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Mondes perdus et civilisations disparues

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Dans Le voyage au centre de la Terre (Jules Verne, 1864), un volcan islandais donne accès à une mer intérieure où survivent des dinosaures ; d'autres dinosaures, mais aussi des hommes préhistoriques, sont découverts en pleine Amazonie, sur un haut-plateau inaccessible (Le monde perdu, The lost world de Conan Doyle, 1912, NéO) ; et c'est au coeur de l'Afrique, pendant L'étonnant voyage de Hareton Ironcastle (NéO, Rosny aîné, 1922) qu'un véritable « autre monde », avec végétation autonome et survivants d'un rameau divergent de l'évolution, est exploré. C'est par contre au fond de l'océan (sous la protection d'une entité démoniaque) que subsistent les descendants des Atlantes selon Conan Doyle (La Ville du gouffre, 1929, NéO), et au sommet de l'Himalaya que des sages sont allés chercher une immortalité protégée (Les Horizons perdus, Lost Horizons, 1933, de James Hilton, J'ai Lu) ...
          Ces thèmes, ces ancrages géographiques, ces dates sont triplement éclairants dès lors qu'on veut cerner l'existence des mondes cachés et des peuples issus du passé : il s'agit tout simplement des derniers avatars de l'exploration (par l'imaginaire) de notre planète, en ces terrae incognitae qui déjà se faisaient rares lors de l'écriture de tous ces différents récits. On comprend alors que ce thème bifide est extrêmement limitatif, et qu'il ne faut guère y chercher l'originalité : seul le nombre de péripéties et la qualité de l'écriture départageront ce qui est bon grain et ce qui est ivraie. En outre, le « monde perdu » est une thématique archaïque, qui sauf exception disparaîtra à la fin des années 30, où l'exploration des mondes inconnus explosera en une toute autre dimension : celle de l'espace. Mais restons sur Terre, et restons dans le proche passé de la S-F, pour tracer une succincte géographie de ces territoires en friche...

          Le monde perdu peut être cherché dans l'Histoire ; comme on l'a vu chez Conan Doyle, l'Atlantide y a sa place prépondérante (André Laurie, Jean Carrère, Pierre Benoît bien sûr, y sont allés trouver du romantique — mais on peut citer aussi, au titre des exceptions, une histoire où un homme du présent plonge dans le passé pour vivre dans l'île mythique au temps de sa gloire : c'est Fatum (The Dancers from Atlantis, de Poul Anderson, 1972, Masque SF). Mû, autre continent disparu, est découvert sous l'Atlantique, chez Merritt (Le gouffre de la Lune), tandis que Thulé, empire du froid, est timidement évoqué dans Les aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Poe (1837), avant que Jean Ray n'y aille carrément fourrer ses bottes (La Porte sous les eaux, 1960, 10/18).
          L'Histoire et ses continents secrets peuvent tout aussi bien être de parfaits produits de l'imaginaire. Henry Rider Haggard (1856-1925) y fut sans doute le plus épique, et surtout le plus talentueux de ses créateurs, avec Les mines du roi Salomon (King Salomon's mines, 1885) et surtout She et ses nombreuses suites (entre 1887 et 1923), qui mettent en scène la déesse Aycha, fort belle malgré ses 2000 ans d'âge, dans une saga exemplaire où le merveilleux et l'aventure exotique se marient sans hiatus (NéO). Haggard réintroduit l'Afrique comme continent privilégié des « mondes perdus », mais la fameuse mer des Sargasses et le non moins fameux triangle des Bermudes sont d'autres lieux magiques, où notamment William Hope Hodgson (1877-1918) fait surgir, « les abominations d'un monde mi-animal mi-végétal » (Les canots du « Glen Carig », The boats of the « Glenn Carrig », 1907, NéO). Vous avez dit abominations ? Lovecraft n'en fut pas avare, mais peut-on encore classer ses contrées maléfiques sous la rubrique « mondes perdus » ? Ils se situent certes le plus souvent sur notre monde, ou pas loin sous sa croûte (Les montagnes hallucinées), mais ces explorations des gouffres, ces régressions temporelles ne témoignent pas tant d'une géographie que d'une chute au sein d'une horreur essentielle...

          Le phénomène de la Terre creuse (théorisé par Halley, l'astronome de la comète, et qui passionna tant les pseudo-savants nazis) a été traité dès 1871 par l'Anglais Edward Bulwer-Lytton dans La race à venir (Marabout, The coming race), où une humanité supérieure se riant de la démocratie vivait au coeur du monde, attendant de surgir à l'air libre pour nous donner des leçons. C'est pourtant Edgar Rice Burroughs qui sut le mieux traiter du monde sous notre rnonde, avec son cycle de Pellucidar où David Innes et Tarzan lui-rnême affrontent au sein d'un bouillonnant monde préhistorique les Horibs, hommes-serpents télépathes et ailés... Avec La fin d'Illa, du Français José Moselli (Marabout, 1925), on aborde la civilisation détruite connue par le biais d'un simple récit retrouvé — le monde perdu décrit en flash-back — ce qui sera aussi le cas de La Sphère d'or (NéO, Out of the Silence, 1925), de l'Australien Erle Cox, dont Barjavel se souviendra sans aucun doute pour écrire son plus grand succès, La nuit des temps, en 1968.
          Existe-t-il des mondes perdus hors de notre planète ? C'est l'évidence, mais là ils sont hors de notre propos, sinon de notre portée. Mais évoquons tout de même La déesse de granit (Goddess in granite, 1957, dans Histoires de planètes, Livre de Poche), belle nouvelle de Robert F. Young évoquant la découverte, sur une planète inhabitée, d'une gigantesque statue.
          Reste le problème des micro-univers, des mondes infra-atomiques, qui se situent bel et bien sur notre planète, et même à l'intérieur d'un objet, aussi prosaïque qu'une alliance (La fille dans l'atome d'or, The girl in the golden atom, une nouvelle de Ray Cummings, 1919, dans Les meilleurs récits de Famous Fantastic Mysteries, J'ai Lu). Mondes perdus ? Mondes cachés soumis à l'exploration ? Certainement. Alors survolons Un homme chez les microbes de Maurice Renard (1928, Tallandier), La chute dans le néant de Marc Wersinger, assurément le plus surréaliste (1947, Ailleurs et Demain Classiques) ou encore Le pionnier de l'atome de Jimmy Guieu (1951, Fleuve Noir Anticipation). Mais toutes ces explorations, comme le notent Igor et Grichka Bogdanoff dans leur Clefs pour la science-fiction (Seghers), ne sont en général que « safaris mouvementés », quand ce n'est pas « un viol irréparable », lequel ne peut s'achever que par « la destruction et la mort » du territoire pénétré. Mondes perdus, civilisations disparues, ce sont donc bien là des thèmes archaïques, appartenant à un âge naïf de la SF, qui a définitivement disparu...

          Lecture

          -Sur l'autre face du monde d'A.Valéry (et autres romans scientifiques de Sciences et Voyages, Ailleurs et Demain Classiques. Sciences et Voyages était un périodique français de vulgarisation scientifique qui, de 1919 à 1935, publia bon nombre de feuilletons d'anticipation).

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