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Avant-propos

Jean-Pierre FONTANA & Gérard TEMEY

Mercury, février 1967

          Jean-Louis Bouquet est né à Paris, tout juste pour apercevoir les lueurs de l'Exposition de 1900, mais il n'a, bien entendu, gardé aucun souvenir de ses impressions de nourrisson. Il raconte (d'un certain ton et comme s'il ne tenait pas trop à être cru) que, dès sa naissance, certains signes semblèrent vouer son existence au « fantastique ».
          Pendant son enfance, extrêmement heureuse, il eut du goût pour les féeries, les contes merveilleux... et, ce merveilleux, son esprit le transposait avec aisance dans la vie quotidienne.
          A la fin de son adolescence, une série de malheurs faucha en quelques mois son père, son frère, et enfin sa mère, dans des circonstances terribles, et son caractère en reçut une profonde atteinte.
          Il a toujours, ensuite, traîné dans la vie une certaine nostalgie sombre.
          La modeste fortune familiale ayant fondu, il avait dû interrompre ses études commencées brillamment et tentait de s'initier à une profession assez « technique » dans l'espoir de reprendre, plus tard, le fonds paternel. Il se sentit vite rebuté, il s'était épris du théâtre, puis fut brusquement ébloui par l'aurore du « cinéma-art », à la fin de la première guerre mondiale. Ses ambitions navraient son tuteur qui, lassé, lui laissa enfin la bride sur le cou. Avant même sa majorité Jean-Louis Bouquet écrivait des scénarios sous les palmiers de Nice, aux côtés d'un intéressant novateur Louis Nalpas.
          Dès 1923-1924, il faisait « tourner » deux sujets très remarqués : La cite foudroyée et Le diable dans la ville, dans lesquels s'épanouissait cet amour du fantastique qui avait embelli son enfance.
          Mais le cinéma n'était pas mûr pour de telles formules. En dépit des éloges, Jean-Louis Bouquet ne parvint pas à placer d'autres scénarios du même ordre. On l'employait (et on l'a employé jusqu'à aujourd'hui) à « adapter » des œuvres littéraires ou théâtrales fort diverses, quelquefois insipides, mais sur lesquelles il peinait avec conscience, d'abord par nécessité de vivre, ensuite afin de se prouver qu'il était capable d'affronter tous les genres. En des moments d'humeur, il tenta des « évasions » dans la publicité, dans la radio, et aussi dans le journalisme, notamment au Monde Illustré.
          Mais il avait des occupations plus singulières. Des travaux de documentation à la Bibliothèque Nationale l'avaient ramené aux abords de cet immense domaine du Surnaturel qui l'avait toujours séduit. Il se livra à des études, il pénétra en observateur dans des « milieux » très fermés. Il a ainsi effleuré la cabale, certaines sciences ésotériques et la démonologie. Il rêvait de construire une œuvre littéraire sur ces bases étranges, de rapprocher certaines données de la psychologie moderne et les éléments pittoresques de la tradition.
          Ce qui lui manquait pour se mettre au gros du travail, c'était le temps. La période de 1940-1944 en lui créant des loisirs forcés, le fit entrer dans l'ère des réalisations. Il commença à entasser manuscrit sur manuscrit jusqu'au jour où il rencontra en la personne de M. Robert Marin et de son directeur littéraire, M. Henri Parisot, des éditeurs assez hardis pour présenter son premier livre au public : Le visage de feu, recueil de nouvelles fantastiques et démoniaques.
          André Breton a déclaré n'avoir rien lu qui l'ait autant frappé dans la littérature d'imagination fantastique depuis Achim d'Arnim.
          Henri Parisot, en présentant le livre de Jean-Louis Bouquet a écrit : « En lisant les quatre étonnantes nouvelles qui composent Le visage de feu et notamment l'inquiétant chef-d'œuvre intitulé Alouqa, ou la comédie des morts, on se convaincra qu'E.T.A. Hoffmann, R.L. Stevenson, Edgar Poe viennent de trouver en Jean-Louis Bouquet non plus, cette fois, un suiveur ou un disciple, mais un rival de leur catégorie et de leur classe, nous n'hésiterons pas à dire un égal. »
          Il y a une quinzaine d'années que j'ai découvert Jean-Louis Bouquet.
          Mon enthousiasme pour ses récits fut tel que, dans le numéro d'août 1951, je lui ouvris immédiatement les colonnes de Mystère-Magazine en publiant Alouqa, ou la comédie des morts, et je récidivais en présentant nombre de ses récits inédits dans les numéros de Fiction qui suivirent.
          C'est par les lignes qui précèdent que je fis connaître à l'époque Jean-Louis Bouquet à mes lecteurs. Je n'ai rien à y changer. Mon admiration pour lui est toujours aussi grande et si je ne dirige plus aujourd'hui ces deux publications, j'ai toujours pour lui la même estime.
          J'applaudis donc l'initiative qu'a prise le dynamique Mercury en lui consacrant un numéro spécial et je ne peux que regretter qu'en dehors de Henri Parisot dans une édition aujourd'hui épuisée, et Robert Kanters, dans la collection Présence du Futur qu'il dirige chez Denoël, aucun éditeur français n'ait fait une place à cet envoûtant conteur.
          Pourtant Roger Caillois — un maître et un connaisseur en la matière — ne s'y est pas trompé. Dans la très importante Anthologie Internationale du Fantastique en deux gros volumes qu'il a publiée chez Gallimard cette année, parmi les neuf « Grands » du domaine français qu'il a sélectionné, figure Jean-Louis Bouquet, précisément, avec Alouqa, ou la comédie des morts.
          C'est peut-être encore là le plus bel hommage qui pouvait lui être rendu avec la consécration que lui donne également aujourd'hui Mercury auprès de lecteurs qui savent, eux aussi, apprécier ces merveilleux « contes de fées pour grandes personnes » que constituent les récits fantastiques.
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Biographies, catégorie Bios

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