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Album
La Loterie
Série : La Loterie    tome HS 

Scénario : Miles HYMAN
Dessins : Miles HYMAN
D'après : Shirley JACKSON

Casterman , septembre 2016
 
Cartonné
Format 270 x 194
168  pages  Couleurs
ISBN 9782203097506
 
Critiques

     Un village américain plongé dans la torpeur campagnarde. Un homme vient noircir le bulletin d'une urne. La scène est quasi muette (Bonjour Joe – Salut, Harry). Elle précède la date du 27 juin, où commence, comme ailleurs, la Loterie. Les gens se rassemblent pour respecter la tradition. Progressivement, on apprend à connaître quelques habitants, Mr Hummers en charge de l'organisation, la famille Hutchinson, Clyde Dunbar qui pioche pour son mari, et le jeune Jack Watson, seize ans, qui pioche pour sa mère, ce dont on le félicite, le vieux Warner fier de participer pour la 77e fois, et Tessie qui conteste un point de détail. De quoi s'agit-il ? Le rituel est lent, les vignettes, grandes, entre trois et quatre par pages, ponctuées de dessin pleine page, succession de gros plans sur des visages fermés, les couleurs, avec des dominantes d'ocre et de bleu, les vestes brunes et bleus de travail se calquant sur les couleurs de terre et de ciel, l'économie du texte et des dialogues, enracinent le récit dans l'ici et maintenant, donnent un rythme pesant au récit, oppressant par sa lenteur. Ce qui choque ici, c'est la banalité du quotidien débuchant sur une réalité glaçante, les images grandes et belles qui accentuent ce contraste. En habile illustrateur passé maître dans l"art de camper des ambiances, Miles Hyman, entre Vettriano et Hopper, se révèle excellent.

     De quoi s'agit-il ? Ceux qui ne connaissent pas la nouvelle de Shirley Jackson (1916-1965), grande dame du fantastique, dont Nous avons toujours vécu au château, est un des plus célèbres romans de maison hantée, adapté au théâtre et au cinéma (dont La Maison du diable de Robert Wise) seront certainement frappés par ce récit dérangeant, lui aussi maintes fois adapté à l'écran. S'il fallait lui trouver un équivalent thématique, ce serait, sur le mode philosophique et nullement traumatisant, Ceux qui partent d'Omelas, d'Ursula Le Guin. La nouvelle n'est parue en France que dans le recueil de nouvelles de Jackson à la Libraire des Champs-Elysées, repris en poche chez Pocket, et dans l'anthologie des chefs-d'œuvre du fantastique de Goimard et Malrieu en Omnibus, tous des ouvrages épuisés. Un parfum de scandale a accompagné cette nouvelle depuis sa première parution dans le New-Yorker Magazine en juin 1948, doublée d'une incompréhension que Shirley Jackson n'a jamais voulu élucider. La nouvelle fut même censurée en Afrique du Sud.

     Tous ces renseignements et bien d'autres se trouvent en fin de volume. Si Miles Hyman, connu pour ses couvertures essentiellement de polar, qui a déjà adapté en BD Le Dahlia Noir de James Ellroy et Nuit de fureur de Thompson, quitte le roman noir pour le fantastique, c'est tout simplement parce qu'il est le petit-fils de Shirley Jackson. Les souvenirs d'enfance qu'il nous livre sont un appréciable bonus à cette bande dessinée de haut niveau.

Claude Ecken          
nooSFere          
14/09/2016          


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