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Retour à Ys et messages particuliers

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          En prenant le café (hier) à l’issue d’un déjeuner classique, F., un ami connu pour ses tendances anthropophages et sa passion pour un écrivain de pulps bien connu m’a fait part d’une constatation assez lamentable. Alors qu’il se rendait quelques heures plus tôt Place de la Concorde, il n’a PAS repéré, au milieu de la foule dense (une bonne vingtaine, peut-être même trente personnes) assemblée pour célébrer de 220e anniversaire de l’exécution de Louis XVI, deux prétendus fidèles qu’il serait peu charitable de désigner ici nommément : R., spécialiste autoproclamé des apparitions mariales, et J.-L., compromis dans l’organisation de certains festivals interlopes. Mais ils se reconnaîtront et qu’ils sachent, message de F., que cette pleutrerie (la neige a bon dos) leur sera difficilement pardonnée. L’honneur n’est pas un vain mot !

 

          Ce désagréable devoir accompli, je reprends une gorgée de café (en notant que la neige n’a pas tenu sur le parc de la RATP que je contemple par ma fenêtre) et je réponds à la demande générale d’un érudit en reproduisant des extraits concernant malédiction de la ville d’Ys, tiré du chef-d’œuvre de Jean du Perrier, « La Princesse d’Ys » (1925). Le caractère singulier de cette malédiction — elle n’est pas l’œuvre du dieu des chrétiens, mais des anciennes puissances — a intrigué le chercheur. Ce n’est pas, en effet, la version la plus classique de la légende.

 

          Donc Gwénolé va, avec crainte et respect, mais avec détermination, aussi, à la rencontre du collège des druides présidé par Madonax, gardien de la foi ancienne, car il sait bien que la conversion au christianisme de l’Ar-Mor de sera pas sans conséquences :

 

          « — Ah ! Madonax ! Madonax au cœur pénétrant, à l’âme plus pure que plus pur cristal, mais plus implacable que ton dieu pour le défendre, cent fois Gwénolé a entendu tes sentences... Quelle est-celle-ci, que prononcera, dans une mansuétude impossible, le silence de vos lekhs ? Tous les anciens comme toi l’approuvent, impassibles comme toi, résolus comme toi, sachant comme toi et muets... Quelle peine terrible infligez-vous ? Ce n’est pas l’exil des Némèdes... Vous savez tous quelle paix de l’âme rayonnent les solitudes chrétiennes !.. Madonax ! Ta science est imminente, au point que Gwénolé a pu croire à ton pouvoir presque divin sur la nature. A quel péril expose-tu ceux que ta sentence absout ?.. Quelle est ta vraie sentence, celle qui est dans ton cœur ?.. Ah ! Que tes lèvres de vérité hautement le prononcent ! »
          Le visage du vieillard se pencha à son tour vers le diacre, et celui-ci entrevit des yeux d’admiration. [...]
          Pas un bruit ne troublait le silence. Et soudain, comme si cet homme avait pouvoir d’ordonner la nature, la lueur diffuse d’un éclair éclaira le ciel noir au delà de son bras. Sa voix puissante domina le grondement.
           Toi, penn parjure, le Némède t’est désormais fermé, et demain la terre de Sizun [Sein]... Toi, tierne, maîtresse de la terre, les âmes ne t’y reconnaîtont plus. Vos cœurs ne peuvent plus être que chrétiens. Ah ! J’avais décidé de laisser les éléments vengeurs des dieux châtier l’abandon des autels. Celui-ci, dit Madonax en désignant le diacre, a adouci la peine par la force de son esprit !... Kaèr Huveal, retourne de toute la vitesse de ton cheval au ti qui tu as élevé pour observer et pour défendre... »
          Puis, terrible, le Coëfi se dressa.
           Trois vagues, — trois, entends-tu — se lèveront. Si elles se dirigent vers la Tête du Coursier, les dieux t’on pardonné. Mais si tu les vois venir à la terre, pour sauvez-celle-ci, ajouta-t-il en désignant A-hès, fais ce que l’amour des hommes t’inspirera. »
          Gwénolé bondit.
           Ah ! s’écria-t-il en rappelant les mots jadis surpris à Madonax... Pas la terre du Sizun !... Ont-ils condamné Ys ?... Alerte !Alerte ! »
          Follement le diacre se jeta vers Buddic, qui se leva, enveloppée dans le manteau de lenn. Puis avec elle il vint devant A-hès et supplia.
           O tierne respectée, tierne bientôt chrétienne, fuis avec celui qui doit être l’époux... Tous deux l’autel de Jésus vous attend ! Suivez son prêtre. »
          La tierne eut un geste pour s’attachez à eux ; puis elle montra de son bras nu Huvreal qui s’éloignait en bondissant par le Némède. Alors dans un mouvement affolé, elle revint vers le trône d’or, revêtit à la hâte la saie blanche, puis baisa la Rouelle, la Résille, le Sawastika abandonnés. Devant elle, au signe d’Ar’eren, les rangs des eubages, des bardes puis du peuple s’ouvrirent en silence. Elle passa droite, sans cercle de front, sans ses pierres... Elle disparut sur les trace du penn.
          Alors devant le Crom-lekh retombé au silence, Gwénolé dressa la Croix du baz dans un geste d’appel puis entraîna Buddic. »

 

          Saint Gwénolé, priez pour nous ! (Je me demande si l’on ne pourrait pas demander à Gwénolé d’assurer également le rôle de protecteur des buveurs de café... c’est possible ?)

 

          Oncle Joe
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