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Robert Young, Le Barde de la SF

Jean-Pierre FONTANA

Galaxie n°105, mars 1973

          Poètes et chanteurs celtes, les bardes étaient, dit-on, méprisés en Irlande. Dans l'île de Bretagne, ils survécurent à la conquête romaine et à l'invasion saxonne, et furent honorés à la cour des petits princes bretons du pays de Galles. Après la conquête définitive du pays de Galles par Edouard Ier, ces « rhymours » furent vivement pourchassés par les Anglais (d'après le Larousse).

          Dire de Robert Young qu'il est un écrivain d'inspiration romantique ou un poète réfugié dans la prose, serait un euphémisme. Cela vaudrait peut-être pour un Ray Bradbury. Robert Young dépasse largement une telle définition.
          En fait, découvrir Robert F. Young, c'est un peu comme de faire l'amour pour la première fois, avec toute l'ivresse, toute la sensibilité et la pudeur que cela implique. Il a ceci de particulier et de touchant qu'il émane de lui une tendresse telle que l'on se demande très vite s'il n'est pas quelque écrivain du passé perdu dans notre XXème siècle, à moins qu'il ne s'agisse d'un rescapé de quelque univers parallèle qui se serait heurté au nôtre, faisant découvrir au naufragé une violence et une laideur pour lesquelles il n'était nullement préparé.
          Considéré sous un tel angle, l'auteur fait alors figure de chroniqueur plus que de nouvelliste, dont les écrits laisseraient échapper l'envoûtant parfum de l'ailleurs perdu. Ses ballades conteront davantage les heures du temps passé que les misères du moment. Ses futurs imploreront le retour aux âges révolus. Le présent sera irrémédiablement condamné par le biais d'un humour grinçant masquant son désarroi.
          Il ne faut donc pas s'étonner outre mesure du peu d'enthousiasme des éditeurs comme des lecteurs envers de telles œuvres trop en dehors des modes et des courants littéraires. Comme les bardes d'autrefois, Young se trouve rejeté auprès du cercle restreint de quelques amateurs capables de bon goût. Les autres — tous les autres — ne sauraient comprendre car son œuvre est trop belle.


          Curieusement, comme ce fut le cas pour un Jack Vance, c'est l'ancien Galaxie qui révéla Robert F. Young dans notre pays. En décembre 1956 paraissait La petite école rouge et, d'emblée, Young pouvait être considéré comme un véritable écrivain, très supérieur à la norme habituelle par l'ampleur des idées développées comme par la force intérieure de chacun de ses personnages. Little red schoolhouse constitue d'ailleurs un modèle de l'écriture de Robert Young, tournée le plus souvent vers une sorte d'anticipation sociale et dont la trame constitue en fait un cheminement psychanalytique. Toutefois, la satire se concentre sur un aspect bien précis et particulier de la société : ici, les méthodes modernes de l'enseignement et de l'éducation serviront de cible au propos, thème que l'on retrouvera souvent à l'occasion d'autres histoires.
          Il faut attendre l'année suivante pour voir réapparaître Young au sommaire, cette fois, de la revue Fiction qui servira longtemps d'unique support français de son langage. Avec Poète, prends ton luth, une nouvelle facette de cet immense talent nous est montrée. Bien dans la ligne du précédent récit, le sujet a obliqué cette fois vers les loisirs culturels que la société propose chaque jour davantage au commun des mortels. En même temps qu'il nous montre sa parfaite connaissance de la poésie victorienne, Young en profite pour démontrer, l'inaccessibilité du monde des poètes, à l'exception de quelques privilégiés, cf. l'héroïne de sa nouvelle, vieille fille demeurée, accablée de complexes et qui s'est réfugiée dans un monde de rêves. Dans ce récit particulièrement émouvant apparaissent en outre les robots androïdes. Ils constitueront plus tard l'essentiel d'autres recherches.
          D'ores et déjà, il est nécessaire de remarquer avec quel souci Robert Young explore ses idées. Bien qu'il se fixe un objectif précis, il revient par la suite sur celui-ci s'il est possible de découvrir des cheminements différents qui y conduisent. Sur ce point particulier, il agit plus comme un mathématicien que comme un poète, poussant le souci de ne rien oublier jusqu'à la méticulosité. Chaque nouvelle sert en quelque sorte de tremplin à une autre nouvelle qu'il composera plus tard. Chaque récit forme ainsi un maillon dans une œuvre qui se révèle, avec le recul, parfaitement organisée.
          Mais les remarques qui peuvent surgir d'une analyse même sommaire ne se limitent pas à ce qui précède. Après avoir perçu le lien entre les textes et l'amorce d'une direction, après avoir « senti »la composition narrative, il reste en outre à en retirer les motivations. Et l'on peut se demander si Robert Young ne se fait pas le chantre des « inadaptés » ou s'il ne s'attache pas, au contraire, à démontrer que c'est la société qui a basculé dans la névrose. Dans tous les cas, les situations « youngiennes » sont des situations de « crise ». C'est du choc douloureux de deux possibilités que jaillissent ses rêves : heurts du passé et de l'avenir dans quelque vertigineux ressac du temps. Avec La petite école rouge, il s'agissait de confronter une méthode d'éducation mécanique au conservatisme familial. Avec Poète, prends ton luth, il y avait lutte entre la poésie et la machine. Presque toujours, un être victime de telles situations sera choisi pour personnage central. Après le petit garçon à la recherche de son école, après Emily, ce sera Marten, héros de la magnifique épopée psychanalytique que nous conte La déesse de granit.
          Bien que Young se défende de plusieurs tendances, il faut considérer malgré tout trois courants principaux dans son œuvre, et dont les deux premiers viennent d'être signifiés. En effet, si l'on peut sans grand risque placer La petite école rouge et Poète, prends ton luth sous une même étiquette, il en va bien différemment avec La déesse de granit dont les préoccupations sont tout autres.
          Dans le premier cas, nous nous trouvons devant une satire sociale, le plus souvent dramatique, émouvante et, pourrait-on dire, romantique. L'analyse psychologique n'est qu'un ingrédient, quoique important, du récit. On pourrait presque dire que Robert Young s'affiche comme un écrivain réactionnaire et redoute particulièrement l'avenir. Avec Goddess In granite, l'étude psychologique et la démarche psychanalytique deviennent l'essentiel du récit, son moteur comme son objectif. La poésie du langage rend à cette démarche des accents d'épopée. Il importe finalement de savoir si le personnage — pratiquement unique — pourra venir à bout des complexes qui l'écrasent. Force est donc de constater deux courants voisins auxquels il convient d'en ajouter un troisième qui apparaît déjà avec Poêle volante, que nous retrouverons avec Ecrit dans le ciel ou Les mangeurs de voitures et qui sont, en fait, le pendant humoristique des récits satiriques déjà cités. Peut-être mineurs, ces derniers n'en offrent pas moins un intérêt identique. Young devient là percutant et grinçant, moqueur et franc-tireur, rappelant sans aucun doute le meilleur de Sheckley.
          Mais avant de se laisser entraîner « sur le fleuve » à trois bras de l'œuvre de Robert F. Young, peut-être serait-il bon de s'inquiéter un peu de l'homme.
          Très discret sur lui-même, Young (qui naquit en 1915), nous apprend qu'il est marié (depuis 1941), père d'une fille qui lui a donné cinq petits-enfants et aussi qu'il a combattu durant la dernière guerre dans le Pacifique Sud, les Philippines et le Japon. Démobilisé en 45, il est employé désormais dans une fonderie de métaux non ferreux où il travaille à plein temps, détruisant du même coup une légende qui voudrait faire croire que les auteurs américains vivent « bien » de leur plume. C'est en 1950 que Young a commencé ses premiers récits mais seulement en avril 1953 que l'un d'eux paraîtra enfin dans Starling Stories. Depuis, son nom figurera au sommaire des principaux magazines américains de science-fiction mais aussi dans le Saturday Evening Post et dans Playboy. Deux anthologies ont en outre consacré son talent : The worlds of Robert Young paru en 1965 chez Simon & Shuster et A glass of stars en 1968 chez Harris-Wolfe & Co, cette dernière magistralement préfacée par Fritz Leiber.
          On pourra s'étonner de l'absence d'un roman au regard des quelque cent cinquante nouvelles écrites à ce jour. C'est sans doute le problème « temps » qui est la cause principale de cette « lacune » mais peut-être faut-il voir aussi en Robert Young le nouvelliste type. En ce sens, Young ressemble donc à nouveau à un Robert Sheckley qui partage désormais avec lui le privilège d'être devenu célèbre par ces seuls courts récits. Cependant, comme toute règle mérite une exception, Young vient d'achever The Quest of the Holy Grille, adaptation en roman d'une nouvelle du même titre parue en décembre 1964 dans Amazing Stories. Nous retrouvons là un thème cher à l'auteur, déjà exploité du reste selon un procédé différent dans son Idylle dans un parc à voitures d'occasion du XXIème siècle : l'univers des automobiles. Dans le cas qui nous occupe, celles-ci sont animées de sentiments et les hommes se trouvent être leurs esclaves. La satire refait son apparition. Young exploite un nouveau cheminement de l'une de ses idées maîtresses. Même avec son premier roman, il ne se coupe nullement de sa production antérieure.
          Et lorsqu'on demande à Robert F. Young son sentiment sur la New Wave — question inévitable après avoir lu Reflets — on est presque étonné de le voir répondre qu'il n'entre pas dans ses projets de s'y essayer. Preuve suffisante, s'il en était encore besoin, que Young, sans se préoccuper des autres, conduit son œuvre à part dans son univers propre : celui de la poésie.
          Mais après avoir esquissé de quelle façon se composait son œuvre, après avoir très brièvement retracé la vie et la carrière de l'auteur, il reste encore à découvrir comment, de nouvelle en nouvelle, s'est construit le monde de Robert Young.
          Parmi les trois principaux courants que nous avons discernés, l'un d'eux va retenir tout particulièrement notre attention : celui des récits épiques et psychanalytiques. Parce qu'il englobe en définitive toute l'œuvre, parce qu'il est l'épine dorsale des préoccupations de l'auteur, parce que c'est vers lui que convergent toutes ses tendances et qu'il devient de plus en plus important au fur et à mesure que les années passent.
          Commencé (en France) avec La déesse de granit, ce courant principal va s'enrichir très vite de titres que les anciens lecteurs de « Fiction » ou de « Galaxie » ne sont pas près d'oublier. L'ascension de l'arbre (qui figure en outre dans l'anthologie A glass of stars) nous conte, au premier niveau, l'aventure d'un « bûcheron » spatial en proie à une crise de conscience. Mythologie, légendes, croyances, psychologie et écologie se mêlent si étroitement qu'il semble difficile de les dissocier tout au long de la formidable conquête du géant de la sylve que le héros est chargé de couper. Ce gigantisme mériterait sans doute que l'on s'y attarde, d'autant qu'il fut présent avec La déesse de granit et qu'il réapparaîtra à diverses reprises (Dans quelle caverne profonde, Le léviathan de l'espace...). Pour cela un spécialiste de quelque Sigmund Freud serait nécessaire. Faute de l'être, je me bornerai à noter que ce gigantisme sert à amplifier les problèmes psychologiques que l'auteur s'attache à résoudre.
          C'est en tout cas l'aspect psychologique qui sert de motivation à l'écriture. « Le genre d'histoires que j'aime le mieux, » m'écrivait récemment : Robert Young, « c'est lorsqu'un héros se trouve confronté à un double obstacle, physique et psychologique, comme dans Goddess In granite. Quelquefois, c'est le cas pour la déesse, il réussit à le surmonter. D'autres fois, comme dans Genesis 500 (Analog, mars 1972), la victoire sur l'obstacle physique entraîne l'échec sur le plan psychologique... »
          II ne faut donc pas s'étonner outre mesure de l'importance que revêtent les nouvelles épiques de Robert Young. Elles sont certainement les plus achevées et les plus travaillées. L'auteur est en plein dans son élément. Nikita Eisenhower Jones a quelque chose de sublime dans sa démesure. Petit chien perdu reste en outre l'un des récits les plus bouleversants que la science-fiction ait jamais produits.
          Mais c'est à partir du Léviathan de l'espace qu'un nouveau tournant va marquer l'œuvre de Young. Jusque-là, il semble qu'il ait, sinon négligé, du moins délaissé, un aspect particulier de la nature humaine dont il se fait l'analyste : la communication. Cette particularité n'était pas véritablement absente dans les récits antérieurs mais à peine abordée. Depuis Le léviathan nous assistons à un passage au premier plan de ce thème. Il est également curieux de noter que ce récit peut être considéré comme le précurseur des futures « baleines de l'espace » dont nous reparlerons plus loin.
          Il est toujours délicat de parler de « thématique », surtout lorsque celle-ci ne constitue qu'un fragment des préoccupations d'un récit. Jack Vance, par exemple, a fait de la « communication » l'une des cordes de son arc lyrique. La différence est pourtant sensible entre les deux écrivains. Vance analyse la « communication » comme un sociologue tandis que Young l'observe en psychologue. Il s'agit plutôt de communion ou de compréhension entre deux êtres que d'échanges entre deux formes sociales différentes. Communion de N.E. Jones avec le cosmos, compréhension de la baleine par Jonathan, amitié qui lie le « petit chien » et Hayes... C'est cette thématique qui, finalement, amènera Young à se faire le chantre de l'amour. Incomprise, elle fera dire à certains que l'auteur est un Delly de la science-fiction. L'ennui, c'est que l'amour ne constitue pas, dans l'œuvre, une fin en soi et encore moins un procédé. Etape dans l'évolution littéraire de l'auteur, il est la résultante de rencontres psychologiques masculines et féminines. Après s'être attardé sur un seul des éléments d'un couple (La déesse de granit, par exemple), Young a fini par s'intéresser au couple en son entier en raison du problème grandissant chez lui de la communication. Et il nous a donné Sur le fleuve, avant d'aborder la séquence des Starfinder.
          Cette série, dont nous n'avons malheureusement reçu en France qu'un seul des trois premiers volets, constitue un nouveau pas. Après l'individu, le couple ; après l'amour, l'amitié. Petit chien perdu se trouvait en équilibre entre ces deux dernières formes de relations humaines. Avec Starfinder, seul le dernier de ces aspects est analysé, évolution importante si l'on considère que l'amitié offre, par rapport à l'amour, une dimension plus spirituelle et, donc, se présente comme une tendance idéaliste en opposition directe avec l'optique réactionnaire que Robert Young semble avoir quelque temps fait sienne (La petite école rouge, Idylle dans un parc à voitures d'occasion...). Il faut d'ailleurs croire que ce sujet revêt une très grande importance aux yeux de Young puisqu'il espère en tirer la matière de 6 ou 7 nouvelles, voire davantage, qui pourraient servir à un nouveau recueil 1.
          Mais l'on a vu que l'œuvre de Robert Young, pour être linéaire, n'en offrait pas moins un certain nombre de variantes. Hors d'un courant principal qui vient d'être très sommairement parcouru, des courants parallèles ont fait leur apparition à diverses époques. Généralement, les récits qu'ils contiennent appartiennent au genre satirique. C'était en tout cas le but de La petite école rouge, en dehors d'autres caractéristiques que nous avons évoquées.
          Dans la même lignée figurent des nouvelles au style romantique, aux personnages poignants, aux situations dramatiques. Après Poète, prends ton luth dans laquelle apparaissent des androïdes, Une brise de septembre revient tout à la fois sur les problèmes de l'enseignement et de la robotique youngienne. Cette fois, l'institutrice androïde apparaît comme un personnage quasi humain (qui annonce Les robots aiment aussi) et met en relief la méchanceté foncière de la société. Le problème de la société future mécanisée et incapable de sentiments reviendra ensuite à maintes reprises, examinée sous divers angles, et en particulier dans le splendide Idylle dans un parc à voitures d'occasion du XXIeme siècle. Cette appréhension du futur et les constants rappels d'un passé meilleur – qui pourraient faire de Young un porte-parole de la réaction – l'amèneront ensuite à s'offrir des voyages dans le temps. Idylle dans un relais temporel du XIème siècle fera ressusciter la légende de la Belle au Bois Dormant. L'origine des espèces expliquera les futurs malheurs de l'homme. Mais c'est encore dans un style presque humoristique due Young retrouvera le plus son sens inné de l'épopée grâce à St George et la dragonmotive. Quant à Opération pyramides, elle pourra rappeler que Robert Young tient le Salammbô de Flaubert pour l'un des meilleurs livres qu'il ait jamais lus. Quoi qu'il en soit, on remarquera que le passé est toujours montré sous un aspect plaisant. Les personnages anachroniques qui interviennent tentent souvent de le falsifier. Le héros chargé d'en protéger l'intégrité s'arrangera la plupart du temps pour y demeurer.
          Toutefois, ce respect de l'Histoire n'est en réalité qu'un leurre. Le passé vu par Robert Young n'est nullement NOTRE passé. C'est celui de ses rêves que les historiens (entre autres) tentent de lui détruire. Young se crée donc un postulat pour résister à la pression que la vérité apparente exerce sur ses pseudo-souvenirs. Le voyage temporel est l'apanage des idiots dira l'un des personnages de Aux premiers âges. Le passé est fixé et rien ne peut y être changé... Est-ce à dire que ceux qui tentent de l'explorer (les archéologues, les anthropologues...) ne pourront jamais parvenir à le lui modifier ? Ou bien est ce un regret que son passé « parallèle » ne puisse s'imposer ? Dans un cas comme dans l'autre, cette remarque suffit à démontrer que Young n'est donc pas le réactionnaire qu'il pouvait sembler. Nous retrouvons l'idéaliste. Nous retrouvons le rêveur, et donc, le poète. Young ne s'engage pas dans une bataille inutile. Il fait un constat. Il le fait sur un mode grinçant lorsqu'il s'attaque à certains travers de ses contemporains. C'est le troisième courant de l'œuvre.
          Poêle volante, Ecrit dans le ciel, Les mangeurs de voitures... autant de petits récits percutants, acides, parfois sinistres et cyniques dont le sujet, souvent emprunté au fantastique traditionnel, sert de prétexte à montrer les absurdités du comportement humain. Marché de dupe et Un modèle dernier cri sont à ce sujet particulièrement grinçants. L'argent, l'envie, et leur corollaire, la société de consommation, trouvent ici un champ d'action que Young retourne avec cet humour noir teinté de cynisme qui caractérise les goûts d'un Alfred Hitchcock. Orage sur Sodome est par contre une sorte de contraire des rêves youngiens. Alors que celui-ci s'est fait le héraut de l'amour poétique, alors qu'il chante l'union des cœurs plus que celui des corps, dans cet « orage » se déchaînent soudain les passions animales. Le rut succède à des unions des plus volcaniques. Ce retour à l'animalité semble la conséquence d'une sexualité telle que Young ne l'approuve pas. Et si un tel châtiment ne s'avérait pas suffisant, les archanges du septième ciel viendraient alors sonner une juste apocalypse.
          Il y a donc chez Robert Young tout à la fois introspection, projection dans le passé et exploration d'un futur plus ou moins proche, visant à mettre en exergue les misères du présent. Mais de l'espoir qui s'en dégage, des modifications et des altérations que ce passé recèle, il est indéniable qu'il faille voir en cet écrivain un idéaliste plus qu'un messager d'une quelconque politique. Est-ce la guerre passée, est-ce sa position sociale ou son emploi au sein d'une industrie qui l'ont rendu plus sensible aux faiblesses humaines ? En tout cas, c'est certainement dans sa poésie qu'il faut voir l'échec de son écriture. Si Bradbury a su conquérir le grand public, Young a paru trop tendre, trop timoré, trop sentimentaliste. Seule une lecture attentive permet d'accéder aux douloureux problèmes qu'il évoque. Mais le lecteur a-t-il seulement le désir d'explorer son propre subconscient ?
          En un temps où le réalisme est de bon ton, où les problèmes prétendument cruciaux doivent être exploités pour que l'histoire soit « bonne », un porte-parole de la poésie et du rêve paraît n'avoir aucune place. Young est dès lors trop tendre pour être accessible, trop pur pour être remarqué. Car la violence et le sexe ont noyé tout sentiment au profit des seules sensations.
          Et bien que l'on découvre ici plus de douleur que dans les pages éclaboussées de sang, il semble que Young laisse indifférent car, avec lui, ce ne sont plus les corps qui souffrent et qui saignent, mais les cœurs et les âmes. Et les hommes n'ont peut-être plus de cœur et plus d'âme.
          Ce retour à la vérité à laquelle il nous convie à travers un voile de pudeur et de tendresse méritait bien d'être relevé. Idéaliste ? Savoir...Young est peut-être le plus réaliste de tous les auteurs de science-fiction car il dépeint l'HOMME. Il s'y est attaché depuis plus de vingt ans. Et quel plus grand idéal doit poursuivre un auteur sinon de découvrir la vraie nature humaine ?
          Le pays d'esprit de Young a de merveilleux paysages, ceux que chacun de nous porte au fond de lui, encore faut-il avoir le courage d'aller les explorer.

Notes :

1. Le premier récit de la série Starfinder a été publié en février 1969 dans le magazine Cavalier sous le titre Spacewhale. Le second Starscape with frieze of dreams a paru dans Orbit 8.

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