Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Fonds documentaire Choisir un autre habillage   
    Base de données    
    Base d'articles    
    Identification    
    Fonds documentaire    
 

Norman Spinrad

(USA ; 1940)

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Un seul problème motive cet enfant du Bronx qui, même s'il s'en défend, est l'unique vrai auteur « politique » de la SF américaine : le pouvoir (comment et pourquoi on le désire ; pourquoi et comment le combattre, si c'est, après sa défaite pour instaurer un autre pouvoir). Déjà ses space opera des débuts illustrent cette thématique : Les pionniers du chaos (Titres SF, Agent of Chaos, 1967) fait s'opposer, dans le système solaire du futur, la dictature de l'Hégémonie et une opposition quasi officielle, la Ligue Démocratique ; mais le changement ne pourra être le fait que d'une troisième force, la Confrérie des Assassins, qui instaurent le Chaos... Chez Spinrad, cette notion de chaos est étroitement liée à celle du pouvoir, elle lui est complémentaire et antinomique, elle est en tout cas le seul facteur de changement, pour éviter sans doute la fascination de la prise de pouvoir (qui vous corrompt absolument). Il n'est pas interdit de lire dans le chaos spinradien un écho de la théorie de la Révolution Permanente de Trotsky mais, étant donné que l'auteur se méfie comme de la peste de la politique en « ismes », on peut aussi penser que le chaos selon Spinrad, c'est tout simplement la bonne vieille tentation gauchiste de « foutre le bordel ». Son roman suivant, Le chaos final (Titres SF, The Men in the jungle, 1967) conforte cette optique, avec l'introduction d'un dictateur en fuite qui débarque sur la planète Sangre où les mangeurs tyrannisent (et consomment) les mangés, à seule fin d'y fomenter une révolte... qui le ramènera au pouvoir ! C'est dans ce récit, féroce et sanglant, que Spinrad a pour leitmotiv une expression à la Vonnegut : « Et on s'amuse et on rigole ! », qui rend bien compte de la tonalité toujours cyniquement agressive de son oeuvre.
          Cynisme et agressivité culminent dans Jack Barron et l'éternité (J'ai Lu, Bug Jack Barron), qui fut publié en volume en 1969, mais avait fait l'objet, deux ans auparavant, d'une prépublication dans la revue britannique New Worlds, avec pour résultat une interdiction à la diffusion. Bug Jack Barron, roman contemporain, oppose le pouvoir des médias (le titre du livre est celui d'une émission à scandale où sont dévoilées des « affaires ») à celui de l'argent, Jack Barron se heurtant à un capitaliste ayant découvert un sérum d'immortalité, ferment tentateur de la corruption... Ce qui choqua tant dans ce récit, c'est son langage extrêmement cru, que Spinrad, consciemment ou non, employait comme une arme contre la langue stéréotypée et plate de la SF de papa — la SF « bourgeoise ». C'est à un autre plan de la SF qu'il s'attaque dans Rêve de fer (Livre de Poche, The Iron Dream, 1972), en l'occurrence l'heroic fantasy (et ses relents fascizoïdes) — un livre dans le livre, écrit par un obscur immigrant autrichien ayant gagné les USA en 1919, un nommé Adolf Hitler, exprimant ainsi dans un roman barbare qui devait remporter le Hugo (!) son idéologie de la Race Supérieure...
          Avec ce roman, qui est un summum de provocation, Spinrad commence hélas à tomber vers le piège qui atténuera considérablement la portée contestataire de son oeuvre future : l'engluement dans ce qu'il pense dénoncer. Rêve de fer, qui aurait fait une excellente nouvelle, est ennuyeux sur 200 pages et, pire, laisse percevoir une certaine complaisance pour les horreurs aryennes décrites. Autre défaut de Spinrad, un machisme certain, qui se fait en particulier jour dans un space opera sociologique plus récent, La grande guerre des bleus et des roses (Presses Pocket, A World Between, 1980), qui oppose sur la planète Pacifica une civilisation édenique à deux groupes venus d'ailleurs, des savants « transcendantaux » et des femmocrates, farouches lesbiennes présentées sous un jour à faire dresser les cheveux sur la tête de la moins féministe des femmes...
          Auteur contradictoire et complet, Spinrad a également écrit de surprenantes nouvelles (les meilleures réunies par Patrice Duvic dans Le Livre d'Or, Presses Pocket, 1978, qu'il lui a consacré), parmi lesquels il faut citer au moins Les anges du cancer (Carcinoma Angels, 1967), où un homme atteint de cette maladie pénètre à l'intérieur de son corps grâce à une étrange expérience psychédélique, et y combat ses cellules malades. Et pour en terminer avec cet auteur étonnant et détonnant, citons sa définition de la SF, qui ne peut que rallier tous les suffrages : « « Le science-fiction est l'ensemble de ce qui est publié sous le nom de science-fiction » »

          Lecture :
          - Les miroirs de l'esprit (Presses Pocket, Mind Game, 1980).

Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Biographies, catégorie Bios
Biographies, catégorie Bios
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.