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L'uchronie

Une ancienne science inspire un nouveau sous-genre

Pierre CORBELL

Solaris n°110, juillet 1994

L'uchronie : origine et définition

          La science-fiction, le fantastique, le cyberpunk : autant de catégories pour classer tant bien que mal les oeuvres des auteurs. Pour les amis historiens qui prennent plaisir à imaginer des variantes de l'histoire, pour qui la science de la science-fiction peut être l'histoire, nous proposons ici une réflexion sur ce sous-genre que l'on a pris l'habitude d'appeler : l'uchronie.

          Le mot uchronie est un calque d'utopie. Utopie vient du grec OU, non, et TOPOS, lieu. Le mot fut créé par Sir Thomas More en 1516; c'était le nom d'un pays imaginaire, dont les habitants heureux profitaient d'un gouvernement idéal. Par extension, le mot est devenu synonyme d'un idéal politique ou social et par la suite un genre d'histoire fréquemment retrouvé‚ parmi les oeuvres de science-fiction. On retrouve aussi dans la littérature le contraire de l'utopie, la dystopie, mot dans lequel le préfixe grec DYS signifie mauvais ou difficile (voir la revue Imagine, numéro 31, pour des exemples). Le modèle du genre est le roman 1984 de George Orwell, mais les histoires dystopiques sont très présentes en science-fiction, notamment dans le courant cyberpunk.

          Par la même logique, le mot uchronie a été créé de OU et de CHRONOS, temps, et signifie donc un "non-temps". Toutefois, aucune connotation bonne ou mauvaise est rattachée au mot. Brièvement définie, l'uchronie est une histoire située dans un univers dans lequel l'Histoire a été différente de celle que nous connaissons (ou croyons connaître); on utilise parfois l'expression américaine univers parallèle. Après avoir situé l'uchronie dans le genre en général nous expliquerons, en citant des exemples, les principales formes prises par les oeuvres d'uchronie, y compris l'uchronie pure. Nous terminerons par quelques considérations générales sur la signification et le rôle de l'uchronie dans la littérature contemporaine.

Une distinction : la fiction et le reste

          Etant donné‚ le poids déterminant des oeuvres de langue anglaise dans le domaine de la science-fiction, le lecteur nous permettra d'emprunter une idée clé de l'édition en langue anglaise. La langue anglaise divise tous les écrits en deux grandes catégories: fiction et non-fiction, de la fiction et pas-de-la-fiction. Une telle simplicité‚ peut sembler choquant pour un esprit français, mais comme beaucoup de concepts anglais, cette distinction est d'un pragmatisme éclairant par sa naïveté. Si l'auteur admet au départ que son oeuvre est inventée de toute pièce, qu'aucun de ses personnages existe, que son texte n'a pas une parcelle de vérité historique ou documentaire, cette oeuvre est de la fiction. Si, au contraire, l'auteur prétend offrir au lecteur des informations bien réelles, qu'elles soient historiques, journalistiques, culinaires ou autres, son oeuvre est de la non-fiction. Il n'est pas nécessairement désirable de transposer cette dichotomie à la littérature de langue française, mais l'auteur et l'amateur de science-fiction pourront tirer de cette idée un argument pour combattre le rejet de leur domaine préféré aux sous-sols de la littérature.

          En empruntant cette catégorisation anglaise, nous pouvons suggérer que le trait distinctif n'est pas son origine dans l'imagination de l'auteur. Nous pourrions proposer une triple division des oeuvres de l'imagination, moins brutale, peut-être, que la division anglaise, mais suffisamment claire pour faciliter les distinctions nécessaires. Un ouvrage qui raconte une histoire imaginaire, mais qui ne remet pas en cause, dans sa trame ou son contexte, le monde de tous les jours, sera classée dans la catégorie matérialiste. Un ouvrage dans lequel l'auteur se permet de faire ce qu'il veut, sans s'astreindre à une cohérence, en utilisant le rêve ou la magie comme élément de son histoire, sera appelé fantastique. Un ouvrage dont l'élément de départ est une extrapolation ou une prémisse fondée dans une des sciences, naturelles, humaines ou autres, et dont l'auteur s'astreindra à respecter les contraintes, sera classé‚ dans la science-fiction.

          A l'intérieur de ces grandes catégories, on peut classer les ouvrages selon d'autres critères: le thème traité, le style, l'école littéraire, et tous les autres. Les ouvrages de science-fiction peuvent ainsi être classés selon le thème traité, ce qui, vu la centralité des questions scientifiques, correspond d'assez près à une classification chronologique.

L'évolution des thèmes depuis Jules Verne

          Sans faire preuve de chauvinisme, on peut attribuer à Jules Verne (1828-1905) le titre d'inventeur de la science-fiction, quoique pas du mot. Par un curieux retour, les jeunes Américains dont les rêves furent alimentés par les traductions en anglais des oeuvres de Jules Verne allaient produire des titres de plus en plus nombreux qui seraient les classiques du genre. On pense ici, pour n'en nommer que quelques uns, à Ray Bradbury, né en 1920, à Robert Heinlein, né en 1907, ou, peut-être surtout, à Isaac Asimov. Ce sont ces auteurs américains qui appelèrent leur littérature science-fiction. Des auteurs aussi prolifiques et imaginatifs que H.G. Wells ou Edgar Rice Burroughs ont beaucoup contribuer aux concepts et à la liste des publications, mais l'homme charnière, c'est Jules Verne. Avant lui, on écrivait des histoires fantastiques. Après lui, on a pu parler de science fiction.

          L'originalité‚ de Jules Verne, par ailleurs si bien servie par son talent, est d'avoir vu le drame et l'émotion dans les succès et les défis de la science moderne. Ses héros affrontent la nature et réussissent par l'application des principes scientifiques non seulement à la vaincre mais encore à la transformer en servante docile. Nemo peut fouiller l'âme des océans dans son sous-marin, dont l'énergie est tirée des fondements même de la matière. Les naufrages de l'Île mystérieuse analysent leur environnement et survivent grâce à leur maîtrise de la méthode scientifique.

          Les successeurs de Jules Verne continuèrent à poursuivre la même démarche, mais à mesure que les sciences et la technologie ouvrirent de nouveaux domaines, les auteurs attirèrent l'attention de leurs lecteurs sur l'avenir prodigieux que promettaient les nouvelles méthodes. Malgré l'idée souvent avancée que les auteurs de science-fiction proposèrent de nouvelles inventions, il est probablement plus exact de dire que ces auteurs cherchèrent les usages et les conséquences possibles des découvertes et des inventions des professionnels de la science. Il est amusant de constater, pour ne citer qu'un exemple, comment l'avenir imaginé‚ par les auteurs dans un recueil d'histoires des années trente (Asimov, 1988) a très mal vieilli. L'essentiel n'est donc pas la prédiction, mais la réflexion. Les thèmes et les questions évoluèrent à la mesure des découvertes et des inventions.

          Si la science-fiction est née de la réalisation de l'émotion que peut provoquer les découvertes des sciences physiques, dont le mot science était presque synonyme au départ, l'observation de phénomènes sociaux et la tentative de les maîtriser commença aussi à inspirer les auteurs. Il serait loisible d'affirmer que l'inspiration des sciences sociales se manifeste dans les travaux de H.G. Wells. Ce qui intéresse cet auteur, par exemple, dans The Time Machine, n'est pas la physique du voyage, mais l'évolution des structures sociales de son époque. (Suggérons en passant que l'influence de Wells dans ce sens explique pour beaucoup la différence entre les courants britanniques et américains.) Cette science-sociale-fiction prit de l'ampleur à partir de la fin de la Deuxième e guerre mondiale, alors que les auteurs s'interrogèrent sur les événements du sicle. Le triomphe de la technique n'accélère pas nécessairement le progrès de l'humanité.

          Certains auteurs commencèrent à souligner les impacts négatifs d'une science et d'une technologie hors de tout contrôle. Ce courant aboutit dans la vague cyberpunk évoquée tantôt au sujet des dystopies. Dans les histoires publiées aujourd'hui, les personnages utilisent des ordinateurs portatifs super-puissants et vivent dans des mondes super-pollués. L'attitude des auteurs préoccupés par ces questions est presque exactement l'inverse de celle de Jules Verne: il ne s'agit plus de triompher de la nature, mais de réparer les dégâts causes par les efforts de la science et de la technologie. L'intérêt suscité‚ par les questions de changement dans l'histoire est fort possiblement n‚ de la recherche d'un moment ou d'une décision à partir desquels l'évolution indésirable a commencée. Mais des questions sur ce genre de changement peuvent être posées de deux façons: à partir d'une interrogation sur la nature du temps, ou à partir d'une interrogation sur la nature de l'histoire.

Le temps et l'histoire

          La distinction entre le temps et l'histoire n'est pas purement littéraire. Le temps peut être perçu comme une dimension de l'univers, au même titre que l'espace, comme dans les théories d'Einstein. Il s'agit donc d'un aspect de la physique; le célèbre physicien Stephen Hawking a publié A Brief History of Time qui retrace la dimension du temps dans l'évolution de l'univers depuis le Big-Bang. L'histoire, par contre, est la tentative de créer un modèle cohérent et explicatif des actions des humains de génération en génération. Dans la mesure où le temps est lié à l'histoire, il s'agit du temps des humains, et non pas du temps des particules et des ondes.

          Cette différence fournit un critère d'une grande simplicité‚ pour distinguer l'histoire de voyage dans le temps de l'uchronie comme telle. Dans la première catégorie, la science qui instruit le scénario est la physique. Dans la deuxième, c'est l'Histoire qui est la science dans science-fiction. Cette distinction ne dépend pas bien sûr de la profession de l'auteur. James Hogan, ingénieur et physicien, a écrit The Proteus Operation, qui est pourtant bien une uchronie.

          Chez les auteurs, l'intérêt pour le temps est apparu au départ sans cette distinction essentielle. L'idée d'un voyage dans le temps date d'au moins 1771, dans L'An 2440 de Sébastien Mercier et se retrouve dans la production de certains auteurs qui ne sont pas ordinairement associés au genre de la science-fiction, comme Washington Irving - Rip van Winkle - ou Théophile Gautier - Le Club des Hachichins (Goimard, 1975). Mais il s'agit dans toutes ces histoires d'échapper au temps physique, ou à la mort. Dans la plus grande partie de ces histoires, ni l'aspect historique du temps et ni l'aspect technologique du voyage sont analysés. Cette indistinction est illustrée par la version filmée de La Machine à explorer le Temps, datant de 1960, dans laquelle l'avenir imaginé par Wells est expliqué‚ par les suites d'une guerre nucléaire, sans pour ailleurs changé‚ le décor et le scénario imaginés par Wells.

          L'intérêt de ces histoires de voyages dans le temps dépend du choc du voyageur lorsqu'il se retrouve dans un autre temps, le passé‚ ou le futur peu importe, et sa capacité‚ d'affronter les difficultés qui surgissent dans le scénario. Celui-ci est habituellement très classique, comprenant les thèmes de base de toute littérature: une quête, une initiation, un grand amour à gagner....L'auteur vise aussi, habituellement, à forcer une réflexion chez ses lecteurs, en mettant au centre de son univers imaginé‚ou de son scénario, une caricature d'un aspect de la société contemporaine.

Les changements du passé

          L'aspect historique du temps est apparu lorsque des auteurs ont imaginé‚ que le voyageur, lors de son retour dans le passé‚ ou sa projection dans l'avenir, accomplissait un acte qui changeait un aspect de l'histoire connu. Ce type d'histoire comprend souvent un des deux paradoxes classiques: le circuit fermé‚ et le paradoxe du grand-père. Dans le circuit fermé, le voyage dans le temps est lui-même la cause de l'univers rencontré‚ par le ou les protagonistes. La série de films tirés du roman de Pierre Boulle La Planète des Singes est un exemple de l'exploitation de ce thème. Goimard (1975) cite comme modèle du paradoxe du grand-père l'histoire de René Barjavel Le Voyageur Imprudent (1943) dans laquelle le personnage principal ne réussit pas à tuer Bonaparte au siège de Toulon, mais tue au contraire son arrière-grand-père.

          Les possibilités de changement du passé ont inspiré‚ à Jacques Rigaut, en 1923, une histoire prometteuse dans laquelle le voyageur dans le temps bouleverse l'Histoire: entre autres gestes, il tue l'enfant Jésus et coupe le nez de Cléopâtre

          Malheureusement, l'auteur s'est dégonflé et n'a pas essayé‚ de décrire le résultat (son personnage meurt dans sa machine à voyager dans le temps). Il a manqué l'occasion d'être un des pères de l'uchronie.

          Le roman de L. Sprague de Camp, De peur que les ténèbres (1939) marque par contre un effort de réflexion considérable sur la façon de changer l'histoire. Le protagoniste de cet auteur est transporté de l'Italie de Mussolini à l'époque du royaume des Goths, au 6e siècle. Notons en passant que de Camp ne s'intéresse pas à la physique de cet événement : un coup de foudre, et voilà.... L'intérêt de cette histoire tient dans la description détaillée des travaux du personnage dans son effort de changer l'histoire. Ses gestes sont plausibles, d'ailleurs et les réactions des personnages historiques sont très imaginables, en bonne partie parce qu'ils ne savent pas qu'ils sont des personnages historiques. Mais l'auteur ne s'attarde pas à imaginer le monde moderne qui serait né de cette formidable entreprise. Le message est peut-être implicite : si l'univers qui a créé Mussolini et ses semblables disparaît, tant mieux.

          S'il est possible de changer une fois les événements du passé‚ pour refaire l'histoire à son goût, pourquoi ne serait-il pas possible de changer les changements, dans une sorte de partie de saute-mouton à travers le temps ? C'est la suite logique et plusieurs auteurs se sont attaqués au thème. Poul Anderson a créé la série d'histoire qui traite de la Patrouille du Temps, sorte de gendarmerie einsteinienne chargée de maintenir l'ordre dans la chronologie et de réparer les dégâts des malfaiteurs qui veulent provoquer des changements les favorisant. Fritz Leiber a imaginé‚ les Time Wars, dans une suite d'histoires qui décrivent les affrontements entre deux civilisations de l'avenir qui cherchent à se détruire en changeant les événements à l'origine de l'une ou de l'autre. Cette idée est reprise dans les histoires et les romans de plusieurs auteurs, dont Simon Hawke qui en a fait lui aussi toute une série.

          Les prémisses de ces histoires contiennent des éléments d'uchronie, car les moments historiques créés sont au moins esquissés et le lecteur peut assez facilement s'arrêter à étoffer l'univers suggéré‚ et les événements. Toutefois, on n'admet généralement qu'une seule vraie Histoire, celle qui doit être protégée par la Patrouille du Temps, ou les Bons de l'intrigue (qui ne gagnent pas tout le temps). C'est une des marques du talent de Fritz Leiber que ses Serpents et ses Araignées ne sont ni les uns ni les autres des gentils ou des méchants; ils se font leur guerre pour des raisons et des causes que les simples combattants humains ne comprennent pas et ne peuvent comprendre.

Les collisions d'univers

          Les ennemis dans les Time Wars coexistent pourtant dans un même univers, dont ils essayent de s'arracher le contrôle. Pourquoi alors ne pas supposer que les civilisations en question coexistent et qu'il y a en fait plusieurs univers ? L'interprétation Everett-Wheeler de la physique quantique affirme que les micro-évènements au niveau sub-nucléaire créent des univers continuellement. Il n'y a donc aucune limite théorique au nombre d'univers possibles. Un auteur peut donc imaginer des circonstances ou des moyens qui permettent de voyager d'un univers à un autre.

          Plusieurs auteurs distingués ont fait d'intéressantes tentatives du genre. A. Bertram Chandler a publié‚ une suite d'histoires dont le décor est l'extrême limite de la galaxie, où les frontières entre les univers deviennent floues et perméables. Dans une de ces histoires, son protagoniste, le Commodore Grimes, doit interagir avec son pendant d'un autre univers; cette situation permet à l'auteur un peu d'auto-caricature, car son personnage se trouve lui-même assez barbant. De plus, Grimes II a épousé une ancienne fiancée, que Grimes a rejetée dans son univers, ce qui provoque quelques quiproquo.

          Une confrontation semblable est présente dans la série de Keith Laumer inaugurée par Worlds of the Imperium (1962). Brion Bayard voyage, dans ces histoires, d'un univers à un autre et s'y découvre lui-même dans le rôle d'une sorte de dictateur.

          Il s'établit dans un univers assez charmant, dans lequel il n'y a pas eu de guerres mondiales, mais doit protéger son épouse de créatures venues d'un autre univers. Tous ces univers coexistent dans une sorte de continuum, comme des hôtels sur une grande plage. Laumer prend la peine d'expliquer l'univers choisi par son protagoniste d'une façon assez cohérente.

          Une autre série de voyages entre univers existant côte-à-côte, d'où l'appellation d'univers parallèles, est l'oeuvre d'Andre Norton. Cet auteur prolifique a d'ailleurs écrit deux types d'histoires à partir de cette prémisse. Dans une série, les univers ont des histoires différentes - par exemple, il existe encore un Empire Inca - mais leurs lois physiques sont les mêmes que les nôtres. Ces histoire correspondent certainement à notre définition d'uchronie. Dans une autre série, l'univers en question est régie par la magie, ce qui le classe dans le genre du fantastique plutôt que de celui de la science-fiction selon les trois définitions qui délimitent la perspective du présent article.

          Le plaisir de ces histoires vient de l'art dont fait preuve l'auteur en décrivant à ses lecteurs la variété des univers visités. Ces descriptions comprennent des clins d'oeil au lecteur averti, des caricatures de personnages connus (dans notre univers) et des pointes ironiques. Dans la mesure où ces histoires tiennent leur inspiration de l'Histoire, ce qui exclurait seulement l'univers magique d'Andre Norton, il est possible de les considérer comme des uchronies. Il resterait, comme nous le ferons plus loin, à classer ces histoires, selon des critères scientifiques et littéraires, pour la cohérence de leurs univers et la témérité de leurs auteurs.

L'Histoire autre

          Le lecteur a sans doute déjà commencé à se faire un portrait de la progression conceptuelle du genre. Au début, les auteurs ont simplement imaginé‚ la possibilité‚ de voyage dans le temps, autant vers le futur que vers le passé‚. Puis, on a imaginé‚ la possibilité‚ de changer les événements menant au présent. Une fois cette idée lancée, il n'est pas surprenant que quelqu'un ait imaginé que les changements puissent se multiplier et même s'annuler; une version très amusante de cette idée est incluse dans le recueil de Goimard (1975), Moi, moi et moi de William Tenn. On imagina ensuite des luttes entre groupes défendant une version ou une autre de l'Histoire. Puis, des auteurs proposèrent la coexistence, pacifique ou pas, de plusieurs univers avec des Histoires différentes.

          Il ne restait plus qu'à couper le cordon ombilical avec notre univers et à élaborer dans un scénario un univers cohérent, aussi complexe que celui né de ce que nous appelons l'Histoire, mais qui serait, pour ses membres, le vrai univers. Le scénario qui installe ses personnages dans un univers complet et cohérent, sans lien aucun avec un autre univers, que ce soit le notre ou un autre, représente le pôle de l'uchronie pure. La progression vers l'uchronie pure s'est faite aussi par étapes successives.

          La premier roman généralement connu qui situe son personnage principal dans un univers parfaitement cohérent, où les comportements et les valeurs sont inventés à partir d'une analyse historiquement plausible des faits et leurs conséquences, est le Autant en emporte le temps de Ward Moore (1955). Le roman se passe dans une Amérique où les Sudistes ont non seulement gagné leur indépendance, mais sont devenus la puissance dominante. Les Etats-Unis, ce qu'il en reste, sont une puissance de troisième ordre parce que, dit le personnage principal, la défaite engendre le défaitisme et l'incapacité‚ d'innover et d'agir (leçon confirmée, peut-être, par l'histoire du Québec !). Il est vrai que ce personnage principal se retrouve dans notre univers, parce qu'il intervient à la bataille de Gettysburg, mais ce n'est pas pour lui, l'univers normal. Du point de vue de la distinction théorique que nous avons fait entre le temps des physiciens et le temps des historiens, ce roman est intéressant parce que le personnage principal est justement un historien. C'est la tentation de pouvoir assister en personne à un événement historique qui le pousse à accomplir le fatal voyage dans le temps.

          D'autres auteurs, non des moindres, ont voulu créer des univers complets, mais hésitent à couper complètement le lien avec notre univers. Michael Moorcock, qui s'intéresse à tout, a écrit trois romans, décrivant chacun un univers différent, chacun complet et cohérent, mais qui sont tous visités par un personnage central, Oswald Bastable, qui est originaire de notre univers. Ce personnage joue à la fois un rôle de représentant du lecteur, réagissant aux différences entre notre univers et celui de l'histoire, et de porte-parole de l'auteur, qui introduit ses opinions sous forme de commentaires par son personnage. En plus de ces romans de Moorcock, il faut souligner The Gate of Time (1966) de Philip Jose Farmer. Ce roman est situé dans un univers très complexe et très cohérent, et le déplacement du personnage principal d'un univers à l'autre est justifié‚ par la chute surprise offerte par l'auteur.

          Mais il existe des uchronies pures, selon notre définition. Il ne s'agit pas ici , c'est certain, de porter un jugement sur la qualité‚ littéraire d'une oeuvre, ou de faire des suppositions sur le plaisir qu'en tirera tel ou tel lecteur, mais de distinguer des oeuvres selon un critère essentiellement philosophique.

          Dans le Pavane de Keith Roberts (1966, 1976), les personnages évoluent dans un univers sans Réforme et sans Révolution industrielle. Personne ne voyage d'un univers à un autre et aucune suspicion de la multiplicité‚ des univers n'effleurent la pensée d'un personnage. L'univers est comme il est et si l'on peut espérer changer l'avenir, le passé‚ est inexpugnable. Pavane est certainement une uchronie pure.

          D'autres exemples existent d'uchronie pure, peut-être moins connus. Le lecteur connaît fort possiblement Le maître du haut-château (1962), de Philip K. Dick, qui se situe dans un univers dominé par le Japon et l'Allemagne, co-vainqueurs de la Deuxième guerre mondiale. Depuis quelques années, deux auteurs se sont distingués pour la cohérence de leurs univers et la qualité‚ de leurs scénarios. Kirk Mitchell inaugura avec son roman Procurator (1985) une série située dans un univers dominé‚ par un Empire Romain indestructible, dont la différence clé est l'absence du christianisme. Harry Turtledove - Agent of Byzantium (1988) - a lui aussi préservé l'Empire Romain, mais celui d'Orient - que nous appelons habituellement l'empire Byzantin - préservé, lui, par la conversion de Mahomet au christianisme. Turtledove a même l'élégance historique de canoniser son Maoumet: un homme d'une telle énergie n'aurait-il pas marqué l'Eglise ?

          La revue Imagine s'est intéressé à plusieurs reprises aux uchronies. Le numéro 14 est consacré aux uchronies et le lecteur est invité à revoir ce numéro, possiblement en analysant les histoires selon les distinctions que nous avons proposées ici.

          D'autres histoires publiées ultérieurement sont aussi une sorte d'uchronie, dont notre Vive l'empereur ! (Imagine n°43), une uchronie à plusieurs fonds, qui attire le lecteur de plus en plus loin de notre univers: à propos, il ne faut pas lire cette histoire si on n'aime pas les chats. En 1991-1992, Imagine a publié‚ en feuilleton (numéros 55 à 58) notre roman La Concession, situé dans un univers où l'Amérique est française, ou peut-être faudrait-il dire québécoise, car la ville de Québec est le Washington D.C. de cet univers. Dans cette histoire, nous avons essayé‚ d'imaginer un vingtième siècle sans les influences de l'Amérique anglo-saxonne, telles que la démocratie jacksonienne, le capitalisme ou le sport professionnel (ou faut-il dire le sport industriel ?). Autant cet univers peut sembler bizarre au lecteur, autant il est normal et même inévitable pour les personnages. Aucun doute qu'il s'agit ici d'une uchronie pure.

          Soulignons que La Concession reprend aussi un peu la prémisse de Ward Moore, que la défaite engendre la défaite. Les Américains de ce scénario, ce sont les Québécois - les Canadiens - sans 1763 : ils agissent, voyagent, complotent et argumentent sans douter un instant de leur force ou de leur droit. Comme Kirk Mitchell et Harry Turtledove, nous avons cherché à nous imposer des règles strictes d'évolution historique, en appliquant le critère avancé‚ au début du présent texte pour distinguer la science-fiction du fantastique. Comme aurait dit Theodore Sturgeon, nous avions droit à un seul gros mensonge.

Les autres visions du temps

          Comme tout autre système de classification, celui que nous avons proposé ici ne peut englober tous les efforts de l'imagination que peuvent nous proposer les auteurs. Auteurs et lecteurs de science-fiction s'entendront pour refuser des limites à l'imagination et riront de tout système qui voudrait se prendre trop au sérieux. Les distinctions que nous avons proposées ici ne doivent servir qu'à éclairer une réflexion.

          Plusieurs auteurs ont tenté‚ de concevoir l'histoire qui aurait pu être. D'autres ont même semé‚ le doute sur la prétention des historiens de parler significativement de ce qui est arrivé‚ jadis. Le recueil édité par Squire (1931), IF..., ne faisait pas appel à des auteurs de science-fiction, mais le texte de Winston Churchill a pu être inclus dans un recueil ultérieur. Le lecteur historien ne sera peut-être pas surpris d'apprendre que Toynbee lui-même a publié‚ deux textes imaginant un monde dominé‚ par la civilisation grecque, suite au long règne de Philippe de Macédoine ou de son fils Alexandre. George Macdonald Fraser, lui, suggère que l'histoire - ou l'Histoire - est une vaste fumisterie : dans sa série de romans Flashman, qui se prétendent les mémoires d'un vieux général égoïste, poltron et corrompu, mais parfaitement lucide, l'Histoire avec un grand H en prend tout un coup. La thèse de Fraser reprend pour l'essentiel le mot de Voltaire, que l'histoire est un mauvais tour que les vivants jouent aux morts.

          Il faut aussi rappeler que tout récit qui se situe dans l'avenir fait nécessairement une place à l'histoire, mais habituellement de façon inconsciente. Le contexte qui justifie le scénario est le résultat des événements qui se sont suivis du temps présent au temps des personnages. Toutefois, peu d'auteurs cherchent à respecter l'histoire comme science dans leurs prémisses, qui sont plutôt ancrées dans les sciences de la nature ou une version des sciences sociales. Il peut arriver qu'un auteur fasse usage de certains principes de l'histoire pour asseoir ses écrits. Robert Heinlein (1967) a tenté‚ d'imaginer deux siècles d'histoire future et a situé une douzaine de contes et de nouvelles dans cet univers historique très structuré‚. Peut-être parce qu'il a essayé‚ de penser en historien, Heinlein n'a pas essayé de faire de prédictions.

          On pourrait argumenter aussi que les quatre séries de Star Trek tiennent en partie dans une construction historique, allant de notre vingtième siècle, au vingt-troisième de la première série jusqu'au vingt-quatrième des autres. Pourquoi d'ailleurs s'arrêter là ? La réalité finira bien par imiter le scénario ! Mais attention, ces émissions illustrent deux des principes qui soutiennent la distinction que nous faisons entre l'uchronie et les scénarios d'avenir ou de voyage dans le temps. D'une part, les textes démontrent bien la difficulté‚ de toute prédiction. Le film Le Retour comprend une scène dans lequel le quartier-général reçoit un message de Leningrad, pourtant redevenu St-Pétersbourg quelques années après la sortie du film.

          Un historien aurait pu faire des suggestions sur le portrait de l'avenir. D'autre part, la version du temps qui domine est celle des physiciens, un temps dans lequel on peut se balader comme dans un métro.

          Mais même la frontière entre le temps des historiens et celui des physiciens peut être franchie. Robert Anton Wilson a écrit une fascinante illustration d'un mariage entre les deux temps, Shroedinger's Cat, dont les trois volumes gèrent le temps chacun selon un diffèrent modèle physique. Non seulement y retrouve-t-on des univers parallèles, mais les personnages existent simultanément et consciemment dans ces univers. Certains personnages sont même conscients d'être des personnages d'un roman, écho philosophique du personnage d'une uchronie qui croit vivre dans le seul univers réel.

          L'uchronie comme telle représente toutefois une catégorie très prometteuse pour les auteurs de science-fiction, dont la pensée est toujours au conditionnel. Depuis quelques années, de plus en plus d'auteurs, du moins en langue anglaise, se sont intéressés à cette catégorie de récits. On remarque aussi que les prémisses de base deviennent de plus en plus variées. Il existe beaucoup (trop ?) d'histoires qui imaginent une victoire sudiste dans la Guerre de Sécession ou une victoire de Napoléon à Waterloo. Nous connaissons maintenant des histoires qui érigent des empires romains parfaitement crédibles ou une Amérique devenue française - ou québécoise, si l'on préfère. En 1991, Gibson a publié‚ un roman qui donne le rôle clé à Charles Babbage, qui aurait réussi à construire sa difference engine, donnant au dix-neuvième siècle le premier ordinateur. En 1991 aussi, James White a écrit un roman sis dans un univers dominé‚ par l'empire Irlandais, plus agréable peut-être que le nôtre pour la place qui y est fait aux Amérindiens, mais plus inquiétant lorsque on lit la description d'une guerre nucléaire limitée entre les empires chinois et japonais.

          L'uchronie, comme le voyage dans le temps, est cependant assez peu présente dans les media, comme la télévision et le cinéma. Peut-être est-ce du à la difficulté‚ des concepts impliqués ? Il est vrai que ces thèmes apparaissent de temps en temps dans les scénarios: deux épisodes de Star Trek et au moins un de Star Trek TNG ont trait des modifications de l'histoire et des conséquences possibles. Code Quantum s'adresse aussi à l'idée de modification de l'histoire, quoique on y retrouve encore plutôt le temps du physicien que celui de l'historien. Ce désintérêt peut avoir plusieurs explications: les cinéastes n'ont pas encore découvert le thème, les spectateurs sont encore plus enchantés par les gadgets que le scénario (à preuve, La Guerre des Etoiles), ou l'histoire est si peu connue que les spectateurs ne sauraient pas faire la différence. Peut-être faudrait-il que des peuples pour qui l'histoire vécue n'est pas très valorisante demandent à leurs cinéastes de leur proposer autre chose.

Conclusion

          L'uchronie est un sous-genre de la science-fiction, dans laquelle la science qui sous-tend le scénario est l'histoire. Une uchronie suppose l'existence d'un univers dans lequel l'histoire a pris un chemin diffèrent que celui que nous connaissons. L'auteur a respecté certains principes de méthode historique et a cherché à maintenir une cohérence dans les événements de son contexte. L'uchronie pure exclut les voyages entre univers, mais construit plutôt un univers complet, dans lequel l'imagination d'une évolution la plus différente possible fait partie de l'art et du plaisir.

          Y aurait-il des critères permettant de définir l'uchronie réussie ? Pour aider la réflexion, nous en proposerons modestement deux, à considérer en plus des critères ordinaires qui produisent, en tout genre de littérature, le plaisir du lecteur : premièrement, l'imagination, la bizarrerie même, qui transporte le lecteur dans un univers étrange produit par une réalité autre ; deuxièmement, la cohérence et la solidité‚ de l'univers autre et des personnages qui l'habitent.

          Les Grandes Etapes de la civilisation française de Jean Thoraval (Paris, Bordas, 1972) réussit, en sept cents pages bien tassées, à ne pas mentionner Jules Verne, qui a pourtant beaucoup plus contribué à l'essor de la civilisation française que Joseph ou Horace Vernet - même plus, disons le, que Paul Verlaine. Nous pouvons donc soupçonner que les idées qui portent l'avenir ne sont pas nécessairement les plus connues en leur temps ou celles qui attirent le plus l'attention officielle. L'uchronie, comme la science-fiction en général, représente une tentative de se libérer des cadres sociaux, institutionnels, épistémologiques ou autres, qui empêchent l'humain de vraiment penser. Si on ne peut oublier le passé‚ par crainte de le répéter, il faudrait apprendre à imaginer les passés possibles, pour mieux imaginer les futurs possibles.

Pierre Corbeil          

Première parution :
Solaris n°110, été 1994



Notes bibliographiques

          Pour compléter cette réflexion sur le genre de l'uchronie, nous offrons au lecteur un outil de travail bibliographique. En préparant cette analyse, nous avons recueilli quelques dizaines de titres illustrant les diverses approches utilisées dans les scénarios plus ou moins uchroniques et dans les autres traitements du temps. Cette liste n'est certainement pas complète.
          Serait-il possible de dresser une bibliographie complète, quand on sait que le seul thème de la victoire sudiste dans la guerre de Sécession a inspiré des centaines de textes ? Il y a là un mémoire de maîtrise, ou une thèse. Mais la liste que nous produisons ici permettra au lecteur de reconnaître les thèmes et de se faire lui-même un programme de lecture, pour occuper ses vacances par exemple.
          En plus des informations bibliographiques habituelles, nous avons identifié les textes selon le thème qu'ils abordent, en fonction des distinctions que nous avons présenté dans notre texte (Auteur Titre Maison d'édition Lieu Date Perspective).

          Adams, Robert, Ed Alternate Worlds, Signet Books New York 1949, 1987 Histoire totalement différente
          Adams, Robert, Ed Alternatives, Baen Books New York 1989 Histoire totalement différente
          Anderson, Poul, The Corridors of Time, Berkley Books New York 1965 Changer le passé
          Anderson, Poul, A Midsummer Tempest, Del Rey Books New York 1974 Collision d'univers
          Benford, G. & M.Greenberg, Eds Hitler Victorious, Berkley Books New York 1986 Histoire totalement différente
          Benford, G. & M.Greenberg, What Might Have Been, 3 Vols Bantam Books New York 1991 Histoire totalement différente
          Bouyxou, J.P. La science-fiction au cinéma, 10/18 Paris 1971 Absence du thème au cinéma
          Chandler, A. Bertram, Into the Alternate Universe, Ace Books New York 1964 Collision d'univers
          Chandler, A. Bertram, The Coils of Time, Ace Books New York 1964 Collision d'univers
          Chandler, A. Bertram, Contraband from Outer Space, Ace Books New York 1967 Collision d'univers
          Chandler, A. Bertram, The Rim Gods, DAW Books New York 1968 Collision d'univers
          Chandler, A. Bertram, The Dark Dimensions, DAW Books New York 1971 Collision d'univers
          Chandler, A. Bertram, Kelly, DAW Books New York 1983 Histoire totalement différente
          Corbeil, P., Vive l'empereur !, Imagine 43 1988 Histoire totalement différente
          Corbeil, P., La Concession, Imagine 55-58 1991-1992 Histoire totalement différente
          De Camp, L. Sprague, Lest Darkness Fall, Ballantine Books New York 1939‚1974 Changer le passé
          Deighton, Len, SS-GB, Grafton Books London 1978, 1980 Histoire totalement différente
          Dick, Philip K., The Man in the High Castle, G.P. Putnam.s Sons New York 1962 Histoire totalement différente
          Edmonson, G.C, The Ship that Sailed the Time Stream, Ace Books New York 1965 Collision d'univers
          Edmonson, G.C., To Sail the Century Sea, Ace Books New York 1981 Changer le passé
          Farmer, Philip Jose, The Gate of Time, Quartet Books, London 1966, 1974 Histoire totalement différente
          Frankowski, Leo, The Cross-Time Engineer, Ballantine Books New York 1986 Changer le passé
          Frankowski, Leo, The Flying Warlord, Ballantine Books New York 1989 Changer le passé
          Gibson, William, The Difference Engine, Bantam Books New York 1991 Histoire totalement différente
          Goimard, Jacques, Histoires de voyages dans le temps, Le Livre de Poche Paris 1975 Voyages dans le temps
          Harrison, Harry, A Rebel in Time, TOR Books New York 1983 Changer le passé
          Heinlein, Robert A., The Past through Tomorrow, Berkley Medallion New York 1939-1967 Histoire du futur
          Hogan, James P., The Proteus Opération, Bantam Books New York 1985 Changer le passé
          Kantor, MacKinlay, If the South had won the Civil War, Bantam Books New York 1961 Histoire totalement différente
          Kube-McDowell, Michael, Alternitie, Ace Books New York 1988 Collision d'univers
          Kurland, Michael, The Whenabouts of Burr, DAW Books New York 1975 Collision d'univers
          Laumer, Keith, Worlds of the Imperium, Ace Books New York 1962 Collision d'univers
          Laumer, Keith, The Great Time Machine, Hoax Ace Books New York 1963,1984 Changer le passé
          Laumer, Keith, The Other Side of Time, Signet Books New York 1965, 1972 Collision d'univers
          Laumer, Keith, Time Trap, Baen Books New York 1970 Changer le passé‚
          Laumer, Keith, Dinosaur Beach, DAW Books new York 1971 Changer le passé
          Leiber, F., Try and Change the Past, in The Best of Fritz Leiber Ballantine Books New York 1958 Changer le passé
          Leinster, Murray, Sidewise in Time in Asimov, I.(ed.) Classic Science Fiction Robinson London 1934 Collision d'univers
          Ley, Sandra, Beyond Time, Pocket Books New York 1976 Histoire totalement différente
          Mitchell, Kirk, Procurator, Ace Books New York 1985 Histoire totalement différente
          Mitchell, Kirk, Cry Republic, Ace Books New York 1989 Histoire totalement différente
          Moorcock. Michael, The Warlord of the Air, DAW Books New York 1971 Histoire totalement différente
          Moorcock. Michael, The Steel Tsar, DAW Books New York 1981 Histoire totalement différente
          Moorcock. Michael, The Land Leviathan, Granada London 1981 Histoire totalement différente
          Moore, Ward, Bring the Jubilee, Avon Books New York 1955 Changer le passé
          Norton, Andre, Star Gate, Harcourt Brace Jovanovic New York 1958 Fantastique et magie
          Norton, Andre, Quest Crosstime, Ace Books New York 1965 Collision d'univers
          Quarrie, Bruce, Hitler: the victory that nearly was, David & Charles London 1988 Histoire totalement différente
          Roberts, Keith, Pavane, Berkley Books New York 1966, 1976 Histoire totalement différente
          Shea, R. & R.A.Wilson, Illuminatus (3 vols), Dell SF New York 1975 Interprétations historiques
          Silverberg, Robert, An Outpost of the Empire, IASF, 15: 12 & 13 New York 1991 Histoire totalement différente
          Squire, J.C., If It Had Happened Otherwise, Longmans, Green & Co New York 1931 Histoire totalement différente
          Toynbee, Arnold, If Ochus and Philip had Lived on in Some Problems of Greek History, Oxford 1969 Histoire totalement différente
          Turtledove, Harry, Agent of Byzantium, Worldwide New York 1988 Histoire totalement différente
          Van Vogt, A.E., Masters of Time, Manor Books New York 1942, 1967 Changer le passé‚
          White, James, The Silent Stars Go By, Del Rey Books New York 1991 Histoire totalement différente
          Wilson, Robert, A. Shroedinger's Cat (3 vols), Pocket Books New York 1979, 1981 Physique quantique et l'histoire

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