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Couverture

Les Disparus

Titre original : The Disappeared, 2002
Traduction de Elisabeth VONARBURG
Illustration de Stephan MARTINIÈRE
BRAGELONNE, coll. Science-fiction n° (20), janvier 2008
360 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-35294-136-1

Cycle : Les Experts Récupérateurs vol. 1

 Quatrième de couverture :
     Les Experts récupérateurs aident les Disparus qu'on croyait définitivement perdus de vue à retourner chez eux... exercice le plus souvent extrêmement périlleux.
     Dans un univers où humains et extraterrestres coexistent, ces détectives privés très spécialisés enquêtent sur les crimes les plus bizarres de la Galaxie. Mais Miles Flint n'est pas un Expert récupérateur. Juste un flic des dômes lunaires qui essaie de faire son boulot.
     À l'intérieur d'un yacht spatial volé, trois cadavres éviscérés sont découverts — la macabre signature d'une vendetta d'origine extraterrestre. Ailleurs, un vaisseau pénètre à toute allure dans l'orbite lunaire ; à son bord, deux enfants humains enlevés par des extraterrestres particulièrement féroces. Les deux affaires semblent liées à une femme en fuite, une Disparue qui a tenté de refaire sa vie sur l'inhospitalière Mars. Hors la loi malgré elle, avec une récompense à qui la trouvera en premier, elle va leur donner à tous une leçon : il est dangereux de jouer avec sa vie dans un univers qui triche.

     Kristine Kathryn Rusch, née en 1960, a déjà eu une carrière très remarquée qui lui a valu deux prix Hugo, un World Fantasy Award et deux prix Locus. Elle publie non seulement de la science-fiction et de la Fantasy, mais également des « romances » (sous le nom de Kristine Grayson) et des polars (signés Kris Nelscott). Elle vit dans l'Oregon aux États-Unis.

 Critiques
     Les humains ont enfin conquis l'espace et pactisé avec plusieurs espèces extraterrestres. Au large de la Lune, trois corps humains horriblement mutilés sont retrouvés à bord d'un yacht à la dérive, visiblement victimes d'une race extraterrestre, les Disty. Le même jour, un bâtiment Wygnin se voit contrôlé car son équipage ne semble pas disposer des mandats de détention pour ses deux prisonniers, un enfant et un bébé humains. Enfin, un vaisseau en détresse avec une unique passagère qui tente d'échapper aux Rèvs. Ces trois affaires sont confiées à Miles Flint et sa collègue De Ricci, inspecteurs de police de la base lunaire Armstrong.

     Surtout connue des lecteurs français pour le cycle des Feys, paru chez Rivage Fantasy, ainsi que pour quelques romans dans les univers Star Trek et Star Wars, Kristine K. Rusch change de registre avec Les Experts récupérateurs 1, polar-SF réaliste situé dans un futur assez proche. Les Disparus, premier tome de cette série, constitue une introduction à cet univers construit comme un très bon épisode de série policière américaine avec un énorme souci de vraisemblance.

     Extrêmement humains, les personnages se révèlent aussi attachants que les intrigues bien ficelées. Quant aux contacts avec les différentes races extraterrestres, ils sont aussi tout à fait pertinents : loin des discours philosophiques abscons ou moralisateurs trop souvent rencontrés dans les space operas, Les Disparus fait la part belle à des relations pragmatiques, découlant d'accords juridiques multiculturels appliqués parfois brutalement. Ce droit « interstellaire » est au cœur du roman et les manœuvres des personnages pour en user ou pour le contourner constituent le véritable moteur des intrigues, de manière suffisamment vivante pour que le lecteur ne s'ennuie pas un instant.

     Tel un véritable épisode pilote, ce roman met en place un univers cohérent dont tout amateur de polar-SF aura envie de connaître le développement, en attendant impatiemment la suite esquissée dans le dernier chapitre.


Notes :

1. On pourra s'étonner du titre de la série, Les Experts récupérateurs — Retrieval Artists en version originale — car dans le roman ces individus sont nommés « artistes en retrouvailles », tandis que l'expression « experts récupérateurs » n'apparait jamais. Coquille de Bragelonne ou explication dans un prochain tome ?


René-Marc DOLHEN
Première parution : 23/10/2008
nooSFere


     Les humains ont enfin conquis l'espace et pactisé avec plusieurs espèces extraterrestres. Au large de la Lune, trois corps humains horriblement mutilés sont retrouvés à bord d'un yacht à la dérive, visiblement victimes d'une race extraterrestre, les Disty. Le même jour, un bâtiment Wygnin se voit contrôlé car son équipage ne semble pas disposer des mandats de détention pour ses deux prisonniers, un enfant et un bébé humains. Enfin, un vaisseau en détresse avec une unique passagère qui tente d'échapper aux Rèvs. Ces trois affaires sont confiées à Miles Flint et sa collègue De Ricci, inspecteurs de police de la base lunaire Armstrong.

     Surtout connue des lecteurs français pour le cycle des Feys, paru chez Rivage Fantasy, ainsi que pour quelques romans dans les univers Star Trek et Star Wars, Kristine K. Rusch change de registre avec Les Experts récupérateurs 1, polar-SF réaliste situé dans un futur assez proche. Les Disparus, premier tome de cette série, constitue une introduction à cet univers construit comme un très bon épisode de série policière américaine avec un énorme souci de vraisemblance.

     Extrêmement humains, les personnages se révèlent aussi attachants que les intrigues bien ficelées. Quant aux contacts avec les différentes races extraterrestres, ils sont aussi tout à fait pertinents : loin des discours philosophiques abscons ou moralisateurs trop souvent rencontrés dans les space operas, Les Disparus fait la part belle à des relations pragmatiques, découlant d'accords juridiques multiculturels appliqués parfois brutalement. Ce droit « interstellaire » est au cœur du roman et les manœuvres des personnages pour en user ou pour le contourner constituent le véritable moteur des intrigues, de manière suffisamment vivante pour que le lecteur ne s'ennuie pas un instant.

     Tel un véritable épisode pilote, ce roman met en place un univers cohérent dont tout amateur de polar-SF aura envie de connaître le développement, en attendant impatiemment la suite esquissée dans le dernier chapitre.


Notes :

1. On pourra s'étonner du titre de la série, Les Experts récupérateurs — Retrieval Artists en version originale — car dans le roman ces individus sont nommés « artistes en retrouvailles », tandis que l'expression « experts récupérateurs » n'apparait jamais. Coquille de Bragelonne ou explication dans un prochain tome ?

     Voici donc notre bon vieux système solaire enchâssé dans un univers de space opera tout grouillant d'extraterrestres aussi nombreux que variés.

     Un monde où Miles Flint est flic. Il vient d'être promu inspecteur et doit faire équipe avec De Rizzi, la brebis galeuse du service — celle à qui on refile toutes les merdes où il y a risque de se planter en attendant avec espoir que ça arrive. Or, des sacs de nœuds, voilà qu'il en pleut autant qu'un évêque en bénit sur le port lunaire d'Armstrong.

     Nos deux inspecteurs se retrouvent sur leur première scène de crime de la journée, qui n'en est d'ailleurs probablement pas une puisqu'il s'agit d'une vendetta disty. Comprenez, un étripage grand luxe, avec de la tripaille après le lustre comme des guirlandes sur un sapin de Noël, du sang partout, de la merde ailleurs et trois cadavres éviscérés dans les règles de l'art... histoire de se mettre en appétit.

     Voilà ensuite nos compères appelés à s'occuper d'un astronef Wygnin arraisonné dans l'espace circumlunaire avec à bord des enfants humains que les extraterrestres revendiquent comme leurs...

     Comme on dit : jamais deux sans trois ; un second yacht cosmique arrive à Armstrong avec à son bord une femme qui manque de crasher l'engin et prétend avoir échappé à l'abordage de son vaisseau par une troisième variété d'extraterrestres aussi susceptibles qu'un directeur de collection. Notre duo de flic a là plus de pain sur la planche qu'il ne lui en faudrait. Et en guise de cerise sur le gâteau, voilà qu'Ekaterina Maakestad se fait la malle pour le plus grand bonheur du lecteur. C'est à elle que le roman doit d'être suffisamment remuant pour être plaisant.

     Le roman de Rusch s'apparente aux thrillers juridiques, et tout l'intérêt du truc consiste à avoir transposé cette problématique dans un univers de science-fiction sans ça plutôt banal mais qui suffit à accentuer le relief du propos.

     Un clan Disty peut, en toute légitimité, lancer une vendetta qui se solde par l'exécution rituelle, sanguinaire et atroce, non seulement du coupable, mais de toute personne lui ayant accordé son aide à titre d'exemplarité.

     Rien de tel chez les Wignin, selon la loi desquels les enfants des criminels sont revendiqués, au besoin kidnappés, pour être éduqués et devenir des Wignin, ce qui est aussi un honneur, mais, s'ils sont trop âgés, ça ne se fera pas sans de terribles et irréversibles séquelles. De toute façon, ils n'auront plus rien d'humains si ce n'est l'apparence.

     Enfin, les irascibles Rèv, qui ne supportent que la plus absolue franchise, de celle qui nous semblerait à tout le moins impolie, estiment les avocats pénalement responsables des forfaits ultérieurs de ceux de leurs clients dont ils ont obtenu l'acquittement, la relaxe ou le non-lieu.

     En juxtaposant ainsi trois enquêtes, l'auteur peut confronter certaines divergences éthiques qui traversent le droit occidental. Les extraterrestres incarnent des philosophies du droit marginales et minoritaires. Une certaine forme d'équité pourrait vouloir qu'un innocent paie pour une innocente victime, mais ce n'est pas l'opinion communément admise, surtout si ce devait être un gosse... Nos juridictions ne seraient-elles pas réticentes à condamner une mère qui, sans commettre elle-même d'autre crime ou délit, aurait protégé son fils promis à la corde ? Enfin, il est coutumier d'entendre, au Café du Commerce, des voix s'élever pour trouver scandaleux qu'un avocat obtienne la remise en liberté de son client, tout particulièrement en cas de vice de forme, ou lorsqu'un expert déclare un tueur irresponsable et, tout simplement, pour s'offusquer des droits de la défense. Du prétoire au comptoir, on constate une certaine divergence de point de vue.

     Par ailleurs, ce roman repose sur un élément peu crédible mais néanmoins intéressant. Il existe des « agences de disparition ». A savoir des officines ayant pignon sur rue qui se chargent de procurer de nouvelles vies et identités à leur clientèle qui cherche à échapper à la justice. Autrement dit, des faussaires. On a peine à croire à l'existence de telles « institutions » explicitement vouées à l'aide aux contrevenants. Lorsque le justiciable d'un ressort étranger est arrêté, une juridiction locale statue sur l'éventualité d'une extradition, sous réserve que les poursuites aient été préalablement validées. Dans ce monde, non seulement de telles officines existent mais en plus, elles trahissent. Le contraire eût été surprenant. Or, s'il peut être légitime de livrer un criminel à la justice, le fondement même de tout commerce repose sur la confiance entre les parties. A savoir que le client obtiendra ce pour quoi il paie et que le fournisseur sera réglé de sa prestation. Ainsi, pour rester dans le même contexte, un avocat est tenu de défendre au mieux son client, si odieuse crapule fut-il, quoi qu'il en pense.

     Un dernier point, non pas propre à ce roman mais à ce type d'univers lunaire, martien, etc. Rien ne fait état de différence de pesanteur entre la Lune et la Terre, sans pour autant que la gravité artificielle soit implicite comme dans des space opera plus classiques. Ça n'a aucune influence sur le récit mais c'est bizarre dès lors que l'on vient à y penser. Plus rien de la démarche sautillante des astronautes, tout le monde a l'air de déambuler à Armstrong comme sur la Croisette.

     Plaisant à lire, sans temps mort, Les Disparus a bien davantage de fond qu'il n'y paraît de prime abord. Les questions de droit sont rarement évoquées par la science-fiction — le polar et le thriller juridique s'y prêtant mieux. Ici, la S-F permet d'accentuer la problématique que constitue la confrontation de systèmes juridiques issus de morales différentes, voire antinomiques. Si ce roman n'est certainement pas à lire toutes affaires cessantes, il n'en est pas moins une bonne alternative à maintes autres publications.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/5/2008
dans Bifrost 50
Mise en ligne le : 28/5/2009

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