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Gérard Klein : un éditeur exigeant

Propos recueillis le 14 novembre 1992 à la Maison d'Ailleurs, à Yverdon-les-Bains

François ROUILLER

24 heures, novembre 1992

     A la tête depuis vingt-trois ans de la prestigieuse collection Ailleurs et Demain (qui a perdu depuis quelques titres ses belles couvertures argentées, au grand regret des bibliophiles), Gérard Klein a édité en primeur les oeuvres les plus marquantes de la SF contemporaine, tels Ubik, de Philip K. Dick, Dune de Frank Herbert ou Hypérion, de Dan Simmons. Mais cette activité éditoriale de premier plan fait à tort oublier les autres facettes du personnage, tel son talent de romancier ou ses nombreuses contributions critiques.

      L'écrivain Gérard Klein trouve-t-il encore le temps de s'exprimer ?
     — Avec peine. J'exerce deux professions en parallèle, toutes deux très astreignantes. D'un côté, je suis économiste et effectue des études de prospective pour une grande entreprise publique. D'autre part, je continue à diriger Ailleurs et Demain chez Robert Laffont et Le Livre de Poche SF. Malgré ces occupations, j'ai tout de même plus écrit qu'on ne le dit : s'il est vrai que depuis Les Seigneurs de la guerre (1973), je n'ai pas produit de nouveau roman, j'ai en revanche publié assez régulièrement des nouvelles (par exemple Mémoire vive, mémoire morte chez Denoël). J'ai rédigé des préfaces, des critiques et des essais. Et j'ai réécrit profondément trois de mes anciens romans parus au Fleuve Noir, que Jacques Sadoul a réédités récemment chez J'ai lu (La Saga d'Argyre, comprennant Le rêve des forêts, Les voiliers du soleil et Le long voyage).
     Si l'on met bout à bout les éléments de cette production, l'on obtient un nombre de pages qui n'est pas négligeable. Au point de saturer le disque dur de mon ordinateur !

      En tant qu'éditeur et critique, vous vous montrez aujourd'hui très sévère envers les écrivains de SF francophones. La situation est-elle vraiment si préoccupante ?
     — Je n'ai pas publié d'auteur français dans Ailleurs et Demain depuis Michel Jeury, en 1985. J'affirme — tout à fait sereinement — que je n'ai pas reçu depuis lors de manuscrit convaincant. Je ne dis pas que je n'ai pas lu de textes intéressants, mais je n'ai pas pris quant à moi la responsabilité d'accepter ces livres souvent trop courts pour ma collection, ou manquant d'épaisseur et de tenue littéraire. Cela ne m'empêche pas de penser qu'il existe de jeunes auteurs français tout à fait prometteurs : Jacques Barbéri, Roland C. Wagner, Serge Lehmann, Jean-Claude Dunyach et j'en oublie. N'oublions pas enfin les « grands anciens » qui continuent d'écrire, tels Jean-Pierre Andrevon ou Philippe Curval.

      Il reste donc de l'espoir pour la science-fiction ?
     — Certes. La SF mobilise aujourd'hui probablement beaucoup plus d'énergie et de passion que d'autres formes de littérature. Elle crée un public d'une grande fidélité. Chez ses lecteurs, elle suscite à la fois un mouvement collectif et un engagement individuel. Mais il ne s'agit pas d'une secte. La SF n'est pas prophétique. Elle ne prédit pas l'avenir, mais convoie le désir d'y aller.
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