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Convention mondiale 2017 Helsinki, Finlande

René-Marc DOLHEN

Helsinki, août 2017


Une convention vraiment mondiale
 

          Du 9 au 13 août se tenait à Helsinki la 75e convention mondiale de science-fiction. La Worldcon est un rassemblement annuel, organisé par les fans et pour les fans depuis 1939. Contrairement à un festival comme les Utopiales, seules quelques personnes sont invitées (entre 5 et 7 généralement), mais énormément d’auteurs, éditeurs et autres professionnels sont présents, fans parmi les fans. On pouvait ainsi croiser cette année Robert Silverberg, Ken Liu, Ellen Kushner, George RR Martin, Jeff VanderMeer, Lisa Tuttle et bien d’autres. Malgré son nom de convention mondiale, les Worldcons ont longtemps été purement américaines. Il a fallu attendre 1970 et Heidelberg pour en voir une dans un pays non-anglophone, puis La Haye en 1990 et Yokohama en 2007. Enfin, la Worldcon est l’occasion de la remise des prix Hugo, prix décernés grâce au vote des inscrits à la convention.

          Si l’audience était limitée les premières années (on n’a dépassé le millier de participants qu’en 1967), la dernière décennie a vu plus de 4000 participants chaque année, avec un point culminant à près de 8000 à Londres en 2014. Cette année plus de 7000 personnes étaient présentes, dépassant les prévisions des organisateurs et causant des problèmes de logistique les premiers jours jusqu’à l’ouverture de salles de conférences plus grandes.

          L’ambition des organisateurs finlandais était de réaliser une convention vraiment mondiale, à commencer par la liste des invités d’honneur : John-Henri Homberg, auteur suédois (jamais publié en France), Nalo Hopkinson, romancière jamaïcaine, Johanna Sinisalo, autrice finlandaise, Claire Wendling, illustratrice francaise (malheureusement absente pour raison de santé) et Walter Jon Williams, écrivain américain. Cette ambition s’est aussi vue à la cérémonie de remise des prix Hugo, présentée par Karen Lord, originaire de la Barbade, et dont les trophées ont été remis par des représentants de nombreux pays : Finlande évidemment, mais aussi Pologne, Chine...

 

Des conférences variées en thème et en qualité
 

          La convention mondiale, c’est avant tout des conférences de 10h du matin à 21h le soir, jusqu’à une dizaine en parallèle, soit plusieurs centaines sur les cinq jours. Ces conférences sont proposés par les participants et vont des thèmes les plus sérieux et pointus (un cycle académique est même proposé où des universitaires présentent succinctement — en une demi-heure — leur sujet de recherche (« la science-fiction chinoise de 1890 à 1920 », « posthumanisme et SF : l’éloignement dans ‘les androîdes rêvent-ils de moutons électriques’ »...)) aux plus fantaisistes (écrire de la fiction sur la réglisse, une spécialité finlandaise, ou les filks, des ateliers de chant).

          La qualité de ces conférences est aussi variable que leur sujet : on peut passer d’un panel passionnant avec John Clute, le créateur de la SF encyclopedia, sur la comparaison entre une encyclopédie comme la sienne et wikipedia ou un panel sur la traduction présenté par Ken Liu à une conférence au sujet pourtant prometteur comme « l'évolution du féminisme dans la science-fiction » où les intervenants se contentent de lister les autrices dont ils apprécient le travail sans aucune réflexion de fond ou presque.

          C’est d’ailleurs dans les conférences les plus « faniques » que l’on voit vite les limites de l’exercice : ainsi, un panel sur les vingt ans de Buffy où l’analyse ne dépasse pas le « on n’avait jamais vu ca avant à la TV » pour ensuite basculer dans « quel est votre épisode/personnage/scène préféré ? » et n’allant pas plus loin que n’importe quel discussion d’un forum de fans. Mais avec dix conférences en même temps, il est difficile de ne pas trouver de quoi s’occuper.
 
          En plus des conférences, la worldcon propose un espace dédicaces où les auteurs se succèdent d’heure en heure (avec comme d’habitude une file d’attente incroyable quand c’est le tour de George RR Martin, mais aussi beaucoup de monde pour Liu Cixin), un espace commercial avec des boutiques de livres, tshirts et autres goodies, un espace fans dédié aux futures conventions et aux associations et une exposition artistique (qui, avouons-le, est souvent médiocre).
 

Une présence chinoise impressionnante
 

          C’est sans aucun doute le fait marquant de cette convention : une apparition massive de la Chine. A Londres en 2014 des Chinois avait fait une timide apparition pour présenter la candidature de Beijing pour l’organisation de la convention de 2016. Peu présents (moins d’une dizaine de personnes), leur stand n’avait pas attiré grand monde.

          En 2015, à la faveur des remous provoqués par les puppies (voir plus bas), Liu Cixin avait remporté le Hugo du meilleur roman, un peu à la surprise générale, avec Le problème à trois corps, déclenchant une curiosité et un intérêt croissant pour la science-fiction chinoise et permettant la traduction en anglais d’autres textes, dont l’excellent Folding Beijing de Hao Jingfang, lauréate du Hugo de la meilleure nouvelle longue (novelette) en 2016.

          Cette percée des textes chinois sur le marché américain (The Three Body Problem s’est vendu à 300.000 exemplaires aux USA !) a certainement convaincu quelques dirigeants chinois d’investir dans le genre et Helsinki fut l’occasion de le découvrir : de nombreux auteurs présents, dont Liu Cixin ; une party avec un discours d’un représentant du Sichuan (dont la capitale, Chengdu, s’autoproclame capitale chinoise de la SF) nous expliquant que la SF développe l’esprit scientifique et que la science c’est bon pour la valorisation boursière ; un stand dans l’espace fans pour présenter la conférence internationale SF de Chengdu et la création de l’APSF (l’Asia-Pacific SF Convention de Shanghai aux énormes ambitions), un autre stand dans la partie commerciale pour vendre les livres en chinois ou traduits , et enfin la participation aux conférences des auteurs présents. L’ambition chinoise ne s'arrête d’ailleurs pas à la Worldcon puisqu’une délégation devrait être présente aux Utopiales cette année.


La disparition des puppies
 

          Les Worldcons de ces dernières années ont été marquées par l’apparition des puppies, deux groupes d'extrême-droite qui, pour résumer de façon lapidaire et subjective, pensent que la science-fiction est tombée aux mains des fémino-gauchistes et qu’il faut renouer avec les récits où des héros valeureux (de préférence des hommes blancs) écrasent d’horribles extra-terrestres et portent haut des valeurs testostéronées.

          Ces groupes ont tenté en 2015 et 2016 d’infléchir les Hugos en votant massivement pour les oeuvres qu’ils avaient présélectionnées car compatibles avec leurs valeurs, ou écrites par des membres de ces groupes (le premier groupe, les sad puppies, avait d'abord été créé par Larry Correia pour promouvoir son propre roman). Hélas pour eux, cette manoeuvre a fait long feu et le nombre de votants issus de ces groupes s’est réduit à bien moins d’une centaine (Vox Day, leur chef spirituel, a obtenu 32 votes dans la catégorie best editor, long form). On peut penser que les votants de ces groupes, en partie des gens extérieurs au fandom et venus du gamergate (un groupe de pression réactionnaire informel dans le milieu du jeu video), en ont eu marre de payer pour voter sans résultat probant et se sont repliés sur le Dragon Award, remis à la Dragoncon.

          Conséquence indirecte et inattendue, ces tentatives de manipulations ont au contraire mis en avant la diversité du milieu SF, et aussi bien les textes nominés que lauréats cette année ont été écrits à une écrasante majorité par des femmes, avec en tête Nora K. Jemisin et le tome 2 de sa trilogie de la terre fracturée, couronné meilleur roman comme le premier tome l'avait été l’année dernière... premier tome qui paraît d’ailleurs en septembre en France.


Les prochaines Worldcons
 

          Le site d’une Worldcon est choisi par vote des participants à la convention mondiale deux ans auparavant. C’est Dublin, seule ville candidate, qui a été choisie cette année pour la Worldcon de 2019, donc à nouveau une ville européenne, la convention de l’année prochaine ayant lieu à San Jose, Californie. Signalons aussi que la Nouvelle-Zélande est la seule candidate pour 2020, et qu’une équipe francaise a officialisé à Helsinki la candidature de Nice pour 2023.

 

 Liens

          Les site des conventions passées et à venir :

          http ://www.worldcon.org/ : l’organisation qui gère les Worldcons

          http ://www.worldcon.fi/ : Helsinki 2017
          http ://www.worldcon76.org/ : San Jose 2018
          https ://dublin2019.com/ : Dublin 2019

 

          Les candidatures :

          http ://www.nzin2020.org/ : New Zealand 2019

          http ://worldconinfrance.org/en/home/ : France 2023 (Nice)

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