Critique

Emblèmes
N 1, février 2001
"Vampyres", anthologie de Léa Silhol


     Avec ce premier numéro d'Emblèmes, saluons la naissance d'une nouvelle anthologie thématique qui, si l'on en croit les sujets annoncés pour les prochaines parutions, sera dédiée au fantastique. Cette livraison, consacrée aux vampires, nous offre un choix de huit nouvelles et le début d'un roman réunis par Léa Silhol.

     Le roman de James Malcolm Rymer est une curiosité  : paru en 1847 soit cinquante ans avant Dracula il n'a jamais été traduit en français et les quatre premiers chapitres sur 247 ! proposés ici donneront bien des regrets aux amateurs de vampirisme « classique  ». L'ambiance, le style et les personnages, délicieusement surannés, raviront les aficionados du maléfique Comte.
     Trois nouvelles sortent du lot. Tout d'abord « Intérieur nuit  » de Fabrice Colin, écrivain bien connu des amateurs de Fantasy, nous emmène dans les sombres forêts de Lituanie où une enfant perdra son âme. Avec une narration toujours aussi efficace et sans effets faciles, l'auteur nous fait partager le désespoir d'une mère dont la vie a volé en éclats.
     Dans « L'horreur se porte si bien  », Denis Labbé nous fait assister au retour à l'humanité d'un vampire dans un monde asservi par ses semblables. Le renversement des valeurs habituelles du récit vampirique est donc total, ce qui est appréciable dans un genre aussi codifié.
     Point d'orgue de l'anthologie, « Le troisième cavalier  » de Tanith Lee célèbre pour son cycle de « L'Opéra de sang  » utilise un cadre proche de celui de Denis Labbé. En nous entraînant dans un monde crépusculaire où une race se meurt, elle démontre une fois de plus sa capacité à créer une ambiance. Ses personnages vont vers leur fin avec la dignité du désespoir.
     Les autres nouvelles se situent dans une bonne moyenne, en particulier « E-mails  » d'Ebatbuok (!) qui ne manquera pas de donner quelques frissons aux internautes habitués des chats et « Mensonges  » de Lionel Belmon, créateur d'un vampire/cyborg.
     La seule vraie déception vient de « Les morts voyagent vite  » de Kim Newman. Censé combler une des lacunes de l'emploi du temps de Dracula lors de son voyage à Londres, ce récit n'apporte rien au mythe et l'histoire tombe un peu à plat. L'auteur nous a habitués à mieux avec sa série des « Anno Dracula  »

     Une étude sur l'histoire du mythe et son exploitation artistique ainsi qu'un guide de lecture complètent cet ouvrage.

     Les récits sont, dans l'ensemble, d'un bon niveau mais on regrettera la légèreté de la partie éditoriale. Comme cela semble correspondre à une volonté de présenter un plus grand nombre de fictions, le pardon sera bien vite accordé ! En résumé, Léa Silhol a fait d'excellents choix et ce numéro d'Emblèmes mérite sa place dans la bibliothèque de tout amateur de vampires qui se respecte.