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Christopher Priest, le jongleur des réalités

Jean-Claude VANTROYEN

Le Soir, août 2005

     Note de nooSFere : durant l'été 2005, plusieurs auteurs ont publié une nouvelle dans le quotidien Belge Le Soir, accompagnée d'un portrait de l'auteur. Leurs "consignes" étaient précisées ainsi : "175 ans de la Belgique obligent, les auteurs étrangers de langue anglaise, russe, turque ou... française qui nous offrent une nouvelle par semaine cet été ont été priés d'intégrer dans leur texte les mots chou (comme chou de Bruxelles), Albert (clin d'oeil royal) et le nombre 1830 (l'histoire de « La muette de Portici » au Théâtre de la Monnaie, vous vous en souvenez, n'est-ce pas ?)."

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     Portrait
     Ecrivain britannique, 62 ans, observateur distancié de notre monde, de ses fantasmes et de ses illusions. l'auteur de notre cinquième nouvelle pense belge au seuil de la mort. 
     Christopher Priest est une voix et une voie différente dans la science-fiction contemporaine. Il n'est pas le premier à s'interroger sur la réalité, évidemment, Philip K. Dick est passé par là avant lui. Mais il emprunte un autre chemin que l'illustre Américain. Chez Dick, on s'interroge sur la réalité, on propose des réalités alternatives. Chez Priest, la réalité est multiple: s'il existe plusieurs réalités, elles sont toutes authentiques.
     Dans son dernier roman, par exemple, La séparation, les témoignages des deux frères jumeaux qui sont les héros du bouquin dépeignent deux réalités différentes de la guerre 40-45. Mais jamais Priest n'indique où les réalités divergent, où se situe l'incident qui crée la ligne temporelle alternative. Non, ce point-là reste flou, indistinct, et chaque réalité prend dès lors son entière et vraie signification. Il adore ça, Priest, laisser le lecteur dans ses propres interrogations, ne pas lui fournir de réponse, lui permettre de chercher, de réfléchir. La lecture, avec lui, est active, très active.
     Ce qui ne l'empêche pas d'assener des formules chocs. Comme celle qui débute son deuxième roman, Le monde inverti : « J'avais atteint l'âge de mille kilomètres ». Une des plus belles et des plus accrocheuses phrases initiales de la SF. Priest parle là d'une ville qui doit voyager sur des rails pour échapper à des aberrations géographico-temporelles.
     Les héros chez Priest ne sont pas vraiment des héros. Ce sont des gens à qui des choses surviennent, c'est tout. Pas d'épopée galactique chez lui, de quincaillerie de SF, de quête de renommée. Des gens, tout simplement. Ce qui ne les empêche pas d'agir. Dans La fontaine pétrifiante, un écrivain altère le monde qui l'entoure par son écriture. Dans Le don, la faculté de l'invisibilité joue avec la manipulation de la réalité. C'est bien ça le véritable sujet de cet écrivain clinique, distancié, assez froid: l'exploration des consciences devant les «réalités» virtuelles. Comme dans Futur intérieur et surtout Les extrêmes où le refuge dans la virtualité n'a qu'un seul but: altérer la réalité. Ce que, affirme Christopher Priest, la télé fait déjà aujourd'hui tous les jours ...


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     Principaux repères chronologiques
1943. Christopher Priest naît en Grande-Bretagne. 1968. Il est apprenti comptable. Il décide de devenir écrivain.
1972. Le rat blanc (Futurama). Un tableau morbide de la Grande-Bretagne ravagée par la crise et le racisme.
1974. Le monde inverti (Folio SF). L'image forte de cette ville obligée de se déplacer sur des rails, dans un monde où l'âge se compte en kilomètres et où la perception est fallacieuse. Un des grands romans de la science-fiction.
1977. Futur intérieur (J'ai Lu).
1979. L'archipel du rêve (Folio SF).
1990. Une femme sans histoires (Denoël, Présence du futur). Twin Peaks en Angleterre.
1995. Le prestige. Une guerre de magiciens : illusions, chausse-trapes et drames.
1998. Les extrêmes (Folio SF). Plongée dans la réalité virtuelle.
2003. La séparation (Denoël, Lune d'encre). Un des meilleurs romans parus en français cette année.
2005. A Hastings, où il vit, Christopher Priest travaille à son nouveau roman, provisoirement intitulé « Les leurres ».

 

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     Il suggère...
     Que lire cet été ? « Haunted », de Chuck Palahniuk, plaide Christopher Priest. Je n'ai pas vraiment aimé ce roman , nous dit-il, mais, Dieu, que c'est brillant ! « Haunted » prend la forme de 23 nouvelles courtes, chacune introduite par un poème, reliées par de courts récits. La forme de la narration est inhabituelle, écrit Priest dans le Guardian. Le livre est raconté à la première personne du pluriel, et c'est une voix collective. Il n'y a pas de véritable narrateur: le roman est écrit en même temps par chacun. Cette approche innovante n'est pas un truc. Le style est le livre et est le constituant substantiel des événements qui s'y déroulent.

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Biographies, catégorie Bios

 
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