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Christopher Priest

(Grande-Bretagne ; 1943)

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          En France, la connaissance de Priest s'est faite de manière éclatante avec un roman étrange dont la première phrase est : « J'avais atteint l'âge de mille kilomètres ». Ce roman, Le monde inverti (Inverted World, 1974, Dimensions, puis J'ai Lu), n'est pas du tout la description d'une société homosexuelle, mais d'une gigantesque cité sur rails, Terre, qui doit continuellement aller de l'avant vers un point sans cesse mouvant, l'optimum, sous peine de voir la réalité physique se déformer et se disloquer autour d'elle. Cet ouvrage surprenant était le troisième roman d'un jeune britannique qui avait décidé dès 1968 de vivre de sa plume ; l'avaient précédé Indoctrinaire (1970, non traduit), et Fugue for a Darkening Island (1972), bien mal traduit par un pauvre Le rat blanc (Futurama), et qui décrit une Angleterre envahie par les Africains affamés après l'anéantissement de leur continent par une guerre nucléaire. Ce postulat de politique-fiction catastrophique (de même qu'une des élucidations idéologiques de Le monde inverti, qui peut être considéré comme une métaphore du capitalisme, monde rigide et hiérarchisé à l'extrême, qui doit toujours aller de l'avant sous peine de périr) pourrait faire croire que Priest est un de ces auteurs qu'on dit « engagés ».

          En réalité, l'oeuvre de l'auteur est plus tourné vers les espaces intérieurs que vers le monde extérieur. En témoigne Futur intérieur, déjà un programme (J'ai Lu - A dream of Wessex, 1977), où des savants plongés dans un sommeil hypnotique doivent rêver le futur de l'Angleterre. Si le complexe (ou la revendication ?) de l'insularité, constante très britannique, est bien présent (le Wessex de l'an 2135 est devenue une île), plus important est le fait que les avenirs rêvés deviennent pour les rêveurs aussi réels que leur univers propre, au point que deux d'entre eux choisiront de demeurer dans leur monde potentiel. Là est le fondement de l'oeuvre de Priest : l'imbrication des réalités et des perceptions différentes qu'en ont leurs différents observateurs... Un postulat quelque peu dickien, mais que l'auteur utilise à sa manière, très intimiste, à la limite de la schizophrénie. Et ses oeuvres suivantes ne feront que s'enfoncer davantage dans cette voie obscure.

          La fontaine pétrifiante (The Afjîrmation, 1981, Dimensions) met en parallèle l'existence d'un écrivain ayant subi un traumatisme, et l'univers qu'il crée, l'Archipel du rêve (un décor ayant précédemment servi à un cycle de nouvelles, publiées en recueil la même année et sous le même titre en Titres-SF), lequel devient plus réel que le réel, tandis que Le don (The Glamour, 1984, Ailleurs et Demain) exploite une rare faculté paranormale, celle de l'invisibilité, pour déboucher sur la manipulation de la perception de la réalité, donc la création spontanée d'univers intérieurs... On voit que la S-F telle qu'en use Priest est loin des galaxies, des astronefs et des robots. Il a d'ailleurs lui-même déclaré : « La plus grande partie de ce qui est publié sous le nom de science-fiction est sans intérêt, mal écrit, déprimant », tandis que Gérard Klein, présentant Le don, note que Priest « manifeste une subtilité d'écriture et une finesse psychologique à rendre envieux un écrivain de littérature générale ».

          L'auteur serait-il alors un écrivain de « mainstream » égaré dans la S-F ? Certes pas, même si ses références vont plutôt à Durrell et à Fowles qu'à ses confrères. Car les thèmes récurrents de Priest ne peuvent exister que dans cette littérature polymorphe qui a nom science-fiction. Et quelle science-fiction ! Comme l'écrit excellemment Marianne Leconte dans son introduction à L'Archipel du rêve : « Lire Priest, c'est effectuer une plongée vertigineuse derrière les apparences, c'est secouer une fois pour toutes les certitudes, c'est emprunter des labyrinthes obsessionnels où le héros découvre la traîtrise de la mémoire, les erreurs des sens, les incertitudes de la perception... » C'est, tout simplement, aborder le territoire du trouble, dont il est l'incontestable démiurge.

          Lecture

          - Le Livre d'Or de Christopher Priest, présenté par Marianne Leconte (Presses Pocket - 1980).

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