Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Fonds documentaire Choisir un autre habillage   
    Base de données    
    Base d'articles    
    Identification    
    Fonds documentaire    
 

Exploration des planètes

Jean-Pierre ANDREVON

Le monde de la science-fiction, M.A. éditions, 1987

          Dans Odyssée martienne, une nouvelle de Stanley Weinbaum (A Martian Odyssey, 1934, in Histoires de Mondes étranges, présentées par Gérard Klein – Livre de Poche, 1984) un explorateur déclenche une bagarre sanglante avec de très curieux Martiens géométriques et appartenant à une forme de vie basée sur le silice, parce qu'il a volé un œuf de cristal que les créatures vénèrent. Dans Les conquérants, nouvelle de Jacques Sternberg (in Entre deux mondes incertains, Présence du Futur — 1957), des Terriens sèment (littéralement) la mort sur une planète de la galaxie, à la manière d'une maladie contagieuse que les indigènes jusque-là ignoraient. Ces deux textes, bien différents de ton et naturellement d'époque, illustrent parfaitement deux dimensions primordiales que peuvent prendre l'exploration des planètes galactiques  : le paradoxe est que ces deux dimensions se rejoignent dans la mort, la mort apportée par l'homme à la pointe de ses bottes de cosmonaute ; mais dans le premier cas « on » (l'auteur) considère cette mort comme allant de soi (au choix comme un ingrédient de l'aventure ou comme un malheureux hasard, au pire comme une nécessité : débarrassons-nous de ces hideux et malfaisants métèques, les gars !), alors que dans le second l'auteur (qui a acquis un baril de mauvaise conscience, voire une cassette d'idéologie militante) brode un pamphlet contre la malfaisance humaine.

          Le reste est littérature, c'est-à-dire style, ou cuisine. Mais il est de fait que l'exploration des planètes (une des composantes du space-opera à placer entre la traversée de l'espace et la rencontre avec les extraterrestres — ces trois thèmes, inextricablement liés, étant à lire dans la foulée) n'est que la transparente métaphore de l'exploration bien terrestre et tout à fait historique des continents sauvages, ou soi-disant tels, par l'homme blanc civilisé (ou soi-disant tels), donc de l'expansionnisme, du colonialisme, et de ce qui s'en suit, esclavage, ethnocide, génocide. On l'aura compris, le thème, vaste, de l'exploration des planètes, est le moins innocent qui soit, même s'il se présente souvent comme la réduplication des westerns, des histoires exotiques, ou même des intrigues d'espionnage . Bradbury fut un des premiers à démonter (sous couvert de poésie lyrique) ce mécanisme douloureux dans ses Chroniques martiennes, où, le temps de quelques expéditions venues de la Terre, le doux et décadent peuple de la planète rouge disparaît, miné par nos microbes, à l'image de nos Tahitiens ou de nos Indiens. Inutile à ce stade de retracer un historique du thème, tant il épouse celui des Voyages dans l'espace. Mais il peut être plaisant de le faire remonter à L'Odyssée d'Homère, pour lire les îles où aborde Ulysse comme autant de planètes dangereuses où Circé est un ingénieur génétique alors que le Cyclope est un monstre dévorant.

          Certes, l'exploration des planètes, c'est aussi un premier degré qui est la découverte (donc la création) d'un paysage, qui part du plus simple pour aller vers le plus délirant. On en connaît les stéréotypes : l'oasis sur la face cachée de la Lune (XP15 en feu de Pierre Devaux — 1945, Magnard), les « sables rouges de Mars » (innombrables variations), les forêts carbonifères de Vénus (Le monde des non-A, de van Vogt, Vénus et le Titan de Henry Kuttner) etc., Dans le second cas au moins le romanesque se confond à la vérité astronomique, ce qui nous permet d'aborder une des données essentielles de la thématique  : faire vrai. Certes la planète Mars — l'astre quantitativement, et de loin, le plus exploré — de Burroughs (le cycle de John Carter) ou de Leigh Brackett (Le livre de Mars) ne prétendent à rien d'autre qu'à l'aventure exotique (et, accessoirement, la construction de nouvelles mythologies) ; il en va autrement chez Clarke, où la Lune (SOS Lune — A fall of Moondust, 1961, Fleuve NoirAnticipation) et Mars (Les sables de Mars — The sands of Mars, 1951, Fleuve Noir Anticipation) présentent un aspect le plus vériste possible. Donc hostile, à tout le moins dur. Car, même s'il n'y a pas d'ennemis de chair à combattre, il y a au moins, sur une planète étrangère, un milieu à dompter. La « terraformation » (de l'anglais terraforming), est un de ces moyens, plausible, voire prospectif (il s'agit, par des processus physico-chimiques complexes, de doter une planète invivable d'une écologie terrestroïde), mis en action par Gérard Klein dans Le rêve des forêts (J'ai Lu — paru au Fleuve Noir Anticipation, en 1960, dans une version différente sous le titre Chirurgiens d'une planète, et sous le pseudonyme de Gilles d'Argyre) sur Mars encore, et qu'on retrouve, aboutie, dans le très beau et méconnu Mars aux ombres sœurs de Frederick Tumer (Présence du Futur, A double shadow, 1978), sur Mars toujours. Mais parfois, la planète n'est pas réductible aux normes terrestres, et il faut s'en sortir par l'astuce : Hal Clement est le spécialiste de ces histoires où l'on se mesure aux éléments et aux forces élémentaires, comme dans Mission gravité. D'autres fois le seul moyen de s'en sortir est de s'adapter à la planète, ce que font les explorateurs de Jupiter dans Demain les chiens de Simak, ou le naufragé sur Mars ( !) du Village enchanté, (The enchanted village — 1950), une nouvelle célèbre de Van Vogt (in Histoires de planètes, présentées par Démètre Ioakimidis – Livre de Poche, 1975). Restent les mondes complètement incompréhensibles (dont le Polonais Stanislas Lem s'est fait l'incontestable chantre), restent les planètes si l'on peut dire banalement terrestres en apparence, et qui ne présentent sur toute leur surface qu'un microcosme de notre terre, celles couvertes de forêts, (Le monde vert de Brian Aldiss) celles qui ne sont qu'eau (Un monde d'azur de Jack Vance), celles qui ne sont que sable (Vous avez dit Dune ?), et que je ne citerai pas — ou si peu — parce qu'il y en a trop.

          Cette prolifération engendre bien évidemment la satire, que l'on trouve chez Sheckley dans ses délicieuses nouvelles des années 1950, chez Sternberg comme on l'a vu au début de cette notice, chez Barry Malzberg pour ce qui est de la féroce dérision (L'univers est à nous, Universe Day, Opta, 1971). On l'aura compris, l'exploration des planètes est plus qu'un thème puisqu'il se confond à une bonne partie de la S-F, dans ce qu'elle a de pire et de meilleure. De pire ? Même là, alors qu'on plonge dans les gouffres archaïques, on peut lui trouver un charme kitsch (Les aventuriers du ciel de Nizerolles, 1933-1938, ou Les Conquérants de l'Univers de Richard-Bessière, 1951 qui le copie au Fleuve Noir), parce que l'aventure, le démon de la découverte, même au service d'un style aléatoire ou d'une idéologie douteuse, restent les plus forts. La découverte ?

          Il est vrai que, jusqu'ici, et que ce soit par le biais de naufragés (Van Vogt), de groupes de scientifiques (il est important de souligner que la notion d'écologie, mise aujourd'hui à toutes les sauces, est apparue en premier dans les space-opera des années 1950), ou de hargneux militaires (citons le douloureux Le nom du monde est forêt d'Ursula Le Guin ou l'impitoyable Guerre éternelle de Joe Haldeman), nous avons accompagné pas à pas nos frères terriens du futur dans leur arpentage de ces terres étrangères. Mais qu'en est-il de ces innombrables mondes déjà balisés, et où se côtoient toutes les races de l'univers dans des Babylones ayant accumulé les millénaires depuis leur fondation ? La notion d'exploration y reste attachée, mais elle se fait cette fois directement par le lecteur, à mesure qu'il pénètre dans l'œuvre.

          Les classiques de ces romans planétaires foisonnants sont à chercher chez notre compatriote Stefan Wul et surtout chez l'Américain Jack Vance ; mais des auteurs plus jeunes s'y sont attachés, Gene Wolfe avec sa tétralogie commencée avec L'ombre du bourreau, John Varley avec Titan ou Sorcière, et encore George R. R. Martin, et Gregory Benford, et Bruce Sterling, et bien d'autres. Même des auteurs réputés « attachés à la Terre » s'y sont mis, comme Brian Aldiss avec sa trilogie d'Helliconia, un monde où les saisons durent mille ans, ou John Brunner avec son récent Le creuset du temps, où il décrit une civilisation végétale : comble pour ces écrivains humanistes, ils ont là mis en scène des civilisations où l'homme est marginalisé, sinon absent. Peut-on prendre le pari ? L'exploration des planètes n'a pas fini de nous étonner.


*


          Lecture
          — Le cycle de Tschaï, de Jack Vance
          — Le cycle de Ténébrosa, de Marion Zimmer Bradley
           L'anneau-monde de Larry Niven (Galaxie-bis, Ringworld, 1970)
           La baleine des sables, de Bruce Sterling (Présence du Futur, Involution Ocean, 1977)
           Ultramondes, album illustré, texte de Robert Holdstock et Malcom Edwards (AMP — 1979)



Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Thèmes, catégorie Voyages dans l'espace
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.