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Ikigami : Préavis de Mort - Tome 1
Série : Ikigami : Préavis de Mort    tome 1  Album suivant

Scénario : Motorô MASE
Dessins : Motorô MASE
Traduction : Josselin MONEYRON

Asuka , coll. Seinen, février 2009
 
Broché avec jaquette
Format 182 x 127
224  pages  N&B
ISBN 978-2-84965-537-5
Voir une planche.
 
Quatrième de couverture
     Dans notre pays, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de son entrée à l'école.
     Lorsque l'on reçoit l'Ikagami, c'est qu'il ne nous reste plus que 24 heures à vivre. Mais à quoi passer cette dernière journée, lorsqu'on n'a pas eu le temps de faire sa vie ?
 
     Que feriez-vous de vos dernières 24 heures ?
 
     UN THRILLER D'ANTICIPATION SOCIALE TERRIFIANT DE RÉALISME.
 
Critiques
     Dans Ikigami, vous ne trouverez pas de monstre gluant et tentaculaire. Nul robot-tueur, et pas plus de ninja cruel et vicieux. Pourtant, le manga n'a rien à envier aux représentants les plus hardcore du genre, et sa lecture provoquera sans doute le même choc ressenti par votre serviteur, ce genre de petit traumatisme qui vous laisse dans un drôle d'état et que je n'avais plus ressenti depuis Coq de Combat. Les deux œuvres partagent en effet nombre de points communs, car le goût amer laissé par Ikigami tient pour beaucoup à son thème principal : le sentiment d'oppression et de malaise vécu par la jeunesse japonaise, qui nous  évoquera parfois Battle Royale. Jugez plutôt.
 
     Au sein d'une société supposée nippone, même si elle n'est pas explicitement désignée, une loi contraint tous les élèves d'école primaire à se faire vacciner. Jusque-là, rien d'anormal, si ce n'est qu'un vaccin sur mille comporte une capsule « programmée » pour entraîner la mort de l'individu entre ses dix-huit et ses vingt-quatre ans. Le but ? Rappeler à chacun la valeur de la vie, et « motiver » un peu tout ce beau monde. Dans sa grande mansuétude, l'État envoie un bureaucrate prévenir le condamné vingt-quatre heures avant sa mort. C'est ce qui arrive à un jeune homme assez pathétique, born to lose et dont la vie fut un enfer. Résolu à consacrer ses dernières heures à la vengeance, avec tout ce que cela implique de viols et de tortures envers ceux qui l'ont autrefois harcelé, la victime va se lancer dans une vendetta impitoyable. Dans son déroulement, Ikigami fait alors penser à une autre référence, Orange Mécanique, quand l'agneau devient loup et que les loups, perdant leurs crocs avec le temps, deviennent des victimes incapables de se défendre dans cet inversement des rôles particulièrement dérangeant : doit-on approuver les actes de ce jeune homme hors de contrôle, qui attire notre empathie et notre compassion mais aux actes inexcusables ? C'est la question posée par le manga, qui n'hésite pas à franchir toutes les limites (sans pour autant verser dans le gore complaisant).
 
     Asuka poursuit sa politique de publication dynamique, indispensable dans un marché ultra-concurrentiel, et frappe un grand coup après avoir déniché cette petite bombe qui, à coup sûr, va faire parler d'elle. Parmi les myriades d'œuvres déjà-vues et sans personnalité, Ikigami entre instantanément dans la catégorie des brûlots sociaux non seulement efficaces comme un coup de poing dans l'estomac, mais aussi et surtout destinés à la réflexion sur la nature même de nos sociétés modernes, occidentales ou japonaises. Derrière l'exposition d'un totalitarisme qui ne dit pas son nom, l'œuvre critique également la docilité d'un peuple soumis, qui ne remet jamais en question les méthodes de l'État selon le bon vieux mode de pensée du « ça n'arrive qu'aux autres ». Un condamné sur mille, à raison de deux ou trois morts pas mois, le chiffre global paraît énorme pour un pays aussi peuplé que le Japon, mais chaque citoyen s'imagine pourtant être à l'abri du couperet, ne comprenant l'absurdité et la cruauté de la chose que lorsque un petit fonctionnaire en costume vient sonner à sa porte pour lui remettre le bout de papier fatal, comme le souligne le traducteur dans une très intéressante postface.
 
     Critique sociale, donc, satire moderne, mais pas seulement. Dans la seconde partie, la démarche de l'auteur s'éclaircit un peu plus : si l'intention de dénoncer une société oppressante est toujours présente, on devine également un parti-pris humaniste visant à s'attarder sur l'état d'esprit des condamnés en sursis, en suivant leurs dernières heures. Le second sketch nous présente ainsi le destin d'un jeune chanteur de rue en pleine période de doute, après avoir plaqué son partenaire pour signer avec une grosse major. Seul point commun avec l'histoire précédente, dont il est complètement déconnecté : le fameux Ikigami, cette capsule mortelle, et le jeune bureaucrate contraint d'annoncer la mauvaise nouvelle aux « élus », véritable fil rouge du manga. L'Ikigami n'est donc pas une finalité en soi, mais un outil pour mettre en valeur des personnages qui réagissent tous différemment face à l'imminence de la mort, avec haine et violence dans un cas, ou avec regrets et mélancolie dans l'autre. Pour ne rien gâcher, le réalisme fouillé du dessin et la maîtrise de la narration par le parfait enchaînement des images rend le tout particulièrement fluide, en renforçant ainsi l'impact de l'histoire.
 
     Et c'est loin d'être fini, car Ikigami n'est pas un « one-shot » : la suite est d'ores et déjà annoncée avec son cortège funèbre, comme dirait l'autre, de victimes dont on est déjà impatients de connaître la réaction face à l'annonce de leur condamnation.

Florent M.          
11/02/2009          


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