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La Cité foudroyée

Scénario du film

COLLECTIF

Mercury, mars 2002

SCENARIO

Ce film est basé sur une idée très amusante et qui, jusqu'ici, n'avait jamais été utilisée par le cinéma avec une telle netteté. Nous ne voulons pas parler de la destruction hypothétique de Paris — bien qu'elle doive exercer à elle seule un gros attrait de curiosité — mais de la construction même du scénario. L'analyse qui suit vous en dévoilera la formule : elle consiste à prendre deux actions distinctes, ayant des personnages différents, et à les mélanger si étroitement qu'elles paraissent n'en faire qu'une seule. C'est seulement au dénouement que le spectateur est tiré de son erreur. Après avoir assisté aux scènes les plus tragiques, il lui plaira peut-être de sourire de sa méprise, dissipée par une fin que rien ne laissait prévoir. Jugez-en...
20 décembre 1930.
 
« Ceci est ma confession :
Je suis le plus grand criminel de tous les temps.
Par haine et par lucre, j'ai anéanti une des plus fameuses villes du monde. «

QUI ECRIT CES LIGNES ? Un jeune ingénieur, Richard Gallée, dont nous allons pénétrer la mystérieuse existence.
Que l'on imagine un homme vigoureux, instruit, plein de confiance en soi, mais pauvre, sans appui, méconnu et méprisé. Un homme qui a déjà beaucoup lutté pour faire triompher des théories scientifiques nouvelles, et qui n'a rencontré que l'indifférence générale.
Richard Gallée a poursuivi de longues et minutieuses recherches sur « l'utilisation des forces électriques naturelles », Il s'est heurté à l'inertie des pouvoirs publics et aux railleries de la presse. On l'a pris pour un fou.
Plein d'amertume, il quitte la capitale pour aller vivre auprès de son oncle Vrécourt et de sa gentille cousine Huguette, qu'il aime en secret. Mais là, de nouvelles luttes l'attendent : la jeune fille a trois autres soupirants, le boursier Grosset, le boxeur Battling Martel et le baryton Cuivredasse. Certes, les préférences d'Huguette vont vers Richard, mais les circonstances ne sont pas faites pour favoriser l'union des deux jeunes gens...
M. de Vrécourt vient de se trouver brusquement ruiné : de plus, il doit faire face à des échéances prochaines et sa situation est tragique. Huguette, sacrifiant son amour, veut faire l'impossible pour sauver son père : elle assemble ses quatre prétendants et leur promet d'épouser celui qui, avant trois mois, pourra lui apporter une fortune...
Or, tout comme Richard, le boxeur, le baryton et le boursier ne sont encore riches que d'espérances. Mais tandis que l'ingénieur est déjà aigri et découragé par ses échecs, les autres sont pleins de foi en eux-mêmes et partent gaiement à la recherche du pactole...
Seul Richard ne bouge pas, se confine dans une inertie apparente, et Huguette en conçoit un dépit assez vif. Mais ses reproches et ses encouragements n'y font rien :
« J'ai mon idée ! répond obstinément Richard, mais si je la disais maintenant, on me prendrait encore pour un fou ! »
Quelle est l'idée de Richard ? Pourquoi n'est-il pas reparti pour Paris, ainsi que les autres ? Souvent il s'enferme dans sa chambre pour travailler, et Huguette, curieuse, voudrait bien surprendre son secret. Un jour, elle essaie de s'introduire dans cette chambre ; mais à peine y a-t-elle pénétré qu'un courant d'air emporte des papiers qui se trouvaient sur la table ... Le fruit des travaux de Richard s'envole par la fenêtre...
Furieux, le jeune homme court à la recherche de ses documents et s'aperçoit qu'ils sont tombés dans un parc voisin. Il fait connaissance avec le propriétaire de ce parc, un être bizarre, énigmatique, nouveau venu dans le pays, redouté des paysans qui l'ont surnommé « le mauvais homme ». Cet inconnu rend à Richard ses papiers, mais non sans y avoir jeté un coup d'oeil curieux... et voici qu'il semble fort intéressé par ce qu'il a lu. Il convie l'ingénieur à entrer dans sa maison, il lui parle amicalement, ou, plutôt, il le « fait parler »...
Comme fasciné par le « mauvais homme », Richard se laisse aller à raconter sa vie, ses déboires. Avec exaltation, il expose des projets, et il arrive bientôt à parler... de la chose que concernent ses documents.
« Imaginez, dit-il, une machine capable de dompter la foudre ... de la conduire où l'homme veut ... »
...Longtemps, longtemps, Richard développe ses idées. L'autre écoute attentivement, et lorsque le jeune homme a enfin terminé, l'étranger se dresse, le regard brillant d'une lueur étrange.
« Il y a là de quoi réaliser une affaire formidable ! s'écrie-t-il. Si je vous l'achète largement, aurai-je des droits absolus sur votre oeuvre et pourrai-je m'en servir à ma guise »
... Richard voit son oncle sauvé. Huguette heureuse ... Toutes les conditions lui semblent bonnes. Il cède à l'autre tous ses droits, il se donne à lui corps et âme pour posséder la richesse...
Et lorsque les deux hommes se séparent, un pacte a été conclu entre eux, pacte qui les lie indissolublement l'un à l'autre.
A partir de ce jour, Richard, loin de paraître soulagé et heureux, se livre à un travail intensif, absorbant. Plus sombre et plus taciturne que jamais, il évite son oncle, sa cousine, tout étonnés de cette saute d'humeur et inquiets de constater ses relations suivies avec le « mauvais homme ».
....Les semaines s'écoulent, l'échéance approche. Aucun des autres prétendants n'a encore reparu. Richard demeure muet ... et sur les rives d'un chaotique torrent, d'une force de plusieurs centaines de millions de chevaux, une usine gigantesque s'élève, bâtie à coups de millions par l'étranger mystérieux.
Les trois mois vont expirer dans les vingt-quatre heures. Battling Martel a été battu, Cuivredasse est tombé sous les sifflets, mais le financier Grosset arrive, triomphant. Il apporte la fortune. Mais bientôt, la vérité éclate : c'est lui,Grosset qui, par l'intermédiaire d'hommes de paille, a ruiné lentement, patiemment, M. Vrécourt afin d'avoir un jour Huguette à sa merci. Il est démasqué ! Que lui importe puisqu'il tient ses victimes !
Il y a pourtant un espoir : Richard !...Celui-ci, gardant son secret, promet de sauver M. Vrécourt. Il se fait fort, lui, d'apporter dix fois, vingt fois autant d'argent que Grosset... Mais dans ses yeux brille une lueur de démence qui épouvante Huguette.
Que prépare-t-il donc ? Qui sait ce que ce révolté, cet orgueilleux bafoué, avide de revanche, a pu concevoir dans un moment de désespoir et sous l'emprise du « mauvais homme » ?
Les projets de Richard, la façon dont ils étaient réalisés, c'est son carnet qui va nous en instruire, ce cahier sur lequel il avait écrit :
« Ceci est ma confession
Je suis le plus grand criminel de tous les temps... «
Résumons en quelques mots cette épopée de folie et l'effroyable catastrophe qui la termine :
Décembre 1930 : La vie insouciante de Paris est troublée par un évènement étonnant. Un mystérieux message en sans-fil, informe le conseil municipal que si une somme de cinquante millions n'est pas versée dans certaines conditions ON brûlera la ville.
Chantage ou mystification ? La nouvelle est accueillie par un énorme éclat de rire, Mais le messager inconnu, lui, ne rit pas. Il a essayé la puissance de ses forces en brûlant une forêt au milieu d'un orage épouvantable et surnaturel. Au cours d'un second avertissement, il incendie un quartier de la ville.
Après s'être divertie, la population s'affole. Les autorités essayent en vain de la rassurer. A l'heure fixée par le monstrueux maître-chanteur, des nuages épais roulent sur la cité. la Tour Eiffel n'a pas fait le signal convenu pour la reddition. Alors, au loin, des machines effrayantes se mettent en marche, des éclairs blafards et d'une intensité inouïe s'abattent sur la capitale. De toutes parts, des flammes montent, des maisons s'effondrent, et, au milieu d'une panique folle, c'est l'écroulement apocalyptique de la ville millénaire, la chute de ses monuments prestigieux dans le rougeoiement d'un gouffre de feu.
Richard Gallée n'est pas, heureusement, le génie exterminateur que l'on pourrait croire. Après ces visions d'épouvante, on constate avec soulagement qu'il écrivait un roman : La cité foudroyée, que lui a acheté fort cher l'éditeur strasbourgeois Hans Steinberg, le « mauvais homme », qui faisait construire une imprimerie au bord du torrent.
... Car Richard Gallée, convaincu de l'inutilité de ses recherches scientifiques, a décidé de ne plus utiliser sa science que pour ses romans. Désormais homme de lettres, il voit sa carrière s'ouvrir, éblouissante. Le généreux.Hans Steinberg lui apporte la fortune grâce à laquelle il pourra vaincre Grosset, sauver son oncle Vrécourt et rendre heureuse la charmante Huguette.

Tel est l'émouvant et curieux scénario sur lequel Luitz-Morat a réalisé ce film nouveau par sa conception et son sujet.
La matière était très riche et le metteur en scène l'a très habilement exploitée. Certes, par son originalité même, elle présentait de très nombreuses difficultés, parmi lesquelles la plus grande consistait à rendre vraisemblable cette fantastique destruction de la capitale la plus connue et dont les moindres monuments sont familiers à tout le monde.
Luitz-Morat a fait vrai et a surmonté toutes les difficultés. En voyant ce film, nul ne pourra douter que c'est bien la Tour Eiffel, la Madeleine, tels autres monuments de Paris qu'il a devant les yeux. L'illusion est complète et des plus justifiées...
En terminant, ajoutons que l'interprétation a été choisie avec tout le soin que les « Films de France » apportent à chacune de leurs productions et celle-ci prendra une bonne et avantageuse place dans celles de la saison 1924-1925.
Reproduction in extenso du texte du dépliant publicitaire « Pathé-Journal » issu des Archives de la Fédération Française des Ciné-Clubs.
Les historiens français du cinéma délaissent systématiquement tout une série de productions nationales issues des années 1920-1930, renforçant par là l'emprise de ce cimetière dont parlent par ailleurs Bardèche et Brasillac.
Remercions René Jeanne et Charles Ford d'être plus complets à ce sujet dans leur Histoire encyclopédique du cinéma ainsi que dans L'histoire illustrée du cinéma (Marabout édit.) dont nous avons extrait ce passage ( Tome 1, page 26 ).
« Le maître du film populaire est incontestablement Henri Diamant-Berger.(...) Dans ce domaine, le plus gros producteur était la Société des Cinéromans dont le principal metteur en scène était René Leprince, ancien acteur de café-concert. Les foules du samedi lui doivent entre autres : L'empereur des pauvres, L'enfant des halles, Fanfan la tulipe. Autour de Leprince : Henri Desfontaines (Le capitaine rascasse, Belphégor) ; Luitz-Morat ( Surcouf, Jean chouan, Le juif errant d'après Eugène Süe ). A côté de cela, il faut faire un sort à La cite foudroyée, film de science-fiction avant la lettre, riche en trucages fort ingénieux. »
Signalons également que Luis Gasca a fait mention de La cite foudroyée dans son « Iimagen y ciencia-ficcion », P. 38.
G. T.
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