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John Brunner

(Grande-Bretagne ; 1934)

Denis GUIOT

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          A propos du Troupeau aveugle (J'ai Lu – The sheep look up, 1972), Richard Lupoff écrivait dans un fanzine américain : « C'est un livre que devraient lire tous les directeurs de cabinet de Washington, tous les élus du Congrès, tous les chefs d'agences administratives ou judiciaires qui s'occupent d'affaires ayant trait à l'environnement, et tous les cadres supérieurs des grandes firmes du pays, voire du monde entier. Ça les rendrait malades de frousse, mais ça pourrait littéralement sauver le monde ». Car Le Troupeau aveugle est le tableau angoissant d'une Terre minée par les pollutions de toutes sortes, agonisant dans le cloaque de ses propres déjections. John Brunner s'est fait le spécialiste des lendemains qui déchantent, utilisant avec talent la science-fiction comme un miroir grossissant de la réalité, le détour par le futur proche permettant de mieux éclairer le présent et d'en extraire les faits porteurs d'un danger mortel pour l'humanité : violence raciale (L'orbite déchiquetée, Présence du Futur, The jagged orbit, 1969), péril informatique (Sur l'onde de choc, J'ai Lu, The shockware rider, 1975, inspiré de l'essai d'Alvin Toffler, Le choc du futur) ou surpopulation Tous à Zanzibar, J'ai Lu, Stand on Zanzibar, 1968).
          Mais malgré son attirance pour la SF-alarme et son attitude militante dans la vie, Brunner ne verse pas dans le prophétisme gauchisant, se voulant avant tout un artisan du mot (« I am a wordsmith »), un amoureux de la chose écrite (« Mon idéal est de toujours utiliser le style que demande l'histoire que je suis en train d'écrire »). Ainsi dans son plus fameux roman Tous à Zanzibar (Prix Hugo, 1969), afin de créer dans l'esprit du lecteur un monde différent du nôtre – la Terre au début du XXIIème siècle – mais facilement reconnaissable, il utilise la technique originellement adoptée par John Dos Passos dans sa trilogie USA, insérant par collage dans le corps du récit des coupures de presse imaginaires, des biographies fictives, des conversations de gens que l'on ne connaît pas, des extraits de chansons, des tracts, etc. L'impression de réalisme est saisissante et l'impact du roman, accru. Quoique de manière différente, cet éclatement de la narration en une multitude de points de vue qui se télescopent sera reprise l'année d'après dans L'orbite déchiquetée. Brunner aime les grandes fresques grouillantes : dans l'énorme Le creuset du temps (Ailleurs et Demain, The crucible of time, 1983) c'est toute l'histoire d'une espèce extra-terrestre qu'il nous donne à voir, depuis sa naissance jusqu'à son exode dans l'espace. Autre remarquable tour de force, mais d'un tout autre genre, La ville est un échiquier (Presses Pocket, The squares of the city, 1965), roman de politique-fiction dans lequel l'intrigue manipulations et luttes pour le pouvoir au coeur de la mégalopole futuriste Ciudad de Vados suit pas à pas les péripéties d'une véritable partie d'échecs (Steinitz – Tchigorin, La Havane 1892), chaque pièce étant représentée par un personnage du récit. Brunner, on le voit, est un auteur extrêmement doué (son premier roman a été publié à l'âge de 17 ans) qui, de plus, possède plusieurs cordes à son arc (poète, linguiste, auteur de thrillers et de romans historiques). Mais l'édition SF est peu portée sur la nouveauté : Brunner mit plusieurs années pour faire publier La ville est un échiquier, et Tous à Zanzibar fut refusé par l'éditeur anglais qui l'avait pourtant commandé ! Aussi, comme le raconte fort plaisamment George Barlow dans sa préface au Livre d'Or de John Brunner (Presses Pocket, 1979), notre auteur dut alterner livres ambitieux et productions alimentaires. Mais après avoir écrit pour vivre, Brunner peut maintenant vivre pour écrire.

*

          Lectures :
           Le long labeur du temps (J'ai Lu, Tbe long result, 1965).
           A l'ouest du temps (J'ai Lu, Quicksand, 1967).
           Le jeu de la possession (Presses Pocket, Players at the game of people, 1980).
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Biographies, catégorie Bios

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