Christian Grenier, auteur jeunesse
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Ecoland



Editeur : Rageot - Collection : Métis  (2003)
 
     A L'ORIGINE DE CET OUVRAGE ?...
     Un coup de téléphone de Gérard Klein pendant l'été 1984.
     Une conviction : pour que la planète perdure et que l'humanité survive, les sociétés devront de gré ou de force modifier leurs comportements, leur consommation et la gestion de l'environnement. Aujourd'hui, pour résumer les intentions de ce roman, on dirait sans doute qu'il est « altermondialiste ».

     De tous mes ouvrages, Ecoland est sans doute celui dans lequel je me suis le plus investi, celui qui a subi le plus de remaniements et dont le parcours, de la première version à sa publication, s'étale sur une vingtaine d'années.

     LE MAKING OFF...
     Tout commence il y a vingt ans. Un jour, Gérard Klein m'appelle :.
     — Christian ? Tu as lu dans ma collection Ailleurs et Demain le recueil de nouvelles Utopies 75 ? Eh bien je renouvelle l'opération. Pourrais-tu m'envoyer une nouvelle de SF ayant pour thème l'utopie ? Elle sortirait dans ce recueil que j'appellerais bien sûr : Utopies 85.
     J'étais ravi. Et impressionné d'être publié dans la plus prestigieuse collection de SF ! Après mon Montreur d'Etincelles sorti à l'Age des Etoiles six ans auparavant, Gérard faisait appel à moi pour entrer dans « le secteur adulte SF ».
     J'ai rédigé une grosse nouvelle de cinquante pages ( 75 000 signes ). Quelques mois plus tard, alors que je venais de lui envoyer mon récit, je reçois une réponse laconique :
     — Tout ce que je reçois est mauvais... très mauvais. Il n'y aura pas de recueil !

     Je n'ai pas osé lui demander si mon texte était aussi médiocre que les autres. A mes yeux, il était suffisamment intéressant pour que je le propose ailleurs. Mais à qui ?
     En 1985, j'ai passé tout l'été et une bonne partie de l'automne à rédiger d'arrache-pied la « version romanesque » de ce récit. Quatre cents pages, 600 000 signes.
     Je ne crois même pas l'avoir envoyé à Gérard, car l'action de mon roman se déroulait dans un présent à peine décalé. Ce n'était pas un Ailleurs et Demain, ce n'était même pas de la SF... enfin, pas vraiment. Aussi, j'ai carrément visé les grands éditeurs avec, en priorité, Gallimard puisqu'à l'époque, j'étais responsable là-bas de Folio-Junior SF.

     J'ai donc tout simplement été frapper à la porte, voisine, de mon homonyme Roger Grenier qui dirigeait la NRF. Il a lu très vite mon roman et m'a convoqué la semaine suivante :
     — Très intéressant, m'a-t-il affirmé. Moi, je vois bien ce roman en NRF — mais à une condition : que vous modifiez complètement la deuxième partie. En effet, quand votre héros arrive dans cette société utopique, on a l'impression qu'il y trouve des aspects positifs. Ou du moins que vous-même nourrissez une certaine indulgence pour son mode de fonctionnement.

     J'ai vaguement approuvé. Il avait en effet raison sur ce dernier point !
     J'étais jeune, têtu et sans doute présomptueux. Jamais je ne suis retourné le voir ( ou plutôt si : quatre ans plus tard, pour lui proposer Auteur auteur imposteur qu'il m'a aussitôt recommandé de donner chez Denoël à cause de son aspect policier trop marqué pour la NRF ) et je n'ai pas changé une ligne à mon manuscrit !

     Un autre lecteur est complice de mon entêtement : mon vieil ami et critique Raoul Dubois qui, après lecture, m'a affirmé, et sa certitude aujourd'hui me laisse perplexe :
     — C'est ce que tu as écrit de mieux. Et de très loin. Mais ce que tu dis est trop provocateur. Tu vas te faire jeter partout. Ce roman a vingt ans d'avance.

     Comme l'avait prophétisé Raoul Dubois, plusieurs éditeurs m'ont renvoyé cette « version longue » de ce qui deviendrait Ecoland. Parfois, leur refus était étrangement élogieux.
     Certains rapports de lecture, tenant sans doute compte des aspects « positifs » de la société utopique dont je brossais le portrait dans la seconde partie ( ou de l'écriture, relativement claire et dynamique ? ), insistaient sur le fait qu'il s'agissait « sans doute d'une histoire destinée à toucher plutôt les ados que les adultes ». Peut-être les éditeurs étaient-ils aussi influencés par le fait qu'ils me savaient auteur jeunesse ?
     J'ai revu ma copie. Non pas en modifiant l'idéologie de l'histoire, mais en gommant certaines outrances et surtout en réduisant le texte à 200 pages : 300 000 signes.

     Plusieurs éditeurs jeunesse m'ont alors affirmé qu'il s'agissait là d'un texte « dérangeant », qui toucherait les adultes davantage que les ados. En 1990, Caroline Westberg, ( qui chez Rageot dirigeait déjà plus ou moins la collection « Les maîtres de l'aventure » où était sorti deux ans auparavant Le coeur en abîme ) a mis une option sur ce texte, qu'elle aimait beaucoup. Mais « Les Maîtres de l'Aventure » sont morts, et aujourd'hui, je ne suis pas vraiment sûr que mon roman y aurait eu sa place.

     Comme je ne voulais pas rester sur un échec dans le domaine adulte, j'ai publié Auteur auteur Imposteur, entrepris mon travail de thèse sur la SF. C'est l'époque où nous avons quitté Paris et où j'ai résolument élargi ma palette, me lançant dans La Fille de 3ème B et et dans mes « polars-Logicielle »...

     Le temps a coulé.
     Au début des années 2000, Caroline Westberg m'a appris que Rageot allait lancer une nouvelle collection, une sorte de « super Cascade » destinée aux jeunes adultes. Elle n'avait pas oublié Ecoland et a très vite envisagé sa publication, malgré mes propres réticences.
     — Ce bouquin sent le soufre, lui ai-je dit après l'avoir une nouvelle fois revu, raccourci, modifié, adouci. Il va déranger les lecteurs et la critique va le bouder.
     — Non seulement nous le prenons, a ajouté Xavier Décousus, le nouveau collaborateur de Caroline, mais ton roman va lancer cette nouvelle collection.

     Malgré ma surprise et ma joie de voir ce texte sortir, je suis inquiet de l'accueil qu'on va lui réserver...

 
UN EXTRAIT DU TEXTE  ( Ecoland )
 CHAPITRE 15 page 109
          Ce voyage à Arc-et-Senans lui livrerait-il la clé d'Ecoland ? Il l'espérait tout en doutant (...) Aussi, il effectuait ce périple à tout hasard, comme ceux qui vont à Lisieux ou à Lourdes, espérant un miracle sans trop y croire.
          A la gare, il descendit à pied vers le centre ville, où il emprunta un car pour la Saline.
          Le véhicule se remplissait lentement de voyageurs ; Vitalin songea soudain à Yolande, dont le visage s'estompait de sa mémoire. Il prit conscience qu'elle devenait, au bout d'un fil qu'il suivait avec entêtement, un objectif de plus en plus mince, un but qui se déformait en s'éloignant. Il s'aperçut qu'elle comptait moins que le chemin qui menait à elle, moins qu'Ecoland qui, devant lui, reculait.
           Face à nous, vous apercevez la Saline Royale, dit le chauffeur.
          La route, droite, y aboutissait, balisée par des arbres rigides. Alentour, la nature semblait avoir fui cette structure immense ; son relief et son équilibre possédaient l'évidence des chefs-d'oeuvre, celle des cathédrales, des temples, des pyramides.
          Le chauffeur, au micro, récitait un texte appris par coeur :
           A l'origine, Claude-Nicolas Ledoux avait conçu un projet grandiose et une ville idéale entièrement circulaire. Il souhaitait que les hommes puissent y travailler, dormir, se distraire... Cette cité n'a été édifiée qu'en partie. L'architecte visionnaire n'a pu achever son utopie
          Vitalin n'en était pas étonné : il appartient toujours aux générations futures de boucler le cercle amorcé.
          La ville idéale paraissait immuable, destinée à subsister ici après les civilisations éphémères. Vitalin se sentait à la fois attiré par cette forteresse, et découragé face à sa sévérité. Comme si, captivant l'attention des hommes grâce à sa perfection démesurée, elle repoussait aussitôt leur volonté.
          Il franchit l'entrée, aperçut les bâtiments juxtaposés, fermés sur ce parc austère, et il comprit.
          Il comprit que la Saline était une roue immobile, incomplète, dont le vitalisme latent lançait aux hommes un défi : je suis là pour être connue, aimée, pénétrée — et de cette union doivent naître votre devenir et mon achèvement.
          Une fois encore, Vitalin repensa à Yolande. Ce n'était plus elle qu'il poursuivait, il en fut désormais certain. En entrant dans le demi-cercle, il venait de se faire happer par la mâchoire ouverte d'une monstrueuse mécanique, celle du destin.
          Il entra dans le bâtiment des tonneliers ; il était nu, dallé, surmonté d'une charpente de bois colossale. Nouveau Jonas, il était devenu le voyageur imprudent pris sous la coque inversée d'un navire.
          Des touristes le rejoignirent ; il lui sembla qu'ils chuchotaient à voix basse : Yolande est passée par ici. La Saline est le seuil d'Ecoland, son tremplin, l'ultime étape !
          Il sursauta en apercevant le panneau : Centre International de Réflexion sur le Futur. Bâtiment C. 1er étage.
          Il suivit la flèche et entra dans le bâtiment des maréchaux, une salle identique à celle qu'il venait de quitter ; elle abritait une exposition sur l'architecture utopique. Des panneaux de bois affichaient les plans de nombreux visionnaires : théâtres, forts, cénotaphes, habitations troglodytiques, villes flottantes dans la baie de Tokyo ou cités de métal en orbite résultant des travaux d'O'Neil.
          Vitalin se fraya un chemin dans le labyrinthe des panneaux pour accéder à l'escalier. Quelques badauds s'écartèrent.
          Et soudain, il se retrouva face à la jeune femme de la veille.
          Il s'arrêta puisqu'elle lui barrait le chemin : la surprise semblait la clouer sur place.
          Il connaissait cette inconnue. D'ailleurs elle lui sourit.
           Bonjour, dit-il encore.
           Bonjour, répondit-elle pour la deuxième fois.
          Alors, le fil se déroula jusqu'au bout : il avait croisé cette jeune femme dans le parc du château de Courbouzon. Hier, il l'avait saluée. Car il l'avait identifiée comme l'une des spectatrices qui, à Hyères, assistait à la pièce...
          Ecoland, Ecoland, Ecoland !
          Les trois coups viennent d'être frappés.
          La porte s'ouvre, le rideau se lève.
          Elle dit :
           Je m'appelle Clovisse.
          Il dit :
           Je m'appelle Vitalin.
          Ils effectuent un pas chacun. Simplement, ils se serrent la main — parce que le public les entoure, qu'ils sont spectateurs l'un de l'autre et qu'il est encore trop tôt pour improviser.

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Dernière mise à jour du site le 31 août 2019
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