Site clair (Changer
 
  Base de données  
 
  Base d'articles  
    Fonds documentaire     Connexion adhérent
 

Correspondances de Jean Louis Bouquet

L'Ami de la Littérature Populaire

COLLECTIF

Désiré - pages 457 à 474, janvier 1979

          Hommage à Jean-Louis Bouquet
          Pionnier du Cinéma et Homme de Lettres
          I — Notre Correspondance
          La première lettre de Jean-Louis BOUQUET, du 8/9/1955, est reproduite au commencement de l'article du n°23 : « Les débuts difficiles de DéSIRé ». Le n°23 paraîtra le 1er trimestre 1979.
          Sa deuxième lettre... A cette époque, J.L. projetait de fonder un petit bulletin littéraire.
          Ce fut « L'ILE », qui eut 11 numéros, de janvier 1967 à mars 1972.

 
          à Monsieur Jean Leclercq, Paris, le 5 novembre 1966
          125, Bd de Charonne E.V.
          Mon cher ami,
          Comme suite à notre entretien téléphonique, je vous adresse le n°5 de l'ancienne revue littéraire internationale « 900 » (Novi Cento) qu'avait créé et animé Massimo BONTEMPELLI. La seule énumération des membres du Comité de Direction (sur le verso faisant face à la page de titre) vous permettra de constater que cette revue s'attachait à des ambitions assez hautes. J'ajoute qu'elle eut, en d'autres numéros, des collaborateurs comme Blaise Cendrars, André Malraux, Léon-Paul Fargue, Joseph Delteil, Marinetti, Malaparte, etc. C'est vous dire que je me trouvai légitimement flatté en mon amour-propre, quand Bontempelli m'offrit de publier un petit texte de moi, en raison des controverses quelque peu orageuses que mon ami FESCOURT et moi venions de susciter avec nos opuscules « L'idée et l'écran », le texte, plus précisément le scénario que je lui donnai pour « 900 » était, dans mon esprit, une illustration, une mise en œuvre des principes défendus dans « L'idée et l'écran » 1.
          Et puisque j'en arrive là, permettez-moi de vous offrir l'un des quelques rares exemplaires qui me restent de ce petit ouvrage, d'une lecture, je crois, facile et rapide, et qui vous permettra de comprendre quelle bataille se livrait là. — N'oubliez pas que c'était à l'époque du cinéma muet. De téméraires théoriciens (plus soucieux d'ailleurs de se faire de la publicité que d'œuvrer réellement, car la réalisation du moindre film exigeait des « fonds » qu'ils ne possédaient pas) avaient lancé l'idée que le cinéma faisait fausse route, qu'en son essence il n'était point destiné à « raconter », qu'il devait devenir « pur », comme il y a la musique pure, la peinture pure... (la peinture « abstraite » d'aujourd'hui, en somme !). Rien de tout cela n'eût été blâmable en soi, si la petite phalange qui émettait les dites théories n'avait manifesté une sorte de dédain ironique pour le cinéma narratif, n'avait déclaré que celui-ci était besogne « commerciale », « théâtre filmé », ce qui (sous-entendu) était avilissant. Une nichée de jeunes journalistes soucieux d'être du dernier bateau poussait la surenchère. Je pourrais vous montrer des articles ahurissants, mais déjà, dans le fascicule I de « L'idée et l'écran », vous aurez, je crois, un suffisant tableau de cette « escalade » vers l'absurde, qui donnait quelque humeur aux tenants du cinéma classique. D'où les coups de boutoir de « L'idée et l'écran », qui nous valurent des partisans, et des contradicteurs acharnés (la polémique se poursuivit pendant un an dans la presse).
          Vous constaterez que « L'idée et l'écran » défendait le cinéma en tant qu'art narratif, moyen d'expression différent du théâtre, disait que les images avaient sans doute un rythme, mais aussi une signification, et que c'était pour celle-ci que nous revendiquions des fins « esthétiques ».
          Tout ce que je vous dis là, se trouve d'ailleurs bien mieux formulé dans notre petit ouvrage, mais je veux en arriver à ceci — c'est qu'en créant « 900 », Bontempelli avait, littérairement parlant, développé des théories parallèles, concernant l'imagination, la fiction, la fable, que des décadents attaquaient déjà (ils remettent ça aujourd'hui). L'identité de nos idées nous rapprocha, et c'est ainsi que « 900 » publia « Celui qui crée les Dieux ».
          Ce scénario propose une succession d'images pouvant se passer de tout sous-titre et relatant une « action » relativement dense, avec des arrière-plans intellectuels (les symboles y sont, je crois, d'une clarté évidente). C'était donc un défi lancé aux tenants de la forme pure, de la « plastique », comme ils disaient.
          L'apparition du « parlant » a amené l'écroulement des théories sur le cinéma « pur » et, par suite, a consacré par les faits le système que nous défendions. Je n'en tire pas grand mérite et, d'ailleurs, comme ceux qui connurent le cinéma « muet », je garde une certaine nostalgie de cet art où, ambitieusement, l'on rêvait de s'exprimer grâce aux images seules. Mais relisant vers 1960, « Celui qui crée les Dieux », je fus agréablement surpris de retrouver là une certaine valeur dramatique. Peut-être me suis-je abusé par amour paternel, mais enfin, n'y a-t-il pas ici comme une sorte de « poème en prose », avec un défilé d'images « signifiantes », et qui garde un intérêt, toutes questions cinématographiques mises à part ?
          Voilà la question que je vous pose. Bien entendu, dans mon esprit, il n'est question que d'une reparution de « Celui qui crée (ou plutôt : créait) les Dieux » texte qui, dans vos fanzines aux caractères serrés ne devrait pas tenir plus de 6 ou 8 pages. Quant à « L'idée et l'écran », (tant pis si je me répète), je vous l'offre uniquement pour mettre « dans le bain » (ce très étrange bain que fut le cinéma muet) l'esprit perpétuellement curieux, avide et s'intéressant à tout, que je salue en votre personne.
          Je vous prie de bien vouloir transmettre mes hommages à Madame Leclercq et de me croire, très cordialement votre.
          Jean-Louis BOUQUET
          P.S. — Concernant le n°5 de « 900 », puis-je vous demander d'en prendre grand soin, et de me le rendre ensuite ? Car il ne me reste plus qu'un autre exemplaire en très mauvais état, et celui-ci pourrait un jour me manquer cruellement.
          Merci d'avance
          J. L. B.4, rue Thiers — Paris 16e
          « Celui qui crée 2 les Dieux » ne me parut pas un texte des plus faciles bon à insérer dans le n°1 d'un nouveau bulletin. D'ailleurs j'avais à faire paraître avant des articles sur « Art & Action » et de Marcel Dando, R. Stragliati, J. Van Herp, Renée Beaufrère (toute l'équipe !) et une foule de notes littéraires. « Celui qui ... » ne parut donc que dans le n°3 de L'ILE, en décembre 1967, à la suite de la réponse à un questionnaire du Professeur Michel Corvin, sur « A & A ».
          La parution fut précédée des deux lettres suivantes...

          Monsieur Jean-Louis BOUQUET Paris, le 22 novembre 1967
          Ecrivain
          Cher Maître et ami,
          Avant de vous renvoyer « Celui qui crée les Dieux », je l'ai relu et l'ai aussi fait lire à Michelle Leclercq, ma fille, 24 ans, licenciée es-lettres. Nous sommes tous deux tombés d'accord de son intérêt et je m'étonne de ne pas l'avoir perçu à la première lecture, il y a une petite année : j'avais probablement été surpris. C'était inhabituel !
          Il se passe que le n°3 de L'ILE (en cours) sera purement littéraire — une réponse au Professeur Michel Corvin, de Dijon, à son questionnaire sur le Théâtre d' « Art & Action ».
          Il me serait agréable et je trouve intéressant de publier votre « thème pour un film », à la suite, dans ce numéro.
          Naturellement tel que vous l'avez revu et corrigé et avec comme seul additif, l'avis qu'il a été publié dans « 900 », Cahiers d'Italie et d'Europe, publiés par les soins de Massimo Bontempelli.
          Etes-vous toujours d'accord ? Consentez-vous encore à ce que je le publie ?
          Naturellement, je ne vous en voudrais nullement si vous ne le vouliez plus. Tout auteur est maître de son œuvre.
          A vous lire par retour, je vous envoie, Cher Monsieur Jean-Louis Bouquet, mes meilleures salutations.
          Leclercq

          A Monsieur J. Leclercq Paris, le 23/11/67
          125, Bd de Charonne E.V.
          Cher ami,
          J'ai bien reçu votre excellente lettre. Si « Celui qui crée les Dieux » vous convient pour L'ILE, je suis toujours d'accord et vous pouvez le publier. J'en serai même enchanté.
          Ce que je vous demande, seulement, c'est (lorsque vous aurez pris tout le temps nécessaire pour la reproduction) de vouloir bien me renvoyer le volume de « 900 », pour me permettre de réassortir ma petite bibliothèque.
          Bien cordialement, et avec l'expression de mes sincères hommages pour Madame Leclercq et pour Mademoiselle, votre fille.
          J.L. Bouquet
          4, rue Thiers — Paris 16e
          P.S. : Une remarque : je crois que le titre est « Celui qui crée... » (et non créait ?).
          Mais peut-être commets-je une erreur ? De toute manière, puisqu'il s'agit d'un scénario, le « présent » me semble préférable. Vous pouvez noter la parution dans « 900 » avec la date (1926 ou 1927, je crois ?) en indiquant qu'il s'agissait encore de cinéma muet et que le dit scénario était conçu de manière à rendre le sujet (assez intellectuel en soi) compréhensible par le seul jeu des images et sans le secours d'aucun sous-titre.
          En cela même, il était l'application de théories sur la Signification des images, que j'avais soutenues avec mon aîné et ami, Henri Fescourt, dans une publication « L'idée et l'écran » (1925/1926) qui souleva, à l'époque, de dures polémiques.
          J.L. B.
          NOTE DE J.L. : Je viens d'aller au grenier : une exploration polaire, en hiver, à la campagne ! Il me reste encore 12 n°3 de L'ILE, contenant le questionnaire sur « A & A » et « Celui qui crée les Dieux ».
          10 p. x 5 gr. + enveloppe, je les cède contre 2 F pièce, en timbres-postes, à qui s'intéresse au regretté Jean-Louis Bouquet.
          La dernière lettre de Jean-Louis Bouquet...

          Paris, le 14-2-70
          à Monsieur Jean Leclercq 125, Bd de Charonne — Paris 11e
          J'ai reçu, avant-hier, votre dernier numéro de DéSIRé (n°25 de la 1ère série — décembre 1969) dont la lecture m'a valu une agréable surprise, puisque vous avez bien voulu consacrer une page (p. 722) à mon « Homme aux fétiches ».
          Je me demande où vous avez pu dénicher des exemplaires de la Collection Rouge.
          Je ne me souviens pas de vous en avoir donné, et même, je ne possède plus aujourd'hui de série complète de ces fragiles petits romans, hormis mon exemplaire de bibliothèque.
          Je suis heureux que vous ayez la gentillesse de décerner des éloges à ce récit déjà si ancien. Il est vrai que j'avais relativement « travaillé » mon sujet. J'avais longtemps habité le quartier Saint-Michel ; je le connaissais comme ma poche. C'est pourquoi j'ai pu donner à l'action un peu de couleur locale.
          Une remarque en passant : vous parlez d'impasses du 13ème, maintenant détruites.
          Je n'ai rien situé (ni pour l'Homme aux Fétiches, ni pour aucun autre récit) dans le 13ème arrondissement que je connais fort mal. Je pense qu'il y a là une petite erreur de plume, d'ailleurs inoffensive. En parlant de ces ''impasses« , vous avez sans doute voulu désigner la Cour de Rohan, en réalité série de courettes et de passages tout proches de la rue Saint-André des Arts.
          Mais, Bon Dieu, j'espère bien que l'on n'a pas détruit cet ensemble merveilleux de maisons anciennes ? On les avait restaurées depuis la guerre. Si jamais vous passez par là, allez-y jeter un coup d'œil, c'est un décor extraordinaire, unique dans Paris !
          Puisque vous avez bien voulu parler de la « Collection Rouge », je précise qu'en ces temps héroïques, j'y fis paraître 17 récits policiers — Il y eut la série « DOUM » (Paul Dumviller, reporter) — La série des « Mystères de Montmartre », puis celle du peintre détective Jean LAVENTURE.
          Si vous aviez besoin de précisions, je pourrais vous en donner.
          Merci encore pour cet article.
          Bien cordialement.
          Jean-Louis Bouquet
          P. S. : Hélas, ma santé décline. Je n'ai plus guère le goût et la volonté d'écrire.
          Et puis, je risque de me trouver bientôt, avec la question logement (menace de liberté des loyers, boulimie effarante des propriétaires) dans une situation terrible.
          NOTE DE J.L. :
          I — L'amitié d'un grand homme est un bienfait des Dieux — Henri Duvernois.
          Si, c'est Jean-Louis Bouquet qui me fit cadeau des 15 fascicules de la « Collection Rouge » + une couverture sans l'intérieur. Il ne me manque donc que deux fascicules pour posséder toute cette collection, du plus grand intérêt.
          II — Questions passages et impasses du 6ème et du 13ème, j'ai rectifié et expliqué dans DéSIRé N°26 et 27, pp. 778 & 807, que je m'étais mélangé avec du Léo Malet : les impasses du XIIIème sont le cadre de « Brouillard au Pont de Tolbiac ».
          III — On admirera les partis absolument différents que tirèrent de la connaissance de notre cher PARIS, ses deux amoureux que fut J.L. Bouquet et qu'est Léo Malet : Jean-Louis Bouquet en fait les cadres d'aventures fantastiques. Léo Malet ceux de romans précurseurs de la Série Noire.
          Après de dures recherches, j'ai enfin trouvé à Bourges, dans « Les Nouvelles Editions Marabout » dirigées par Hubert Juin, et dans la « Bibliothèque Marabout », le n°1059 L'OMBRE.DU VAMPIRE comprenant en plus LA REINE DES TENEBRES et LE FANTOME.DU PARC MONCEAU.
          Et le n°1060, comprenant LE MYSTÈRE SKANIKOFF et IRENE, FILLE FAUVE, qui donne le titre au volume et une couverture sexy.
          L'OMBRE.DU VAMPIRE était déjà paru à « Rencontre », série « Policiers » sous le n°2267 et était complètement épuisé à LA GUILDE DU DISQUE, qui a repris en France le fonds RENCONTRE.
          Je ne l'avais pas et j'ai été heureux de le trouver à « Marabout ».
          Les 2 volumes MARABOUT nous donnent donc le total des 5 enquêtes de Paul Dumviller, dit Doum, reporter.

Notes :

1. « L'idée et l'écran » : 3 petits opuscules cartonnés bleus, 13/18, de 38 p. chacun + couvertures. lère page : Henri FESCOURT et Jean-Louis BOUQUET — l'idée et l'écran — Opinions sur le Cinéma Fascicule I : en jaquette : Le Cinéma a-t-il un avenir intellectuel ? Prix Trois francs II : Le Cinéma, Art de suggestion d° III : Le Cinéma et le Drame d°. Tous trois sont des dialogues entre l'Amateur et « Nous ». Imprimerie — G.HABERSCHILL & A.SERGENT — 1 ter, rue Charles Baudelaire, Paris 1925/1925/1926. Le premier fascicule porte la dédicace : A Jean Leclercq qui courageusement, va créer toute une constellation dans l'univers des « fanzines », j'adresse ici mon amical encouragement, et je regrette seulement de ne pouvoir faire figurer à côté de ma signature celle de mon éminent collaborateur et ami, Henri Fescourt, qui nous a quittés voici peu de mois, et dont la mort m'a grandement affecté. Jean-Louis Bouquet
2. par erreur, j'avais écrit créait.

Aller page 2
Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Biographies, catégorie Bios

Dans la nooSFere : 59623 livres, 53382 photos de couvertures, 53429 quatrièmes.
7864 critiques, 32325 intervenant·e·s, 982 photographies, 3635 Adaptations.
 
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.

NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.
Vie privée et cookies