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Voyages dans l'espace

Jean-Pierre ANDREVON

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Vous vous souvenez bien sûr du gracieux ballet d'astronefs dansant au son d'une valse de Strauss, au début de la seconde partie de 2001, le film de Kubrick. Cet opéra dans l'espace est la plus frappante manifestation de ce thème de la S-F (mais c'est plus qu'un thème) qu'on appelle l'opéra de l'espace, le space opera : de légers navires de métal (légers par apesanteur, mais ils peuvent être énormes), qui tanguent et roulent à l'infini sur les flots noirs du vide, sur cette mer à trois dimensions que l'on peut traverser en tous sens... jusqu'à l'infini justement, ou même plus loin. Le voyage dans l'espace est une métaphore limpide de la traversée maritime, plaisance, exploration scientifique, conquête. C'est bien pourquoi, du plus loin qu'on puisse tenter de faire remonter la SF, on le trouve : déjà en l'an 180 de notre ère, Lucien de Samosate (L'histoire véritable) aborde notre satellite la Lune en bateau, tandis que Cyrano le fera en ballon et Voltaire, en 1753 (Micromégas), avec une mystérieuse énergie qui annonce l'antigravité. De toute façon le moyen importe peu, même pour les écrivains du XIXème siècle, qui se targuent d'être scientifiques (l'obus de canon de Verne — De la Terre à la Lune, 1865 — aurait écrasé ses occupants, la cavorite de Wells – Les premiers hommes dans la Lune, 1901 — n'est qu'une peinture qui supprime la gravité) : seul compte le rêve, ce rêve d'arrachement et de découverte qui n'est que la synecdoque de la SF tout entière...
          Que l'astronef soit un bateau à peine modifié, il n'est qu'à lire les flamboyantes épopées stellaires qui marquèrent l'Age d'Or de la S-F pour s'en convaincre : depuis Hugo Gernsback qui, le premier, en 1911, dans son roman Ralph 124 C 41 +, commence à établir les prémices d'une technologie plausible du vol spatial, en passant par les délires contrôlés d'Edward Elmer Smith (« Doc » Smith pour les fans), Williamson, Hamilton, Van Vogt, jusqu'aux visions plus pointues de la hard science, plus sociologiques, ou plus poétiques d'auteurs très contemporains comme George R.R. Martin ou Carolyn Cherryh, ce ne sont sur les chemins de l'espace que yachts de plaisance, lourds transbordeurs, croiseurs de bataille ou canots de sauvetage, dont l'intérieur est creusé de coursives, de cabines, de cales, de soutes ou de postes de navigation, et qui ne cessent de naviguer et de sombrer à moins que, en cas de guerre, on ne se canonne, on ne s'aborde, on ne se lance des grappins (magnétiques). Ce jeu de miroirs porte un nom : la réduplication ; et même si elle est corrigée, complexifiée par une certaine spécificité stellaire (apesanteur, distorsion temporelle due au phénomène bien connu décrit par Fitzgerald-Lorentz), elle gouverne en maître le voyage dans l'espace, le space-opera.
          Avec une directive impérieuse : la fuite en avant dans le gigantisme. Celui des vaisseaux au premier plan, bien sûr, comme les « nivellateurs » créés par Jean Hougron pour Le signe du chien (Présence du Futur, 1961 — et sans doute le seul space opera français à valoir les meilleurs romans similaires américains), ou ce navire illustré par Van Vogt dans Mission stellaire (Presses Pocket — Mission to the stars, 1952), un navire si grand qu'on s'y déplace par téléportation ! Le vaisseau peut être une planète artificielle (Rendez-vous avec Rama, de Clarke) ou une planète tout à fait naturelle, comme c'est le cas de notre propre Terre lancée vers une autre étoile par Carsac dans Terre en fuite (Rayon Fantastique — 1960). A défaut de planète, les villes peuvent s'arracher au sol et errer dans la galaxie grâce au champ du « tournebouloche » (Villes nomades, de James Blish), et il existe également des vaisseaux vivants, telles les baleines de l'espace mises en scène par Robert F. Young dans Baleinier de la nuit, à moins que les différentes composantes du moteur soient des représentants de diverses races galactiques utilisés pour leurs pouvoirs spécifiques (Les spécialistes, Specialist, 1953, une nouvelle de Robert Scheckley, in Histoires de voyages dans l'espace, présentées par Gérard Klein — Livre de Poche, 1983). Un autre type de vaisseau très intéressant est l'arche stellaire (il faut citer à cette occasion la très complète étude sur le thème due à Rémi-Maure, in Fiction n°291 à 294), ces gros porteurs remplis de colons cryogénés, ou se succédant de génération en génération, et qui mettent des centaines, voire des milliers d'années pour atteindre leur objectif : Le navire-étoile de E.C. Tubb (The space-bom, 1956 — Fleuve Noir Anticipation) ou Les orphelins du ciel (Presses Pocket — Orphans in the sky, 1941) de Robert Heinlein. Mais il arrive aussi que les passagers de ces si longs voyages perdent la mémoire de leur but (Croisière sans escale, de Brian Aldiss) ou que, à cause du phénomène de la contraction du temps subi par ceux qui voyagent à une vitesse proche de celle de la lumière, les cosmonautes deviennent des êtres doublement déracinés (Les parias, Ghetto, 1950 de Poul Anderson, in Histoires de cosmonautes, présentées par Demètre Ioakimidis — Livre de Poche, 1974).
          La plupart des navires évoqués jusqu'ici naviguent sous le seuil limite de la vitesse de la lumière ; les space opera regorgent pourtant de quantité de vaisseaux qui s'en jouent comme d'une guigne, en naviguant à hypervitesse, à travers l'hyperespace où les contraintes einsteiniennes s'existent plus... Cette technologie peut être terrestre, mais elle est le plus souvent un legs d'autres civilisations, plus avancées (La grande porte de Frederik Pohl ou Contact, de Carl Sagan). Mais le fin du fin est peut-être qu'il n'y ait plus d'astronefs du tout, et que les gouffres entre les étoiles soient franchis à pied, en utilisant un « vire-matière », moyen de transport bien commode mis au point dès 1946 par Murray Leinster dans son roman Le dernier astronef (The last Space-Ship, Rayon Fantastique). Avec de tels moyens, les limites de l'univers peuvent être atteintes sans peine, et il s'agit là de l'ultime inflation dont peut se rendre coupable le space opera dans sa course au gigantisme : déjà Francis Carsac, dans Ceux de nulle part, explore des galaxies si lointaines que précisément elles sont « presque nulle part » ; mais on peut aussi avoir une vision fantastique de ce qui peut exister au-delà de l'univers, comme l'a imaginé en 1956 un de nos auteurs de polars, Jean Amila, (qui pour la circonstance signait John) dans Le 9 de pique (réédité chez NéO) où les cosmonautes pouvaient apercevoir aux confins du néant la gigantesque silhouette de l'être dont notre univers n'était qu'un atome...
          Faut-il ici rendre compte des « empires galactiques » — celui de Trantor selon l'Asimov des Fondation, l'Imperium du Frank Herbert de la saga de Dune, l'Ekumen d'Ursula Le Guin ? Ils concernent plus la sociologie de la SF que sa poétique (à quoi ressortissent en fin de compte les opéras de l'espace) mais, si nous écoutons Gérard Klein (cf sa préface aux Histoires galactiques, Livre de Poche 1975) qui note qu'« un ciel étoilé ressemble à la carte d'un archipel foisonnant », nous voilà aussitôt replongés dans ce fameux océan de l'espace où nous avons trempé l'orteil dès l'entrée de cet article, et nous sommes bien obligés de constater que cette notion même d'empire, purement mythique, donc romanesque, et en dernier recours romantique-passéiste, n'évoque pas un conglomérat de planètes, mais bien le vide qui les sépare. Dans l'Empire, ce sont les distances qui comptent, donc le voyage en astronef, dans cet extérieur innommable où, selon les jolis mots des frères Bogdanoff (cf. leurs Clefs pour la Science-Fiction), « l'infini fait rage inutilement ». L'Empire nous servira dès lors à clore ce paragraphe, où les chefs-d'oeuvre sont rares (mais La faune de l'espace, de Van Vogt... !) et où les navets fleurissent, que nous aurons pudiquement passés sous silence, en nous mordant la langue pour ne pas nommer tous ces auteurs pour qui distances interplanétaires et distances intergalactiques, c'est du pareil au même. Poésie, poésie, quand tu nous tiens...

          Lecture

          - Rite de passage, d'Alexei Panshin (Galaxie-bis, Rite of Passage, 1968).
          - Le voyageur de la nuit, de Carolyn Cherryh (Galaxie-bis, Voyager in Night, 1984).
          - Le vol de la libellule, de Robert Forward.
          - Tropique des étoiles, anthologie composée par P.K. Rey (Londreys — 1987)

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