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Femmes

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Intitulé gênant ! Fallait-il écrire S-F et féminisme (trop limitatif), S-F et féminitude (trop particulariste), S-F et féminité (trop nunuche) ? Surtout : pourquoi coincer en quelques dizaines de lignes la S-F écrite par des femmes (car c'est bien de cela qu'il s'agit) ? J'entends d'ici les féministes se récrier. Et je leur donne d'avance raison. Mais quand même, il y a un problème structurel : les écrivains de S-F femmes écrivent-elles pareil que leurs confrères ? Et accessoirement un problème quantitatif : quelle est leur proportion ? Ce sont ces deux axes, un grand, un petit, qui seuls, sinon justifient, du moins peuvent aider à faire accepter ce paragraphe.
          Prenons le deuxième axe, le quantitatif. Selon un sondage publié en 1949 par la revue Astounding, 93 % des lecteurs de la revue étaient du sexe fort... pardon : du sexe mâle. La proportion des auteurs en découlait. 38 ans plus tard, un bon 20 % des auteurs US (qu'on le veuille ou non, les Etats-Unis restent notre mètre-étalon... à défaut de mètre-jument) sont des femmes, avec une proportion de lectrices plus forte encore. C'est donc bien que quelque chose a changé. Mais par rapport à quoi ? Cela avait pourtant bien commencé, puisque Ann Radcliffe est un(e) des meilleures représentantes du roman gothique, tandis que le premier vrai roman de S-F du monde a été écrit par une femme : Mary Shelley bien sûr, avec son Frankenstein (1817). Cela ne se gâte vraiment pour nos consœurs qu'avec la constitution de la S-F en un genre, restrictif, de qualité en général médiocre, et tourné essentiellement vers l'aventure souvent belliqueuse, avec les premiers pulps (US) des années 20. Ce territoire-là était balisé, c'était un territoire masculin — dans ce qu'il a de pire...
          Des femmes pourtant s'y glissent, en particulier Catherine Moore, Leigh Brackett (1915-1978), ou André Norton (née en 1912). Mais quel compliment leur adresse-t-on ? « Elles écrivent comme des hommes ! » Et on ajoutera innocemment que la première est l'épouse d'Henry Kuttner, la seconde celle d'Edmond Hamilton, tandis que la troisième a adopté un prénom masculin (et français !). Comme l'écrira bien plus tard le critique suédois Sam Lundwall, la S-F des années 30 et 40 n'a qu'une voix unanime pour crier : « Femme, reste à ta place ! » Cette voix aura des échos longtemps, et il est curieux qu'Alice Sheldon (née en 1915), un auteur pourtant subtil et qui n'a pas froid aux yeux (elle fut militaire) ni aux mots (ses audaces sexuelles sont à remarquer), et qui en outre ne commencera à publier qu'en 1968, se cachera pendant 10 ans sous le pseudonyme de James Tiptree jr.
          Pourtant le glissement, l'invasion se fait plus forte, mais surtout plus caractéristique au fil des décennies. Déjà André Norton, dans ses romans de la maturité, ne cache plus son sexe et parle volontiers d'une autre « minorité » : les Indiens, tandis qu'Evelyn E. Smith donne au Galaxy des années 50 d'hilarantes nouvelles satiriques (... aïe : elle se fait appeler « Le Sheckley féminin »), que Zenna Henderson, institutrice, décrit dans la Chronique du Peuple (J'ai Lu — Pilgrimage, 1952-59) une invasion-assimilation tout en douceur et que Marion Zimmer Bradley, avec la saga certes haute en couleurs de la planète Darkover, ou Tenebrosa (commencée en 1958, celle-ci dure encore ; lire, par exemple, Reine des orages !, Stormqueen !, 1978 — Albin Michel) brosse de vigoureux portraits d'héroïnes. Mais c'est naturellement avec les années 60 et l'explosion du féminisme que la cassure se fera, et que l'on peut réellement passer du quantitatif au particularisme. Certes, éditorialement, des hommes ont ouvert grand les portes à leurs moitiés : Damon Knight avec ses Orbit (qui compta — puisqu'on a compté — 27 % de ses pages « occupées » par des femmes), ou le Britannique Moorcock avec New Worlds. Mais des femmes aussi prirent le pouvoir, comme Judith Merril, avec les onze volumes anthologiques, S-F : The Year's Best, ou Pamela Sargent avec les trois tomes de Women of Wonder.
          On peut dire qu'une égalité de facto (même si elle n'est pas numérique) est atteinte au milieu des années 70 ; alors, Ted Sturgeon, qui s'y connaissait en femmes (et en S-F) pourra dire que les meilleurs nouveaux écrivains sont tous des femmes. En place, les femmes peuvent désormais se permettre d'être pleinement elles-mêmes, c'est-à-dire d'être différentes entre elles : on trouvera donc des auteurs femmes qui écrivent, à nouveau, (presque) comme des mecs (Carolyn Cherryh, Tanith Lee, Ansen Dibell, Joan D. Vinge, qui toutes œuvrent dans le space-opera flamboyant ou l'heroic fantasy), à une autre extrémité des féministes pures et dures telles Vonda McIntyre ou Joanna Russ, qui, avec son célèbre livre The Female Man (1975, Presses Pocket, très malheureusement traduit par un contresens lès-féministe : L'autre moitié de l'homme !) décrivait une heureuse société sans hommes, et au milieu des auteurs qui ont su allier une sensibilité sociale et psychologie féminine à des thèmes de pure S-F — voir Anne McCaffrey, Elisabeth Lynn ou Octavia Butler (qui, outre sa féminité, est le seul écrivain, avec Samuel Delany, à être de race noire), sans parler de ces géantes que sont Kate Wilhelm et Ursula K. Le Guin...
          En France, ce schéma peut être reproduit presque littéralement, même s'il a moins de panache. Dans les années 50, un seul auteur est comparable à Moore ou Brackett : c'est Nathalie Henneberg (1907-1978), qui au départ travaille avec son mari Charles, disparu prématurément, avant de se lancer dans une S-F épique et gothique à la Merritt. Lui succède Jufia Verlanger (1931-1985), qui écrivit peu sous son nom mais fit dans les années 70 une trop courte mais remarquable carrière au Fleuve Noir sous le nom de Gilles Thomas, aussi à l'aise dans de durs récits annonçant Mad Max (L'autoroute sauvage, 1976) que dans le space-opera à la Wul (Horlemonde — 1980). Des auteurs plus intimistes et plus « féminins » n'en existaient pas moins, comme Jacqueline Osterrath et surtout Christine Renard, serrées de près par d'ultra-féministes qui d'ailleurs ne venaient pas du sérail : Christiane Rochefort avec Archaos ou le jardin étincelant (Livre de Poche — 1972) et Françoise d'Eaubonne (Le satellite de l'amande, Editions des Femmes, 1975, et Les bergères de l'apocalypse, Simoen, 1978).
          Le juste milieu est assuré par Joëlle Wintrebert (critique perspicace, et rare femme à avoir exercé plusieurs rédactions en chef : Horizons du fantastique, Univers), et dont les romans (Les Olympiades truquées, Kesselring, 1980 ou Chromoville, J'ai Lu, 1983) donnent à ses héroïnes femmes une place de premier plan mais sans manichéisme — des qualités qu'on retrouve aussi, avec une écriture baroque, chez Elisabeth Vonarburg (Le silence de la cité, Présence du Futur, 1981).
          Si les récits véritablement féministes sont rares, la S-F écrite par des femmes est vaste, et reflète le tempérament de chacune, comme elle reflète, sur sa face masculine, le tempérament de chacun. Ni plus, ni moins. La S-F au féminin ? Un faux débat.

          Lecture
          — Leigh Brackett : Le secret de Sinharat (The secret of Sinharat, 1949) et Le peuple du talisman (People of the Talisman — 1951), J'ai Lu — initialement parus au Club du Livre d'Anticipation sous le titre Le livre de Mars.
           Femmes et merveilles (Women of wonder, 1974 – Présence du Futur) anthologie de Pamela Sargent.
           La femme infinie, anthologie de Pierre K. Rey, 1983, Casterman.
           Les Amazonardes, « anthojolie » d'Yves Frémion (chez l'auteur : B.P. 1, Saint Jean-de-Bruel, 12230 La Cavalerie)
           Le Livre d'Or de James Tiptree, présenté par Pierre K. Rey, Presses Pocket, 1986.
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