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Jacques Sternberg

(Belgique ; 1923)

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Ce Belge né à Anvers « au XXème siècle », comme il aime l'impréciser non sans coquetterie, se définit ainsi : « Trente emplois différents, et jamais aucune situation de responsable  ; 7 ans de refus chez tous les éditeurs ; 36 livres publiés depuis 1953  ; environ 1 000 chroniques semées à travers toute la presse, de Hara-Kiri à France-Soir ; un seul film, pour Alain Resnais (c'est le superbe et déroutant Je t'aime, je t'aime) ; une pièce créée par la Comédie Française ; 350 000 km en solex et 25 000 milles en dériveur... ».
          Qu'ajouter à cette sidérante biographie express qui joue avec les stéréotypes et les archétypes, qui en rajoute sur le sur-place et déjoue toute analyse ? Que Sternberg débuta en petit-fils de Kafka avec de courts romans sur la grisaille quotidienne et la situation d'employé de bureau vécue comme l'Enfer froid d'un Dante scribouillard (Le délit, Plon, 1954 ; L'employé, Editions de Minuit, 1958 ; La banlieue, Julliard, 1961), qu'il se lança à corps perdu dans une SF satirique épaisse comme de la poix où l'Homme pèse moins qu'un microbe face aux pièges de l'espace (La sortie est au fond de l'espace, Présence du Futur, 1956) qu'il toucha à l'érotisme (Toi, ma nuit, 1965), qu'il empaqueta toutes ces données dans de vastes synthèses sociologiques (Attention, planète habitée, 1970) — ces deux derniers volumes au Terrain vague sous la houlette d'Eric Losfeld, l'éditeur qui lui allait comme un gant — qu'il...
          Mais bien sûr, sous toutes ces faces, il n'y a qu'un seul Sternberg, qu'un seul petit bonhomme trépidant et teigneux, pour qui l'usage de l'humour vache, du surréalisme passé à la moulinette, de la SF de hall de gare (de province), des aphorismes plus zen que moi tu meurs, n'est qu'une manière forte de gueuler à l'oreille d'un Dieu absent et d'une Humanité trop présente une désespérance si absolue qu'elle ne peut trouver sa voie (et sa voix) que dans la provocation (Sternberg lança une revue éphémère qui s'appelait Mépris). Et derrière tout cela, derrière cette productivité tous azimuts, il y a un écrivain, qui n'est jamais meilleur que dans le concis, dans la nouvelle extra-courte qui reste le point(illé) le plus constant de sa carrière de dentellière. Avec elle, il débuta dans la carrière (La géométrie dans l'impossible, Arcanes, 1953), il plafonna dans la grande presse (ses Contes froids dans Le Monde), il donna son meilleur ouvrage, Contes glacés (Marabout, 1974), une compilation de vingt ans d'enfilages de joyaux. Pour reprendre un adage populaire : si Sternberg n'existait pas, il faudrait l'inventer. Mais le pourrait-on ?
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Biographies, catégorie Bios

 
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