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Entretien avec Léa Silhol

Lucie CHENU

Onire, avril 2004

     Léa, tu es essayiste, nouvelliste, anthologiste, éditrice, romancière... Est-ce que toutes ces déclinaisons de l'écriture interfèrent entre elles et comment ? Arrive-t-il que l'une d'entre elles soit en conflit avec les autres ?

     Je pense que le fait d'avoir sur l'écriture un regard d'éditeur, donc très « chirurgical » me pousse à être très maniaque sur mes propres textes. Sur la structure, notamment, et la quête du « sens ». Pour ce qui est du conflit ce serait... le fait, seulement, que mon travail d'éditeur et d'anthologiste a tendance à manger le temps que j'aimerais consacrer à l'écriture !

     Il arrive que la confusion se fasse entre Léa Silhol, auteure et anthologiste, et les éditions de l'Oxymore : peux-tu expliquer ton travail au sein de l'Oxymore ?

     Je suis Directrice Littéraire, et Directrice Artistique. C'est à dire, en gros, que c'est moi qui propose les livres à publier au staff éditorial, puis dirige le travail dessus, tant au niveau du texte qu'au niveau graphique (couvertures, illustrations intérieures, maquettes). Enfin, du moins sauf sur mes livres à moi, sur lesquels la direction est déléguée à un autre directeur de collection, le plus souvent Natacha Giordano qui est sans contestation possible la personne au monde qui connaît le plus mon travail. Après avoir publié mes livres chez d'autres éditeurs, et bien que je continue à y publier des nouvelles ou des ouvrages de non-fiction, c'est chez l'Oxymore que je me sens le mieux. Et à présent que mes livres fonctionnent vraiment, je préfère publier mes travaux d'auteur dans une boîte dont je connais bien le fonctionnement honnête et humain. Même si le patron pourrait vous dire que dans ces cas-là, je râle comme n'importe quel auteur, pinaille sur les contrats et remet en cause les corrections (rires).
     Alors oui, certaines personnes font la confusion, et elle me gêne horriblement, parce que je ne suis pas plus l'Oxymore que l'Oxymore n'est moi. Et je trouve cette confusion très incorrecte vis à vis de mes autres collaborateurs, qui se dévouent autant et parfois plus que moi à cette boîte tous les jours.

     Quand tu diriges une anthologie comme Emblèmes ou Emblémythiques, as-tu l'impression d'exercer ton métier d'auteure ou celui de Directrice Littéraire ?

     Une variante de mon métier de Dir-Litt, oui. Même s'il y a indubitablement une partie très créative dans le travail d'anthologiste, cela ne se rapproche pas du tout d'un travail d'écrivain. Un anthologiste donne à un recueil collectif son identité, mais il ne le créée pas.

     Tu viens de publier chez l'Oxymore La Tisseuse, contes de fées, contes de failles, une reprise corrigée et modifiée des Contes de la Tisseuse qui étaient sortis chez Nestiveqnen. Tu as remplacé les trois textes millénaristes par une novella, Le Vent dans l'Ouvroir, qui relie certaines nouvelles à ton roman La Sève et le Givre. Tu en as aussi profité pour accorder une place toute particulière aux illustrations. Penses-tu que tu aurais eu cette possibilité si tu n'avais pas été par ailleurs directrice littéraire chez l'Oxymore ?

     Oui, bien sûr. Le dernier roman de Tanith Lee paru chez nous, Aradia, est tout autant illustré, et je n'en suis pas l'auteur. Et toutes les nouvelles de la collection Emblémythiques sont tout aussi bien illustrées. C'est une marque de fabrique, en quelque sorte. Le seul avantage que j'ai vraiment eu, c'est que jusqu'au dernier moment, et au risque de le rendre fou, je me penchais par-dessus l'épaule du maquettiste pour dire « attends, je veux changer ce mot, là ! ». Possibilité que n'auraient pas eu des auteurs qui n'auraient pas été dans le bureau.
     Pour ce qui est du roman et de la novella du recueil... en fait cela se dévoile petit à petit, mais tous mes textes sont liés, de fait.

     Tu accordes une grande importance aux illustrations, tant dans ton travail d'auteure que dans ton travail d'éditrice. Dirais-tu que le visuel, peinture, graphisme, compte particulièrement pour toi ?

     Tu sais, une grande partie de mes études se firent en filières « Arts Plastiques », donc l'art m'est un peu chevillé au corps. Mais, plus ce que le visuel ou le graphisme, ce qui compte le plus pour moi, c'est la beauté. De fond et de forme. La beauté du texte doit être accompagnée par la beauté de l'objet qui le présente. C'est surtout cela, en fait.

     Que lis-tu ?

     J'ai été très longtemps, une lectrice boulimique. Je lisais littéralement tout ce que je trouvais, de théories philosophiques aux livres d'anthropologie. Des recueils de légendes aux livres policiers, et beaucoup de SF (Van Vogt, Asimov, Sturgeon, Wolfe, De Vinge...), puis de Fantastique (King, Ray, Barker...) et de Fantasy (Tolkien, Hambly, Howard, Lee...). Maintenant, mon métier me laissant si peu de place, je lis surtout « pour le travail », donc des manuscrits inédits et énormément de traités de folklore. Les seules entorses que je fais « pour le plaisir » c'est la lecture des derniers Tanith Lee, et du cycle du Wheel of Time de Robert Jordan. En ce moment, je viens de terminer L'Echafaud de Gérald Duchemin, qui est un vrai bonheur jubilatoire, et je suis plongée dans les nouvelles de Virginia Woolf.

     Quels sont les auteurs que tu admires, en fantasy et hors-fantasy ?

     Enormément d'auteurs classiques, de théâtre et de poésie sur tout. En tête : Shakespeare. Le fait que plusieurs critiques aient qualifié mon roman de « Shakespearien » est une des choses les plus agréable qu'on m'ait dites ! Corneille, Anouilh. En poésie : Eluard en tête, Dickinson, Yeats... En Fantasy... Tolkien au premier chef. C'est très bien vu de se détourner de Tolkien maintenant qu'il est devenu à la mode, et cela me hérisse. Films ou pas, mode ou pas, Tolkien m'a donné, il y a 20 ans et quelques le pays de mon cœur, et c'est une allégeance inaliénable. Une partie de moi vivra toujours au Beleriand. Tanith Lee, qui est un auteur unique en son genre, Jordan, Hambly...

     Qu'est-ce qui nourrit ton imaginaire ?

     Les lieux, beaucoup. Les villes que j'aime. New York, qu'on voit énormément dans mes histoires, Venise, qui est le pendant évident de mon Isenne. L'Irlande, toujours. Londres, Edimbourg. Les gens, ceux qui s'élèvent au-dessus de la condition minimale de survie. La musique, énormément, qui est pour moi l'art de l'émotion pure.

     Beaucoup de tes textes ont trait à la mythologie, en particulier la mythologie gréco-latine. A-t-elle une importance particulière pour toi ? Et le Japon médiéval ?

     La Mythologie est, littéralement, mon premier amour. Je l'ai aimée avant d'aimer la Littérature. Et il est même probable que j'ai appris à lire si tôt rien que pour pouvoir dévorer des livres de Mythologie. C'est celle de la Grèce que j'ai connue et aimé en premier, c'est donc probablement pour cela que j'y reviens sans arrêt. Pour ce qui est du Japon... c'est la civilisation entière qui me fascine, l'esprit. Depuis les armes blanches, que je collectionne, jusqu'aux philosophies martiales.

     Tes fées, elles aussi, se rapprochent plus des fatae, des figures du Destin, que des gentilles marraines et méchantes Carabosse. Le Destin te fascine-t-il particulièrement ? Comment et pourquoi lui céder, comment lui échapper ?

     Oui, c'est vrai, j'ai une immense fascination pour le Destin. Pour les choses « écrites ». Il y a deux mots que j'aime particulièrement, c'est « conviction » et « s'affranchir ». Et c'est dans la façon dont nous dansons avec le Destin que ces concepts, ces mots, peuvent tracer leurs plus belles métaphores. Je crois que pour se libérer des impondérables de ses origines, de son histoire, de son karma, l'homme doit « pousser » contre la vie. Mettre toutes ses forces en mouvement. Et j'aime cela, la mécanique de la volonté et de l'effort.

     Dirais-tu que tes Fées sont cruelles ?

     hmmm... non. Pas ça. Je dirais qu'elles sont 'amorales'. Leurs valeurs ne sont pas les mêmes que les nôtres. Selon nos valeurs à nous bien sûr elles peuvent paraître cruelles, mais selon les leurs, leurs actions suivent une logique parfaitement équitable.

     L'Eau est l'élément qui guide le lecteur à travers les pages de La Tisseuse. Qu'est-ce que l'eau, pour toi ?

     Paradoxalement... la vie, et la mort. Les deux en un. Comme l'arbre celtique dont les branches s'ajointent aux racines. L'eau est la force impossible à stopper, le réconfort. Et aussi la mort, l'engloutissement, l'oubli. La perte et le flux de la mémoire.

     Le Noir et le Blanc sont très présents dans tes écrits. Une raison particulière à cela ?

     Je crois que toutes les couleurs sont présentes dans mes récits. L'aspect visuel, et en particulier chromatique, est très important pour moi. Mais la gamme des contrastes, du noir au blanc mais aussi le gris (c'est autour des nuances de gris que s'organisent les nouvelles de Conversations avec la Mort, par exemple) est ma préférée.

     Es-tu de ces auteurs qui écrivent d'un jet, ou bien retournes-tu sans cesse corriger ton ouvrage ?

     Les deux. J'écris d'un jet, mais si je le fais sur plusieurs jours, ce qui est souvent le cas, je retourne en arrière pour relire et me « remettre dans le ton » et forcément, au passage, je lisse et peaufine. Mais je ne fais en général que des corrections de fluidité de langage. Un mot par-ci, un mot par-là. La structure et le tracé sont là dès le début.

     Quand t'en déclares-tu satisfaite ?

     Jamais ou presque. Mais je commence à me dire « ça va » quand je peux relire le texte en m'étonnant qu'il soit de moi, et en me disant « tiens, il y a quoi, après ça ? .

     Comment s'est passé pour toi le re-travail des nouvelles de La Tisseuse ?

     Les 3/4 des textes étaient déjà écrits. Je les ai corrigés, revus et lissés. Pour Le Vent dans l'Ouvroir j'avais cette envie de parler des Parques, de revenir sur le paradoxe apparent de mes figures de la destinée (si multiples). Je voulais faire une novella en 3 parties. Mais la première partie à elle seule a mangé toute la place ! Cela ne posait pas de problèmes, les 3 textes envisagés étant liés mais indépendants mais... c'était très imprévu !

     Les nouvelles angéliques, ou millénaristes, réapparaîtront-elles prochainement dans un autre livre ?

     Oui, elles reviendront. J'aimerais beaucoup, un de ces moments, centrer un recueil sur mes figures angéliques. Et ce triptyque y trouvera naturellement sa place.

     Je crois savoir que tu écris en musique : quelle a été la BO du Vent dans l'Ouvroir ? Et des autres si tu t'en souviens ?

     J'ai écrit Le Vent... sur des B.O. de Craig Armstrong. Probablement Le baiser mortel du Dragon. Les autres... Les Promesses sur NIN, Runaway Train, forcément, sur Soul Asylum. Je ne me souviens pas précisément des autres... C'est un peu loin, maintenant...
     ;-)

     Les nouvelles des quatre saisons ont-elle été écrites à la même période ?

     Disons... étalées sur 2 ans. La Gorgone, Le Lys Noir, Couleurs d'automne vers fin 98, début 99, puis les autres jusqu'en octobre 2000 à peu près.

     La Sève et le Givre a reçu le prix Merlin en 2003. Qu'est-ce que cela représente pour toi ?

     À vrai dire... je ne sais pas. J'ai une position très ambivalente par rapport aux Prix. Je ne suis pas sûre de réaliser que cela fait partie du monde réel (rires). L'idée que ces choses m'arrivent à moi est très irréelle, nébuleuse, à mes yeux. Mais pour ce qui est du Merlin spécifiquement, et de la nomination au Rosny... disons que ce que je vois quand cela me vient à l'idée, ce sont les gens. Les lecteurs. Ces dizaines de mains différentes écrivant le titre de mon roman sur leurs bulletins de vote. Et ça, ça me touche, vraiment.

     Le nom de Moera fait penser à « Moires ». La vieille femme qui console Moera porte le nom d'une Grâce. Je présume que ce n'est pas par hasard ?

     Pour le nom de la vieille dame, si, j'avoue :-)
     Pour Moera, c'est une écriture alternative, tout à fait, de « Moira » qui est le terme par lequel on désignait, dans les mythes grecs, le Destin incarné avant qu'il ne soit triple. C'est tout l'intérêt de la chose !

     D'où vient le nom Fallon ?

     Quelle excellente question (rires). Cela a effectivement un sens. C'est un nom irlandais, et le sens de ce nom, et l'histoire de cette très particulière famille, fera l'objet de récits à venir.

     Le végétal, les arbres en particulier, ont une grande importance pour toi ? La chasse, qu'on retrouve dans plusieurs de tes textes ?

     Oui ! Je cultive des arbres, et ai travaillé un temps comme serriste. Les arbres sont une forme de vie qui m'exalte et me calme. La chasse... j'ai été cavalière longtemps, et la chasse à courre, si cruelle et injuste qu'elle soit, est une des formes les plus extraordinaires du défi équestre. Je ne suis pas très intéressée par l'acte de chasse en lui-même, mais la synergie cavalier/monture dans la vénerie, l'inventivité qu'ils doivent ensemble déployer pour s'adapter au terrain et négocier les obstacles est quelque chose qui m'a profondément marquée.

     « Le neuvième prince d'Ombre », est-ce une coïncidence si ça me fait penser aux Neuf Princes d'Ambre ?

     Franchement... oui (rires). C'est vrai que cela se ressemble au niveau son, mais je ne suis pas une fan de cette série, qui à mon avis ne vaut que pour les volumes de Corwyn. Le titre de Finstern doit tout à la numérologie et la symbolique. Les Cours d'Ombre sont un élément légendaire sur lequel j'ai brodé sans l'inventer. Et comme Titania est Reine de la 1ere des 7 Cours en Lumière (non non, rien à voir avec les 7 cités d'Or — rires), Finstern, qui se place à l'autre bout du spectre de manière absolue, est le monarque de la 9eme (et dernière) des Cours d'Ombre.

     Dans Le Vent dans l'Ouvroir, Janus s'oppose à la Destinée. Que refuse-t-il ? L'Inéluctable ? Est-ce la compassion qui l'anime ou souhaite-t-il être le décideur ?

     À mon avis c'est un peu des deux. Janus est une tête de pioche, un rebelle. Il est altruiste, mais aussi individualiste. Il se bat autant pour sa liberté à lui que pour celle (comme Prométhée, que visiblement il admire) des hommes.

     Une suite est-elle prévue ? Que deviennent Janus et son fils ? Comment grandissent les Parques ?

     Oui, une suite est prévue. :-)
     Et toutes ces questions sans exception y trouveront réponse. L'ensemble de 3 textes qui devaient à l'origine se répondre entre eux, et être inclus dans le recueil, se sont développés hors de tout contrôle. Par une étrange magie, ou une décision impossible à prévoir, des Parques, c'est en train de devenir un roman. Et, étant axé sur les figures du Destin il expliquera, par contrecoup, énormément de choses en rapport avec mes autres univers. Pourquoi tant de créatures magiques se croisent-elles à New York ? Qu'est-ce qui fait la particularité de la Cour de Seuil ? Qui sont les 2 étranges figures de En Tissant la Trame, qui fait naître les portails de Féerie ? Rendez-vous pour ça d'ici, j'espère, une petite année !

     Pourquoi Runaway train est-elle classée dans le printemps ? Parce que le printemps représente l'espoir ?

     Eh bien, d'une part, parce que l'histoire se passe au printemps, et que c'était ainsi quand elle fut écrite, avant toute notion de recueil thématique. Par ailleurs oui, le Printemps c'est l'espoir mais, plus encore, la vie, l'élan. Oui, c'est cela, surtout : l'élan. La ruée des forces vives. Et je crois que Runaway Train est une histoire qui met en scène ces forces de volonté, d'engagement, de conviction.

     À quand un recueil ou un roman sur les Fay ? Quels sont tes futurs projets ?

     Le roman sur les Fay est commencé. Il portera sur la découverte de Frontier et les Jours des Premiers, avant que la cité refuge ne soit enfin trouvée. Pour l'instant, justement, je mets la dernière main à un recueil sur les Fay et Frontier, à paraître à l'automne prochain. Nous sommes en plein travail dessus ! Il y aura les textes qu'on a déjà 'vus', et beaucoup d'inédits.

     À peu de temps d'intervalle, tu as publié l'an dernier une double anthologie et un recueil de tes propres nouvelles sur le thème de la Mort. Est-ce une autre façon d'aborder le Destin, la Fatalité ?

     Oui, sans doute, mais aussi la perte, la douleur, qui sont des thèmes qui me sont très proches.

     Le dernier Emblèmes que tu as dirigé s'intitule Doubles et Miroirs. Le double est-il un « antidote » à la douleur de la perte ?

     Non, je ne crois pas. Plutôt une consolation à la douleur de la vie.

     Crois-tu que la douleur soit le chemin qui mène à l'Art ? Qu'il faille souffrir pour créer ?

     Oui, complètement. C'est peut-être une vision assez « cliché », mais je pense qu'on restitue à l'écrit une ou des expériences vécues. Que les extrapolations littéraires ont besoin de ce terreau pour germer. Et les histoires basées sur les épreuves de la vie sont plus profondes, nous parlent davantage. Pas de dépassement, pas de grandeur, sans les mises à l'épreuve. Et mes univers sont peu basés sur des ambiances « bébé rose », alors j'aurais du mal, sans doute, à faire l'apologie du bonheur ici !

     Ta dernière nouvelle publiée, Lumière Noire, se rattache au cycle d'Isenne. Tu parlais de Venise comme le pendant d'Isenne. Encore une histoire de doubles ? On retrouve dans ce texte l'importance de l'Art, de l'Objet unique, magique.

     J'ai une très vieille et irrésistible passion pour Venise. Ce n'est pas pour rien que j'ai concocté il y a 2 ans une anthologie la concernant. Mais Venise, même si j'aime ce qu'elle est en réalité, est encore plus extraordinaire si on la fantasme jusqu'au bout, si on y souffle le Fantastique. Et Isenne est un « double dans un double », puisqu'elle est non seulement le reflet exalté de Venise mais aussi, comme on l'évoque dans La Sève et le Givre, la forme mortelle d'une autre de mes cités mythiques.
     Dans Lumière Noire spécifiquement, on tourne autour d'un de ces objets magiques que fabriquent les Artisans, mais l'obsession pour l'Art est indissociable d'Isenne, et c'est tout aussi présent, je crois, dans Lithophanie et Comme changent les Formes.

     Cette nouvelle est publiée dans le tout récent livre d'Alain Pozzuoli : French Gothic. Il s'agit d'une anthologie de fantastique qui présente un panorama de textes des plus grands auteurs français du genre des deux derniers siècles. Récemment, tu t'es tournée plus vers la Fantasy : le fantastique, et spécialement le gothique, ont-ils une importance particulière pour toi ?

     Eh bien... je ne me suis pas « tournée » vers la Fantasy. Elle est peut-être mon genre de prédilection depuis mon adolescence. Mais j'ai toujours eu également beaucoup d'amour pour le Fantastique, plus que pour la SF dont l'aspect froid me rebute pas mal. J'ai, je suppose, une sensibilité (et parfois des valeurs) très XIXe. C'est cette période, plus que, spécifiquement, le Gothique qui me touche. Cet esprit, ce décorum trouvent un écho particulier en moi. Les dialogues qui ressemblent à des joutes, l'élégance du geste, les vêtements expressifs, les dettes d'honneur que l'on règle au pistolet... ce sont indubitablement des choses qui me parlent. Par beaucoup d'aspects, d'ailleurs, Isenne est le mélange entre les éléments médiévaux et le XIXe. Et je suppose que c'est cette sensibilité qui parle, à son tour, aux lecteurs infusés d'une sensibilité « gothique », ou plus simplement, disons, noire. Il y a beaucoup de gens, je pense, qui ne se sentent pas, comme moi, adaptés à cette époque. Et pour ma part, je crains de ne m'être jamais remise d'être née l'année où s'est livré, en France, le dernier des duels !

     Et en dehors de ces genres dit de l'Imaginaire : as-tu envie de tâter de la fiction « autre », polar ou « mainstream » ? roman historique ou théâtre, peut-être, toi qui admires tant Shakespeare ?

     J'ai écrit un peu de tout ça, à mes heures. Je suis en ce moment sur un Polar Fantasy-Urbaine, et des choses très Littérature Générale. Mais en réalité, tu sais, je ne fonctionne ni sur des notions de Genre, ni sur des plans. J'écris ce qui doit être écrit, et ensuite, j'y colle vaguement une étiquette. Donc on ne peut pas trop savoir, et moi en premier, ce que j'écrirai d'ici un an !

     Je sais que tu écris des poèmes, tu n'as jamais eu envie de les faire connaître ? Aimerais-tu, de nouveau, composer des chansons ?

     J'ai écrit des tonnes de poèmes. En particulier des vers libres, et des haïku. Certains sont parus. D'autres (beaucoup) ont été mis en musique pour des groupes underground, ou mes propres bands, au temps où j'étais bassiste. Je serais ravie d'écrire à nouveau pour des groupes ou des chanteurs que j'apprécie. Reste à ce que l'occasion se crée, et l'alchimie !
     Pour les poèmes, je suppose qu'on en verra certains un de ces moments, mais il faut pour cela que je trouve le temps de finaliser le projet un tantinet complexe dans lequel cela s'inscrit.
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