Critique

Emblèmes
N 2, mai 2001
"Sortilèges", anthologie de Natacha Giordano


     L'aventure Emblèmes continue et l'on se prenait à souhaiter que le niveau de ce deuxième numéro soit aussi élevé que celui du premier. On attendait donc Natacha Giordano au tournant. Force est de constater que l'objectif est atteint encore une fois.

     Parmi les neuf nouvelles proposées, cinq se distinguent particulièrement.
     Tout d'abord « Véra  » de Villiers de l'Isle-Adam, un classique dans lequel l'amour fou d'un homme pour sa femme défunte la fait revivre fugitivement. Le style a un peu vieilli mais la force évocatrice est restée intacte.
     Avec « Sacrifice  », Michelle West nous rappelle que la magie n'est pas inoffensive pour ceux qui s'y adonnent et que le prix à payer est souvent très lourd. Son héroïne l'apprendra à ses dépens et de manière d'autant plus injuste qu'elle pratique cet art sans l'avoir vraiment désiré.
     Dans « Le domaine des ronces  », Tanith Lee, toujours aussi brillante, revisite l'histoire de la Belle au Bois Dormant mais cette fois le happy end n'est pas au rendez-vous. Serions-nous toujours à notre place dans le monde si nous dormions cent ans ? C'est une donnée que Charles Perrault semble n'avoir pas prise en compte...
     Fabrice Colin, avec « Le coup du lapin  », nous replonge dans le paradis perdu de l'enfance auquel les adultes n'ont plus accès et dont, d'après l'auteur, ils ont même perdu le souvenir. Une nouvelle tendre et nostalgique où la magie est celle de l'innocence.
     Le petit chef-d'œuvre de cette anthologie est sans conteste « Miserere  » de Serena Gentilhomme. C'est l'histoire d'une vengeance implacable, mais cette vengeance a un prix et il est très élevé ! Difficile d'en dire plus sans déflorer le sujet mais ce texte est un bijou.
     Citons aussi « Henri Potier, Prince des Sorciers  » d'Éric Boissau, qui égratigne gentiment la Pottermania ambiante avec ce récit humoristique.
     Les autres textes sont de bonne qualité, excepté « Oiseaux  » de Charles de Lint. Le style est fade, les personnages sont inintéressants et la trame insignifiante... Un ratage dans la carrière de cet excellent auteur.

     Deux très bonnes études sur la magie complètent cette anthologie.

     En bref, un numéro indispensable de ce qui se confirme être une excellente série d'anthologies. Vivement le troisième opus, consacré aux momies !