Site clair (Changer
 
  Base de données  
 
  Base d'articles  
    Fonds documentaire     Connexion adhérent
 

Les insectes au cinéma

Alain PELOSATO

Naturellement, 1999

          Les insectes, par leur morphologie et leur mode de vie, ont toujours évoqué dans l'esprit humain une horreur liée au fait d'être considéré par eux, soit comme un hôte pour un parasite, soit comme une nourriture, et, particulièrement, le fait que notre corps mort finisse par être dévoré par eux ajoute à la construction de cette terreur qu'ils suscitent dans notre esprit.

          Mais tous les insectes n'ont pas cette réputation. Le cricket de Pinocchio représente la morale, l'influence de la religion et de la société. La coccinelle, pourtant carnivore (mais elle mange des pucerons...) est appelée bête à bon dieu... Quant aux autres, ils sont tous terrifiants avec leurs yeux à facettes, leurs multiples pattes (six pour les insectes , mais plus pour d'autres, par exemple huit pour les araignées qui ne sont pas des insectes, mais tant pis, j'appellerai insecte toute petite bête "monstrueuse" avec plein de pattes).

          Ainsi, le cinéma fantastique a tenté d'utiliser cette horreur. Mais il n'a pu le faire que relativement tard, car l'utilisation de ces "sales" bestioles demandaient des trucages cinématographiques élaborés. Aujourd'hui, la tendance inverse se manifeste. On produit des films gentils sur les insectes, avec Fourmiz et 1001 pattes, films d'animation d'images de synthèse dans lesquelles, (influence de Walt Disney oblige) les insectes sont humanisés : ils n'ont que quatre membres, une bouche avec des dents et non pas des mandibules ou des trompes, et des mains... Voilà : pour devenir acceptables, les insectes sont donc en quelque sorte désinsectisés... Un film comme Microcosmos a pris le parti contraire, et a parfaitement réussi dans la réhabilitation de ces magnifiques petites bestioles fascinantes... suivi par d'autres documentaires.

          Il y a eu - dans la littérature fantastique de science-fiction - l'idée que certains extraterrestres pouvaient être des insectes, avec une intelligence humaine, mais aussi la "cruauté" propre à ces petites bêtes. Voilà qui est terrifiant... Ainsi, le dernier film de Paul Verhoeven Starship Troopers (1998) reprend les insectes tueurs abominables de l'écrivain américain réactionnaire Robert Heinlein, contre lesquels les humains, vivant désormais dans une société nazifiée, vont faire une guerre sanglante et horrible... Le réalisateur d'origine hollandaise a retourné l'argument de l'écrivain et a fait un film contre la guerre.

           Dans Alien (1979) de Ridley Scott, le monstre, plutôt inspiré de ceux de l'écrivain américain Lovecraft, possède un moyen de reproduction emprunté à certaines guêpes qui pondent leurs oeufs dans le corps vivant de leurs victimes qui sont dévorées de l'intérieur par la larve... Ce thème avait déjà été largement exploité dans les romans de SF des années cinquante. Le film est d'ailleurs inspiré d'un autre de Mario Bava : La planète des vampires (1965). Dans L'invasion des profanateurs de sépulture 1 (1956) de Don Siegel, les méchants extraterrestres ont un développement larvaire identique aux insectes car ils deviennent adultes dans une chrysalide, appelée "cosse" ce qui tendrait à représenter plutôt un végétal, sales petits aliens qui prennent carrément la place des humains. Don Siegel s'était in! ! spiré d'un roman de Jack Finney (1955), mais avait détourné le propos de l'écrivain pour faire une allégorie anticommuniste... On aperçoit aussi d'horribles araignées extraterrestres dans Perdus dans l'espace (1998) de Stephen Hopkins.

          Ensuite, il y a les insectes mutants. La radioactivité d'abord, puis les mutations génétiques en ont fabriqué beaucoup au cinéma et à la télévision. Nous avons eu toute une série de films de ce genre depuis Des monstres attaquent la ville (1953) de Gordon Douglas à Mimic (1997) de Guillermo Del Toro. Mais le plus passionnant de tous est La Mouche noire (1958) de Kurt Newman, inspiré du livre La Mouche de George Langelaan, et surtout de son magnifique remake de David Cronenberg, La Mouche (1986), qui pose bien le problème de la création de nouvelles espèces. En effet, un savant a inventé la translation des corps au travers d'un câble grâce à un ordinateur puissant qui permet de déstructurer les molécules dans une cabine, de les transférer dans une autre cabine et de les y restructurer pour reconstituer le corps. Le problème, c'est qu'une mouche s'est trouvée là,! ! et que l'ordinateur a restructuré un nouveau corps avec une combinaison génétique... Quelle horreur ! Ça c'est de la science-fiction...

          Enfin, il y a les histoires où les insectes tels qu'ils sont sèment la terreur. Dans ce domaine les scénaristes utilisent surtout les abeilles africaines qui sont paraît-il terribles.

          Voilà donc un petit tour d'horizon qui montre, par un autre exemple, comment les histoires d'horreur savent s'inspirer de la nature. Mais, bien souvent, elles s'appuient sur une terreur dont on parle souvent, enfouie dans l'inconscient collectif (ou plutôt culturel, mythologique ?) de l'humanité, la terreur de la faute de Prométhée qui a voulu montrer aux humains comment être un dieu. Cette faute est toujours punie comme dans le Frankenstein de Mary Shelley.

          Si le progrès modifie la nature, celle-ci ne finit-elle pas toujours par se venger ?

          Voilà le thème de réflexion développé par les films et les histoires fantastiques de science-fiction sur les insectes...

          N'est-il pas d'actualité de nos jours ?


 

Les films sur la terreur engendrée par des insectes2

  • Des Monstres attaquent la ville (Gordon Douglas) 1953, des fourmis rendues géantes par les radiations.
  • Tarantula (Jack Arnold) 1955, ah ! ces scientifiques avec leurs expériences...
  • La Chose surgie des ténèbres (Nathan Juran) 1957, cette fois la chose décongelée est une mante...
  • Les Monstres de l'enfer vert (Keneth Crane) 1957, d'énormes insectes mutants dans la jungle.
  • La Mouche noire (Kurt Neuman) 1958, un homme invente la désintégration des corps et leur reconstitution ; hélas, une mouche s'est introduite dans l'appareil en même temps que le savant...
  • Mothra contre Godzilla (Inoshiro Honda) 1964, une mite géante, puis ses deux "petits" luttent contre Godzilla.
  • Invasion des araignées géantes (Bill Rebane) 1975.
  • Les insectes de feu (Jeannot Szwarc) 1975, après un tremblement de terre, des insectes incendiaires sortent des crevasses.
  • L'empire des fourmis géantes (Bert L. Gordon) 1977.
  • Phenomena (Dario Argento) 1984, des insectes nécrophages.
  • La Mouche (David Cronenberg) 1988, le remake génial du film de 1958.
  • Voyage au bout de l'horreur (Terence H. Winkless) 1988, des cafards sanguinaires et désosseurs.
  • Arachnophobie (Frank Marshall) 1990, une monstrueuse araignée est importée dans le cercueil de sa victime.
  • La Mouche 2 (Chris Walas) 1992.
  • Ticks (Tony Randel) 1993, des tiques devenues monstrueuses à cause de trafiquants de drogue.
  • Men in Black (Barry Sonnenfeld) 1997, le méchant du film est un extra-terrestre, énorme cafard géant.
  • Mimic (Guillermo del Toro) 1997, des insectes géants tueurs prenant notre apparence dans le métro de New York.
  • Perdus dans l'espace (Stephen Hopkins) 1998, des araignées teigneuses dans un vaisseau abandonné.


Notes :

1 - Il y a eu deux remakes à ce film : L'invasion des profanateurs (1978) de Philip Kaufman et Body snatchers (1993) d'Abel Ferrara. "Body snatchers" est le vrai titre du livre de Jack Finney, livre qui ressemble d'ailleurs étrangement à l'histoire de Le père truqué (1955) de Philip K. Dick... - .

2 - bien que les araignées ne soient pas des insectes, mais des arachnides...

Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Thèmes, catégorie Animaux

Dans la nooSFere : 61737 livres, 56815 photos de couvertures, 56048 quatrièmes.
7957 critiques, 33729 intervenant·e·s, 1255 photographies, 3644 Adaptations.
 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés. Vie privée et cookies/RGPD

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !