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Catastrophes, cataclysmes et fins du monde

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          En 1826, Mary Shelley, créatrice de Frankenstein, publie The Last Man, qui décrit la fin de l'humanité à la suite d'une épidémie de peste ; en 1893 l'astronome français Camille Flarnmarion écrit La fin du monde, où nos arrière-arrière grands-parents échappent de peu aux méfaits d'une comète et de la glaciation ; cinq ans plus tard c'est à une invasion martienne auquel le monde (mais Londres, surtout), échappe de peu, par la plume du Wells de La guerre des mondes ; en 1910 Rosny Aîné imagine dans La mort de la Terre (Présence du Futur) notre lointain futur, avec l'assèchement de la planète et la fin de l'humanité, que remplacent des êtres métalliques, les Ferromagnétaux ; il revient à la charge en 1913 avec La force mystérieuse (Nouvelles éditions Oswald) où une « maladie de la lumière » provoque une autre glaciation, tandis que la même année c'est Conan Doyle qui, avec La ceinture empoisonnée (Nouvelles éditions Oswald, The poison belt) invoque une autre comète, et son gaz qui, heureusement, ne cause que le sommeil (en 1901, avec Le nuage pourpre — The purple cloud, Présence du Futur — M. P. Shiel n'avait pas été si prudent, puisqu'il faisait vomir par un volcan de l'acide cyanhydrique qui n'épargnait que deux survivants) ; en 1914, Wells invente la bombe atomique tout simplement pour anéantir Berlin (The world set free) : en 1938 notre compatriote Jacques Spitz nous fait succomber sous le joug de mouches mutantes et intelligentes (La guerre des mouches, Marabout) et, pour rester dans l'Hexagone, citons Yves Gandon faisant périr tous les Blancs en 1945 (Le dernier blanc, Laffont) ou Jean-Gaston Vandel qui, en 1954, fait mourir (presque) tout le monde au cours d'une épidémie de « cancilose » (cancer + tuberculose... mais en 1987 on peut lire SIDA) décrite dans son Fuite dans l'inconnu (Fleuve Noir Anticipation).
          On pourrait continuer ainsi jusqu'à nos années 80... Mais on le voit, à ces fins du monde définitives ou provisoires, pas une décennie n'échappe (l'explosion, si on peut dire, se situant entre les années 60 et 70). Et, dès avant les années 30 qui voient véritablement la S-F se constituer en genre autonome, tous les ingrédients de notre fin sont déjà en place, avec les périls naturels planétaires ou extra-planétaires, les invasions venues d'ailleurs ou de chez nous, les guerres dévastatrices, les épidémies. Qu'est-ce qui les fait courir ? peut-on se demander. Certes la fin du monde est écrite, inscrite dans la mémoire culturelle de l'humanité, son inconscient collectif, modelé ou non par les religions (I'Apocalypse, l'Armageddon, le Déluge, etc.). Certes, depuis les débuts de l'Histoire, les épidémies, les famines, les guerres sont autant de fins du monde pour un village, une ville, un pays, un peuple. Cela explique beaucoup, mais probablement pas tout...
          Dans son Panorama de la science-fiction Jacques Van Herp note que ce thème « est l'un des plus exploités, mais (qu'il est) à la fois attirant et difficile. Attirant car chacun se croit capable d'en écrire, en mettant en scène ses préoccupations, ses inventions, ses craintes. Difficile (... ) car il ne supporte pas la médiocrité ». Sans doute. Mais peut-on ajouter que, par delà certaines médiocrités de facture, ce thème est dramatiquement le plus fort de toute la S-F, et même de toute la littérature, et même encore de n'importe quelle expression artistique, parce qu'il met en scène notre mort individuelle à tous, mise en abîme dans notre mort en tant qu'espèce ? D'autres explications à cette fascination peuvent être trouvées : dans son essai Malaise dans la science-fiction américaine (1975, postface à Le nom du monde est forêt, d'Ursula Le Guin, Ailleurs et Demain), Gérard Klein, prenant prétexte que la plupart des auteurs de SF appartiennent à la classe moyenne, qui a perdu son pouvoir sur le monde au profit de divers groupes politiques et technologiques, pense que ladite classe, à travers ses écrivains, « vit interminablement l'heure de sa mort », et exprime ainsi l'angoisse de cette dépossession par des oeuvres catastrophistes. C'est intellectuellement séduisant. Quant à l'auteur de cette notice, grand usager s'il en est du thème de la fin du monde, il a (s'il peut ici s'auto-citer), dans sa préface à son anthologie Avenirs en dérive (Kesselring, 1979) tout simplement prétendu que beaucoup d'écrivains « persévèrent à décrire le chaos final », tout simplement parce que « c'est marrant à écrire », surtout quand on a « les pieds au chaud dans ses pantoufles et le whisky à portée de la main ». Non ?
          Il est un fait en tout cas certain ; c'est que la (ou les) fin(s) du monde ont pris, à travers les décennies, les pays et les auteurs, toutes les formes possibles et imaginables. jusqu'aux plus imprévues, comme celle tentée par Pierre Mac Orlan dans Le rire jaune, en 1914, où il fait mourir les gens d'hilarité, en prélude peut-être à l'hécatombe qui se préparait. Beaucoup d'auteurs mâles ont choisi de ne faire mourir que les hommes, sans doute parce que s'identifiant au dernier homme qu'ils mettaient en scène, ils avaient ainsi la satisfaction de se voir littéralement maître d'un harem à la dimension de la planète (Les hommes protégés, de Robert Merle). Des auteurs voient l'humanité mourant d'absence de végétation (Terre brûlée, The death of grass, 1956, de John Christopher, Livre de Poche) tandis que d'autres préfèrent supposer une végétation proliférante qui nous étouffera (Encore un peu de verdure, Greener than you think,1947, de Ward Moore, Présence du Futur). Un Ballard n'explorera certaines catastrophes géologiques que sous l'angle esthétique (Le monde englouti, Le vent de nulle part, etc.), tandis que pour d'autres le dépérissement de l'humanité sera l'occasion de lancer un effrayant cri d'alarme écologique accompagné d'un catalogue le plus exhaustif et précis possible des atteintes à l'environnement qui aujourd'hui nous menacent (La fin du rêve, The End of a Dream, 1972, de Philip Wylie).
          La fin du monde peut englober la fin de l'univers tout entier, ce qui écartèle notre thème à la dimension de celui de la fin des temps, que modèle une notion chère aux auteurs de SF : celle de l'entropie. Déjà Wells, dans La machine à explorer le temps (1895) nous donnait une vision inoubliable de la Terre des derniers âges habitée par de léthargiques crabes se traînant sous un rouge soleil moribond (une image reprise par John W. Campbell dans deux belles nouvelles de 1934 et 1935 : Crépuscule et Le ciel est mort, dans le recueil portant ce dernier titre). La cité et les astres de Clarke nous faisait pénétrer dans la dernière cité du monde, où les habitants s'ennuient à mourir de leur immortalité, et James Blish dans Un coup de cymbales voit la fin de notre univers à la suite de la rencontre cosmique avec un univers d'antimatière...
          Pour les optimistes parmi les pessimistes, la fin du monde est prétexte à recommencement, à création d'un nouveau monde, car, affirme George Stewart, La Terre demeure (Ailleurs et Demain, Earth abides, 1949). Ici abondent les survivants (Histoires de survivants, présentées par D. Ioakimidis, Livre de Poche, 1983), les nouveaux « Derniers couples », les seconds Adam et Eve qui repeupleront les déserts du monde (Le diable l'emporte de Barjavel), tandis que pour un Walter M. Miller, ce sont des moines qui portent l'espoir du renouveau à travers l'âge sombre d'un Moyen-Age post-cataclysmique (Un cantique pour Leibowitz, A canticle for Leibowitz, 1955/57, Présence du Futur). Les enfants peuvent aussi porter l'espoir du monde, encore qu'ils puissent être aussi malfaisants que les adultes (Sa Majesté des mouches, Lord of the Flies, de William Golding, 1954, Folio), quand ce n'est pas de parfaits crétins (Quinzinzinzili de notre compatriote Régis Messac, 1934, Edition Spéciale), qui ne savent que répéter une vague prière – « quinzinzinzili : Qui est in Coelis » – sans la comprendre...
          Car on peut aussi faire rire avec la fin du monde et j'ajouterai heureusement.

*

          Lecture :
           Pour commencer Histoires de catastrophes, présentées par Jacques Goimard (Livre de Poche, 1985).

  • L'épidémie
           La mort blanche (The white Plague) de Frank Herbert, 1982 (Ailleurs et Demain).
           La musique de sang (Blood Music) de Greg Bear, 1985 (La Découverte).

  • La glaciation
           L'hiver éternel (The long winter) de John Christopher, 1962 (Club du Livre d'Anticipation).
           La compagnie des glaces de G.-J. Arnaud (Fleuve Noir Anticipation, série commencée en 1981).

  • Le météore
          Le choc des mondes (When Worlds collide) par E. Balmer et Ph. Wylie, 1932 (Rayon Fantastique).

  • L'inondation
          Le péril vient de la mer par John Wyndham.

  • Les extra-terrestres
          Les seigneurs des sphères (Lords of the Psychon) par Daniel F. Galouye, 1963 (Présence du Futur).
           Génocides, par Thomas M. Disch.

  • La race à venir
           La ruche d' Hellstrom par Frank Herbert.
          — Le cycle des Hommes sans futur par Pierre Pelot.

  • La guerre
           Le cheval roux, par Elsa Triolet, 1953, Gallimard.
           Le dernier rivage (On the beach) par Nevil Shute, 1957, Livre de Poche.
           Les minutes de l'heure H (Trinity's Child), par William Prochnau, 1983, Denoël.
           L'odyssée du Vagabond (Long Voyage back), par Luke Rinehart, 1983, Laffont.
           War Day (Warday), par W. Streiber et J. Kunnetka, 1984, Stock.
           Histoires de fins du monde, présentées par J. Goimard (Livre de Poche, 1974).

  • L'atome « pacifique », ou le syndrome Tchernobyl
           L'enfer atomique (The Prometheus crisis), par Thomas Scortia et Frank Robinson, 1975, Presses de la Cité.
           L'explosion (Die Explosion), par Hans Heinrich Zieman, 1976, J.-C. Lattès.
           Le baiser du masque (In the Drift), par Michael Swanwick, 1985, Présence du Futur

          Et pour conclure :
           Histoires de la fin des temps, présentées par D. Ioakimidis (Livre de Poche, 1983).
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