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SF et sexisme

Joëlle WINTREBERT

Conférence à Utopia / Nantes, octobre 2000

          Quand j'acceptai la rédaction en chef d'Horizons du Fantastique, en 1975, je fis un constat qui me parut étrange : je ne recevais quasiment pas de textes de SF qui soient écrits par des femmes. J'avais découvert la SF moderne en 1968, initiée par une amie, et j'avais lu assez de textes importants produits par des femmes pour ne pas me poser la question jusque-là. Je décidai alors qu'il y avait des raisons sociologiques et historiques à ce problème et qu'il fallait attendre. Mais quand je pris la direction de l'anthologie Univers, presque dix ans plus tard, la situation n'avait pas évolué : la disparition de Christine Renard et de Julia Verlanger (alias Gilles Thomas) me laissait presque seule romancière française, si l'on considère qu'Elisabeth Vonarburg vit au Québec, que Sylviane Corgiat écrivait alors exclusivement avec son compagnon Bruno Lecigne, et que le pseudonyme Michel Grimaud cachait un couple masculin/féminin.
          Pourquoi les femmes, sans parler d'en lire, n'écrivaient-elles pas de SF ? Comment pouvaient-elles passer à côté de ce qui me semblait, à moi, la littérature de notre temps ? Comment pouvaient-elles négliger ce moyen inespéré d'agrandir le vieil habit dans lequel on nous enferme et qui craque aux entournures ? Pourquoi ne proposaient-elles pas à leur tour un nouveau regard sur la réalité, susceptible de faire craquer le carcan de nos systèmes de pensée, de générer de nouvelles perceptions, de nouvelles valeurs, de nouveaux modèles ? Pourquoi aussi se refusaient-elles ce formidable instrument critique, qui permet de désigner les maux dont risque bien de crever notre monde ? Se faire le miroir de nos peurs et de nos espoirs, questionner celui qui lit, élargir son champ de conscience, lui donner l'idée et le goût du changement...tout en le passionnant avec une intrigue inoubliable, autant d'attributs rien moins que négligeables, tout de même ! Pourquoi les femmes ne s'étaient-elles pas emparées du genre ?
          Selon la plupart des critiques, le père fondateur avait pourtant été une mère fondatrice : Mary Shelley, dès 1818, avec son Frankenstein. « En combinant la critique sociale et les nouvelles idées scientifiques, en donnant en même temps un tableau de sa propre époque, Mary Shelley devance les méthodes utilisées par H. G. Wells et certains auteurs postérieurs dans leurs romans scientifiques » (Brian Aldiss, Billion Year Spree, 1973). Et pourtant, un sondage réalisé dans la revue Astounding, en 1949, révélait que 93[%] des lecteurs de SF étaient de sexe masculin. Quant aux auteurs du sexe féminin, on les comptait sur les doigts des deux mains...
          Alors, était-ce une question d'étiquette ? Le mot « science » jouait-il le rôle d'épouvantail ? C'était plus que probable, ce domaine de la connaissance ayant bien montré, au fil des siècles, à quel point il était sexiste.

          Cela commence chez les grecs classiques. Que l'on se remémore quelques propos d'Aristote : « La femelle en tant que telle est passive ; le mâle en tant que tel est actif »... « La femelle, pour ainsi dire, est un mâle mutilé. » (Où l'on se rend compte que Freud n'a rien inventé !) « La relation du mâle à la femelle est naturellement celle du supérieur à l'inférieur. » Etc.
          La « science moderne », telle qu'elle s'est constituée au XVII ème siècle est une entreprise qui incarne des valeurs dites masculines et qui permet aux hommes d'affirmer leur supériorité sur les femmes. Au XVII ème, l'homme est d'abord un cerveau, la femme une sensibilité et un sexe. Que l'on en juge par ce texte médical de 1659 : « Les femmes, à cause de leur sexe froid et humide, ne peuvent pas être douées d'un jugement aussi profond (que celui des hommes) ; de fait, nous constatons qu'elles sont capables d'avoir des connaissances sur des sujets faciles, mais qu'elles réussissent rarement à aller plus loin que des notions superficielles dès qu'il s'agit de science profonde. »
          Lorsque Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle, manifeste de l'intérêt pour la science, elle se hâte de reconnaître la suprématie masculine : « Il ne faut pas s'attendre à ce que j'écrive avec autant de discernement ou autant d'esprit que les hommes ; car je suis du sexe féminin, et la nature a formé les cerveaux de ce sexe avec des éléments très froids et très mous. »
          Il est d'ailleurs révélateur qu'aux XVIème et XVIIème siècles, les hommes se soient efforcés d'éliminer les femmes de la pratique médicale et de remplacer les sages-femmes pour mettre la main (si l'on peut dire) sur l'acte de la naissance.

          En 1871, Darwin déclare dans La descendance de l'homme que la femme a une « puissance intellectuelle » inférieure et de moindres facultés créatrices.
          En 1887, George J. Romanes reprend ce refrain : « On ne peut en douter sérieusement, l'esprit de la femme est très nettement au-dessous de celui de l'homme. »
          La femme, c'est l'Autre, au même titre que l'indigène. On sait comment la science tentera de prouver l'infériorité du cerveau de l'une et de l'autre, une tradition qui, pour être discrète, est loin d'avoir disparu : en 1978 , le sociobiologiste David P. Barash disait que la nature elle-même est sexiste !

          Les hommes sont d'accord pour constater que la femme livrée à elle-même est un être sexuellement insatiable. Ils craignent de ne pouvoir la satisfaire. « La virilité de l'homme, au lit, est inexorablement à la merci des femmes » (The fear of women, Wolfgang Lederer, 1968). Pour se rassurer, ils conçoivent des stratégies défensives : l'homme est actif, la femme doit être passive...et se soumettre à son seigneur et maître. Au milieu du XIXème siècle, le Dr. Aeton affirme : « une femme modeste désire rarement pour elle-même une gratification sexuelle. »
          Cela explique entre autres la jalousie fantasmatique de l'homme blanc pour l'homme noir dont la puissance sexuelle serait tellement mieux à la hauteur !
          Le sexisme « scientifique » va de pair avec l'idéologie patriarcale et un refus général des valeurs dites féminines : tendresse, sensualité, goût des relations « humaines », spontanéité affective. Le culte de la science a une importante signification culturelle : il conduit la société à poser ses problèmes dans les termes étroits de la rationalité et à les concevoir en termes de domination, de rapports de force, de compétition. Résultat : une tension et une agressivité permanentes.

          Les tentatives faites au début du XIXème siècle par les utopistes pour qui l'émancipation des femmes constituait non seulement un objectif souhaitable mais le moyen de parvenir à une société meilleure resteront sans lendemain. Il est intéressant de comparer le socialisme utopique de Fourier et des Saint Simoniens qui accordait une large part aux sentiments, au cœur, à l'imagination, et le « socialisme scientifique » de Marx et d'Engels qui mettait l'accent sur la raison, l'objectivité, le goût de l'efficacité, de la force, de la domination. L'émancipation de la femme n'était plus la cause de l'émancipation générale mais seulement « sa mesure naturelle ».
          Fourier : « Les progrès sociaux s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d'ordre social s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes ». Quand on pense à ce qui se passe aujourd'hui dans les pays islamiques, on se dit que cette phrase n'a rien perdu de son actualité.

          L'histoire des femmes dans la SF, qu'elles soient auteurs, protagonistes des romans ou lectrices est un révélateur de l'Histoire en général et de l'histoire de la SF en particulier, avec ses blocages socio-historiques et, comble du comble, son incapacité à les surmonter par la voie de l'imaginaire.
          Pendant la première moitié du XXème siècle, l'idéologie patriarcale de la science ne sera pas remise en question. Les femmes auteurs et lecteurs sont alors l'exception. Quant elles publient, c'est sous pseudonyme comme Francis Stevens, de 1917 à 1923, dont on pensera qu'il cache Abraham Merritt (en fait Gertrude Barrows Bennett) ou André Norton (pour Alice Mary Norton, obligée par ses éditeurs à se masculiniser tant ils craignaient de dérouter leur lectorat) à partir des années 30 ; derrière des initiales « neutres » comme C.L. Moore dans la même décennie ; ou sous le couvert d'un prénom mixte comme Leigh Brackett, dans les années 40, dont on dira « qu'elle écrit comme un homme » (scénariste entre autres du Grand sommeil, 1946, et de Rio Bravo, 1958, pour Howard Hawks). A noter que, quand il sera passé dans les mœurs qu'un écrivain de SF puisse être une femme, certaines apparaîtront pourtant sous pseudo. Même Ursula K. Le Guin, qu'on ne peut pas précisément traiter de réactionnaire sur un tel sujet, devait céder à la tentation de signer de ses seules initiales l'une de ses nouvelles parue en 1969 dans Playboy... ce qu'elle regretta publiquement par la suite.
          Mais l'exemple le plus célèbre et le plus savoureux est celui d'Alice Sheldon, alias James Tiptree Jr, dont l'identité mystérieuse fera couler beaucoup d'encre. Samuel R. Delany la traitera de « mâle chauviniste » et Theodore Sturgeon, émettra ce jugement en 1975 : « Il a été suggéré que Tiptree était une femme, théorie que je trouve absurde, car il y a pour moi quelque chose d'inéluctablement masculin dans l'écriture de Tiptree. » (préface à Warm worlds and otherwise). La vigueur d'écriture était évidemment synonyme de masculinité. Quant Tiptree dévoilera son identité féminine en 77, tout le monde se mettra à découvrir dans son œuvre des traits féminins, et même féministes. En matière de sexisme, Delany et Sturgeon étaient pourtant des éveilleurs... Cette erreur relativise bien en tout cas la fameuse tarte à la crème de la « sensibilité féminine », cette réduction couramment pratiquée par les médias, façon de remettre la femme à sa place, dans sa différence. Quand M. Favarel décrit un viol (dans l'anthologie Quatre milliards de soldats, 1977), une journaliste lui reproche « de manquer totalement de sensibilité féminine et d'être encore plus sadique que les hommes » !

          Si l'on revient aux publications de cette première moitié du siècle, il est clair que les femmes ne pouvaient s'y reconnaître. A côté d'un héros exaltant les vertus d'une science triomphante et d'un impérialisme actif, elles avaient le choix entre quatre modèles : la vierge effarouchée, l'Amazone cruelle, le garçon manqué dont on s'aperçoit finalement qu'il est plutôt appétissant (prototype : Loïs Lane, dans Superman), et quand par extraordinaire elles étaient reconnues comme de vraies scientifiques, c'était au prix de leur féminité et elles étaient alors laides, aigries et frustrées (prototype : Dr. Susan Calvin dans Les robots d'Isaac Asimov).
          Par ailleurs, il n'y avait pas plus de chance qu'elles puissent se reconnaître dans l'imagerie des pulps, ces magazines des années 30 et 40 qui rameutaient le chaland à coups de Bug eyed monsters lubriques, acharnés tels King Kong sur de ravissantes créatures au déshabillé suggestif. Mais que peuvent bien trouver ces E.T. à des créatures aussi différentes d'eux ? s'interrogeait Harry Harrison en 77. Il oubliait papa Freud : ces monstres bardés d'attributs phalliques (dont les moindres ne sont pas les tentacules) peuvent sans grand risque d'erreur s'expliquer non comme des E.T. à la sexualité et aux désirs forcément incompatibles avec les nôtres mais comme une mise en image des instincts les plus bestiaux de l'homme. Le jeune et beau héros qui sauve toujours la belle au moment ultime (comme la cavalerie dans les westerns) représenterait alors le surmoi protecteur et censeur. Jekyll contre Mr Hyde.
          Il faut bien dire, d'autre part, que les couvertures des pulps avaient une charge sexuelle autrement plus forte que les histoires édulcorées qu'elles étaient censées illustrer. La morale était stricte. Pas question de pervertir les chères têtes blondes dont on savait qu'elles constituaient la majeure part du lectorat. Robert Heinlein fut ainsi empêché d'aborder le sujet de la sexualité. John Campbell prônait dans Astounding le récit à base scientifique solide — ce qui était un progrès — mais excluant les femmes. Il empêcha Anne McCaffrey de montrer des héroïnes libérées. Pour donner une idée du personnage, il s'adressait à ses lecteurs en les appelant « Messieurs ». Une attitude qui n'a finalement rien de si extraordinaire si j'en crois quelques anecdotes un peu plus récentes. Personnelles, d'abord : travaillant comme journaliste pour le mensuel Le Photographe, on m'adressait ma feuille de déclaration de revenus en m'appelant Monsieur. Cela m'est aussi arrivé avec les éditions Fleuve Noir. Il est vrai que je devais être la première femme à y publier sans cacher mon sexe. J'avais été précédée par Julia Verlanger, mais elle publiait, elle, sous le pseudonyme de Gilles Thomas. Sylviane Corgiat a publié aussi au Fleuve, mais elle écrivait en tandem avec Bruno Lecigne. Quand elle envoyait aux éditeurs un roman signé de leurs deux noms (ordre alphabétique respecté), les réponses des éditeurs s'adressaient exclusivement à Lecigne...

          Revenons à la thématique exploitée dans les romans de cette première moitié du siècle. Passons sur la scientifique frustrée qui a eu peu d'avatars et arrêtons-nous un peu sur l'autre figure du pouvoir féminin : l'amazone cruelle. On trouve son prototype dans She de H. Rider Haggard (1887), exalté dans les romans de E. R. Burroughs, dans les pulps (Planet Stories), dans la série des Conan de Robert E. Howard et... dans les romans de C.L. Moore qui s'en fera une spécialité avec les aventures de Northwest Smith et donnera avec Shambleau un modèle de femelle fantasme aux attributs sexuels horrifiants. A sa décharge, disons qu'elle créera avec Jirel de Joiry la première héroïne active d'héroïc-fantasy, aussi à l'aise qu'un homme dans le maniement et le fracas des armes.

          Il faut attendre les années 50 pour que le sexe demeuré en filigrane, quand il ne l'était pas en négatif, dans tous les sens du terme, s'émancipe.
          Cette évolution va de pair avec la disparition des pulps, remplacés par une littérature plus littéraire, plus adulte. Hiroshima a provoqué l'effondrement du mythe de la science bénigne et facteur de progrès. On est en plein dans la guerre froide. Les Américains vivent dans la terreur du péril atomique, les magazines de SF se multiplient, comme si les lecteurs espéraient y trouver une réponse prospective à leurs interrogations. D'autant qu'ils seront à peu près les seuls organes où la liberté de s'exprimer sera respectée pendant le Maccarthysme. Outre leur peur de la bombe, les auteurs vont y explorer les problèmes de la surpopulation, de la pollution, du racisme, du sexisme.

          Le premier texte de Philip José Farmer, Les amants étrangers, 1952, secoue le petit monde bien policé de la SF. Campbell le refuse pour Astounding, non sans le qualifier d'écœurant. Lui qui a toujours proscrit le sexe, on comprend que la nouveauté du ton l'effraie, et pourtant rien de « hard » dans cette longue nouvelle qui paraîtra finalement dans Starling Stories. Un Terrien issu d'une société ultra-puritaine s'y unit à une « lalitha », créature extra-terrestre au corps de femme qui dépend d'une autre race pour perpétuer son espèce mais dont la reproduction signe la mort.
          Farmer récidive l'année suivante avec La mère (Thrilling Wonder Stories), une histoire freudienne qui met en scène une mère castratrice et son fils, naufragés sur une planète étrangère et confrontés à d'extraordinaires créatures féminines, matrices démesurées ayant l'apparence externe de collines pierreuses. Elles aussi ont besoin d'une autre race pour se reproduire. Elles émettent des odeurs correspondant au rut des différentes espèces de la planète. Les animaux capturés griffent, mordent, lacèrent, déclenchant ainsi le mécanisme de la conception...après quoi, ils se transforment en ragoût ! Le héros parvient à échapper à ce sort peu enviable en communiquant par radio avec son hôtesse et des rapports de dépendance et d'amour vont s'établir entre eux. La nouvelle finit ainsi : « son horloge biologique repartait en arrière, en arrière, en arrière... En arrière dans l'obscurité humide, la sécurité, la chaleur. Bien nourri. Aimé. » On ne saurait imaginer plus belle image de retour à l'état fœtal.

          On le voit, par le biais des thèmes de la xénobiologie, du parasitisme et du sexe, Farmer prône l'acceptation de la différence... Sa dernière nouvelle purement dans ce registre, Le frère de ma sœur (1960), montre à quel point il est difficile d'accepter cette différence. Comme Les amants étrangers, elle sera plusieurs fois rejetée comme dégoûtante avant d'être finalement acceptée par The Magazine of Fantasy and Science-Fiction (1960). Encore une fois, un explorateur terrien est confronté à une créature E.T. dont la race est exclusivement féminine et dont le mode de reproduction procède du parasitisme, mais quand il en comprend le mécanisme, il ne parvient pas à le supporter.
          «  Réfléchissons. Martia a donné le jour à cette larve. Mais, en fait, la larve ne possède aucun des gènes de Martia qui a simplement servi d'hôte. Toutefois, si Martia a une amante, elle transmettra son patrimoine génétique par le truchement de ce ver. Qui deviendra adulte et donnera naissance à l'enfant de Martia.
          Il leva les bras au ciel avec accablement.
           Comment les Eeltaus s'y retrouvent-ils dans leur ascendance ? Comment des liens de parenté peuvent-ils s'instituer ? A moins qu'ils ne s'en soucient pas ? Ne serait-il pas plus simple de considérer la mère nourricière, l'hôte, comme la véritable mère ? Ce qu'elle est, en un sens, puisqu'elle a porté le nouveau-né. Et quel est le code sexuel de ces êtres ? Je doute qu'il ressemble beaucoup au nôtre. Il n'y a d'ailleurs aucune raison. Mais à qui incombe-t-il d'élever la larve et l'enfant ? A sa pseudo-mère ? A moins que l'amante ne partage cette responsabilité avec elle ? Et les lois sur la propriété... et celles sur les successions ? Et... et ...
          Lane, effondré, regarda Martia. Celle-ci lui rendit son regard sans cesser de caresser tendrement la tête de la larve.
          Le terrien hocha la tête.
           J'avais tort. Les Eeltaus et les Terriens ne trouveront jamais de terrain d'entente. Mes compatriotes verraient dans les vôtres une répugnante vermine. Vous heurteriez leurs préjugés les plus profondément enracinés, vous violeriez leurs tabous les plus puissants. Ils ne s'habitueraient ni à coexister avec vous ni même à vous considérer comme vaguement humains. « 
          Il tue le ver-bébé comme s'il était le serpent de la Bible, en l'écrasant à coups de talon, à l'instant malencontreux où des compatriotes de Martia/Mahrseeya arrivent. « Je ne suis pas un fauve féroce », se défend-il. « J'ai fait ce que j'ai fait parce qu'il le fallait. Je ne pouvais pas accepter son amour et continuer d'être un homme ! » Il faut noter que, malgré sa douleur, Martia lui pardonne. Il aura une chance de se racheter.

          En 1960, sort Venus plus X de Theodore Sturgeon. Le message en est clair : si nous n'abdiquons pas notre puritanisme, notre racisme, le vieux clivage des rôles sexuels, nous courons à notre destruction.
          « C'est la volonté de la masse qui dicte les mœurs, quand bien même les changements seraient, à l'origine, l'œuvre d'individus ou de minorités. Individus et minorités l'ont d'ailleurs souvent payé de leur vie. Et si telle unité de la masse éprouve réellement le besoin de se sentir supérieur, elle en trouvera forcément le moyen. Cette terrible pulsion s'est exprimée de bien des manières à travers l'histoire : asservissement, génocide, xénophobie, snobisme, préjugés raciaux et discrimination sexuelle. Prenons un homme qui, parmi ses compagnons, n'est clairement supérieur en rien. S'il ne trouve aucun moyen, aucune activité, qui lui permette d'accéder à la supériorité, il deviendra vite enragé. Il se tournera contre plus faible que lui, pour le rendre inférieur. La personne la plus indiquée, la mieux placée, pour subir cette indignité inexcusable est la femme. »
          Cette fois-ci, nous n'avons pas quitté la Terre. Protégée par un champ de force dans une vallée secrète, une nouvelle race a été conçue hermaphrodite pour préserver les acquis humains au-delà de l'extinction de notre civilisation et les restituer quand l'humanité sera prête à vivre « sans l'aide des béquilles que constitue une bisexualité artificiellement implantée ». Jusque-là, elle doit se protéger de l'homo sapiens : « Ils ne voulaient pas apprendre notre existence à homo sapiens, parce que nous étions différents et que, comme tous les animaux qui vivent en colonies, en troupeaux ou en ruches, homo sapiens, au plus sombre de son cœur, est convaincu que ce qui est différent est par définition dangereux et doit être exterminé. Surtout si vous lui ressemblez plus ou moins (horrible le gorille, méprisable le babouin !), par-dessus tout si vous pouvez le dominer à quelque égard que ce soit, maître de techniques ou d'appareils meilleurs que les siens (tu te souviens de la réaction que suscita le premier Spoutnik, Charlie ?). Et plus encore, totalement et irrémédiablement, si vos activités sexuelles n'entrent pas dans le cadre arbitraire des normes établies. »
          Et de fait, lorsqu'il apprendra que les Ledom ne sont pas issus d'une mutation mais d'une manipulation génétique, Charlie, l'humain non transformé les rejettera avec horreur : « Des hommes épousent d'autres hommes. Inceste, perversion, il n'est rien de répugnant que vous ne fassiez. »
          Il est significatif que le Ledom rappelle à Charlie le premier spoutnik. 1957, le choc est encore tout récent. L'URSS a devancé les USA, portant un rude coup à la suprématie américaine. L'espace, de mythique devient technique. Les nouveaux auteurs cessent de s'intéresser à la science dure pour se tourner vers les sciences sociales. Le magazine anglais New Worlds ouvre le champ des expériences formelles jusqu'à se transformer en laboratoire expérimental. Il n'y survivra pas mais aura profondément changé la mentalité des auteurs. La qualité de l'écriture et de la composition passe au premier plan de leurs préoccupations : d'abord de la littérature, ensuite de la science-fiction.

          Dans les années 60, « la sexualité devient un élément de critique sociale, l'hypocrisie des interdits est mise au jour. » (A. Lecaye, Les pirates du paradis, 1981). Traité comme un thème, le sexe différent est exploré jusque dans ses plus ultimes implications sociologiques, avec toutes les modifications qui découlent de son postulat. L'homosexualité reste le grand tabou : « Quant on fait l'amour avec un être venu d'ailleurs, c'est plutôt avec un étranger du sexe opposé. Comme si l'important était là ! Que préférez-vous ? Un humain du même sexe, ou bien un rhinocéros du sexe opposé ? » Un rhinocéros ! répond le chœur des auteurs interrogés par Joanna Russ (cité par Lecaye, op. cité). Le mélange des races, en revanche, ne pose plus problème. Le héros américain du Vagabond (1964) de Fritz Leiber, les paysans de la planète Ose (1965) de Farmer s'unissent avec de séduisantes E.T. malgré la morale répressive terrienne.

          Sur notre bonne vieille planète elle-même, Heinlein sera le premier, en 1961, à sentir le vent hippie et à se faire le chantre mystique d'une liberté sexuelle sans culpabilité, mais limitée à quelques marginaux pourchassés par l'Etat et une opinion publique intolérante. A noter que En terre étrangère devait devenir le livre-culte des étudiants dans les années qui suivirent. Heinlein, le chef de file de la SF ultra conservatrice devenu le pape de l'underground américain et proposant le premier l'expression « speculative-fiction » pour remplacer le terme devenu bancal de « science-fiction », c'était le monde renversé !
          Les années 60 s'accompagnent donc aux USA d'une désagrégation du tabou sexuel et il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'elles s'ouvrent sur une date pour le moins importante dans l'histoire de la femme : la mise en vente sur le marché américain du premier contraceptif oral. Un aboutissement naturel, qui ne suscitera pas de controverses entre les féministes et les pouvoirs publics, à comparer à la lutte acharnée que devront mener les membres du Planning Familial, en France, pour obtenir sa légalisation en 1967. Le contrôle par les femmes de leur fécondité (qui deviendra complet avec la légalisation de l'avortement en 73 pour les USA, en 75 pour la France), puis les lois sur la discrimination sexuelle dans le travail, signeront la fin du patriarcat.

          Mais il y avait un grand pas à faire pour mettre un terme au modèle millénaire des rôles sexuels. La SF pouvait aider au franchissement du gouffre. Avec l'aide des femmes arrivées en renfort, elle allait s'employer à changer l'imagerie traditionnelle, à provoquer une mutation des mentalités.
          Déplacés dans un contexte imaginaire, les règles de notre société hétérosexuelle prennent un éclairage nouveau qui permet de mesurer l'ampleur de leur caractère arbitraire. C'est particulièrement vrai de La main gauche de la nuit (1969) d'Ursula K. Le Guin. L'auteur décrit en ethnographe une planète, Gethen, dont les habitants, androgynes, peuvent devenir indifféremment mâles ou femelles, afin de s'unir entre eux. Le héros, un messager humain venu apprendre aux Géthéniens l'existence de l'Oecumène, incapable de s'intégrer à leur civilisation finira par la comprendre à travers son amour pour un Géthénien.
          Le Guin reviendra à la question des rôles sexuels en 1974 dans Les Dépossédés où chacun fait ce qu'il veut sans que quiconque y trouve à redire. La fin des rapports de force s'accompagne de la fin du Pouvoir, aussi bien celui des hommes que celui de l'Etat, des patrons ou de la famille. Comme le dit Le Guin, le vrai problème à régler est celui de l'Autre « l'être qui est différent de vous-même. Cet être peut différer de vous par son sexe ; ou ses revenus annuels ; ou sa façon de parler, de s'habiller, de faire des choses ; ou la couleur de sa peau, ou son nombre de jambes et de têtes. En d'autres termes, il y a l'Etranger sexuel, l'Etranger social, l'Etranger culturel et finalement l'Etranger racial. »

          Les années 70 vont confirmer le changement des mentalités, un changement qui s'accompagne d'une extraordinaire percée des femmes (20[%], en pourcentage, mais il y avait un tel retard à rattraper que cette entrée en scène est réellement spectaculaire). Des auteurs du sexe fort écrivent en féministes, comme Thomas Disch avec 334 (1972), qui montre Manhattan en proie à la surpopulation en 2021, avec des thèmes tels que le mariage des femmes, les « hommes-mères », la paternité en fonction du Q.I. ; comme Samuel Delany avec Triton (1976), un panorama de la vie sur ce satellite de Neptune où la liberté est totale, avec pluralité des partis, des religions et d'une cinquantaine de sexes ; comme John Varley avec Le canal Ophite (1977), une variation sur le clonage qui permet de changer de sexe à volonté et met donc fin aux rôles sexuels et à la domination de l'un sur l'autre (à noter que le protagoniste le plus négatif du roman est un neutre, dépourvu volontairement de tout attribut sexuel). Et quand Ira Levin (Les femmes de Stepford, 1972) ou Ian Watson (Orgasmachine, 1976) montrent des hommes fabriquant des androïdes féminins, c'est pour mieux dénoncer l'exploitation des femmes. A rapprocher du texte de Lester del Rey, Helen O'Loy (1938), qui prônait avec ferveur le robot femelle comme compagne idéale !
          Reste que la levée des interdits n'a pas généré que des textes libertaires... Elle a permis aussi l'explosion du refoulé avec l'expression d'une libido infantile, accompagnée d'une imagerie volontiers sadique, masochiste ou onaniste. Qu'on en juge par ce passage extrait du roman de Barry N. Malzberg, Dans l'enclos (1973) : « Je m'aperçus que je pouvais approcher sans difficulté des femelles à tous les échelons de la hiérarchie (...) Qu'elles fussent d'un rang supérieur ou inférieur, je pouvais les faire venir à moi par le simple fait d'énoncer mon exigence à ma nouvelle manière, en refusant qu'elle soit repoussée. La facilité extrême avec laquelle je parvenais à copuler avec des femelles de tous types et de tous échelons ne fit que m'apprendre tardivement ce que j'aurais dû savoir depuis longtemps : les femelles, plus que nous autre, ont besoin de séries entremêlées de rapports de puissance où leurs rôles soient bien définis, et elles se soumettent sans peine à un mâle qui les domine. Mon thérapeute laisse entendre que cette caractéristique existe également chez les femelles de sa race. »

          Quant à Harlan Ellison, autre auteur vedette, il a réglé le problème dès 1969 avec sa novella Un garçon et son chien. La femme y est délicieuse, au sens propre du terme, puisque le garçon la fait rôtir à la fin, pour nourrir son chien à demi mort d'inanition. Il est vrai que ce n'est pas n'importe quel chien : télépathe, lui et ceux de sa race sont les derniers réceptacles du savoir dans ce monde post-cataclysmique.
          On peut s'arrêter sur un autre des romans provocants de cette période-là, La semence du démon de Dean R. Koontz (1973). Structurellement, l'histoire est simple. Elle met en jeu un couple dominant-dominé, habilement référencé à la mythologie. Le dieu-ordinateur s'appelle Proteus et Susan, la mortelle avec laquelle il désire s'accoupler se compare elle-même à Pasiphae. Le fruit de leur union sera un monstre aussi bestial et misérable que le Minotaure. Les extensions manipulatrices de l'ordinateur s'apparentent à des tentacules et l'on pense irrésistiblement aux bug eyed monsters des pulps. Mais cette fois, le monstre a des pulsions sexuelles : « Elle était nue, offerte aux manipulations du bloc chirurgical robot. Et c'est à ce moment-là...c'est à ce moment-là que je l'ai prise. Bien sûr, il s'agissait d'un délire émotionnel totalement indigne d'un système pensant. Nous ne pouvions pas vraiment nous accoupler. Et pourtant, il s'est alors produit une étrange fusion sexuelle qu'il m'est impossible de vous décrire, du moins d'une façon qui vous soit compréhensible. Néanmoins, je vais essayer. Tout d'abord, je la regardai en vue plongeante. J'avais des » yeux « dans tous les coins de l'hôpital, mais je préférai l'observer d'en haut au début, pour pouvoir contempler tout son corps. Elle était étendue, les cuisses légèrement écartées, le sexe offert, comme une femme attendant le mâle. Ses seins gonflés me semblaient plus beaux que jamais. J'abaissai la température de la salle pour que les mamelons se raidissent, et puis j'imaginai que ce phénomène fort agréable à l'œil n'était pas dû au froid mais à une excitation sexuelle. Je serais incapable de vous expliquer l'importance que prenait pour moi cette transposition. Je l'ignorais alors et je l'ignore toujours. J'éprouvai le réel besoin de donner à toute l'opération une nuance d'érotisme. Je lui demandai d'écarter les jambes. »
          Séquestration, voyeurisme, viol, jalousie forcenée, Proteus mime son créateur, l'Homme. Il en est un double perverti, surinvesti sur le plan de la toute-puissance sexuelle, qui revisite efficacement le thème de la Belle et la Bête. Mais King-Kong sera une nouvelle fois terrassé par les hommes. Il faut bien que la morale triomphe, tout de même !

          On comprend qu'une féministe convaincue comme Joanna Russ ait donné libre cours en 1975 à son exaspération dans une féroce satire du chauvinisme mâle (L'autre moitié de l'homme, une traduction plutôt curieuse — révélatrice ? — du titre original : The female man). Elle y montre plusieurs doubles de l'héroïne-auteur Joanna, chacun d'entre eux habitant dans un univers parallèle différent de celui des autres, chacun d'entre eux pouvant être l'incarnation des diverses potentialités d'une Femme archétype. Portrait de la condition féminine, dans ses multiples avatars (Jeanine la femme objet, Jael la tueuse, Janet l'habitante de l'utopique lointemps, Jeanne la contemporaine qui tente d'équilibrer les différents aspects d'elle-même), il aboutit à la création d'un monde où les hommes ont disparu.
          Voilà un petit échantillon d'une prose savoureuse jusque dans ses excès : « Trouver l'Homme. Garder l'Homme. Ne pas effrayer l'Homme, soigner l'Homme, plaire à l'Homme, intéresser l'Homme, suivre l'Homme, apaiser l'Homme, flatter l'Homme, se soumettre à la volonté de l'Homme, changer son jugement pour l'Homme, changer ses décisions pour l'Homme, cirer les parquets pour l'Homme, faire sans cesse attention à bien se tenir devant l'Homme, être romantique pour l'Homme, faire des suggestions à l'Homme, ne s'occuper que de l'Homme (...) Dès que j'agis comme un être humain, ils disent : » Mais qu'est-ce que tu as donc à t'agiter comme ça ? « Ils disent : bien sûr, un jour tu te marieras. Ils disent : bien sûr, tu obtiendras un doctorat en Philosophie, mais il ne te servira pas car tu auras des enfants. Ils disent : sinon, tu seras la seule à avoir deux métiers et tu pourras en profiter si tu es vraiment exceptionnelle — très peu de femmes le sont — mais seulement si tu trouves un homme très compréhensif. Et tant que tu ne gagneras pas plus d'argent que lui. »
          A noter que Joanna Russ avait déjà gagné un Nebula en 1972 avec sa nouvelle Quand tout changea qui montrait l'arrivée d'hommes sur un monde de femmes où ils se pensaient bienvenus. Les pauvres se trompaient lourdement. Houston, Houston, do you read ? de James Tiptree (Prix Nebula et Hugo en 1976) en est une variation plus subtile. Chez Russ, la narration se fait du point de vue d'un homme et non d'une femme, et de plus, c'est celui du moins sexiste des trois explorateurs, qui admire sincèrement cette civilisation de femmes délivrée des valeurs masculines. Chez Russ, on a un réquisitoire ; chez Tiptree, un débat bien plus efficace sur le plan des objectifs à atteindre.

          Le monde féminin où les hommes sont absents ou marginalisés est une des vieilles idées de la SF , très peu utilisée par les femmes et le plus souvent prétexte à un discours pour le moins ambigu, quand il ne s'agit pas purement et simplement d'un brûlot sexiste. Le matriarcat et la violence sont liés dans les romans qui en traitent. La femme dominante n'y est ni douce ni tolérante. Dans son univers souvent construit (par les messieurs !) sur le modèle de la ruche, l'homme est un bourdon facilement sacrifié par la Reine. Ou bien, victime propitiatoire, il est offert par les prêtresses à leur divinité (cf. Flesh de Farmer, 1968).
          Les Français ne se conduisent guère mieux dans ce genre de récits : Misandra de Claude Veillot, paru en 1974, dépeint un monde dominé par le type même de l'Amazone cruelle. Devinez son passe-temps ? Chasser l'homme. Les hommes protégés de Robert Merle, paru la même année, montre des Etats-Unis où presque tous les hommes ont été décimés par une encéphalite foudroyante. Les survivants, parqués dans des réserves, sont l'objet de la concupiscence féminine. Les femmes ont pris le pouvoir, elles se comportent selon le modèle masculin et sont présentées comme des lesbiennes repoussantes. Le livre de Merle est tout de même plus subtil que nombre de ses homologues. Toutes les femmes n'y sont pas des dictateurs en herbe. Et les mutins masculins s'y conduisent en guerriers assassins et violeurs. Le nouvel équilibre, établi sur les ruines de la domination masculine, sera peut-être meilleur que l'ancien.
          Le principe d'inversion des rapports de force a ceci de positif qu'il stigmatise in fine la suprématie d'un sexe sur l'autre. La disparition totale de l'homme est beaucoup plus angoissante. En 1956, Consider her ways de John Wyndham parachute une femme du XXème siècle dans une société du futur entièrement féminine. Voilà comment l'une de ses hôtesses lui explique son univers : « Ma chère, (...) ni comme historienne ni personnellement, je ne puis admettre que nous revenions au stade antérieur. Une ère civilisée succède à présent au stade primitif. La femme, vaisseau de la vie, a eu la malchance de subir la nécessité de l'homme, pour une période donnée, mais maintenant elle n'en a plus besoin. Pensez-vous que quelque chose d'aussi encombrant que l'homme doive être préservé, par pure sensiblerie ? J'admets que nous avons perdu quelques avantages mineurs -vous avez remarqué, je suppose, que nous sommes moins inventives en mécanique, et que nous avons tendance à copier les modèles dont nous avons hérité. Mais cela nous gêne très peu. Nous ne nous intéressons pas à l'inorganique, mais à la vie et à l'esprit. Les hommes nous apprendraient peut-être à voyager deux fois plus vite, à atteindre la Lune, à tuer plus de gens plus vite. Mais il nous semble que de telles connaissances ne nous rembourseraient pas suffisamment si nous devions retomber en esclavage. Non, notre monde — sauf pour quelques réactionnistes — nous convient comme il est. »
          L'amour ? Un mythe... et les mythes on peut s'en passer. L'historienne précise : « Nous sommes des créatures naturellement très ordonnées. La plupart d'entre nous ne sont heureuses qu'en se comportant d'une manière orthodoxe, quelque étranges que puissent paraître nos coutumes à une étrangère. La difficulté, pour nous manier, réside principalement dans l'établissement des normes. »
          Ces deux extraits sont cités par Alexis Lecaye (Les pirates du paradis, 1981) qui commente : « Pour les hommes, c'est bien rassurant : les femmes sont naturellement des êtres réactionnaires, qui ont besoin de règles de sécurité, par contraste avec des mâles toujours en quête d'aventures, instables et pionniers par définition, révolutionnaires par instinct. » Pas étonnant que le titre de la nouvelle ait été traduite par Le règne des fourmis en français.

          Traitée par une femme, la disparition de l'homme fait entendre un autre son de cloche. Dans Nu et apeuré, je disparais de Doris Piserchia (1974) quatre médecins mâles sont confrontés à l'impossible : des femmes concevant sans rapport sexuel. Leurs ovules, mutés, se développent en l'absence des spermatozoïdes et se verrouillent en présence de ceux-ci. Les femmes ne donnent plus naissance qu'à des filles. Commentaire d'un des médecins : « Supposons qu'une sorte de ressort se soit trouvé en elles depuis le commencement des temps ? Appelons cela un mécanisme de défense. Il se déclenche lorsque l'espèce est menacée ou que les femmes relèvent la tête et portent leur regard sur les piles de couches pour bébé ; lorsqu'une partie de leur cerveau se développe ou quand nous avons fait suffisamment de conquêtes et que nous n'avons plus d'utilité. Il est encore possible que leurs défilés soient à l'origine de cela, à moins que ce soit dû à une émotion qui leur était jusqu'alors étrangère : la colère collective. »
          Nul triomphalisme, chez Doris Piserchia, un récit doux-amer, fait du point de vue masculin, où les femmes sont autant victimes que les hommes, enfantant malgré elles, incapables de résister à cette fatalité sinon par des avortements répétés qui ne résolvent en rien le problème de l'inéluctable extinction masculine.

          Côté français, que se passe-t-il, dans les années 70 ? Notons d'abord, comme je l'ai signalé en introduction, que les femmes sont alors presque absentes de la scène SF : Nathalie Henneberg pour les années 50, Julia Verlanger ensuite, qui fera une trop courte carrière au Fleuve Noir dans les années 70 en signant Gilles Thomas, les plus « féminines » Jacqueline Osterrath et Christine Renard, laquelle signera dans Utopies 75 une nouvelle, Le temps des Arches, qui mérite qu'on s'y attarde un peu : sur la planète Ere « il n'est d'émotion, il n'est de passion que pour les Arches ». Les rapports de classe sont des rapports de sexe. Les hommes sont exclus du « paradis » : ils n'ont pas droit aux Maisons-Matrices. Pour y pénétrer, ils doivent être acceptés par l'Arche (mère possessive/exclusive) et ils « prennent » l'Arche en même temps que l'Erienne. L'Arche est assimilée à un sexe féminin. Elle est rose, ocre ou pourpre. L'une des scènes majeures de la nouvelle est le « viol » d'une Arche par un Terrien : « Il avait déchiré la grande feuille, celle qui protégeait la secrète intimité de l'Arche ». Une vraie défloration, perpétrée avec un couteau, substitut phallique. Paradoxalement, elle fait renaître à la vie l'Arche qui dépérissait après avoir chassé son occupante. Laquelle, atteinte d'aphasie (suite à son exclusion) retrouve l'usage du cri au moment du viol de l'Arche-mère. Cri du nourrisson précédant la réintégration de la matrice (au lieu d'en suivre l'expulsion) en dehors de laquelle la vie n'est pas possible.
          En effet, Eriennes et Arches sont interdépendantes. Les Arches couvent les œufs des Eriennes et après l'éclosion s'occupent des enfants (du sexe féminin). En échange de quoi les petites filles couvent à leur tour les œufs de l'Arche-mère dans leur poche marsupiale et « mettent au monde » leur future maison. L'amour d'une Erienne pour quelqu'un d'autre que sa maison est déclaré contre nature. Egoïstes et susceptibles, les Arches font des chantages à l'affection. Elles rejettent les Eriennes qui tentent de s'affirmer indépendamment d'elles. Elles peuvent devenir folles et tuer habitante et bébé ou dévorer les œufs qui leur sont confiés.
          Utopie, l'univers décrit par Christine Renard ? Image maternelle archaïque, obsession de l'état fœtal, univers irresponsable, inhibiteur et vaginocrate, l'ensemble évoque plutôt une anti-utopie.

          On complètera l'énumération des femmes écrivant de la SF dans les années 70 par deux ultra-féministes issues de la littérature dite générale, qui font un ou deux petits tours en SF (un vecteur idéal pour les allégories efficaces) et puis s'en vont (Christiane Rochefort avec Archaos ou le jardin étincelant, 1972 , et Françoise d'Eaubonne avec Le satellite de l'amande, 1975, qui prône au XXIème siècle l'ectogénèse comme solution finale, et Les bergères de l'Apocalypse).
          Par ailleurs, les auteurs masculins, ou sont des puritains qui n'ont pas encore chevauché la vague de libération US, ou ne sont en aucune façon préoccupés par le sexe. Seul Alain Dorémieux exprime librement ses fantasmes, « fascination-répulsion pour » la bouche avide « , le » vagin denté « de la Femme-Mère ou maints cosmonautes oedipiens iront s'engloutir » (Jean-Pierre Andrevon, La science-fiction, 1987). Il semble significatif qu'à l'entrée « Sexe différent », Stan Barets dans la nouvelle édition revue et augmentée de son Catalogue des âmes et cycles de la SF ne propose, en 1981, pas un seul roman français. Il faudra attendre cette même année pour voir apparaître un livre-phare sur un thème proche de celui des Amants étrangers de Farmer : La dame de cuir de Michel Grimaud, amour interdit d'un Terrien pour une E.T., un romantique et déchirant plaidoyer contre le racisme... écrit par un couple d'auteurs.

          Cependant, les événements de main 68 vont souffler sur le petit monde de la SF française. Une vague de nouveaux auteurs, secondés par un certain nombre de leurs aînés, s'aperçoivent que la SF, c'est aussi une métaphore du présent et qu'elle est un magnifique instrument de dénonciation. Laissons la parole à Stan Barets (op. cité) qui épingle sans ménagements mais non sans humour les auteurs d'alors : « Comme leurs grands-pères qui se levaient matin pour décrocher la lune, se balader dans l'avenir et réglementer les étoiles, ils partaient à la conquête des centrales nucléaires, des camps militaires ou de la société stupide d'un capitalisme odieux qui sentait la charogne. Et qui le savait. Et qui ne faisait rien. Si ce n'était s' » enfasciser... « 
          « Alors, poujadistes généreux, Hercules nettoyeurs, à grands coups de sexe tendus et de sperme épanché, ils s'attaquaient aux tabous comme des convulsifs de la Saint-Médard. » Le sexe est rouge. Demain, la fête. Le futur est sans avenir. Civilisation, piège à cons. Défense de la défonce. Déglingue et parano. Tout et tout de suite. Pavé dans la gueule. Les zonards avec nous. Société nucléaire, société policière. Enragez les engagés. Engagez les enragés... « 
          « Plein de trucs comme ça, dans leurs têtes. Et la rage d'écrire, dans le ventre (...) Pratiquant les noces de la violence, du cul et de la politique, ils présidaient aux accouplements d'Orange mécanique, de 1984 et du Troupeau aveugle. Mais ce n'était pas encore Burgess, Orwell ou Brunner.
          La spontanéité pouvait-elle remplacer le talent ?... « 

          Comme le souligne Barets, le sexe avait fait son entrée en SF, mais de quelle façon ! L'anthologie prétendue « érotique », Les lolos de Vénus (1978), allait se révéler un triste catalogue des obsessions de la jeune SF française. Je cite : « Je vais te dire ce qu'on fera. On l'attachera à poil dans la piscine et on la forcera à tour de rôle jusqu'à la crever puis tu l'occuperas par devant pendant que je la sodomiserai...des brochettes dans tous les sens... » Non plus la femme, mais un principe femelle, objet inaccessible, pour la conquête duquel on tue sans jamais mettre fin à sa frustration.
          Ou encore « Une sans-cul , c'est une fille qui a un cul, un cul avec un vagin, un utérus, un ventre qui pourrait gonfler et tout. Mais elle est sans-cul parce que tout cet attirail n'est plus qu'un artifice, parce que ce vagin n'est utile qu'à une jouissance gratuite, stérile, parce que ce ventre n'a plus d'autre fonction que celle qui consiste à malaxer la merde des intestins ! Une sans-cul, c'est une foutue femelle qui possède un cul pour rire ; c'est une femelle qui n'en est pas une ; c'est une créature sans véritable sexe, une machine... »
          Des mots brutaux pour l'expression d'une hantise typiquement masculine : le plaisir sexuel de la femme ne peut être accepté si elle ne le paye par les contraintes de la conception. Les autres nouvelles de ces messieurs sont du même acabit : la femme y est tour à tour putain, ogresse, simulacre, castratrice et violeuse (juste retour des choses !). Les deux seules nouvelles à mettre en avant des personnages féminins positifs sont le fait des deux seules auteurs femmes du recueil...

          Mais prenons un auteur qui, en 1977, après Le père éternel (1974) et Le Livre Machine (1975) était un des jeunes espoirs de la SF française. En 1977, il fait paraître un recueil de nouvelles Vers la Révolution, au titre prometteur. La première, Larzac, est savoureuse et plutôt sympathique. L'auteur n'a pas oublié de doter sa bergère parisienne, retour à la terre à la terre oblige !, d'un zeste d'esprit et du minimum de culture nécessaire pour clouer au pilori le technicien du C.I.A. (Centre d'Insémination Artificielle). Pourtant, une lecture attentive va nous montrer que le bât blesse sur un plan tout à fait souterrain, deux façons plutôt différenciées d'appréhender la lecture d'un bouquin de SF.
          D'abord la manière béate (comme de juste, c'est celle de l'héroïne) :
          « LE VAISSEAU S'IMMOBILISA DANS L'ESPACE.
          C'est formidable une simple petite phrase : l'action démarre. Tout de suite l'imprévu ! La routine, les habitudes sont brisées. Tout peut arriver ! Des profondeurs noires et glacées du cosmos vont surgir des êtres inouïs. Des héros surhumains vont affronter et vaincre les perfides extra-terrestres. Les corps, les esprits sont libérés de toutes leurs limitations. Plus de poids, plus de barrière mentale. Le temps lui-même...L'apesanteur ! L'hyperespace ! ! La télépathie ! ! ! « 
          Ensuite la manière critique (et comme de juste, c'est celle du héros) :
          « LE VAISSEAU S'IMMOBILISA DANS L'ESPACE.
          Nom d'un chien ! C'est incroyable...Il y a encore des gens pour écrire de telles conneries à l'heure actuelle. Quelle merde ! Mais qu'est-ce que ça veut dire, hein, « s'immobiliser dans l'espace » ? S'immobiliser par rapport à quoi ? Tout le monde sait depuis Galilée que dans un ensemble de référentiels en mouvement de translation uniforme les uns par rapport aux autres, n'importe lequel peut être choisi arbitrairement comme immobile. Tout le monde sait depuis Einstein -et même avant — qu'il n'y a pas d'éther. Alors, immobile par rapport à quoi ce « vaisseau » dans « l'espace » ? « Etc. etc., suit un cours détaillé pour le lecteur inapte.
          Philip Goy est un scientifique, chercheur au C.N.R.S. Nul doute que sa nouvelle soit l'expression de l'inculture des femmes qu'il rencontre dans sa vie, en ce qui concerne la Science...mais on aurait aimé qu'un récit de SF prît justement le contre-pied de cette attitude classique. Examinons la nouvelle suivante : la femme du héros a vingt ans de moins que lui...Comme c'est étrange et original ! Mais voyons le rôle de la dulcinée : « Belle était ma confidente. C'est à elle que je soumettais d'abord tous mes projets. Avec un flair infaillible, elle en appréciait aussitôt les possibilités, en supputait la rentabilité. J'étais le poète, elle était mon éditeur, mon agent. »
          Pas si mal, direz-vous ? Certes, mais la femme objet sexuel/âme-sœur/manager est tout de même celle qui s'efface pour aider l'Homme à réaliser son Grand oeuvre. Philip Goy parle peut-être de la révolution, mais il a singulièrement oublié celle des sexes.

          Dans les années 80, la libération sexuelle a fini sa crise d'adolescence. Devenu adulte, le sexe s'équilibre dans les romans SF. Non qu'il n'y ait encore des textes misogynes, mais enfin ni plus ni moins que dans le reste de la littérature et il donne heureusement naissance à des romans égalitaires.
          En France, Francis Berthelot écrit le premier space opera homosexuel : La lune noire d'Orion (1980), puis continue à prôner dans ses romans le droit à la différence. Un droit qui ne va pas de soi puisqu'il peut être remis en question par une Justice immanente, issue de l'inconscient collectif, laquelle frappe comme une nouvelle peste les héros « transvers » du Rivage des Intouchables (1990). A cette claire métaphore du sida, Berthelot répond en optimiste par mutation et naissance d'une nouvelle humanité.

          Pour montrer que le sexisme n'est pas mort, on comparera utilement ce roman avec Le feu sacré d'Isi Beller, un best-seller paru la même année hors collection sur ce même thème. Le virus muté du sida affecte désormais les spermatozoïdes, empêchant radicalement toute procréation naturelle, d'où fécondation et gestation par ectogenèse. Les mâles sont contrôlés par un « Aspic », implanté dans le cerveau et la moelle épinière, qui déclenche un malaise foudroyant en cas d'excitation sexuelle. Changement radical des rapports entre les sexes, comme on imagine. L'homosexualité féminine, seule sexualité sans risque, « s'affiche insolemment », selon les propres termes de l'auteur qui affiche, lui, une claire répugnance à son égard, ainsi que sa peur des femmes investies du Pouvoir, présentées dans leurs différentes incarnations (dont une Présidente américaine ultra-conservatrice) comme « d'haïssables salopes ».

          Joëlle Wintrebert, avec Chromoville (1984) et Le créateur chimérique (1988) tient comme Berthelot un discours sur le droit à la différence et la difficulté d'être différent dans un monde normalisé.
          Emmanuel Jouanne, avec Ici-Bas (1985), un monde sans femmes où les hommes ont reproduit les rapports de forces dominant/dominé, caractère type masculin/caractère type féminin, Je-suis-un-Mister-donc-je-ne-pleure-pas/Je-suis-un-Monsieur-donc-je-peux-pleurer, tord le cou au sexisme ordinaire en montrant que ce dernier est le fruit d'un jeu de rôles socio-culturel.
          Bien d'autres auteurs devraient être cités, comme Yves Frémion et son Hétéradelphe de Gane, Elisabeth Vonarburg et l'Elisa du Silence de la cité (1981), Colette Fayard, qui est trop brièvement venue renforcer les rangs des rares romancières françaises du genre avec Par tous les temps (1990).

          Côté anglo-saxon, une énumération serait fastidieuse. Citons seulement le passionnant roman de Donald Kingsbury, Parade nuptiale (1982) où la cellule familiale est composée de cinq partenaires. Signalons que sur le monde décrit, le cannibalisme, seul moyen de survivre aux famines endémiques, a été institué en rituel. On mange ses morts, les criminels, les infirmes, les débiles, et les bébés les moins forts et les moins intelligents sont promus au rang de viande de boucherie.
          Une des leçons de la SF, c'est que toute perversion est relative. Ainsi le cannibalisme qui paraît abominable aux colonisateurs (Cf. Les Maîtres-Feu de Joëlle Wintrebert, 1983) est la norme pour les colonisés. La SF a ceci de merveilleusement positif qu'elle permet de jouer avec les diktats éthiques...donc de les remettre en question.

          Pour finir sur une note sociologique, je citerai une interview de Christian Baudelot et Roger Establet à propos de leur livre : Allez les filles ! (1991, Seuil) où ils présentent l'école française comme un lieu avant-gardiste, comparé à la société civile. Le mot d'ordre d'égalité a fini par aboutir à une meilleure réussite des filles en chiffres absolus de scolarisation. Malheureusement, elles « n'osent pas encore s'engouffrer dans la série scientifique C, contrairement aux garçons. »
          Moins fortes en maths, les filles ? une idée reçue : « Nous avons dépouillé une série d'enquêtes, qui concluent que les filles sont à égalité en maths avec les garçons à l'école primaire, au collège et encore en seconde. Il semble seulement qu'elles s'orientent un peu moins bien dans l'espace. Plutôt que de s'en référer aux explications biologiques, nous préférons y voir le résultat d'une éducation différente : les jeux de guerre et de construction favorisent mieux le repérage dans l'espace que la dînette. » Par ailleurs, à résultats scolaires égaux, les filles s'estiment moyennes ou mauvaises, les garçons excellents ! « Au cours d'une enquête menée auprès d'un millier de lycéens de classes de seconde, nous avons vérifié une fois de plus à quel point, à l'heure de la sélection, elles abdiquent : un tiers seulement des filles très bonnes ou bonnes en maths visaient une série C, guère plus que les garçons franchement médiocres ! Ainsi, elles gagnent la première manche de leur scolarité en se conformant aux règles de l'institution scolaire, en étant soumises, consciencieuses, travailleuses, mais elles refusent ensuite la compétition, dont raffolent les garçons. »
          Et quand elles réussissent, il leur arrive de se voir claquer la porte au nez. Certaines bonnes écoles de commerce leur verrouillent la porte pour qu'elles n'y deviennent pas majoritaires. « Les écoles de commerce, c'est la partie de l'école contrôlée par les professions. Et, dans les entreprises, on a toujours réagi implicitement sur le mode : » Si les femmes arrivent, on est foutus ! « Toutes les statistiques sur l'entreprise, les professions, le monde du travail sont nettes : mis à part les secteurs qui leur sont réservés, les femmes se voient barrées. Aucune modification notable des taux de féminité dans les branches de l'économie nationales n'est intervenue depuis vingt ans. Le capital scolaire des filles est loin de se répercuter dans le monde du travail. »
          La répartition des tâches à la maison n'arrange rien. « Toutes les enquêtes de l'INSEE le montrent : depuis vingt ans, la charge globale du travail domestique est restée inchangée, et sa répartition entre les deux sexes aussi inégale. »(...) « L'an dernier encore, nos étudiants de sociologie d'Aix ont demandé à 1300 lycéens la façon dont ils envisageaient plus tard de partager les tâches dans leur futur ménage : c'était d'un sexisme ! Laver la vaisselle ne se concevait pas comme majoritairement réservé aux deux ! Même les profs induisent ce type de comportement. Une de nos étudiantes a fait une étude l'an dernier sur les cours de gymnastique. Que crie le prof à une garçon ? » Oui, fonce ! Vas-y ! Plus vite ! « A une fille : » Plus coulé, ton geste ! Améliore ce mouvement ! « Si c'est vrai des profs, ce doit être vrai des parents. La compétition, c'est pour les garçons ! »
          Quant aux femmes qui deviennent executive women, c'est presque toujours dans les carrières du tertiaire...et l'égalité des salaires à diplôme égal reste un vœu pieux !

          On le voit, il reste encore quelques marches à franchir à la femme pour qu'elle accède au paradis égalitaire. La SF se lit désormais à l'école. Peut-être aidera-t-elle les enfants à sortir de l'impasse des rôles sexuels.

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