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Andrevon au micro (Interview)

Bernard BLANC

Le Citron hallucinogène n°15bis, juillet 1980

     Où en es-tu en science-fiction ?
     La SF aurait plutôt tendance à me fatiguer, parce qu'il me semble qu'en tant qu'auteur j'en ai fait le tour en douze ans de pratique intensive ; et aussi parce qu'elle tend à se confondre avec la littérature en général, ce qui au demeurant n'est pas une mauvaise chose, pour la littérature générale particulièrement.
     Quant à la SF française, elle aussi fatigue, parce qu'à trop vouloir être à la botte de la réalité présente, elle en a oublié l'imaginaire, même si les grands auteurs ne l'ont jamais quitté (Jeury), et si d'autres y font retour (Curval). Ceci dit esthétiquement, il ne faut pas oublier le com­mercialement : de ce point de vue, elle n'échappera pas à la crise, même si elle se situe entre la littérature générale (qui y plonge) et la bande dessinée (qui se porte encore bien). L'avenir est à la centralisation, aux best-sellers, aux collections de poche : les livres peu lus, les collections chères, crèveront. Beaucoup d'auteurs français en sont, ce pourquoi la plupart d'entre eux, futés et sentant venir le vent, essayent de forcer les portes du Fleuve Noir. Ils ont raison.

     Tu te tournes vers le fantastique ?
     Je ne crois pas que j'abandonnerai jamais totalement la SF. Plutôt je l'aménagerai. Un de ces aménagements est le fantastique que j'appelle moderne, et qui a délaissé les fantômes et les châteaux gothiques pour les fantasmes et les bretelles autoroutières (ou les parkings, ou les hôpitaux, ou tout autre lieu concentrationnaire moderne). Le fantas­tique moderne, c'est en somme l'angoisse du dehors qui se reflète dedans. Dans le genre j'ai en lecture un roman (Cauchemar... cauchemar !), un recueil de contes courts (Des îles dans la tête), et en préparation un autre recueil, composé uniquement d'après des rêves que je fais : D'une nuit sur l'autre. Et en Novembre sort chez Denoël une anthologie de récits fantastiques français : L'oreille contre les murs.

     Tes projets SF ?
     Pour ce qui est de la SF, je travaille en ce moment à un gros recueil sur la guerre atomique (avant, pendant et après), ce qui peut faire également parti des fantasmes. Le titre : Neutron. En préparation aussi, une anthologie faite en collaboration avec Henri Gougaud, La fin du monde, 13 fois, sur le thème du dernier homme (ou de la dernière femme). En somme on reste dans la gaieté et la gaudriole.

     Tu dessines beaucoup, aussi ?
     J'essaye toujours de me faire un « nom » dans le monde du graphisme, mais c'est dur. Ainsi, une bande dessinée faite en collabo­ration avec Philippe Cousin d'après notre nouvelle de Compagnons en terre étrangère, La saga des Bibendum, a été refusée partout. J'avais également fait sept planches devant démarrer un troisième tome de Ceux-là (les deux premiers étant dessinés par Pichard), mais Wolinski et d'autres les ont refusées. J'ai enfin en souffrance d'éditeur un gros album regroupant tous mes dessins écologiques et politiques, parti­culièrement ceux parus dans la Gueule Ouverte, avec pas mal d'inédits. Kesselring me l'a gardé un an pour finalement ne plus le prendre. Au secours !
     Petite satisfaction : une bande de deux planches sur un poème de Christin a paraître dans Pilote ; des projets de couvertures pour Fiction et Galaxie-bis ; l'illustration d'un bouquin de maths modernes, mais oui ! Et comme scénariste, une nouvelle série, dessinée par Véronique Frossard, une jeune Suisse pleine d'accent et de talent, destinée en principe à Charlie mensuel.

     Que devient ton dessin animé ?
     Les hommes-machines contre Gandahar, dont Laloux a pris option pour les droits voici sept ans ( !), est toujours en panne. Les studios montés par Laloux à Angers n'étaient pas rentables. Aux dernières nouvelles, le film devrait se faire au Québec, avec le système des tax-shelters. Mais Laloux semble préférer tourner d'abord une adaptation de L'orphelin de Perdide de Stefan Wul, dessins Moebius, scénario Manchette. Bravo ! (mais je n'ai toujours pas touché un sou, et un sou, c'est un sou).

     Comment passe-t-on de la SF à la chanson ?
     Je ne suis passé de rien à rien : dès mon plus jeune âge, j'ai commencé à dessiner, à gratter la guitare, à écrire des brouillons de SF. C'est par hasard (ou disons parce que le « succès » — hem !) a été plus immédiat, que l'écriture a supplanté professionnellement les deux autres moyens d'expression. Mais par exemple, ma première nouvelle professionnelle a été publiée dans Fiction en Mai 68. Et en Juillet de la même année, je sortais premier aux finales régionales de la « Fine Fleur de la chanson » de Luc Bérimont ! Mais je me suis dégonflé et n'ai pas tenté les finales nationales... L'idéal pour moi, ce n'est pas de faire « carrière » où que ce soit, mais de survivre en faisant ce qui me plait. En ce sens, si je pouvais faire un peu plus de chanson et de dessin au détriment de l'écriture, ce serait parfait. Alors un disque, ou même plusieurs, pourquoi pas !

     Comment vois-tu l'avenir de la chanson française ?
     Le « chroniqueur chansons » de Charlie n'a pas les pieds dans une boule de cristal, mais il me semble que le vent souffle plus vers les groupes rock (et la chanson qui s'y frotte, comme Marna Béa ou Higelin), que vers la chanson telle que je la pratique. Mais je crois aussi qu'il y a place pour tout le monde, et que les circuits des maisons de jeunes sont pleins de jeunes auteurs-compositeurs-interprètes qui ont quelque chose à dire et savent le faire en scène. La chanson, c'est l'expression populaire par excellence. Elle survivra de toute façon, avec des hauts et des bas.


Texte : Jean-Pierre Andrevon - Dessin : Filipandré

     Qui admires-tu en ce domaine ?
     Mes premières amours, au début des années 50, ont bien sûr été Brassens et Félix Leclerc, plus un homme bien oublié aujourd'hui, et à tort : Stéphanne Colmann. Ensuite est venu Brel, qui me colle toujours à la peau et à l'âme. Parmi les plus jeunes, je suis fidèle à un quatuor qui a su mêler le social et les p'tites fleurs : Henri Tachan, Michel Bühler, Henri Gougaud et Gilles Servat. Zut et horreur, je m'aperçois que j'ai oublié les femmes ! Alors ajoutons Anne Sylvestre pour sa santé et son humour, et Catherine Derain qui mêle en virtuose le féminisme et l'amour fou.


*

     Hit-parade SF d'Andrevon

     Les chroniques martiennes, de Ray Bradbury (Denoël) :
     Parce que c'est une superbe remise en cause du colonialisme et de l'anthopomorphisme, mais faite en douceur et en poésie.

     Le diable l'emporte, de René Barjavel (Denoël) :
     Parce que c'est le comble de la noirceur sur un sujet qui a fait des petits (la der des der), mais avec plein de tendresse autour.

     Tous à Zanzibar, de John Brunner (Laffont) :
     Parce que c'est le premier panora­ma exhaustif de tout ce qui nous attend (pollution, surpopulation), sexe et violence en prime.

     Malevil, de Robert Merle (Gallimard) :
     Parce que sur le sujet rebattu de la fin du monde et du recommencement, c'est beau comme un camion.

     Le fleuve de l'éternité (et ses suites), de Philip José Farmer (Laffont) :
     Parce que ça exprime nos fantasmes les plus forts (immortalité, jeunesse éternelle) au sein d'une saga à vous couper le souffle.
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Biographies, catégorie Bios

 
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