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Vonarburg Elisabeth

Une bibliographie commentée

André-François RUAUD

Yellow Submarine n°117, décembre 1995

          D'Elisabeth Vonarburg, l'écrivain canadien Robert J. Sawyer m'écrivait une fois que «France's loss is Canada's gain» («La perte de la France est le gain du Canada»). Je ne peux qu'être d'accord avec cette opinion.

          Née en France le 5 août 1947, Elisabeth Vonarburg fait des études supérieures, avec un mémoire de thèse de maîtrise portant sur la SF et le fantastique. Après une Agrégation de Lettres Modernes en 1972 et un peu d'enseignement, elle émigre au Canada et s'installe au Québec en 1973. Elle vit maintenant dans le «Moyen-Nord» (région du Saguenay-Lac St Jean), dans la petite ville universitaire de Chicoutimi.

          Elle collabore à la revue Requiem dès 1974, et commence à publier des fictions en 1978, avec la nouvelle Marée haute, toujours pour Requiem - débutant d'emblée une carrière marquée par des publications internationales, puisque Marée haute fut reprise dans l'anthologie Vingt maisons du Zodiaque de Maxim Jakubowski (édition française : Denoël "Présence du futur", 1979 ; édition anglaise : New English Library, 1979 ; édition suèdoise : Delta SF, 1980).

          Sa nouvelle L’île de la nuit remporte le Prix Dagon 1978. En 1979, elle organise le premier congrès québécois de SF, à Chicoutimi. La même année, elle anime un premier atelier d'écriture sur la SF. Elle récidive dans l'organisation d'un congré de SF à Chicoutimi en 1986.

          Parallèlement à ses activités d'enseignante et d'autrice, elle est également traductrice (elle a récemment traduit le cycle de fantasy de La Tapisserie de Fionavar de Guy Gavriel Kay, et fut responsable chez Pocket des «Grands temples» consacrés à Anne McCaffrey et Marion Zimmer Bradley).

          Fidèle à la revue Requiem (désormais rebaptisée Solaris), Elisabeth Vonarburg en a été la directrice littéraire de 1979 à 1990, et la rédac'chef de 1983 à 1985.

          Ses romans connaissent des éditions québécoises, canadiennes et étatsuniennes - mais, tristement, ne sont plus publiés en France depuis la parution du recueil Janus en 1984 chez Denoël. C'est ainsi que, très ironiquement, l'autrice francophone contemporaine de SF la plus connue dans le monde (elle a bien entendu eu l'honneur d'une entrée à son nom dans la Encyclopedia of Science Fiction de Clute & Nicholls, contrairement à la plupart des auteurs français importants) demeure très peu accessible pour les lecteurs français. Jusqu'à ces dernières années, du moins. Car depuis la parution initiale de cet article, les Chroniques du pays des Mères sont sorties au livre de Poche, et des rééditions chez le petit éditeur québécois Alire (distribué en France) ont remis à disposition le principal de l'oeuvre de l'autrice - sans parler bien sûr que la publication chez le même éditeur des cinq volumes de la saga de Tyranaël.

* L'île de la nuit (1980, Le Préambule)
Recueil de six nouvelles, publié au Québec dans la défunte collection "Chroniques du futur". Certains textes de ce recueil furent repris dans le recueil français Janus.

* Le silence de la Cité (1981, Denoël "Présence du futur", réédition retravaillée chez Alire - Grand Prix de la SF Française 1982, Prix Rosny aîné 1982, Prix Boréal 1982)
La Cité est la dernière enclave de la haute civilisation humaine, et une poignée de scientifiques quasi-immortels s'y terrent égoïstement tandis qu'au dehors les radiations distordent les générations de barbares qui se succèdent. Dernière enfant de la Cité, fruit des expérience génétique de Paul, protégée du mystérieux Desprats, Elisa apprend à connaître son corps et ses facultés d'auto-régénération. Et lorsque le dernier des immortels disparait, elle décide de sortir de la Cité pour poursuivre le grand projet de généticiens : réensemencer la race humaine. Sur des prémisses archétypales, Vonarburg élève une oeuvre d'une grande beauté - d'abord concentrée sur la vie étrange des habitants de la Cité (un traitement passionnant du thème des immortels, sur un pied d'égalité avec le cycle des Danseurs de la fin des temps de Michael Moorcock (chez Denoël "Présence du futur") et celui de Bee-Quatre de Tanith Lee (chez Le Masque SF puis chez Pocket, Le vin saphir et Ne mord pas le soleil), puis s'ouvrant sur l'extérieur et les générations d'enfants métamorphes élevés par Elisa. Généreuse, humaine, passionnée, une oeuvre forte de la SF contemporaine.

* Janus (1984, Denoël "Présence du futur")
Recueil de nouvelles, certaines appartenant au cycle de Baïblanca (dont Le silence de la Cité et les Chronique du Pays des Mères sont deux éléments majeurs), d'autres au cycle du Pont (auquel appartient le roman Les voyageurs malgré eux). A mon sens, les nouvelles de Vonarburg souffrent souvent d'un étrange défaut : elles sont sur-écrites, tendant à une perfection stylistique qui les figent dans un hiératisme légèrement gênant. A ce titre, il est symptomatique de noter que la meilleure nouvelle de ce recueil est ???, qui a été écrite lors de plusieurs voyages en train !

* Comment écrire des histoire, guide de l'explorateur (1986, La Lignée)
Publié au Québec, un formidable manuel d'écriture - particulièrement utile pour les ateliers, mais également passionannt et utile pour les écrivains isolés. Je viens juste de le lire et en suis sortit impressionné !

* The Silent City (1988, Porcépic Books, Canada ; 1992, Bantam Spectra, Etats-Unis)
Traduction américaine par Jane Brierley du Silence de la Cité.

* Histoire de la Princesse et du Dragon (1990, Québec-Amérique)
« Il était une fois, au bord de la mer, une Magicienne qui était une montagne. » Première incursion de Vonarburg dans le domaine de la littérature pour jeunes, avec une belle fable féministe aux retournements non-archétypaux.

* Ailleurs et au Japon (1991, Québec-Amérique)
Recueil de sept nouvelles, dont certaines avaient fait l'objet d'une curieuse expérience para-littéraire : Elisabeth Vonarburg avait écrit quelques nouvelles sous le pseudonyme de Sabine Verreault, et les avait fait accepter par la revue imagine (à l'époque, revue rivale de Solaris).

* Chroniques du Pays des Mères (1992, Québec-Amérique, réédition au Livre de Poche - Prix Aurora 1993, Grand Prix de la SF Québécoise 1993)
Aux peuplades barbares du temps du Silence de la Cité a succédé le temps des Harems (la natalité humaine est déséquilibrée, il ne naît plus désormais que très peu de mâles - les Harems avaient donc élevé les rares hommes en dictateurs absolus et les femmes en bétail), puis celui des Ruches (se rebellant contre le pouvoir mâle, les femmes ont pris violemment le pouvoir et ont instauré de puissantes citadelles), puis vint une prophète, Garde, qui révéla le Mot d'Elli, et fut instaurée la paix de Maerlande, le Pays des Mères. Chaque ancienne citadelle est auto-suffisante, dirigée par une Mère, mais toutes obéissent aux mêmes principes éthico-religieux (notamment concernant l'interdiction absolue de toute violence). Le lien principal des villes de Maerlande est, avant même l'Assemblée des Mères qui se réunit régulièrement, le processus complexe d'insémination. Dans un monde où les hommes sont si peu nombreux et où subsistent d'immenses terres ravagées par les radiations, grands sont les dangers d'appauvrissement du pool génétique. Conscientes de ce danger, les Mères ont organisé leur société en fonction des impératifs de la reproduction de l'espèce humaine : à chaque étape de la vie correspond une couleur de vêtement... Vert pour celles qui ne peuvent pas encore procréer, Rouge pour les procréatrices, Bleu pour celles qui ne procrées plus. La procréation est un devoir vital, hautement ritualisé, et seules les Mères ont a faire l'amour directement avec un homme, les autres Rouges étant inséminées artificiellement. Et les hommes ? Les Rouges font leur Service en étant envoyés de cité en cité, pour un brassage génétique maximum. Chroniques du Pays des Mères se déroule dans une période où la civilisation féminine a enfin réussi à juguler ses pulsions violentes. Lisbeï est une enfant de Bethely. Appelée à devenir la nouvelle Mère de cette cité, son destin sera pourtant tout autre pour cause qu'infécondité. Le lecteur est convié à suivre la vie entière de Lisbeï, en une biographie où se tissent habilement narration classique à la troisième personne du singulier et récit épistolaire (les lettres de Lisbeï, quelques lettres d'autres personnages, et les journaux intimes de Lisbeï). Cette trame très dense de récits croisés explique pour une bonne part l'incroyable profondeur des Chroniques du Pays des Mères, son humanité bouleversante, son ton de vérité captivant - ce n'est pas tant de la science-fiction qu'on a l'impression de lire qu'une véritable biographie, un roman historique sur une Histoire qui n'a pas encore eu lieu... Lisbeï sera le vecteur privilégié de bien des transformations de la société des Mères, de bien des remises en cause de ce qui forme la base même de Maerlande - mais ce n'est pas la moindre des forces de cette société que de pouvoir accepter les relectures que lui impose les découvertes archéologiques de la religion qui est son fondement absolu. J'adore ce procédé qui consiste à mettre en scène une civilisation ayant mythifié celles qui l'ont précédé. C'est ce qu'avait fait Elizabeth Lynn dans son Cycle de Tornor (chez Titres SF - voir par exemple de la vallée où se déroule Les danseurs d'Arun, devenue légende dans La fille du Nord). Le lecteur a en main des éléments de compréhension des événements qui ne peuvent être en possession de Lisbeï, à une époque où l'Elisa du Silence de la Cité a visiblement été divinisée (Elli). Le Mot d'Elli veut que la Maladie qui décime nombre d'enfants en bas âge, tant filles que garçons, soit la punition infligée par Elli à l'humanité mâle qui a détruit tant de choses à l'époque du Déclin et empoisonné tant de terres - les manipulations génétiques d'Elisa peuvent apporter un autre éclairage sur les dons particuliers de nombre de connaissances de Lisbeï, comme sur le fait que celles qui ont survécu à la Maladie ne tombent plus jamais malade, et même sur l'identité des étranges petits disciples de Garde... La culture entière de Maerlande est issue de ce que l'archéologie a pu découvrir des connaissances du Déclin, de ce que la tradition orale a colporté, et de ce que la prophète Garde a révélé - fragments, interprétations, relectures par une société fondamentalement différente, mythes... Tout est forcément autre en Maerlande, culture dominée par la femme. Et ce n'est pas la moindre des réussites d'Elisabeth Vonarburg que d'être aussi magistralement parvenue à nous faire saisir toutes les résonances, toutes les différences, toutes les nuances profondément inscrites dans le Pays des Mères. Une grande oeuvre.

* In the Mothers' Land (1992, Beach Holmes, Canada ; 1992, Bantam Spectra, Etats-Unis - Mention spéciale du Prix Philip K. Dick 1993)
Traduction américaine par Jane Brierley des Chroniques du Pays des Mères.

* Les contes de la Chatte Rouge (1993, Québec-Amérique)
Seconde incursion dans la littérature pour jeunes, toujours sous forme de fantasy. Un délicieux roman.

* Les voyageurs malgré eux (1993, Québec-Amérique "Sextant", réédition chez Alire)
Catherine ne sait plus très bien où elle est, ni ce qui lui arrive : elle se réveille un matin avec une mémoire défaillante, qui gomme des faits, des connaissances de tous les jours, brouille ceux-ci avec des énigmes qu'elle est la seule à se poser, déstabilise complètement sa connaissance du monde... Un monde que le lecteur reconnaîtra comme un reflet étrangement déformé de son propre univers : le Canada est presque entièrement anglophone, ne reste de francophone que l'Enclave, minuscule république autonome enfermée au sein de Montréal. Au Sud, trois Etats dont la Louisiane. Au Nord... Ah, le Nord... Secret, interdiction d'en parler dans l'Enclave : le Royaume du Nord est inaccessible, il s'est coupé du reste du monde, derrière une barrière presque magique. Le Nord qui envoie dans le reste du Canada des espions, des terroristes, prônant une étrange religion, bien différente de l'habituel Christianisme (enfin, « habituel »... Les églises s'opposent sur la nature divine du Christ, et sur la présence d'une enfante, soeur jumelle de Jésus...). Catherine se débat avec le malaise qui l'envahit, avec les connaissances qu'elle devrait normalement avoir et qui lui échappent, à moitié effacées. Elle se débat aussi avec certaines étrangetés (à ses yeux) de cet univers qu'elle ne reconnait plus tout à fait - une psychologue qui n'a jamais entendu parler de psychiatrie, des canaux dans un Montréal gelé, des "visions" que tous les monde semble trouver naturelles, une répression d'Etat de plus en plus insupportable... Et puis il y a cette jeune fille qui la contacte - agent du Nord ? Et cette petite fille qui apparaît, disparaît... toujours la même, mais vieillissant lentement. Catherine finira par fuir l'Enclave, pour rentre d'abord visite à des amis de Québec, puis pour passer dans le Royaume du Nord. Et de là continuer à avancer, à progresser vers le Nord, pour comprendre, pour saisir la vérité, trouver les réponses qui lui échappent sans cesse... Fascinant, original, et parfaitement cohérent et satisfaisant jusqu'à sa conclusion. Les questions s'accumulent, les interrogations et les réponses partielles, voire contradictoires, se croisent, et la curiosité du lecteur est toujours soutenue. Impeccable suspense, impeccable construction narrative.

* Contes de Tyranaël (1994, Québec-Amérique)
Troisième incursion dans la littérature pour jeunes, avec cette fois un recueil de nouvelles.

* Reluctant Voyagers (1995, Bantam Spectra, Canada et Etats-Unis)
Traduction américaine par Jane Brierley des Voyageurs malgré eux.

* Chanson pour une sirène (1995, Vents d'Ouest - écrit en collaboration avec Yves Meynard)
Dans un Montréal partiellement englouti à la suite du réchauffement du climat, le « Dauphin » Antoine (membre d'un des clans qui se partagent farouchement les eaux de Montréal) rencontre une femme qui lui demande de l'accompagner pour une plongée. Antoine accepte, mais au-dessus des Fonds Sainte-Hélène et des anciens pavillons olympiques, une sirène vient à leur rencontre. Oui, une sirène : corps fuselé, visage lisse à la bouche invisible, yeux chatoyants, torse couvert d'écailles brillantes qui semblent former un langage lumineux. Et l'être étrange s'approche de la femme. Plus tard, ce sont d’autres « artefacts », fruits de manipulations génétiques devenues illégales, qui s'approchent d'elle : nain éboueur, licorne. Qui est Emmanuelle ? Et que veut l'ancien Orbital, Marchesso, qui capture une sirène ? Un court roman à l'univers très fouillé et à l'écriture superbe. Un regret, pourtant : les auteurs auraient certainement pu développer leur intrigue, pour en faire un roman de longueur "normale". Tel quel, ce texte semble un peu trop bref, les informations y sont données de manières trop ramassée.

* Tyranaël (1997/98, Alire)
En cinq forts volumes, le chef d'oeuvre incontestable d'Elisabeth Vonarburg. Et, au-delà, l'une des meilleures oeuvres de la science-fiction d'expression française. La saga de deux planètes et de deux peuples, sur plusieurs siècles, brassant paysages, personnages, époques et idées avec un souffle et une ampleur rarement égalée. Rédigé, travaillé, retravaillé et encore retravaillé, durant une trentaine d'années, il s'agit là d'un véritable "livre-univers" - pour reprendre le terme cher à Laurent Genefort.

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