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Théo Varlet, poète cosmique

Préface à L'Épopée martienne - La Belle Valence. Oeuvres romanesques - 1

Joseph ALTAIRAC

L'Épopée martienne - La Belle Valence. Oeuvres romanesques - 1. ed. Encrage, octobre 1996

« Un visionnaire, un coureur d'univers, et de toutes manières, un des plus beaux talents de sa génération. »

 

          Léon Louis Étienne Théodore Varlet était un de ces enfants du Nord irrésistiblement attirés par le soleil du Midi. Né à Lille, le 12 mars 1878, d'un père picard et avocat, et d'une mère issue de la bourgeoisie lilloise c'est à cassis que s'éteignit l'auteur de La Grande Panne, le 6 octobre 1938, des suites d'une longue maladie.

 

          Ce maître de l'anticipation française de l'entre-deux-guerres se révéla l'homme de plusieurs passions, la première et sans doute la principale étant celle de la poésie. Son œuvre en vers, publiée dans de nombreuses revues et réunie en recueils — Heures de rêves (1898), Notes et poèmes (1905), Poèmes choisis (1911), Aux Îles bienheureuses (1924), Aux Libres Jardins (1922), Paralipomena (1926), Quatorze sonnets (1926), Ad Astra (1929), Florilège de poésie cosmique (1933) — connut de son temps un assez joli succès d'estime, et Théo Varlet eut même le plaisir rare de voir publié de son vivant, au Mercure de Flandre, un imposant essai signé André Jeanroy-Schmitt, La Poétique de Théo Varlet (1929), tout à la gloire de son art. On pouvait y lire, en appendice, quelques opinions de critiques connus, parmi lesquels Georges Duhamel, Robert de Flers, René Lalou, Daniel-Rops, et, ce qui ne nous surprendra pas, J.-H. Rosny aîné. Willy, dans L'Ère nouvelle du 23 mai 1926, voyait en Varlet un « prosateur éblouissant, poète qui n'a jamais imité personne, [et qui] jouirait d'un renom plus tapageur (fichue réjouissance !) s'il ne méprisait totalement les trucs de publicité auxquels lma plupart de ses confrères s'adonnent avec frénésie ».

 

          Autre passion majeure de Théo Varlet, celle de l'astronomie, qu'il pratiquait en amateur. On en trouvera le reflet dans toute son œuvre, et pas seulement ses romans scientifiques. Une partie de sa poésie en est profondément imprégnée. Théo Varlet, lorsqu'il écrivait des vers comme « Éther, concept contradictoire et nécessaire / Au Bloc-Un de l'absurde-inéluctable Éther » (Aux Libres Jardins, p. 160), faisait preuve non seulement d'une audace et d'une originalité certaines, mais encore prouvait qu'il n'hésitait pas, contrairement à l'écrasante majorité de ses confrères, à répercuter dans son art les enthousiasmes et les polémiques scientifiques de son temps.


          L'intérêt de Théo Varlet pour les sciences en général et l'astronomie en particulier ne se bornait pas à nourrir son œuvre poétique et romanesque. Ce « poète cosmique », pour reprendre l'expression de son biographe Félix Lagalaure 1, savait également sacrifier, à l'occasion, au prosélytisme, ainsi qu'en témoigen son Astronomie ; le Nouvel Univers astronomique, un essai paru en 1934 dans l'« Encyclopédie Roret », éclectique collection de vulgarisation scientifique et technique publiée par son éditeur amiénois, Edgar Malfère. On peut dire que Théo Varlet rejoignait, dans son souci pédagogique, l'infatigable abbé Théophile Moreux (1867-1954), vulgarisateur scientifique fameux qu'il mettra d'ailleurs malicieusement en scène dans L'Épopée martienne avec le savoureux personnage de l'abbé Moreux.

 

          Enfin, la passion du soleil : « Moi, cette goutte en diamant vivant / Qui tremblote à la pointe effilée de l'instant / Où se joue ta lumière divine, Soleil ! » (Aux Libres Jardins, p. 34)

 

          C'est cette soif de lumière qui, en 1909, l'amènera à s'installer à cassis avec sa femme, dans le Mas-du-Chemineau. Félix Lagalaure précise que Théo Varlet, qui avait évidemment beaucoup d'amis dans le monde artistique, contribua largement — à son corps défendant, il faut le préciser — à faire connaître ce petit port alors totalement ignoré du public. Précurseur bien involontaire de la vogue touristique des calanques, Théo Varlet le sera aussi du naturisme, qu'il pratiquait pour le plaisir, sans se soucier des dogmatismes hygiéniques et alimentaires, ou autres exercices de gymnastique militaire prônés par certains tenants de cette pratique que ce fumeur de pipe et amateur de bonne chère sans complexe trouvait ridicules.

 

          Si la Grande Guerre épargna ce pacifiste — de santé fragile, Théo Varlet se retrouva réformé — elle écorna sérieusement les ressources familiales qui lui assuraient jusqu'alors une relative indépendance. Pour gagner sa vie, Théo Varlet se lança donc dans une carrière de traducteur, et c'est ainsi qu'on le vit réaliser des versions françaises d'œuvres d'Hilaire Belloc, Pearl Buck, Herman melville, John Buchan (Les 39 marches et La Centrale d'énergie), Jerome K. Jerome (Trois hommes dans un bateau), Rudyard Kipling, et surtout le merveilleux Robert Louis Stevenson dont il se fit une spécialité.

 

          Il faut aussi mentionner l'intense acivité de Théo Varlet dans le domaine de la critique littéraire et philosophique, qui collabora, d'après Félix Lagalaure, à plus d'une centaine de revues et journaux aussi divers que L'Essor, Le Figaro, L'Humanité, Le Mercure universel, La Revue des Flandres (Lille), L'Idée-libre, La Pensée française (Strasbourg), Le Mercure de Flandres, La Suisse (Genève), De Kunst (Amsterdam), La Presse (Montréal), Le Petit niçois, etc.

 

          De nos jours, Théo Varlet n'est plus guère lu que comme traducteur. Sa poésie est quasiment oubliée et aucun de ses grands romans d'anticipation scientifique n'a jamais été réédité depuis sa mort ! En novembre 1958, l'historien de l'anticipation scientifique Jean-jacques Bridenne signait un émouvant article dans le numéro 60 de la revue Fiction : « Théo varlet, prophète cosmique ». On aurait pu penser que ce plaidoyer attirerait l'attention d'au moins un éditeur et amorcerait une salutaire redécouverte. Il n'en fut rien. À ma connaissance, la seule œuvre de Théo Varlet a avoir connu une réédition — si l'on excepte une sympathique mais très confidentielle réédition amateur du recueil La Bella Venere — aura été Le démon dans l'âme, un récit psycoloogique parsemé d'éléments autobiographiques. Malheureusement, Miroir Éditions, qui était à l'origine de cette courageuse entreprise, a rapidement disparu, et même ce volume de publication relativement récente n'est plus disponible.

 

          Il était donc grand temps de réparer cette injustice, et Encrage envisage de rééditer l'ensemble de l'œuvre en prose de Théo Varlet relevant de près ou de loin de la science-fiction et du fantastique, à savoir les recueils de contes : Le Dernier Satyre (1922) et La Belle Venere (1920), et les romans : Le Roc d'or (1927), La Grande Panne (1930), Aurore Lescure, pilote d'astronef (posthume, 1943), M. Mossard, amant de Néère (1926), L'Épopée martienne (deux volumes, en collaboration avec Octave Jonquel, 1921-22), et La Belle Valence (en collaboration avec André Blandin, 1923).

 

          Ce sont ces deux derniers romans écrits en collaboration que vous allez découvrir tout d'abord. Comme nous le verrons plus en détail dans l'appareil critique qui les accompagne, avec leurs qualités et leurs défauts, ils constituent, au moins par les motifs fondamentaux développés — le voyage dans le temps pour La Belle Valence et l'invasion extraterrestre pour L'Épopée martienne — de notables jalons dans l'évolution de la science-fiction française.

Notes :

1. Voir Théo Varlet (1878-1938). Sa vie, son œuvre (Paris : L'Amitié par le Livre, 1939), p. 39.

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