Elisabeth Vonarburg - Textes, Articles, Entrevues

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Le Matin des magiciens

Louis Pauwels et Jacques Bergier


 

Petite Préface, en 2008 : on m'a signalé une URLe intéressante, un travail sur le mouvement Planète issu de ce livre. Je vous invite à y faire un tour si le sujet vous intéresse.

 

Eh oui, c'est ce livre qui m'a amenée à la SF, en 1964. Je suppose que des fanatiques rationalistes, quelque part, marmonnent Vade retro, Satanas en lisant ces lignes, et que certains de mes critiques les plus acharnés échangeront des regards satisfaits et entendus, surtout en France: on imagine mal au Québec les hystéries de tous ordres qu'a soulevé non pas tant le livre que le "mouvement Planète" subséquent —c'était le Nouvel Âge de son époque, il y a plus de quarante ans, (mais avec quelques différences, une réelle connaissance des sciences chez plusieurs de ses tenants — la moitié Bergier du tandem du Matin,en quelque sorte).  Et de fait, j'avoue que je me sens encore un peu sur la défensive lorsque je remonte à cette source pour expliquer ma rencontre décisive avec la SF...

Je ne l'avais jamais relu depuis mon adolescence, ce livre [NB 2005 : recommandé par un copain que je ne remercierai jamais assez ; il s'appelle Claude Parle, vit à Paris et joue de l'accordéon avec des danseurs de butho, il faut le voir pour le croire]. Mais j'ai été amenée à le parcourir pour un article destiné à une revue américaine. J'y cherchais, pour vérifier mon souvenir, les noms des (nombreux) auteurs de SF et autres qu'il m'avait fait découvrir.  [NB 2005 : Ceci n'est pas la couverture de mon livre, mais sa version moderne, décorative et snob]. Ma copie, c'est l'édition du Livre de Poche, toute en oranges pétaradants, et toute écornée d'avoir été trop lue, avec des soulignés partout, et ici et là des maximes latines ou grecques en commentaires dans les marges (!). Du coup, je l'ai relu pour de vrai, de nouveau crayon en main, avec toute la "sagesse" rétrospective de plusieurs décennies d'apprentissages.  À l'époque, (1963-64), si ma conscience philosophique et littéraire était surdéveloppée, ma conscience politique était à peu près au niveau des plus rases pâquerettes — nourrie des romantiques socialisants du 19e siècle, j'ignorais par exemple qu'on pût attaquer la bourgeoisie et n'être pas de gauche ! Mais les dérives clairement marquées à droite de Louis Pauwels, futur fleuron du Figaro, étaient encore, justement, dans le futur ; tout ce que je savais de Pauwels, c'était qu'il avait fait partie d'une façon ou d'une autre du mouvement surréaliste; or le nom d'André Breton se prononçait avec une révérence quasi-religieuse parmi mon petit groupe de folles de la littérature (c'était à peine si on nous en avait parlé en classe, bien sûr, comme de Rimbaud ; nous nous les étions appropriés nous-mêmes et y tenions d'autant plus!).  Je n'avais par ailleurs pas encore rencontré Pierre Versins, ami de Jacques Bergier, et qui m'en apprendrait de bonnes sur la façon dont celui-ci avait contribué au Matin des magiciens, confondant allègrement et parfois délibérément scientifiques et romanciers, histoire de science-fiction et fait scientifique avéré, et allant même jusqu'à inventer de toutes pièces telle ou telle référence à l'air sérieux inscrite en bas de page (mais Versins ne me dirait pas lesquelles...). 1968 était quatre ans dans l'avenir, et pour tout dire, je vivais dans les années 50 (et encore!) au lycée où je terminais mes études très classiques, très littéraires, et fort peu scientifiques.  Notre (jeune) prof’ d'histoire nous en avait dit plus que notre (vieille) prof’ de physique sur ce qui avait rendu possible la bombe nucléaire, par exemple...  Bref, j'étais presque aussi innocente que l'agnelle nouvelle-née.  J'étouffais tranquillement dans un univers bien rangé dont, à écouter les adultes, et les "maîtres" (sauf Rimbaud et Breton...), ni le passé, ni le présent, ni le futur ne contenaient vraiment de surprises. 

Le mot science-fiction n'avait jamais été prononcé en ma présence, je ne l'avais lu nulle part dans mes livres de classe ou ailleurs —j'avais lu Poe, "Le Horla" de Maupassant, et peut-être Aldous Huxley mais c'était à peu près l'étendue de mes contacts avec les oeuvres rattachées au domaine — même si j'en avais lu et en lisais encore dans des bandes dessinées, en abondance, dans Mickey, Spirou, Tintin, et ce depuis que j'avais appris à lire (ah, les publications Artima, Big Boy, Big Boss, Météor...). Mais je ne le savais pas.  Dans mon esprit, tout cela était simplement... une variété particulièrement fascinante de contes de fées.  Ce qui explique peut-être en partie ce sentiment curieux de reconnaissance que j'ai éprouvé en lisant le livre de Pauwels & Bergier, où la SF est tellement à l'honneur (même déguisée en"*authentique" à la Jimmy Guieu): comme un refoulé qui revient soudain au jour...

Pendant ma relecture du Matin des magiciens, avec à l'esprit tout ce que j'ai été amenée à lire dans son sillage, que ce soit dans les domaines scientifique, philosophique, ésotérique ou dans ceux de la SF et du fantastique, avec aussi à l'esprit Mai 68, le mouvement Planète, l'évolution scientifique dans tous les domaines depuis trente ans, les métamorphoses politiques récentes, les ravages à la fois comiques et navrants du soi-disant "Nouvel" Âge , j'ai pu mesurer à la fois ma dette envers le livre, la profondeur de ma naïveté de l'époque, et l'habileté diabolique des auteurs à déguiser leurs ambiguités.  On peut en effet trouver dans ce livre un catalogue complet des procédés rhétoriques servant à emberlificoter les âmes crédules, procédés qui marchent encore parfaitement bien aujourd'hui, dans le Nouvel Âge et bien d'autres domaines, la publicité, la propagande et la défense de l'évolutionisme, pour en citer trois au hasard.  Pour commencer, la validation par la Science : le nombre de gens que l'ouvrage bombarde "docteur" ou "savant" ("célèbre,émérite, éminent, génial, méconnu" et autres modulateurs de crédulité), est tout simplement stupéfiant : nous n'avons dans bien des cas que laparole des auteurs là-dessus ; qui ira tous les vérifier, ces savants,ou vérifier la véracité des (quelques) références données en bas de page au New Scientist américain ou à Savoir et Force,“revue russe publiée à Moscou”?  De même, comme je l'ai déjà signalé, on précise bien rarement si les ouvrages cités sont des textes scientifiques ou des romans — par exemple, entre des dizaines d'autres, Les Enfants d'Icare, de Clarke.  Or, comme on sait, il y a des savants crackpots — et au contraire des scientifiques auteurs de SF qui font une distinction très nette entre leurs dérives fictionnelles et leur pratique scientifique.  Mais ces différences de niveaux sont apparemment étrangères aux auteurs, qui pratiquent l'amalgame avec une allégresse ravageuse, et mettent sur le même plan  découvertes scientifiques réelles et hypothèses  science-fictionnelles (ou de crackpots) non présentées comme telles (p. 47, par exemple, mais il y a en a des dizaines; on peut s'amuser à repérer des livres de SF connus; Bergier,il ne faut pas l'oublier, était un lecteur boulimique de SF).  On peut aussi examiner la façon subtile dont une donnée d'abord présentée comme une hypothèse, "une expérience mentale", glisse peu à peu au statut de fait plus ou moins avéré grâce aux modulateurs de validité — "peut-être, sans doute, aurait été, serait"... — et les "il n'est pas implausible/impossible que, il se pourrait que, pourquoi... ne... pas?"— pour aboutir à des affirmations au présent une ou deux pages plus loin.  On peut consulter par exemple tout le chapitre sur les mutants, (p. 606 et sq.) où les délires de Pauwels & Bergier n'ont d'égaux que ceux de John W. Campbell dans Analog sur le même sujet, sauf qu'on se demande très sérieusement si "l'expérience mentale", pour Pauwels au moins, n'est pas devenue un credo. 

C’est qu'il y a dans le livre une dominante troublante : celle du surhomme, motif qui de toute évidence a bien des attraits pour Pauwels (et pour une grande partie de la SF, surtout à l'époque, 1960, mais encore aujourd'hui).  L'âge moderne, dit-il, où les intuitions de la sagesse ancienne et celles des sciences à leur plus fine pointe semblent pouvoir enfin se rejoindre (ça vous rappelle quelque chose?), demande de l'être humain une transmutation de l'intelligence, et même plus, une transmutation psychique, au-delà des diverses irrationalités qui pèsent encore sur nous.  Il faut lire la description fascinée que fait Pauwels de ce surhomme à venir (p. 619) : “on peut imaginer l'Ultra-humain, échelon nouveau de la vie sur la planète, comme un être rationnel, et non plus seulement raisonnant, un être doué d'une intelligence objective permanente ne prenant de décision qu'après avoir examiné lucidement, complètement, la masse d'information en sa possession.  Un être dont le système nerveux serait une forteresse capable de résister à tout assaut des impulsions négatives.  Un être au cerveau froid et rapide, équipé d'une mémoire totale, infaillible.”   Si on rapproche alors cela de la longue section “Quelques années dans l'ailleurs absolu” (1/4 du livre!) sur le nazisme et ses sources occultes, en particulier les fondements ésotériques de ses théories racistes et de sa croyance en l'Homme Supérieur, cela prend des résonances bien troublantes.  Certes, Pauwels condamne le nazisme (et son co-rédacteur juif Bergier, caution ultime, avait survécu de justesse à Auschwitz), mais en lisant les passages qu'il lui consacre, on ne peut s'empêcher de sentir ici et làune sorte d'admiration pleine de regret, et les parallèles avec certaines des idées du Matin... ne laissent pas d'inquiéter ; ainsi, p. 404 : “La nouveauté formidable de l'Allemagne nazie, c'est que la pensée magique s'est adjoint la science et la technique”... 

En fait, quand on lit ce livre en 1993, les parallèles avec aujourd'hui sont extrêmement frappants, et la façon dont Pauwels démonte — et explique — la fascination de ce type d'idées (peu importe alors s'il y cédait ou non, ni qu'il emploie en définitive le même genre de procédé), peut servir d'avertissement: “Pour l'homme simple, pour l'Allemand de la rue dont l'âme avait été labourée par la défaite et la misère [remplacer "Allemand" par la nationalité de votre choix] (...), la science, depuis la fin du 19e siècle, s'engageait sur une route qui n'était pas celle du bon sens.  Pour des esprits primaires, malheureux et mystiques, toute étrangeté devenait admissible, et, de préférence, une étrangeté compréhensible et consolante (...)”. 

Tout le livre vacille ainsi sur un fil de rasoir entre la fascination pour l'occulte, (le secret, le caché, dont la connaissance et la compréhension font de vous un initié, i.e. le membre d'une élite) et le péan à la gloire de la science moderne, sa magnifique-étrangeté-pourtant-bien-réelle et son pouvoir bientôt universel ; Pauwels, de ce point de vue, entre parfaitement bien dans la catégorie décrite par Gérard Klein, de ces techno-scientifiques qui ont cru, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, que le gouvernement scientifique mondial était proche, et qu'ils en seraient à la tête, les politiciens étant une classe destinée aux poubelles de l'Histoire — l'éveil fut rude...

Je vois bien ce qui me parlait d'une façonsi séduisante là-dedans quand j'avais seize ans — non seulement le fait de faire partie de Ceux-Qui-Savent (les adolescentes aussi rêvent de Pouvoir), mais aussi, mais surtout, le défi à l'autorité établie, en l'occurrence la-science-officielle-étroite-et-bornée (j'avais quelques profs sous les yeux...).  Pauwels a beau jeu de taper sur la findu 19e siècle et ses savants qui croyaient que la fin de la science était proche : ils y passent tous — surtout Simon Newcombe et le-plus-lourd-que-l'air-ne-volera-pas!  Et puis, l'un ne va sans doute pas sans l'autre, il y a la sympathie pour l'underdog — mais l'underdog finalement triomphant, (ça vous dit quelque chose, ghettoïsés de la SF?) : ces savants, justement, qui se sont entêtés contre l'establishment, et qui ont fini par avoir raison ! Ce que les auteurs ne soulignent pas, bien entendu, c'est que l'évolution normale des sciences consiste à rejeter les unes après les autres les théories obsolètes au profit de nouvelles théories, lesquelles ne sont toujours aussi que des hypothèses temporaires, toujours ouvertes aux faits nouveaux qui viendront soit les contredire soit les confirmer, mais toujours les transformer en les approfondissant... Certes, Pauwels et Bergier avaient, auraient encore, beau jeu d'attaquer la science comme institution — car, comme telle, elle a tous les défauts des institutions, à commencer par l'intolérance et le conservatisme... et les savants sont par ailleurs des êtres humains, parfois trop humains.

Mais j'ignorais tout cela, à seize ans.  Ce que j'ai lu, c'était que l'aventure intellectuelle ne s'arrête jamais, qu'il n'y a pas de vaches sacrées, que l'imagination, l'audace et la révolte paient, et qu'il est salutaire de tout remettre en question ; certes, Descartes  me l'avait déjà en partie appris, mais il était canonique, canonisé, mort et embaumé!  Le Matin des magiciens, lui, mettait en scène des contemporains majeurs de tout poil, écrivains, scientifiques, philosophes, des idées, des spéculations, des faits (je n'étais pas capable de bien faire la différence, et Pauwels/Bergier n'y aidaient pas!) dont je n'avais jamais entendu parler !  Au coeur même de mon univers, des merveilles tangibles se révélaient, tout un autre monde !

Wow.  Il n'y a pas d'autre terme pour exprimer l'exaltation que je ressentais en lisant ce livre.  WOW.  Et j'ai continué à ressentir cela en lisant les ouvrages et les auteurs dont j'avais glané les noms au fil des pages —en majorité des oeuvres de SF, mais aussi les écrits des Heisenberg, Oppenheimer et autres Bohr, Plank ou Einstein.  Aussi bien que les livres de la collection noir et or de Laffont — ou la rouge de J'ai Lu— qui traitaient de Nazca, des Atlantes, des OVNI ou d'Edgar Cayce, ou l'ineffable Lobsang Rampa (trente ans après, lire ce qu'en disent Pauwels & Bergier vaut son pesant de mirabelles...), ou encore le très sérieux, documenté, et toujours solide aujourd'hui Les phénomènes physiques du mysticisme du Jésuite J. Thurston.  Oh, il m'a fallu bien du temps pour établir ce que j'étais prête, moi, à considérer comme "des faits" ou des "hypothèses raisonnables" — c'est là le principal problème, évidemment, avec un livre comme Le Matin des magiciens qui répète à tout bout de champ "les faits, les faits", et s'en veut le défenseur contre les "illuminés" ; il est facile de se laisser prendre à cette stratégie élémentaire d'auto-validation par discrimination : "j'ai l'air dingue, mais je suis contre telle ou telle théorie ou personne que l'opinion générale considère comme dingue : donc, JE ne suis pas dingue" ; laquelle stratégie est l'envers de l'autre stratégie de validation, par assimilation : "Je suis d'accord avec Einstein, donc mes théories à moi sont aussi légitimes — voire vraies", — c'est une application astucieuse (et abusive) du principe des deux droites parallèles ou non à une même troisième...

Mais moi, je lisais: “Nous nous refusons à exclure des faits, des aspects de la réalité, sous prétexte qu'ils ne sont pas convenables", et je pensais à tout ce qu'on ne m'avait pas appris, de toute évidence parce qu'on ne le considérait pas, pour une raison ou une autre, comme "convenable" ; je ne pensais pas une seconde qu'un "fait" (et même parfois lorsqu'il s'agit d'une mesure sur un instrument !) est aussi une question d'opinion, i.e. de critère, je ne voyais pas que Pauwels et Bergier ne les donnait pas vraiment, leurs critères — à part l'étrangeté, le scientisme galopant, le "réalisme fantastique" et la pure iconoclastie !  J'avais seize ans.  L'univers se déployait soudain devant moi dans tout son glorieux inachèvement. Il y avait peut-être une place pour moi là-dedans, pour ma curiosité, pour mon désir de respirer au large.  J'étais enthousiaste, et naïve.

Non que je la renie, cette naïveté: c'est elle qui m'a permis de profiter sans rectopolitique paralysante des quelques joyaux qui parsèment tout ce fatras ; moins innocente, j'aurais sans doute comme on dit jeté le bébé avec l'eau du bain, et raté ma rencontre avec ce qui allait, ma foi, transformer ma vie, la SF et tout ce que j'y ai rattaché — entre autres et non des moindres, mon écriture !  Et il y en a qui brillent encore pour moi après trente ans, de ces joyaux: “... ce qu'il y a de grandiose, d'essentiellement révolutionnaire à la pointe de l'esprit moderne : l'interrogation sur la nature de connaissance et le besoin pressant d'une sorte de transmutation de l'intelligence” (p. 16).  “Toute idée que je pourrais me faire sur le destin de l'intelligence, sur le sens de l'aventure humaine, ne pourrait être retenue comme valable que dans la mesure où elle n'irait pas à rebours du mouvement de la connaissance moderne” (p. 19).  Ou encore cette citation d'Oppenheimer, qui m'allait droit au coeur : “Il n'est pas plus difficile de saisir la théorie de la cybernétique que d'analyser les causes de la révolution chinoise ou l'expérience poétique chez Mallarmé.  En vérité, on se refuse à cet effort, non par crainte de l'effort, mais parce que l'on pressent qu'il entraînerait un changement des modes de pensée et d'expression, une révision des valeurs jusqu'ici admises” (p. 20) ; et aussi : “L'imagination véritable est tout autre chose qu'une fuite vers l'irréel.”  


Et puis il y a une lumière qui ne s'est pas éteinte pour moi et qui diffuse dans tout le livre : la fascination de l'aventure intellectuelle qui est aussi, qui doit être aussi, une aventure spirituelle, l'appel à être humain de façon intégrale et non compartimentée, et donc la nécessité d'être généraliste, ou au moins pluridisciplinaire, l'affirmation d'une curiosité qui s'adresse à l'ensemble du réel sans tabous, au-delà des vieilles dichotomies (que ce soient "les deux cultures" ou "matérialisme vs. spiritualisme"...).  Certes, le terme "réel" est bien lourdement chargé, comme le mot "faits" — ils reviennent comme deux mantras dans le texte.  L'on ne peut s'arrêter à la simple curiosité, au goût du pittoresque, si outrageux soit-il : il faut, à quelque moment, choisir dans les faits afin depouvoir agir sur le réel, au moins le sien, et alors, encore une fois, selon quels critères choisit-on?  Cela, c'est autre chose, même si Pauwels & Bergier citent Chesterton : “L'idée qui ne cherche pas à devenir mot est une mauvaise idée, et le mot qui ne cherche pas à devenir action est un mauvais mot”. 

On peut reconnaître à Pauwels, en tout cas, qu'il a en partie fait suivre ses mots d'actions : le mouvement Planète (dont l'influence dans plusieurs domaines de recherche n'est pas niable, et pas forcément négative malgré tout), et les éditions Planète (qui ont publié des ouvrages oubliés et introuvables, et des anthologies de la SF, du Fantastique et de l'Humour qui ont fait date)... En tout cas, en ce qui me concerne, je peux encore faire un bilan assez positif du livre, en souscrivant à cet avertissement des auteurs dans la préface : “Nous ne pouvons que suggérer des hypothèses et établir des esquisses de chemins de communication entre ces divers domaines qui sont encore, pour l'instant, des terres interdites. (...) Quand on les aura mieux explorées, on s'apercevra sans doute que beaucoup de nos propos étaient délirants (...)  mais (...) Il y avait quantité de sottises dans le bouquin de Pauwels et Bergier.  Voilà ce que l'on dira.  Mais si c'est un bouquin qui a donné envie d'aller y voir de plus près, nous aurons atteint notre but.”

Quant à moi — et je crois ne pas être la seule — ils l'ont atteint : je n'ai pas cessé, depuis, d'aller voir de plus près, et j'espère bien continuer le reste de ma vie!

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