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Album
L'Intégrale
Série : Le Transperceneige    Album précédent tome Int. 

Scénario : Benjamin LEGRAND, LOB
Dessins : Jean-Marc ROCHETTE

Casterman , coll. Univers d'Auteurs, mars 2014
 
Cartonné
Format 266 x 196
256  pages  N&B
ISBN 9782203088054
 
Quatrième de couverture

Parcourant la blanche immensité d'un hiver éternel et glacé d'un bout à l'autre de la planète roule un train qui jamais ne s'arrête.

C'est le Transperceneige aux mille et un wagons.

 
Critiques
BD française culte sans être forcément connue du grand public (je dois avouer que je n'en avais jamais entendu parler il y a encore quelques mois de cela), Le Transperceneige a été remis au goût du jour grâce à un film coréen de très bonne réputation récemment sorti en DVD sous le titre Snowpiercer. À cette occasion paraît une intégrale regroupant les trois tomes publiés entre 1984 et 2000, devenus assez difficiles à se procurer.

Le Transperceneige traite d'une « classique » lutte des classes dans un contexte pour le moins original : au sein d'un monde post-apocalyptique figé dans un hiver perpétuel à la suite d'une « petite boulette » commise par des scientifiques souhaitant stopper le réchauffement climatique, des survivants voyagent dans un immense train sans but, à la manière de Galaxy Express 999. Ce train fascinant aux mille et un wagons tourne donc en rond absurdement autour du monde, en autarcie totale, mû par un mouvement perpétuel. L'intrigue s'intéresse à un miséreux ayant tenté de s'échapper de son wagon pour en rejoindre un autre. Sa traversée du train sera le prétexte à sa découverte des différentes strates de cette micro-société, comme une métaphore de l'ascension sociale définie par la pyramide de Maslow, si ce n'est qu'elle est ici horizontale et non verticale (le wagon de tête symbolisant l'accomplissement personnel).

« Classique » car le postulat de départ est assez caricatural : les voyageurs pauvres sont parqués dans le wagon de queue et le héros — à qui on rase le crâne — se nomme « Proloff ». Il est aidé par une belle jeune femme utopiste aux allures d'assistante sociale et les militaires chargés de les escorter jusqu'au wagon de tête sont des butors dénués de la moindre empathie. Cette vision manichéenne issue d'une autre époque, parée de l'habituelle critique du quatuor police/armée/religion/politique n'est donc pas idéologiquement neutre, ce qui mérite d'être précisé... Mais on reste loin de la subtilité d'un V pour Vendetta.

Le propos du Transperceneige est, pourtant, difficile à cataloguer : doit-on y voir une critique anti-capitaliste, alors même que l'ascension sociale est impossible dans son système de castes physiquement compartimentées ? Ou une critique du système communiste, alors qu'il existe ici une hiérarchie sociale, des inégalités et des privilégiés ? En outre, le mutisme de Proloff face aux discours utopistes de son acolyte féminine, en quête de bonne conscience mais si éloignée de sa réalité, apporte un degré de lecture supplémentaire à l'œuvre, sans parler de sa conclusion...

Bref, si le traitement est à priori un peu simpliste, le propos est plus que jamais d'actualité. Toutefois, on peut reprocher au Transperceneige de survoler son sujet : malgré tout le potentiel de ce train fascinant, les auteurs se contentent de faire traverser les wagons aux protagonistes l'espace d'une planche sans jamais s'appesantir ou développer leur population, leur spécificité, leur culture : wagon-jardin, wagon lupanar... On nous explique la fonction de l'endroit avant de passer aussitôt à autre chose dans une fuite en avant, à l'image du train. Le dessin lui-même reste centré sur les personnages sans nous offrir de plans d'ensemble ou des arrière-plans permettant d'appréhender pleinement les différences entre les lieux. Les mille et un wagons sont ainsi parcourus en un éclair, sans que l'on ait un instant l'impression d'un véritable chemin de croix séparant le wagon de queue du wagon de tête.

On regrettera aussi, malgré une postface de Jean-Pierre Dionnet et des peintures ayant servi à la préparation du film en bonus (les visiteurs de l'exposition à Angoulême auront déjà eu l'occasion de les voir), de ne pas trouver de résumés des tomes suivants, pour permettre au lecteur de comprendre le changement de contexte. Le deuxième tome, paru en 1999, soit quinze ans après le premier, surfait en effet sur l'essor de la réalité virtuelle avec un nouveau train dont les occupants gagnent à la loterie des rêves artificiels pour oublier le risque d'une culbute frontale avec le Transperceneige, devenu un train fantôme errant sans pilote.

L'effet de surprise dissipé, associé à une narration assez brouillonne confèrent aux tomes suivants un aspect plus anecdotique, en tout cas moins fascinant. La réalité virtuelle, le pain et les jeux pour maîtriser une population sont en effet devenus des thèmes assez « ronronnants » de la SF, et une solution de facilité pour les auteurs en manque d'inspiration. En outre, l'aspect industriel du Transperceneige, malgré sa technologie de pointe, évoquait l'ère soviétique et cet aspect hi-tech enlève un peu de son charme, même s'il s'agit d'un autre train. Sans parler des incohérences : le Transperceneige était censé être le top de la technologie, comment ce second train bien plus performant peut-il exister ?

Je vous conseille donc la lecture du Transperceneige, malgré cette critique un peu sévère mais, rappelons-le, à resituer dans un contexte (les années 80 et une réputation précédant la lecture). Œuvre surestimée ou sous-estimée, à vous de juger...

Florent M.          
nooSFere          
07/04/2014          


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