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Les chemins de l'avenir

Denis GUIOT

Dictionnaire de la Science-Fiction. Livre de poche, 1998



          Toutes les enquêtes actuelles l'attestent, les jeunes raffolent de la science-fiction. Certes, leurs faveurs vont surtout au cinéma, aux jeux vidéo et aux mangas. Mais ils en lisent aussi beaucoup : selon Pili Munoz, la directrice de la revue Lecture-Jeune, " la science-fiction occupe une place prépondérante parmi les genres littéraires les plus lus par les jeunes puisque son lectorat serait, selon certaines sources, composé aux neuf dixièmes d'écoliers et d'étudiants" 1.

          Cependant, tout comme son aînée, la science-fiction pour la jeunesse est surtout lue par les garçons. Est-ce à dire qu'ils seraient les seuls à apprécier l'aventure spatio-temporelle, l'exploration de nouvelles planètes, le contact avec des civilisations extraterrestres ? Allons donc ! Cette situation démontre uniquement que les préjugés sexistes de notre société sont en vigueur dès l'âge le plus tendre.

          A partir de quel âge, l'enfant est-il à même de lire de la science-fiction ? La réponse n'est pas évidente. Car, pour qu'il puisse l'apprécier pleinement, l'enfant doit être capable de différencier le merveilleux - où les choses magiques existent en tant que telles, naturellement - de la science-fiction qui, elle, est tenue de rendre plausible le récit 2. Ce jeu avec les mécanismes de la fiction est bien entendu difficile à maîtriser pour l'enfant, qui ne possède pas encore beaucoup de référents liés à l'univers réel et dont le sens critique est peu développé.

          A partir de sept ans environ, le réel et l'imaginaire ne se mélangent plus dans le psychisme enfantin - même si le temps où il croyait encore au Père Noël n'est pas si loin ! Là où, naguère, il y avait fusion, règne désormais la cohabitation. La science-fiction va satisfaire, à la fois le goût de l'enfant, toujours vivace, pour le fantastique (au sens large) et sa curiosité naissante, que l'on pourrait qualifier de pré-scientifique, pour le monde qui l'environne. Perrault passe le relais à Bradbury. Après la pensée magique du conte - propre à l'enfance - le jeune lecteur découvre le pouvoir vertigineux de la pensée spéculative, propre à la science-fiction. Pour l'enfant, c'est une révolution copernicienne. Car ces deux petits mots "ET SI ?" sont bel et bien l'amorce d'une approche originale du monde, follement excitante et porteuse de rêves.

          Après quatorze ans, par contre, il semble illusoire de retenir le lecteur dans des collections pour la jeunesse, alors que celui-ci n'a qu'une seule envie : trouver sa pâture dans des collections pour "grands" comme le Fleuve Noir, J'Ai Lu SF, Pocket SF ou Présence du Futur, où des auteurs passionnants et tout à fait accessibles (Isaac Asimov, Clifford Simak, Jack Vance par exemple) les attendent.

          Que peut apporter la science-fiction à de jeunes lecteurs ? Tout d'abord, bien sûr, elle leur propose de fabuleuses possibilités d'évasion : planètes lointaines, civilisations extraterrestres, voyages dans l'espace et dans le temps, cyberspace, sociétés futures etc. Le lecteur signe un pacte avec l'auteur qui l'emmène dans ses mondes extraordinaires.

          Ensuite, elle débloque l'imagination. Le lecteur doit être prêt à se laisser surprendre, déstabiliser, entraîner n'importe où et n'importe quand. Petit à petit, la science-fiction provoque chez le lecteur une grande ouverture d'esprit. Cet aspect ludique enchante les jeunes, en pleine formation intellectuelle. La SF devient une sorte de meccano d'idées qui leur permet de jouer avec les hypothèses les plus folles. Comme l'écrit Christian Grenier : " Par son décalage avec le réel, elle provoque le lecteur, lui lance un défi, elle lui propose une vision renouvelée de la science, de la société ou du monde. (...) Elle entraîne le lecteur à une sorte de gymnastique de l'intelligence qui l'invite souvent à passer de la lecture à la création" 3.

          La SF est aussi un efficace miroir de notre présent. Le détour par le futur permet une lecture plus dynamique de notre société et de ses enjeux, façonnée par la technologie (manipulations génétiques, réalités virtuelles, question écologique, etc.). Dans un dossier du Monde de l'Education consacré à la littérature pour la jeunesse, Christian Léourier 4 s'attarde sur ce rôle de la SF : " Je sévis dans un domaine - la science-fiction - qui a volontiers une intention pédagogique, en ce qu'elle se veut le révélateur d'une époque (la nôtre) quelque peu confuse. La science-fiction pour jeunes n'échappe donc pas à ce trait. Ce que la science-fiction peut apporter d'original dans ce projet, c'est une façon inhabituelle d'aborder la question. Pour tout dire une méthodologie : l'utilisation de l'imaginaire comme procédé d'analyse ".

          Enfin, elle s'inscrit parfaitement dans le cadre du récit d'apprentissage cher à la littérature pour la jeunesse. Le jeune héros est confronté à des réalités différentes, à des sociétés différentes, à des êtres différents ; ce qui lui permet de découvrir sa propre relation au monde, de découvrir l'Autre et de se découvrir soi-même.

          De leur côté, les enseignants reconnaissent les vertus pédagogiques du genre. Il est - relativement ! - loin le temps où la science-fiction n'avait pas le droit d'entrer dans les classes (sauf pour quelques exceptions comme le discutable Ravage de René Barjavel ou les Chroniques martiennes de Ray Bradbury, ou bien lorsqu'elle se camouflait sous le nom d'utopie, de dystopie ou de conte philosophique comme Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley ou 1984 de George Orwell). Désormais, Niourk de Stefan Wul, La citadelle du vertige d'Alain Grousset ou Les oubliés de Vulcain de Danielle Martinigol sont abondamment étudiés dans les classes. "S'il est vrai que la grande force de la science-fiction réside dans sa capacité à lancer des débats d'idées, il y a fort à parier que les élèves seront sensibles à cette entrée en matière" 5, écrit Evelyne Lattanzio, la rédactrice en chef de la revue pédagogique Textes et documents pour la classe.

          De plus en plus nombreux, sont les enseignants qui font écrire de la science-fiction à leurs élèves, utilisant l'éventail des possibles et le Sésame "ET SI ?" pour instaurer avec eux un dialogue créatif (nous ne sommes pas loin de la démarche propre au jeu de rôles !). La difficulté est double : ne pas simplement "décalquer" la réalité, mais ne pas inventer n'importe quoi non plus. Car la science-fiction se caractérise, répétons-le, par ses hypothèses de départ et sa logique interne. Loin de brider l'imagination, ces contraintes (que Paul Valéry appelait, en matière de poésie, des "gênes exquises" ! ) l'excitent, la stimulent. Il n'y a pas de véritable liberté sans rigueur.

          Sous couvert de divertissement, la science-fiction participe en fait à un véritable processus de transformation des consciences et aide les jeunes à entrer dans l'avenir, en élargissant leur esprit et en leur donnant l'habitude d'anticiper. Comme l'écrit le célèbre sociologue Alvin Toffler dans Le choc du futur : "Nos enfants devraient étudier Arthur Clarke, Robert Heinlein, Ray Bradbury et Robert Sheckley, non pas parce que ces écrivains nous parlent de vaisseaux cosmiques et de machines à voyager dans le temps, mais, ce qui est plus important, parce qu'ils peuvent amener les jeunes à explorer en imagination la jungle des problèmes politiques, sociaux, psychologiques et éthiques qu'ils devront affronter comme adultes."

          La science-fiction est un passeport pour le futur.

Denis Guiot          

Première parution :
Dictionnaire de la Science-Fiction,
sous la direction de Denis Guiot,
avec la collaboration d'Alain Laurie et Stéphane Nicot
Livre de Poche Jeunesse, Hachette Jeunesse, 1998



Notes :

1. Editorial du numéro d'avril 1996, consacré à la science-fiction.
2. Par exemple, il va de soi qu'au pays des fées les animaux parlent, mais en SF une mutation est nécessaire, comme dans Demain les chiens de Clifford Simak.
3. in Griffon : "Et la science-fiction jeunesse..." n° 86, janvier 1988.
4. Christian Léourier apprécie tout particulièrement le thème du choc des cultures. Dans Ti-Harnog, une navette d'exploration venant de la planète Lanmeur, s'écrase sur Ti-Harnog, un monde médiéval. Son passager est pris pour "l'homme de la fin et des commencements" annoncé par les légendes.
5. Editorial du numéro du 1er au 15 mai 1996, consacré à la science-fiction.

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