ailleurs un garçon d'une modestie et d'une gentillesse aussi grandes que son talent.

     A L'ORIGINE DE CET OUVRAGE ?...
     Une information entendue à la radio en 1976 : soucieux de gérer les futurs déchets générés par leurs centrales nucléaires à eau pressurisée ( strontium, césium, déchets à longue durée de vie jusqu'à 28 000 ans ), les scientifiques américains étudiaient plusieurs solutions comme leur :
     1/ immersion dans des conteneurs métalliques à l'intérieur de fosses sous-marines profondes
     2/ enfouissement dans des blockhaus un ou deux kilomètres sous terre
     3/ envoi dans l'espace après les avoir vitrifiés !

     Quelque temps plus tard, la solution 1, on le sait, fut choisie — eh oui — puis peu à peu abandonnée au profit de la solution 2. La dernière solution, folle, et jamais mise à exécution, fit germer dans mon esprit l'hypothèse suivante : imaginons que dans trois siècles, nos descendants découvrent dans l'espace, sur une orbite forcément lointaine, ces déchets qui encombrent une nouvelle voie de circulation. Par exemple la ligne Terre-Vénus...
     1/ Quelle solution serait adoptée pour s'en débarrasser ?
     2/ Quelles critiques pourraient être lancées contre nos prédécesseurs imprévoyants ?
     3/ Quelle catastrophe pourrait, sur le plan symbolique, montrer que les sociétés industrielles et libérales du XXe siècle n'ont cessé de jouer avec le feu ?

     LE MAKING OFF...
     Ainsi est né, peu à peu, le sujet de ce roman : space opera, hard science, mais aussi ouvrage critique destiné à lancer un avertissement écologique. Dans les années 70, la politique nucléaire me questionnait. Je me suis documenté sur les différents types de centrales, interrogé sur nos choix — nos propres centrales, de type graphite-gaz, un peu moins performantes, étaient plus « propres » que les centrales à eau pressurisée.
     Il va de soi que l'hypothèse de départ n'a rien de rationnel : envoyer de tels déchets dans la fournaise du soleil n'aurait sans doute pas les conséquences que j'imagine. Et le sort de notre étoile a peu de chances, heureusement, de ressembler à ce qu'évoque mon roman.
     En revanche, mes recherches concernant la terraformation éventuelle de Vénus m'ont conduit à des conclusions presque prophétiques. C'est dix ans plus tard qu'un richissime Américain lançait le projet Biosphère 2 ( qui, d'ailleurs, fut un échec ) et dont le biologiste Roy Walford allait faire partie.
     Le lecteur ignore que la plupart des héros du roman ont leur portrait et leur nom dans la vie réelle... Par exemple, le volcanologue Pierre Grode ressemble comme deux gouttes d'eau à Pierre Pelot ( c'est un pseudo, il s'appelle en réalité... Pierre Grodemange ). Si je l'abandonne méchamment sur Vénus, c'est la réplique à une surprise qu'il m'avait réservée, quelques mois auparavant, dans l'un de ses romans du Fleuve Noir, où l'un de ses personnages, l'ami-Grenier... périssait de façon brutale et abominable ! Je lui rendais ainsi la monnaie de sa pièce !
     Enfin, si les héros découvrent in extremis la solution à leur problème grâce à un vieux livre de SF dont le titre est Le soleil va mourir, c'est parce qu'à l'époque, en 1977, j'étais toujours très contrarié de constater que j'étais mis à l'écart de la couverture. En la décrivant avec précision dans mon manuscrit, j'obligeais ainsi l'éditeur à la faire réaliser de façon conforme à mes souhaits !

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( Le Soleil va mourir )
          Un poing impatient s'acharnait contre la porte.
          Stefan s'éveilla en sursaut. Il aperçut au-dessus de lui la galaxie d'Andromède... non : un simple poster épinglé sur le mur. Il était dans sa chambre de l'observatoire du Wendelstein.
          Il faisait grand jour.
          Finalement, comme il ne réagissait sans doute pas assez vite, on ouvrit brusquement la porte et Messigny apparut, les cheveux en bataille. Stefan se leva d'un bond.
           Que se passe-t-il ?
          L'astrophysicien était en proie à une excitation inhabituelle. Derrière leurs lunettes, les yeux étaient redevenus vifs, pétillants, presque malicieux. D'une main énergique, il agrippa Stefan par la manche de son pyjama.
           Viens. J'ai plusieurs choses à te montrer.
           Une seconde. Je m'habille.
          Messigny eut un geste d'irritation. Lui-même n'avait pas revêtu son informe blouse grise habituelle. Il était en bras de chemise. Il entraîna Stefan, qui ne résista plus.
           Bon sang ! C'est si urgent ? Quelle heure est-il ?
           Bientôt midi.
          Ils traversèrent la cour de l'observatoire.
          Le Soleil, brûlant, était haut dans le ciel. Il avait séché la pluie, effacé les brumes de la veille.
           Du nouveau ? interrogea Stefan, le coeur battant.
          Messigny ouvrit la porte du laboratoire attenant à la coupole. C'était là qu'il avait, le mois dernier, installé ses quartiers. Au pied des murs étaient empilées les éternelles revues usagées. Sur la table du fond se trouvaient quelques appareils que Stefan ne connaissait pas.
           Assieds-toi, dit Messigny. Et regarde. Ce matin, il y avait ça au courrier. C'est le CSG qui me l'a fait suivre.
          L'astrophysicien lui tendit quelques lettres et un paquet déjà ouvert, qui contenait un livre.
           Des suggestions intéressantes ?
           Des inepties, comme d'habitude. Sauf la lettre d'un laboratoire d'analyses, qui me donne des résultats surprenants. Et puis il y a surtout ce bouquin. Jettes-y un coup d'oeil.
          Stefan ne put s'empêcher de sourire en observant la nervosité de Messigny : il triturait sans cesse ses larges mains sèches, ou les passait dans ce qui lui restait de cheveux.
           Incroyable, ce roman ! J'ai passé ma matinée à le lire...
          Stefan prit le livre en main. C'était une édition ancienne, probablement du XXIe siècle. Sa couverture souple représentait la surface d'une planète en fusion : un océan d'or liquide que surmontait un gros soleil blanc, légèrement aplati, planté dans un ciel orange. Avec, en premier plan, quelques personnages habillés d'un scaphandre, en train de fuir.
          Stefan lut le titre à haute voix, et fit une grimace.
           Le Soleil va mourir. C'est une blague de mauvais goût ?
           Pas du tout. Avoue que le thème du roman rejoint nos préoccupations.
           Qui a eu l'idée de t'envoyer ce livre ?
           Un inconnu qui n'a même pas laissé son adresse. Il a seulement glissé entre deux pages une carte de visite signée : Un amateur de science-fiction.
           Quel intérêt présente ce bouquin ?
          Messigny ôta ses lunettes, et il en essuya les verres à la hâte.
           C'est une histoire divertissante et rocambolesque.
           Si mes souvenirs sont bons, dit Stefan, ce genre d'ouvrages utilisait souvent des hypothèses pseudo-scientifiques ?
           Oui. La science-fiction a la particularité de perturber les structures mentales, d'offrir d'autres champs d'investigation à l'imagination des lecteurs en leur suggérant des idées nouvelles...
           L'intérêt scientifique et littéraire de ces textes est souvent limité, non ?
           Oh, ici comme ailleurs, on y trouve le pire. Et parfois le meilleur. Ce roman n'échappe à aucune règle du genre. Il n'a rien d'original.
           En ce cas...
           Par contre, reprit Messigny, l'auteur a imaginé ici une hypothèse scientifique audacieuse pour échapper à l'enfer de la future nova. Une hypothèse que nous avons effleurée hier sans songer à nous y arrêter !
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