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Richard Matheson

(USA ; 1926)

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Richard Matheson n'est pas un auteur de science-fiction. Lui-même avoue qu'elle ne l'a jamais attiré, et qu'il s'y est mis au début de sa carrière parce que le genre était florissant. L'écriture, à part durant la première décennie de sa carrière (1950-1960), n'est d'ailleurs plus son activité principale, qu'il a délaissée pour la rédaction de scénarios pour des séries TV (La Quatrième dimension, Star Trek), les films de Roger Corman d'après Poe (Le puits et le pendule, etc.), ceux d'après ses propres romans, et d'autres encore, comme le premier long-métrage de Steven Spielberg, Duel , en 71... En somme une carrière à la fois insaisissable et pourtant bien hollywoodienne, assez semblable à celle de son aîné Robert Bloch. Contrairement à Bloch cependant, qui n'est qu'un artisan doué, un bon technicien, Matheson est un artiste hanté, qui déclare que le monde, créé par « une force d'amour », a été réduit par les hommes à l'état « d'asile d'aliénés » (cf. son Livre d'Or, présenté par Daniel Riche, Presses Pocket, 1981), et dont toute l'oeuvre peut se lire comme un combat perdu d'avance contre l'aliénation, sous toutes ses formes et à tous les sens du terme. Plus qu'un auteur fantastique, ou qu'un auteur d'horreur tels qu'on n'en connaît que trop dans nos années 80, Matheson exprime, exsude l'angoisse, une angoisse certes pas très différente de celle développée dans le fantastique classique (qu'il copie sans vraiment le transfigurer dans son roman le plus mineur, La Maison des damnés, J'ai Lu, Hell House, 1971), et qui repose sur la dissolution d'individus assaillis par des forces obscures, mais qu'il tire soit du côté de la psychanalyse, soit du côté du décryptage socio-historique.
          Perdu dans un univers d'objets de plus en plus gigantesques, L'Homme qui rétrécit (Présence du Futur, The Shrinking Man, 1956) glisse hors du monde familier, jusqu'à se perdre, hors d'atteinte de ses semblables, dans l'infiniment petit. Un destin semblable à celui de l'industriel de Au bord du précipice (The Edge, 1958, une nouvelle incluse dans l'anthologie d'Alain Dorémieux Les mondes macabres de Richard Matheson, Livre de Poche), qui glisse à son insu dans un monde parallèle où tout est familier, sauf qu'il n'y a plus sa place... On le voit, l'angoisse selon Matheson est celle du déphasage, de l'escamotage : n'être plus rien au monde, n'être plus au monde — n'être plus. Cette peur (que l'auteur nous communique trop bien pour ne pas la ressentir lui-même) est un sentiment primordial, qui plonge loin dans le psychique. Elle peut se doubler d'une sursignification sociologique quand, à la manière de ce que vit le héros de Je suis une légende (Présence du Futur, I am a legend, 1954), unique homme normal dans un monde de vampires, c'est le monde qui change autour d'un laissé-pour-compte ; d'un dinosaure, qui n'a plus qu'à disparaître. Ce constat est inversé dans sa plus célèbre nouvelle — et sa première, qui plus est ! — Journal d'un monstre (Born of Man and Woman, 1950 — littéralement : « Né d'un homme et d'une femme » — in son Livre d'Or), où un bébé mutant d'horrible apparence est enfermé et maltraité par ses parents normaux...
          Escamotage, déphasage, le vrai thème qui sous-tend toute l'oeuvre de Matheson est, on l'aura compris, la solitude, ce mal de solitude qui ne peut conduire qu'à la folie — ou à la mort. Les oeuvres récentes et rares de Matheson semblent témoigner d'une volonté plus positive de lutter contre l'inéluctable fin, ainsi de Le jeune homme, la mort et le temps (Présence du Futur, Bid Time Return, 1975) où un écrivain condamné par une tumeur au cerveau retourne dans le passé pour y vivre un romantique amour. Mais son ultime roman à ce jour, What Dreams may come (1978), qu'il juge le plus abouti, et qu'on peut traduire par « Quels rêves peuvent venir ? »   une citation tirée d'Hamlet — n'a toujours pas trouvé preneur chez nous. Comme quoi le combat est, sinon désespéré, du moins difficile.

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